Médecine familiale : évitons la régression

Une solution essentielle à l’amélioration de la qualité et de l’accessibilité des soins de première ligne au Québec ? L’interprofessionnalisme, ou la collaboration entre les divers professionnels de la santé, explique Jocelyn Maclure. 

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Photo : Getty Images

Le projet de loi 20 imposera des changements importants à la pratique de la médecine familiale. Ces changements affecteront entre autres ce qui devait être le joyau de notre système de soins de première ligne, à savoir les unités de médecine familiale (UMF) et les groupes de médecine familiale (GMF).
Politique

Les UMF sont des cliniques médicales affiliées à une faculté de médecine et offrant des milieux de stage aux résidents. Les GMF sont des regroupements de médecins de famille qui travaillent en collaboration étroite avec d’autres professionnels de la santé dans le but d’améliorer l’accessibilité et la qualité des soins.

Les UMF ont appris, dans un nouveau cadre de gestion (pdf) qui fait présentement l’objet de consultations, que le rôle et le statut des professionnels de la santé qui collaborent avec les médecins allaient changer. Un des changements proposés — qui n’a pas reçu beaucoup d’attention jusqu’ici — aura pour conséquence que ces cliniques ne pourront plus embaucher des psychologues, alors que les travailleurs sociaux devront quant à eux se consacrer exclusivement à des activités cliniques.

À l’heure actuelle, des psychologues, des travailleurs sociaux, des infirmières et d’autres professionnels participent à l’enseignement dispensé aux résidents, ainsi qu’à leur supervision clinique.

Concrètement, cela signifie que les résidents peuvent recevoir une formation complémentaire sur des sujets comme la relation patient-médecin, la communication, le DSM-V (Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux), les thérapies cognitivo-comportementales, le développement de l’enfant et les compétences parentales, les troubles du déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH), la violence conjugale, l’évaluation de l’incapacité, etc.

On sait qu’il est parfois difficile d’établir une relation véritablement thérapeutique avec les médecins. Les patients sont par définition vulnérables. Ils doivent divulguer des informations sur eux-mêmes qui sont embarrassantes et qui sont parfois dues à des habitudes de vie dont ils ne sont pas fiers.

Le médecin est souvent vu comme pressé, intimidant ou difficilement compréhensible. Certains redoutent les examens ou les traitements. Bref, il est bien possible que le patient retienne des informations ou mente carrément. Mettre plus de pression sur les médecins pour qu’ils voient plus de patients, comme le fait la loi 20, ne semble pas être une politique très éclairée.

Le but de l’interprofessionnalisme est certes de faire en sorte que les médecins puissent compter sur le soutien d’autres professionnels et se concentrer ainsi sur les actes qu’ils sont les seuls à pouvoir poser. La collaboration permet en principe de faire des gains d’efficience.

Mais plus fondamentalement encore, la collaboration interprofessionnelle favorise une meilleure prise en charge des patients. Ces derniers ont des maux et des besoins de différentes natures.

Le principe de faire appel à des spécialistes de la santé mentale repose d’ailleurs sur une assise philosophique et scientifique solide : le corps et l’esprit, contrairement à ce qu’a cru la philosophie moderne pendant longtemps, ne sont pas des entités séparées. Ils sont imbriqués de plusieurs façons. Tant la dépression que le stress ou l’environnement social peuvent avoir des répercussions sur la santé physique.

Les travailleurs sociaux et les psychologues peuvent voir des patients qui présentent des problèmes de nature psychosociale, les référer à des services offerts par les CLSC ou des organismes communautaires, aider à remplir des formulaires qui permettent d’obtenir des services ou des prestations, faire affaire avec la curatelle publique ou la DPJ, accompagner des personnes dans le deuil, aider à gérer des douleurs chroniques ou des tentations suicidaires, etc. La loi 21, adoptée en 2009, précise le champ de juridiction des différentes disciplines de la santé mentale et de la relation d’aide.

Et surtout, les intervenants psychosociaux contribuent à la formation des résidents en médecine familiale en faisant en sorte que ces derniers acquièrent une compréhension plus riche des déterminants de la santé et du bien-être, ainsi que des traitements et ressources disponibles.

On répète depuis des années qu’une première ligne efficace et accessible est essentielle tant à un contrôle efficace des dépenses en santé qu’au désengorgement des hôpitaux. Des patients qui ont accès à un médecin de famille et à d’autres professionnels sont plus susceptibles de rester en santé, de bien fonctionner socialement et de coûter moins cher à l’État.

Il est vrai que tous n’ont pas un médecin de famille et que ceux qui en ont un ont parfois du mal à le voir dans des délais raisonnables. C’est un vrai problème.

Toutefois, je doute beaucoup que le chambardement des UMF et des GMF soit une solution à ce problème. Les doyens des quatre facultés de médecine des universités québécoises s’inquiètent d’ailleurs des répercussions de la loi 20 sur la formation de la relève en médecine familiale. Ils ont raison.

Si la formation clinique offerte présentement par les médecins en poste n’est pas suffisamment reconnue, ou s’ils doivent la délaisser pour voir plus de patients et qu’ils ne peuvent plus être soutenus par des professionnels qui ont des compétences complémentaires, la formation de nos futurs médecins de famille ne pourra qu’en souffrir. Et nous aussi.

