Mémorandum à Jagmeet Singh 

Avec l’arrivée de Pierre Poilievre à titre de chef conservateur et de l’opposition officielle, notre collaborateur reprend son ancien chapeau de stratège politique et prépare un mémorandum pour chacun des quatre principaux chefs des partis politiques fédéraux. Cette semaine, Jagmeet Singh, chef du NPD. 

Adrian Wyld / La Presse Canadienne / montage : L’actualité

Yan Plante est vice-président à l’agence de relations publiques TACT. Il est un ex-stratège conservateur ayant conseillé l’ancien premier ministre Stephen Harper lors de trois élections. Comptant près de 15 ans d’expérience en politique, il a également été chef de cabinet de l’ex-ministre Denis Lebel.

À : Jagmeet Singh, chef du Nouveau parti démocratique 

Sujet : Il est temps d’appuyer sur le bouton panique 

Date : 20 octobre 2022 

Je vais aller directement au but : vous êtes politiquement dans le trouble. Il fallait que quelqu’un vous le dise, car il me semble évident que vous devriez reconsidérer rapidement votre stratégie actuelle. Il est pour vous temps d’appuyer sur le bouton panique. 

Le scénario du film des prochaines élections est déjà écrit et je vous annonce que vous n’avez pu y décrocher mieux qu’un rôle de figurant. Je vais tout de suite vous dévoiler l’intrigue et une partie du punch. 

C’est donc l’histoire du premier ministre Justin Trudeau, qui fait face à un vent de changement alors qu’il est en poste depuis presque 10 ans. Il affronte un nouveau chef conservateur qui a su bâtir un mouvement politique rarement vu au Canada. 

Puisque l’élection en est une de changement, la population se demande d’abord si elle souhaite continuer avec son premier ministre. Dans ce contexte polarisant, l’écrasante majorité des électeurs se rassemblent dans deux clans principaux. 

Celui du « oui » désire poursuivre la route avec Justin Trudeau, soit parce que c’est le favori de la foule ou encore, parce que c’est la meilleure façon de barrer la route à un gouvernement Poilievre. 

Celui du « non » préfère pour sa part changer de gouvernement. Il observe donc les autres possibilités et se demande laquelle est réellement différente de celle dont il est si tanné. Tant qu’à changer, il veut le faire pour vrai. 

Il n’y a théoriquement que deux solutions de rechange (les néodémocrates et les conservateurs), mais une seule se distingue véritablement des libéraux. C’est celle que propose Pierre Poilievre. 

Dans ce scénario comme dans la vraie vie, l’option que vous dirigez a signé une entente pour permettre au gouvernement Trudeau de gouverner sans inquiétude jusqu’en 2025. Depuis que vous êtes chef du NPD, une grande partie de votre électorat aime autant Justin Trudeau que vous, sinon plus. À part la couleur des logos des partis, les électeurs ont de la difficulté à comprendre ce qui différencie les deux formations.

Le clan du « non » ne voyant donc pas de différence réelle entre les propositions de Justin Trudeau et les vôtres, il se range massivement derrière Pierre Poilievre. 

Vers la fin du film, les choses se gâtent encore plus pour vous. Alors que le duel entre Justin Trudeau et Pierre Poilievre se confirme et obtient presque toute l’attention médiatique, l’intensité augmente. Sur un fond musical haletant, M. Trudeau fait un appel solennel aux électeurs néodémocrates en les exhortant à voter stratégiquement. « Si vous votez pour le NPD, vous allez diviser le vote progressiste et la conséquence sera terrible pour notre pays : un gouvernement Poilievre qui sera pire que les années Harper ! Continuons ensemble, mes amis. » 

Dans la scène suivante, on voit Pierre Poilievre qui, en plus de s’adresser à sa base électorale et à ceux qui ont l’habitude de ne pas voter, parle lui aussi à vos électeurs. « Vous qui souffrez depuis tant d’années. Vous qui avez tout perdu depuis la pandémie. Vous qui avez de la difficulté à payer vos factures. Vous qui vous sentez exclus par le système et les élites. Il n’y a qu’une place pour vous et c’est au sein du Parti conservateur. Le NPD vous a trahi en rejoignant les libéraux dans une coalition pendant quatre ans. Si vous voulez que ça change et retrouver une vie meilleure, votez pour nous. » 

Tout de suite après, on vous voit lever la main et essayer de répondre, mais les cris des partisans dans les deux clans sont trop forts et vos paroles sont inaudibles. Les gens ont fait leur choix. 

