Médecine privée : pas de péril en la demeure

La principale menace qui guette le système public n’est pas ce système parallèle privé, aux ramifications bien modestes. C’est le système public lui-même, qui semble incapable de se réformer.

medecin
Photo : Alex Proimos/Flickr

Le départ des médecins vers le privé atteint des sommets inégalés depuis 10 ans au Québec. Faut-il s’en inquiéter ?
Politique

Selon une compilation du Devoir, 51 médecins se sont désaffiliés de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) dans les six premiers mois de l’année — on parle de 7 spécialistes et de 44 omnipraticiens. C’est deux fois plus que la moyenne annuelle de la dernière décennie, soit 24 départs par année.

Avant de céder à la panique, il y a lieu de remettre ces chiffres en contexte. Le Québec compte un grand total de 346 médecins exerçant hors du régime public, sur une population de 19 000 sarraus blancs. C’est dire que seulement 1,8 % des médecins ont tourné le dos au régime public. C’est trop faible pour crier au loup.

Les adversaires du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qu’on trouve autant dans la profession médicale que dans les partis d’opposition, n’ont pas mis de temps à imputer ces départs à l’impopulaire projet de loi 20. Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), Louis Godin, avait prédit une vague de désaffiliation, en raison de l’insatisfaction des médecins que le ministre cherche à mettre au pas. La cinquantaine de départs lui donnent des arguments pour dire qu’il avait raison.

Il y a certainement dans ces départs une part de sanction à l’égard des réformes du ministre Barrette. Malgré l’accord in extremis conclu en mai dernier avec la FMOQ, la grogne est forte chez les médecins. Ils ne sont pas habitués de se faire dicter leur conduite.

La pilule passe d’autant plus mal que la charge vient d’un ministre qui défendait bec et ongles les prérogatives des médecins spécialistes, il n’y a pas si longtemps, alors qu’il était président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Il faut peut-être chercher une autre explication dans la vague récente de départs. Depuis l’arrêt Chaoulli, prononcé par la Cour suprême en 2005, il y a une brèche dans le réseau public de la santé. Les Québécois peuvent contracter des assurances pour défrayer des frais médicaux au privé.

La décision, fort controversée à l’époque, choque beaucoup moins aujourd’hui. Les détracteurs du docteur Jacques Chaoulli prédisaient l’émergence d’un système parallèle de santé privé. Dix ans plus tard, force est d’admettre que la principale menace qui guette le système public n’est pas ce système parallèle privé, aux ramifications bien modestes. C’est le système public lui-même.

Un système qui semble incapable de se réformer. Un système qui croule sous les délais d’attente et les pénuries de médecins de famille.

Ce n’est pourtant pas parce qu’il manque d’argent. La santé et les services sociaux accaparent la moitié des dépenses de l’État québécois dans le dernier budget, pour un total de 32,8 milliards de dollars.

J’ai dû mal à croire que les médecins se désaffilient du réseau public sur un coup de tête, pour barber le ministre Barrette. Il me semble qu’on ne prend pas une décision de carrière aussi importante avec une telle désinvolture. Se pourrait-il que le marché pour les services de santé prenne de l’expansion pour des raisons étrangères à la personnalité de Gaétan Barrette ?

Si des médecins se tournent vers le privé, c’est aussi parce qu’ils y trouvent une clientèle à la recherche d’un accès simple, rapide et efficace à des soins de santé. Ce système à deux vitesses n’est pas près de disparaître. Sa progression sera encouragée par l’incapacité du régime public à s’améliorer.

Elle sera aussi freinée par la faible proportion de citoyens qui ont les moyens de payer pour des services au privé, et par les pouvoirs dévolus au ministre. S’il le juge opportun, il peut obliger les médecins désaffiliés à offrir des services aux tarifs usuels de la RAMQ.

La qualité et l’accessibilité des services publics me paraissent autrement plus préoccupantes que cette petite secousse.

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Les médecins qui se tournent vers le privé ne le font pas seulement pcqu’ils recherchent une clientèle voulant accéder à des soins de façon simple, rapide et efficace. Ces médecins SE choisissent, choisissent une médecin plus facile, avec des heures qui LEUR conviennent, laissant aux collègues les polymédicamentés, les psychiatrisés, les cas lourds de diabète, d’autres maladies chroniques, les personnes difficile à gérer, avec troubles de la personnalité, les alcooliques, les toxicomanes, les fibromyalgiques, les cas sévères de douleurs chroniques, les cas de misère sociale, etc. Ce sont des déserteurs.

