Mémorandum à Pierre Poilievre

Avec l’arrivée de Pierre Poilievre à titre de chef conservateur et de l’opposition officielle, notre collaborateur reprend son ancien chapeau de stratège politique et prépare un mémorandum pour chacun des quatre principaux chefs des partis politiques fédéraux. Cette semaine, le principal intéressé.

Adrian Wyld / La Presse Canadienne / montage : L’actualité

Yan Plante est vice-président de l’agence de relations publiques TACTIl est un ex-stratège conservateur ayant conseillé l’ancien premier ministre Stephen Harper lors de trois électionsComptant près de 15 ans d’expérience en politique, il a également été chef de cabinet de l’ex-ministre Denis Lebel.

À : Pierre Poilievre, chef de l’opposition officielle du Canada

Sujet : Saisir la seule occasion de votre vie de devenir premier ministre du Canada

Date : 13 octobre 2022

Nous nous connaissons depuis longtemps et nous avons travaillé étroitement ensemble à quelques occasions lorsque j’étais en politique avec votre parti. Mais nonobstant cela, je vous offre objectivement un certain nombre de conseils au même titre qu’aux quatre autres chefs des partis fédéraux.

Votre victoire décisive à la chefferie conservatrice vous place dans une position à la fois favorable et délicate. L’espoir que vous procurez à vos troupes se transformera rapidement en attentes élevées en vue des prochaines élections, où seule la victoire sera une option.

Lorsqu’il y a des changements de gouvernement, je suis d’avis que c’est le premier ministre sortant qui perd les élections, bien plus qu’un chef de l’opposition qui gagne. Rappelez-vous toujours ce concept de base : si les Canadiens ne veulent pas remplacer Justin Trudeau, vous allez perdre. 

Donc, votre première mission est d’alimenter le désir de changement. 

Talonnez le gouvernement sur des enjeux qui touchent le quotidien des Canadiens, afin de démontrer que vous comprenez les défis auxquels ils font face. Ne succombez pas à la pression de déposer trop tôt votre programme électoral ou d’expliquer ce que vous auriez fait dans telle situation si vous aviez été premier ministre. Vous ne gagnez rien à vous exposer trop rapidement. Si peu de gens lisent les plateformes électorales en campagne, imaginez combien, hormis les journalistes et vos adversaires, le font en temps normal…

Veillez cependant à ne pas franchir la ligne du mauvais goût, comme dans le dossier du départ du député québécois Alain Rayes, lorsque votre parti a transmis dans sa circonscription des messages automatisés invitant les citoyens à exiger sa démission.

Présentez-vous aux Canadiens, ceux qui ne vous connaissent pas encore, selon le positionnement stratégique que vous choisirez pour affronter Justin Trudeau. 

Vous n’aurez probablement qu’une seule chance de devenir le 24e premier ministre du Canada. Conséquemment, vous avez l’obligation d’être prêt le plus tôt possible ! En effet, ne présumez pas que l’entente de gouvernance entre le NPD et le gouvernement libéral, par laquelle les néo-démocrates assurent la paix parlementaire aux libéraux, tiendra jusqu’à son échéance, en 2025. Les libéraux demeurant minoritaires, des élections pourraient arriver à tout moment. 

Pour résumer très clairement, votre préparation électorale est la chose la plus importante et urgente sur votre liste de tâches. Cela inclut de monter une équipe de campagne, de préparer le plan sous toutes ses coutures et de commencer dès maintenant le recrutement de candidats de calibre capables de chausser les souliers de ministre. Soyons lucides : vous devrez trouver en dehors de votre caucus de députés actuel certains de vos éventuels ministres clés.

Vous êtes, selon moi, le chef de l’opposition officielle le plus redoutable depuis Thomas Mulcair. Toutefois, n’y prenez pas goût au point d’oublier que les élections ne se gagnent pas au parlement à la période de questions. Divisez votre temps à parts égales entre la Chambre des communes et les tournées pour continuer à bâtir votre mouvement politique et obtenir de la visibilité dans les médias locaux.

Je décode que votre stratégie s’appuie sur trois publics cibles. D’abord, la base conservatrice, qui représente environ 30 % de l’électorat canadien. Ensuite, vous semblez parier sur votre capacité à attirer des Canadiens qui ne votent pas, de manière générale. Depuis une trentaine d’années, le taux de participation moyen aux élections fédérales est de 64 %. Il y a donc environ un tiers des électeurs admissibles qui ne se déplacent plus pour exercer leur droit fondamental.

Il est vrai que si vous pouviez convaincre un certain nombre de ces citoyens de vous appuyer — disons 1 sur 10 — , cela pourrait être suffisant pour former le gouvernement.