Je vais vous garder le punch de savoir qui les électeurs ont finalement choisi pour gouverner le Canada, mais je peux déjà vous dire que vous êtes demeuré loin derrière et que, pour la troisième fois consécutive, votre avenir politique est remis en question. 

J’imagine que vous trouvez que c’est un film d’horreur. Peut-être, mais il est tout de même potentiellement trop tard pour en changer le dénouement. Il n’y a en fait qu’une possibilité : c’est de vous sortir de cette entente avec les libéraux. Elle ne vous mènera qu’à une cuisante défaite. 

Le concept fondamental que le NPD semble trop souvent oublier, c’est que si les conservateurs représentent son adversaire idéologique, c’est le Parti libéral qui est son adversaire stratégique. C’est lui qu’il doit arriver à dépasser s’il souhaite un jour former un premier gouvernement néodémocrate, après 60 ans dans l’opposition. 

Jack Layton l’a fait en contrastant sa vision autant avec Stephen Harper qu’avec Michael Ignatieff, et il a formé l’opposition officielle. Il était encore loin de la vraie victoire, mais il devenait une réelle option pour l’élection suivante — si la maladie ne l’avait malheureusement pas emporté. 

Souvent, le NPD me donne l’impression de ne pas vraiment vouloir former le gouvernement et d’aimer son statut de tiers parti à la Chambre des communes. Au point où je vous pose la question : souhaitez-vous être le prochain premier ministre du Canada ? 

Si oui, il est peut-être encore temps de le démontrer.

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Au fédéral j’ai voté NPD ainsi qu’au provincial quand j’habitais encore la Colombie-Britannique mais je ne voterai plus pour ce parti qui a trahi sa base en C.-B. D’abord, le BC-NDP avait été élu sur une base favorable à l’environnement et ils ont formé une sorte d’alliance avec les Verts pour remplacer les libéraux provinciaux. Cette alliance a peu duré car le NPD a déclenché des élections dès qu’il a senti qu’il pouvait être majoritaire en pleine crise de Covid. Il a obtenu son mandat majoritaire et c’est là que la sauce a tourné.

Ils ont renié leurs engagements en matière d’environnement en laissant les forêts anciennes de l’île de Vancouver être détruites par les forestières (avec en prime plus de 1 100 arrestations de gens qui voulaient protéger ce patrimoine important), puis en continuant le pharaonique barrage du Site C et en lâchant ses paramilitaires contre les chefs traditionnels des Wet’suwet’en qui s’opposaient au passage du gazoduc CGL sur leur territoire ancestral… au moins 3 fois! D’un côté de la bouche le NPD passe un loi pour adopter la Déclaration des NU sur les droits des peuples autochtones et de l’autre il fait exactement le contraire la minute que les Autochtones veulent exercer ces droits! Comme hypocrisie c’est difficile à battre.

Mais, ce n’est pas tout! Quand le PM Horgan a décidé de prendre sa retraite, le parti a lancé une course à la direction et deux candidats ont émergé, M. Eby de l’establishment du parti et Anjali Appadurai qui proposait une approche plus environnementaliste pour le parti qui aurait affecté l’industrie du pétrole et du gaz. Anjali a recruté beaucoup de membres au point où l’establishment du parti a senti qu’elle pourrait peut-être gagner. On a alors mandaté la responsable des élections Elizabeth Cull pour faire un rapport à savoir si Mme Appadurai pouvait être disqualifiée. Or, il s’adonne que Mme Cull était aussi lobbyiste pour qui? Ben oui, les pétrolières et gazières!

Est arrivé ce qui devait arriver dans un parti traditionnel qui veut protéger ses amis de l’industrie, on a finalement décidé de disqualifier Mme Appadurai et élu par acclamation le candidat de l’establishment, M. Eby. Cela doit nous rappeler que le NPD est en fait le parti des syndicats et qui dit syndicats dit emplois, dont les nombreux emplois dans les énergies fossiles et les pipelines.

