Marijuana : la caricature conservatrice

Les conservateurs nous ont habitués à réduire les débats complexes en attaques simplistes et réductrices contre leurs adversaires. Leur charge à fond de train contre le chef libéral Justin Trudeau et sa promesse de légaliser la marijuana est un modèle du genre, dit Manon Cornellier.

Les conservateurs nous ont habitués à réduire les débats complexes en attaques simplistes et réductrices contre leurs adversaires. Leur charge à fond de train contre le chef libéral Justin Trudeau et sa promesse de légaliser la marijuana est un modèle du genre.
Politique

À en croire les conservateurs, M. Trudeau a un seul plan : vendre du «pot» chez le marchand du coin et permettre aux jeunes d’y avoir facilement accès.

Ce message, ils le martèlent dans les envois postaux que leurs ministres et députés font parvenir à leurs électeurs — des envois qui ne sont pourtant pas supposés être partisans ! Ces feuillets ressemblent à s’y méprendre à des unes de journaux jaunes. (Voyez la photo apparaissant sur cette page Web.)

Dans celui distribué par le ministre Julian Fantino, on affirme que «les libéraux veulent transformer l’achat de marijuana en une activité de tous les jours et normale pour les jeunes Canadiens». On peut lire aussi que Justin Trudeau voudrait légaliser la culture de la marijuana par des compagnies qui pourraient ensuite en vendre comme du tabac.

Il y a d’abord là une première contradiction avec leur accusation d’accès aux mineurs, puisque ces derniers ne sont pas supposés pouvoir acheter du tabac. À moins que les conservateurs cherchent ainsi à reconnaître indirectement que le régime à cet égard ne fonctionne pas.

Plus retors encore est cette référence à la production de marijuana par des entreprises. Ce sont les conservateurs eux-mêmes qui sont en train de jeter les bases d’une industrie de production de marijuana. Ne voulant plus s’occuper de fournir du «pot» aux Canadiens ayant le droit d’en consommer à des fins thérapeutiques, le gouvernement a modifié les règles pour obliger ces consommateurs à se tourner vers des entreprises qui ont été choisies à cet fin à la suite d’un appel de candidatures lancé par ce gouvernement.

Ont répondu : 920 compagnies. Du nombre, 20 ont été approuvées jusqu’à présent, et les propositions de près de 300 autres sont actuellement examinées. Les autres ont été retirées, rejetées ou jugées incomplètes.

Depuis ce printemps, les usagers n’ont même plus le droit de cultiver quelques plans pour répondre à leurs besoins. Les seuls fournisseurs autorisés sont ces compagnies accréditées.

Le ton excessivement partisan avec lequel les conservateurs traitent de cet enjeu fait en sorte que même les médecins se méfient des projets de campagne publicitaire du ministère fédéral de la Santé destinée à décourager l’usage de la marijuana chez les jeunes.

L’Association médicale canadienne, le Collègue des médecins de famille du Canada et le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada ont émis, la semaine dernière, une déclaration conjointe pour expliquer leur refus de se joindre à la future campagne de sensibilisation financée par Santé Canada.

«Il s’avère que cette dernière est devenue un enjeu politique lié à la légalisation au Canada de la marijuana et, pour cette raison, le CMFC, l’AMC et le Collège royal ne participeront pas à la campagne. Nous n’avons jamais approuvé ou soutenu les messages ou publicités de nature politique en lien avec cette question», y est-il écrit.

La ministre fédérale de la Santé, Rona Ambrose, a tenté de nous faire croire que cette campagne n’avait rien de partisan, mais ce n’est pas pour rien qu’elle n’a pas eu lieu plus tôt. Si elle va de l’avant, cette campagne arrivera à un moment drôlement utile pour les conservateurs, puisqu’elle renforcera leur message partisan à un an des prochaines élections fédérales.

Les conservateurs ne veulent pas d’un débat sérieux sur le pour et le contre des diverses options d’encadrement de la production, de la vente et de la consommation de la marijuana. Pour eux, c’est une drogue et seulement cela. Elle est donc à proscrire, et ceux qui en produisent, en vendent ou en en consomment doivent être traités comme des criminels. Il n’y pas de nuance.