Vous avez tout à fait raison, plusieurs médecins trouvent qu’une semaine de 35 heures, c’est trop, ils peuvent de cette façon faire le nombre d’heures qui leurs conviennent, avec les salaires faramineux obtenus dernièrement, ils préfèrent perdent en faisant moins d’heures, puisqu’ils demeurent à tout le moins au même salaire qu’auparavant, c’est une question de gros sou, la loi du moindre effort.

Votre façon de voire est habituelle mais trop simple. C’est certainement le cas actuellement pour les rares médecins qui ont choisi le privé mais cela ne durera pas lorsque leur nombre augmentera. Quant aux médecins du « public », croyez-vous que tous sont dévoués à leurs malades et disponibles à tout instant ? Il me semble que certains font déjà moins de 35 heures et qu’il est difficile d’en trouver en fin de journée ou de semaine. L’expérience, et non la théorie, montre qu’il faut un équilibre entre les deux systèmes, ce qui n’est pas le cas au Québec. Et il serait peut être utile de ramener la rémunération à un niveau qui pousserait à travailler plus.

Le problème c’est qu’il y a l’ordre des médecins et que la « tarte salariale » est divisée entre eux, donc on ne veut pas qu’il y ait plus de médecins, les parts seraient plus petites.

Ce fut vrai pendant des décennies durant le règne d’Augustin Roy alors président du Collège pour contingenté au stricte minimum, le nombre d’étudiant en médecine. Ce n’est plus le cas depuis une quinzaine d’années, le tout relevant du ministère de l’éducation. Il était grand temps mais le contingentement durant trois décennies nous a amené dans le bordel actuel du manque de médecins.

Pour des raisons professionnelles, j’ai rencontré sur leurs lieux de travail, très variés et dans plusieurs pays, des milliers de médecins de tous les niveaux pendant plus de 30 ans et pu ainsi suivre l’évolution de leur métier et de leur organisation professionnelle et sociale. La situation au Québec est très classique : l’opposition entre les organisations privées et publiques. En fait, ces structures répondent à des besoins différents et se complètent. Elles ne devraient pas avoir la prétention de tout faire. Un bon équilibre semble être aux en virons de 25 % des actes dans le privé, ce qui ne veut pas dire avec la liberté totale des tarifs, et le reste dans le public. Le sujet est trop vaste pour prétendre le traiter dans le cadre d’un forum de lecteurs. Mais, globalement, l’organisation actuelle au Québec assure un bon niveau technique mais est très insuffisante sur le plan humain. Quant au corps médical, il est à l’apogée de son pouvoir économique et politique (combien de médecins dans le gouvernement provincial ?) mais il est condamné à revenir à un niveau qui correspond plus à son rôle réel et son importance sociale.

Vive le privé!

En vieillissant je suis inquiet du traitement (ou plutôt de son absence) que je recevrai d’un secteur public rationné et probablement en pleine implosion. Pour tout dire ça fait peur.

C’est rassurant de penser que je pourrai aller au privé en cas de besoin.

De toute façon le communisme n’a jamais fonctionné nulle part je ne vois pas pourquoi ça serait différent ici.

N’empêche que très peu de pays dans le monde ont un système de santé 100% public comme le nôtre… McCarthyisme ou refus de votre part de voir la réalité en face?

Si notre système est à 100% public, comment se fait-il que vous réjouissez-vous de pouvoir un jour allez au privé en cas de besoin et vous en sentez-vous rassuré?
100% public?
100% mais avec possibilité d’allez au privé.
Et donc pas aussi 100% que ça!
Confusion?

98.2% des médecins au Québec sont présentement au public selon l’article cité ci-haut et moins de 3% des médecins du Québec ne seront tolérée hors RAMQ sous la loi actuelle de l’assurance-maladie du Québec. Donc 97% de communisme obligé au Québec, on peut très bien dire avec assurance que c’est 100% public pour les médecins du Québec avec une marge d’erreur sous les 3% et c’est statistiquement valide ! …, mais loin de me rassurer.

Une chose que je trouve tout de même truculente, c’est de voir les séparatistes gauchistes québécois s’égosiller à vouloir défendre à tout prix le système de santé CANADIEN!!!

Amusant non?