Le ministre Barrette est débarqué dans un système délicat, qui a mis du temps à se mettre en place, comme un chien dans un jeu de quilles. Il est temps qu’il se mette en mode écoute et qu’il s’ouvre à la possibilité que certaines des critiques du projet de loi 20 soient fondées.

* * *

À propos de Jocelyn Maclure

Jocelyn Maclure est professeur à la Faculté de philosophie de l’Université Laval et cotitulaire de la Chaire La philosophie dans le monde actuel.

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12 commentaires
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« Il est vrai que tous n’ont pas un médecin de famille et que ceux qui en ont un ont parfois du mal à le voir dans des délais raisonnables. C,est un vrai problème. »

Et tant que ce vrai problème n’est pas résolu, il m’importe peu de savoir que mon médecin de famille (qui ne traite que moi dans la famille) a eu accès à des intervenants sociaux afin de mieux apprendre à me soigner dans une approche holistique. De toutes façons, je ne peux jamais le rencontrer lorsque j’en ai besoin.

si tu ne peux pas attendre pour ton médecin de famille y a toujours les urgences ou les cliniques, amène toi un bon livre et ou un ami et on te passe dans les 24h

Le terme ‘interprofessionnalisme’ n’est rien de nouveau. C’est ce qu’on appelle depuis longtemps l’approche globale en santé ou approche bio-psycho-sociale. Les CLSC ont été créés avec cette idée en toile de fond. Le problème, c’est que cette approche, peut-être idéale, coûte cher. Avec l’état des finances du Québec, a-t-on toujours les moyens d’offrir aux patients l’idéal?

Notre système de santé a besoin d’un changement radical. Ce n,’est pas normal qu’en 2015, 30% de la population n’ont pas accès à un médecin de famille. Si nous attendons un changement de la part de nos médecins , nous allons attendre longtemps , Dans nos écoles de médecine j’accepterais 50% d’hommes et 50% de femmes , aujourd’hui 70% des étudiants sont des filles . Ce n’est pas correct, J’espère que le ministre de la santé va continuer sa réforme . Il va certainement avoir beaucoup d’opposition . D’ailleurs nous en avons eu un aperçu cette semaine avec ce chantage . Ce groupe de médecins sont très puissants .

J’espère que le Dr Barrette va faire un gros ménage concernant les groupements de médecins qui ce sont unis non pas pour aider les patients, mais pour éviter de payé l’impot normale sur leurs revenus et ainsi réuni faire payé les patients ex: pour des gouttes dans les yeux qu’ils charges de 10.00.à 20.00.voir 10.00 et 20.00 que je devrai payer demain pour l’examen de mes yeux et oublier les cartes de crédit c’est du cach. qu’ils veulent donc passé à la banque ou caisse populaire pour avoir de l’argent Essayez d’avoir un médecin qui ne fait pas partit d’une association et de se fait ils imposent le montant qu’ils veulent Pourquoi pensez-vous que les médecins *chiale* tant Vive le Dr Barrette un gros ménage s’impose Aucun ministre avant lui a osé affronté les MEDECINS Albert

Si je comprend votre raisonnement, les services de santé coûte cher, donc cessons d’offrir des services? D’accord et on fait quoi de la clientèle qui se présente avec des troubles d’ordre psycho-social, on les renvois dans la rue en espérant qu’un bon Dieu s’en occupe? Je crois qu’il y a mieux comme solution pour dépenser plus intelligemment l’argent de la province, comme nationalisé les ressources naturelles promouvoir les pme ou bien investir dans l’éducation afin d’avoir une main d’oeuvre spécialisé qui payeront plus d’impôts.

En passant l’austérité est un échec lamentable dans tous les pays d’Europe qui en ont fait leur politique. Si l’ancien régime coûtait cher, le nouveau ne peut même plus subvenir à maintenir une qualité de vie correcte-acceptable à leurs citoyens.

@ Michel Therrien, bla bla bla… Tu rêves en couleur et ce discours on l’ a assez entendu! Maintenant passons a l’action et cessons de s’ occuper des problèmes qui n’ en sont pas!!!

Ou ça de l’ austérité au Québec? On dépense encore plus que ce que l’on gagne et personne a perdu sa job comme fonctionnaire! Même on devra versé 829,000,000$ seulement en congés maladie reportés pour les prochains 5 ans!!

L’ austérité on va repasser hein! On est malade ou on ne l’est pas hein! L’ AUSTÉRITÉ maudit qui en a qui sont hypocrites au Québec!!

Au Québec on est même pas capable de voir un médecin de famille! Car il en manque ou qu’ ils ne font pas leur job adéquatement? Vous savez m. Maclure, les professionnels qui ont des compétences COMPLÉMENTAIRES ne sont pas nécessaires tant qu’ on n’ a pas un diagnostic ( un vrai) qui va améliorer la santé du patient ! Pour avoir un diagnostic il faut commencer par le commencement voir un médecin de famille!!

Apart cela c’ est rendu comme dans les écoles ça prend un prof. pis ensuite des ressources… On s’ en va ou avec cela??

Faites moi rire! Je n’ai pas besoin de mon md de famille pour prendre rv avec la psy. et ce même dans le domaine publicé. D’ailleurs la plupaprt des Md ne s’y entende vraiment pas en matière de douleurs chroniques, de malaise socio-affectif ou de curatelle publique !!! Et je préfère qu’ils restent loin de cette approche dites de l’esprit , ils bousilleraient tout.

Je trouve très dommage que le Dr Barette veule détruire » ce qui fonctionne si bien »