Ou presque. Après avoir rejeté l’idée, le ministre de la Justice, Peter MacKay, a ouvert la porte, cet été, à l’adoption d’une recommandation des chefs de police à l’effet que les policiers aient la possibilité — dans des cas de possession simple — de sanctionner les fautifs en émettant des contraventions plutôt que de porter des accusations. Toutefois, ces dernières seraient toujours possibles.

Les chefs de police n’ont pas fait cette proposition parce qu’ils veulent encourager la consommation de «pot», mais parce que cette chasse aux simples usagers engorge le système judiciaire et accapare trop de temps de leurs agents.

Au NPD, on propose plutôt de décriminaliser la possession de petites quantités, ce qui mettrait fin à la possibilité de porter des accusations criminelles dans ces cas et d’éviter que des gens se retrouvent avec un casier judiciaire pour avoir eu quelques joints sur eux.

Justin Trudeau, pour sa part, privilégie la légalisation pour enlever ce commerce des mains du crime organisé et le confier à des entreprises légales soumises à un solide cadre réglementaire — similaire à ceux qui encadrent la vente de boisson et de tabac. Selon le chef libéral, cette approche serait plus efficace pour protéger les jeunes que celle qui est actuellement axée sur la répression.

On voit qu’il y a matière à débat, mais encore faut-il vouloir le faire en passant en revue l’expérience canadienne et celle d’autres pays. Les modèles vont de la répression à la légalisation. C’est le cas de quelques États américains. Il y a là des leçons à tirer.

Mais ce serait faire appel à la raison plutôt qu’à nos instincts primaires, et cela ne provoquerait pas la polarisation qui a si bien servi les conservateurs par le passé. Le hic est que rien ne garantit que ce soit la bonne approche dans ce dossier. Ce message plaît à la base conservatrice, comme le montre un sondage récent de la firme Angus Reid, mais la majorité des Canadiens seraient en faveur de la légalisation — bien que ce ne soit pas un enjeu prioritaire pour eux.

Petite disgression.

Les conservateurs, avec l’aide des libéraux, ont réussi à infléchir le bureau de la régie interne de la Chambre des communes pour exiger un remboursement de plus d’un million de dollars au NPD pour des envois jugés partisans. Le NPD avait osé afficher son logo et l’adresse de son site Web sur des envois de députés bénéficiant de privilèges postaux.

Les néo-démocrates ont évidemment demandé à ce que les envois des autres partis soient soumis à examen, sans succès. Évidemment.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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Pour ne pas offebser Justin trudeau, le gouvernement ne peut même plus faire de campagne contre la consommation de drogue chez les 13-15 ans… Voilà ce que les journalistes devraient dénoncer… La partisanerie anti-consrvatrice des médias devient de plus en plus caricaturale.

Bien voyons M. Rodrigue, le gouvernement peut bien acheter la publicité qu’il veut. Personne ne l’empêche !

Un commentaire très partisan et biaisé. Le gouvernement peut aller de l’avant avec cette campagne très politisée, avec l’argent de nos taxes, alors que ce sont simplement les associations de professionnels de la santé qui refusent d’y participer, ne voulant pas faire partie de la machine de propagande conservatrice à la veille des prochaines élections. Justin Trudeau n’a rien à voir là-dedans.

Par contre ce que vous ne semblez pas comprendre c’est que le gouvernement fédéral représente les Canadiens en général, y compris ceux qui n’ont pas voté pour eux, et qu’il ne devrait pas faire de propagande politique avec l’argent des contribuables. C’est inacceptable et un détournement de fonds publics mais il est évident que l’éthique est la dernière chose qui pourrait arrêter le gouvernement Harper.

Excellent article! Je vis dans un district électoral très conservateur. Les envois postaux de notre député sont non seulement simplistes et agressifs, mais aussi extrêmement partisans. .

Simplisme. Ah vous dénoncez le simplisme. Parfait! Mais que le centre canadien de politique alternative applique une bonne vieille de trois, là on n’est pas dans le simplisme, on est dans l’argument profond! Quand on fait de l’analyse de politiques passées (baisse d’impôt) en intégrant de possibles politiques futures (fractionnement) on ne fait pas dans le simplisme?

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