C’est peut-être ce qui les différencient le plus de vous. Ils peuvent une différence entre tout ou rien, entre ceux qui ne pensent pas comme vous et qui sont toujours et à 100% hors-circuit à vos yeux.
Comme il n’y a rien de parfait, surtout en tout et selon la définition de chacun, il n’y a rien de complètement mauvais et à rejetter à 100% et du revers de la main.
D’autant plus que pour qu’une société avance, il faut des compromis et savoir se contenter de petits pas.
Mais ce n’est pas à vous et vos semblables imaginables.
Si vous étiez en pouvoir, à vous lire, vous me feriez très peur.
J’aurais peur pour ma vie et celle de ceux qui ne pensent pas comme vous.
La société serait certainement divisée en deux: ceux qui sont des vôtres et les autres. Les autres n’auraient qu’à bien se tenir!
Fort épeurant que de constater que trop d’humains ici ou ailleurs en 2015 pensent comme vous!

Le problème réel est causé par les médecins qui ont depuis 50 ans tous les postes sur les Conseils d’administration des hôpitaux et mènent tout le personnel par le bout du nez ce que la réforme vient changer. N’avez vous pas remarquer que les attentes augmentent depuis le dépôt de la loi. Il m’apparaît que les médecins ralentissent la cadence de leur travail pour brouiller les cartes. Selon des personnes qui travaillent dans le milieu, il y a de plus en plus de grogne chez les bénéficiaires qui ne manquent pas de leur dire ce qu’ils pensent, une tendance odacieuse qui est incontournable puisque les médecins avaient déjà la population à dos. Lorsque la loi sera en vigueur, s’ils ne changent pas d’attitude ils verront leurs salaires diminuer.

Un orthopédiste entendu ce samedi disait avoir quitté le public pr le privé car n’opérait pas assez. Hanches et genoux. S’est bâti une clinique, opère autant qu’il veut avec équipes nécessaires qu’il paie. La RAMQ donne entre 1 500 et 2 000$ pour chirurgie de la hanche, lui il charge 20 000$..Sa clinique doit se payer et lui opérer autant qu’il le veut..c’est aussi cela le privé..moi je n’aurai jamais les moyens de m’en payer et même si je les avais je resterais au public, car je suis CONTRE le privé. Ayant vu des pères de famille faire faillite avant l’ass. public, parce que mère hospitalisée et enfants malades, dont un était à Ste-Justine… son salaire était trop bas pour payer cela…un choix : faillite, ce dont j’aurais fait à sa place..on ne choisit pas d’être malade, on subit la maladie…!!

Mais le pire dans tout celà, c’est que s’il s’avèrait qu’un patient à la suite d’une opération au privé et en passant en avant des autres patients Québécois qui eux pour la majorité doivent attendre et faire la file pour une opération à la hanche et pour les autres aussi, ce docteur dont il s’agit, le docteur Duval, s’il s’avérait qu’il y ait des complications, ce patient devrait alors allez au public pour que l’on fasse le nécessaire pour lui, les cliniques/hôpitaux « privés » n’ayant pas les équipements nécessaires en cas de complications.
Et si les facture lors des complications étaient refilées à ses docteurs du privé qui vous ont pris en charge?
Totalement contre le privé aussi!

Attention, ce n’est pas vrai que la RAMQ ne « donne » qu’entre 1 500 et 2 000$ pour une chirurgie de la hanche. En plus de cet honoraire au chirurgien, la RAMQ doit payer les frais d’hospitalisation, les frais d’usage de la salle de chirurgie, de la salle de
réveil, de la chambre du patient ainsi que les frais des soins infirmiers, d’inhalothérapie, de physiothérapie, de diététique et autres durant toute l’hospitalisation du patient. Vous vous souviendrez peut-être qu’au début de l’avènement de la RAMQ, celle-ci envoyait au patient une note descriptive des coûts de son hospitalisation. Avant de comparer ce qu’il en coûte pour un patient de se faire opérer au privé au Québec, il faudrait ventiler tous les coûts que le même service commande au public et les coûts que celui-ci commande au privé. De plus tout l’argent investi dans des services privés au Québec contribue à payer des salaires, des fournisseurs, des taxes, des impôts pour notre système de santé public tout en permettant à ces patients qui ne pourraient se payer ces services privés au Québec, ou hors du Québec, de pouvoir se faire traiter ici au Québec par un régime public financé que par les taxes et les impôts car il ne faut pas oublier qu’au Canada, il est interdit depuis 1984 que les assureurs privés n’assurent un service médical déjà couvert par un régime public.