Mémorandum à Justin Trudeau

Avec l’arrivée de Pierre Poilievre à titre de chef conservateur et de l’opposition officielle, notre collaborateur reprend son ancien chapeau de stratège politique et prépare un mémorandum pour chacun des quatre principaux chefs des partis fédéraux. Cette semaine, Justin Trudeau.

Darren Calabrese / La Presse Canadienne / montage : L’actualité

Yan Plante est vice-président de l’agence de relations publiques TACTIl est un ex-stratège conservateur ayant conseillé l’ancien premier ministre Stephen Harper lors de trois électionsComptant près de 15 ans d’expérience en politique, il a également été chef de cabinet de l’ex-ministre Denis Lebel.

À : Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Sujet : Arrivée de Pierre Poilievre en tant que chef conservateur et de l’opposition officielle

Date : 6 octobre 2022

Dès le commencement du premier de cinq débats des chefs en 2015, vous avez confirmé à mes yeux ce que j’anticipais depuis plusieurs mois : vous alliez gagner. 

Vous aviez le premier droit de parole. Vous avez regardé la caméra pour vous adresser directement au public et avez posé la question suivante aux Canadiens : « Est-ce que le plan de Stephen Harper fonctionne pour vous ? » Vous avez ajouté que le premier ministre sortant ne ressentait pas la souffrance des gens à partir du 24 Sussex.

Stephen Harper a rappelé le contexte économique mondial de l’époque et le fait que le Canada avait le meilleur bilan en matière de classe moyenne parmi les pays développés. Il était trop tard. Vous étiez empathique et sincère. Vous aviez compris le sentiment de ras-le-bol et incarniez le changement souhaité par de nombreux électeurs.

Les temps ont changé. Aujourd’hui, vous êtes un premier ministre à son troisième mandat, et c’est vous qui utilisez trop souvent des statistiques et des messages bureaucratiques complexes pour défendre votre bilan.

Or, vous affrontez désormais Pierre Poilievre, qui souhaite à son tour être la voix des gens qui souffrent et qui espèrent un renouveau.

Aucun premier ministre canadien n’a remporté quatre élections fédérales consécutives depuis Wilfrid Laurier en 1908. Si vous tentez le coup, vous devrez forcément faire face à un important désir de changement dans l’électorat. Rien de personnel, cela vient avec l’usure du pouvoir. Ces élections seront vraisemblablement un référendum sur vous.

Vous avez mentionné que vous serez des prochaines élections. Dans le contexte actuel, vous demeurez le meilleur actif libéral et celui qui a les meilleures chances de conserver les 35 sièges au Québec et les 76 en Ontario. C’est la clé de votre réélection.

Il faut néanmoins éliminer les doutes de plusieurs sur vos intentions réelles en posant des actions sans équivoque. La meilleure façon de convaincre la population — et d’éviter de devenir faible — est de vous préparer à des élections dès maintenant. Après tout, votre gouvernement est minoritaire, même si l’entente avec le NPD vous assure une certaine stabilité.

Voici quelques tactiques à mettre en place pour envoyer le signal à votre équipe et aux oppositions que vous serez prêt à tout moment si jamais des élections sont nécessaires :

  • Nommez tout de suite votre directeur de campagne et laissez filtrer des informations sur l’avancement de la préparation électorale.
  • Lancez des publicités pour définir Pierre Poilievre. Un sondage récent donnait quelques indices sur la perception des électeurs libéraux et néo-démocrates à son égard : ils le trouvent« arrogant », « intimidateur », « malhonnête », « insensible » et « corrompu » ; voilà des pistes à suivre.
  • Provoquez des votes en Chambre pour déstabiliser vos adversaires et n’hésitez pas à mettre la confiance du Parlement en jeu même quand ce n’est pas indispensable. Les oppositions seront ainsi sur les dents et vous démontrerez à tous que vous avez encore le feu sacré. Au moins un parti d’opposition votera vraisemblablement avec vous pour éviter un scrutin ; si ce n’est pas le cas, vous serez prêt pour une campagne électorale.
  • Recommencez à organiser des assemblées publiques locales pour répondre aux questions des gens. Allez à la rencontre des Canadiens aussi souvent que possible, reprenez contact avec la population : ça a été la clé de vos succès passés.
  • Si Jagmeet Singh souffle à nouveau le chaud et le froid sur votre entente de gouvernance, faites-en de même. Forcez-le à réitérer son engagement. C’est lui qui est dans une position de faiblesse. Ne faites surtout pas un Paul Martin de vous-même en donnant l’impression d’être prêt à tout pour vous accrocher au pouvoir.