Alors, le NPD c’est fini pour moi car il a enfin révélé son vrai visage et cela vaut autant pour le provincial que le fédéral. D’ailleurs l’alliance NPD – libéraux fédéraux n’était pas une surprise puisqu’on sait que M. Trudeau est en fait Monsieur Pipeline qui en a acheté un, TransMountain, avec notre argent, un véritable trou sans fond de dépense des fonds publics pour une industrie vacillante qui n’a d’avenir que si on veut la fin de l’humanité sur cette planète. Assez c’est assez.

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Belle analyse. Monsieur Singh, la seule façon d’espérer sauver le peu qu’il reste du NPD est de dénoncer rapidement votre alliance avec le parti Libéral et de faire de la protection de l’environnement votre priorité.

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Monsieur Plante en bon franchisé du Parti conservateur, nous ressort la bonne veille recette de la droite qui consiste à vouloir polariser le débat politique du genre : « You are in or you are out! » cette formule célèbre de George W. Bush.

Le chaos, c’est toujours l’autre. Quand l’ordre, la liberté, la démocratie, la paix (Oui ! Mais pas trop…) et plus d’argent dans les poches des citoyens (lesquels ont toujours les poches tout aussi trouées) ; ce sont toujours des bienfaits qu’apporte la droite, les conservateurs, les républicains et évidemment pas les autres. J’entends par « les autres » cette gauche hideuse, dépensière et intransigeante qui se décline ici du PLC au NPD. Après il y a pire : le collectivisme. Mais disons–le, cette gauche repoussante, c’est déjà comme l’antichambre du communisme.

Ainsi, vu comme ça, suivant ce scénario pourtant éculé, tel qu’il nous est présenté comme une « nouveauté », l’électeur abruti que je suis, devra choisir entre l’ineffable Trudeau ou l’étoile montante du PCC : le divin Poilievre.

Toujours vu comme ça, ce choix manichéiste est clair, cette lutte sans fin du bien contre le mal. L’enfer est rouge ou même orangé ; le bien se décline dans diverses nuances de bleu ; entre vous et moi le seul vrai bon bleu c’est celui du Parti conservateur.

Bref, pas la moindre place pour Jagmeet Singh, dont monsieur Plante annonce dès à présent la mort politique, pas de place pour les verts ou les environnementalistes (un ou une seule député(e) au maximum suffira) et juste une petite place pour le Bloc pour autant qu’ils ne fassent pas d’ombre là où le PCC a les meilleures chances de l’emporter.

Donc messieurs du Bloc ne vous avisez pas d’essayer de prendre la circonscription de Richmond-Arthabaska (celle d’Alain Rayes), elle est réservée aux amis de Polievre uniquement.

Si ce n’est que cette partie-là, on nous l’a déjà joué quelquefois, avec Harper en 2015 notamment, selon moi le Premier ministre le plus décevant de l’histoire récente du Canada. Et c’était encore le même scénario en 2019 avec Andrew Scheer où les électeurs devaient choisir entre lui Andrew « or » Justin(e).

Ce genre de scénario sans cesse ressucé et usé jusqu’à la corde, prendrait-il forme entre 2023, 24 ou 25, usure du pouvoir aidant ? Laissant les coudée franches à PP dans cet enjeu politique très binaire que seuls les conservateurs veulent et dont eux seuls possèdent le secret ?

Reste que le premier parti au Canada, c’est celui de l’abstention. Ce divorce entre la base et les partis politiques n’augure rien de bien bon. Il ne serait pas inutile que les politiciens prennent en compte ce genre de composantes pour comprendre que leur légitimité, ce n’est pas la loi électorale, lorsque les élus se doivent avant tout d’être l’émanation de la volonté conjuguée des membres de la nation.

Alors, moi je pense qu’il y a des électeurs qui savent faire la différence entre les partis, lesquels sont capables de se déterminer sur autres choses que seulement la face de deux impétrants. En plus le principal défaut de Poilevre, c’est qu’il n’est pas conservateur. C’est l’apparition d’un appariteur parmi tant d’autres qui l’ont précédé dont l’unique mission est de servir des intérêts plutôt occultes qui préfèrent ces indices qui défilent devant leurs moniteurs à l’émergence parfaitement inutile de ce qui pourrait ressembler à une volonté populaire.

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