Une autre action clé sur votre liste devrait être de « neutraliser » les premiers ministres conservateurs dans les provinces. Doug Ford est le plus populaire. Au cours de la pandémie, vous avez réussi à travailler avec lui. Continuez sur cette voie. Multipliez les annonces importantes avec vos homologues conservateurs, particulièrement en Ontario. Ils ne vous appuieront pas lors des prochaines élections, mais il leur sera beaucoup plus difficile d’être activement impliqués auprès de votre adversaire. En travaillant avec eux pour le bien commun, vous diminuerez l’écho des attaques de Pierre Poilievre et ferez mouche auprès de l’électorat centriste qui aime les compromis. 

Depuis 2015, vous gouvernez à gauche, et vous aurez à nouveau besoin des progressistes pour contrer votre adversaire conservateur. Sauf que Pierre Poilievre s’inspire de Doug Ford et a aussi dans son viseur une partie des électeurs du NPD, avec un discours axé sur la réalité des gens qui souffrent, qui peinent à payer leurs factures et qui se sentent exclus par le système. Son populisme attire des électeurs à gauche comme à droite.

Vous devrez donc trouver une façon de conserver les acquis à gauche tout en regardant également vers le centre. Les centristes sont peut-être moins motivés et plus silencieux que les autres électeurs, mais ils ont l’habitude de faire et de défaire les gouvernements. La bonne nouvelle pour vous, c’est qu’ils se cherchent désespérément une option politique présentement.

Puisque la campagne s’annonce être un référendum à votre égard, il y aura en quelque sorte le clan du oui, pour que vous demeuriez en poste, et celui du non, favorable à un nouveau gouvernement. Dans un tel contexte polarisant, le vote d’opposition risque de se coaliser derrière une option en particulier et elle devrait être Pierre Poilievre. Il y aura donc peu de place pour la division du vote de contestation entre plusieurs partis, comme ce que l’on vient de voir lors des élections au Québec. L’exception sera possiblement le Bloc, dans sa particularité québécoise.

Si cette polarisation aura comme effet de renforcer un adversaire, elle pourrait en faire de même avec vous, en attirant vers le Parti libéral des électeurs néo-démocrates et du centre qui seraient effrayés par l’idée d’un gouvernement Poilievre.

La victoire est loin d’être acquise, mais elle est tout à fait possible.

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Monsieur Trudeau, si vous aspirez à une 4e mandat:
– Devenez un vrai leader respecté dans le monde, promettez moins, agissez plus et respectez effectivement vos promesses en accélérant en autre les processus d’admission des réfugiés afghans et ukrainiens et en « débureaucratisant » la fonction publique fédérale
– Abandonnez votre statut de service social et de redresseur de torts, la grande majorité des canadiens arrivés au Canada après la première guerre mondiale ne sont pas responsables des abus contre les autochtones et les minorités perpétués par les gouvernements fédéral et provinciaux et les communautés religieuses à la fin du 19e et au début du 20e siècles. Promettez plutôt d’abolir plutôt la loi sur les indiens
– Financez correctement les provinces pour les soins de santé et arrêtez de vous immiscer dans les champs de compétences des provinces, comme tous les gouvernements libéraux fédéraux ont toujours chercher à le faire.

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