Et finalement, votre troisième cible se trouve dans l’électorat néo-démocrate. Votre discours pour défendre les gens qui peinent à payer leurs factures et ceux qui se sentent exclus par le système peut effectivement plaire à de nombreux électeurs du NPD. L’avantage de votre approche est qu’elle vous permet de livrer un message universel sans avoir à soumettre des propositions ciblées pour différentes régions du pays. Il n’y a ni gauche ni droite absolue au populisme… 

Toutefois, cette stratégie risque justement de repousser les électeurs au centre de l’échiquier politique, dans la zone des consensus. Parce qu’à vrai dire, le populisme appelle à des réformes si importantes — allant de coupes majeures dans la taille de l’État jusqu’à des remises en question de certaines institutions — qu’elles peuvent être perçues comme un synonyme d’instabilité politique pour beaucoup d’électeurs centristes. Et ce sont eux qui choisissent historiquement les gouvernements…

Allez également rencontrer des dirigeants internationaux. L’objectif est de semer l’idée, dans l’esprit des Canadiens, que vous seriez à la hauteur pour représenter notre pays à l’étranger. 

Faites de même avec les premiers ministres provinciaux. Tranquillement, de plus en plus d’électeurs vous imagineront dans le rôle de premier ministre.

Vous serez vulnérable aux attaques touchant la loi et l’ordre en raison de votre tolérance, sinon votre appui, envers le convoi des camionneurs de l’hiver dernier, un thème pourtant à l’avantage des conservateurs habituellement. Les libéraux tenteront aussi de vous faire mal paraître sur les questions morales comme le droit à l’avortement et le contrôle des armes à feu.

Si vous réussissez à générer un désir de changement suffisamment fort dans l’électorat, ces attaques pourraient se retourner contre les libéraux et leur donner l’air d’un parti désespéré en fin de régime. 

Au Québec, innovez dans la façon de composer avec le Bloc. Ne reprenez pas la vieille recette inefficace de dépeindre le Bloc comme un éternel parti d’opposition. Les Québécois savent que le Bloc sera dans l’opposition, ce qui ne les empêche pas de voter massivement pour lui (sauf en 2011 et en 2015). Montez un argumentaire démontrant à vos électeurs potentiels que le Bloc les représente mal à Ottawa. 

Certains observateurs croient que vous ne pouvez pas remporter les prochaines élections. J’estime plutôt que vous avez devant vous un chemin complexe, mais possible, en trois étapes vers la victoire. La première est que les électeurs décident de remplacer Justin Trudeau. La deuxième est que vous incarniez plus que Jagmeet Singh la solution de rechange. La troisième est que les électeurs se rassemblent en grand nombre derrière cette option qui contraste avec le premier ministre sortant. À vous de jouer.

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À lire cet article, j’ai la nausée! Le jeux de pouvoir, de plans stratégiques pour gagner les votes, entre autre, des populistes. Absence d’humanité, de volonté de nous protéger et de protéger la nature qui nous permet de survivre contre les changements climatiques. Nous avons des problèmes de société grandissants, de violence avec armes à feux et nous avons ces clowns qui nous mentent impunément, ils sont là pour gagner et nous rentrer dans la gorge leurs idéologies avec des politiques sans vision globale. Nous sommes les dindons de la farce. Nous avons eu des années de cauchemars avec Harper et maintenant nous avons Poilievre et son cirque! Quel recul, c’est décourageant!
Un bel exemple du cirque au Parlement,
regardez et écoutez tous ces Ministres, ils se répondent en chantant, en s’insultant. Notre démocratie est en déroute.

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@ Lise Carbonneau Est-ce que vous parlez spécifiquement des conservateurs ou des politiciens en général? Parce que quand j’ai lu votre commentaire, si vous n’aviez pas mentionné M. Poilievre et M. Harper, il m’est venu en tête autant les bourdes des conservateurs qui aspirent à prendre le pouvoir que celles du gouvernement en place. C’est fou ça.

Monsieur Polièvre:
Le Québec ne vous suivra pas avec votre philosophie de conservatisme moral et de libertarisme. Si vous voulez gagner le Québec:
– donner plus d’autonomie aux provinces et n’intervenez pas dans les champs de compétence des provinces
– augmentez les transferts en santé aux provinces
– reconnaissez que les problèmes climatiques sont réels, graves, dus en partie aux humains et faites la promotion de l’innovation en protection de l’environnement parce que c’est rentable à long terme
– soyez un leader au niveau international, pas un premier ministre insignifiant comme Justin Trudeau

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En ce qui me concerne, Poilièvre est un intransigeant pour qui tout se résume à un oui ou un non. Historiquement, les dictateurs, les autocrates, les fascistes et tout les autres qui ne veulent que s’imposer sans parlementer finissent toujours par détruire la société qu’ils dirigent.
J’espère que les canadiens verront qu’il n’est rien d’autre qu’une tête-à-claque.

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Voter pour un aspirant premier ministre du Canada « démagogue », non merci ! Nous serions dus pour un changement du gouvernement au fédéral. Mais M. Poilievre avec ses approches populistes totalement insensées et illogiques se bornent à nourrir les aspirations de la frange complotiste.
P. Poilievre « cultive et enseigne l’ignorance ».p

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Les commentaires vont tous dans la même direction. L’unicité de pensée qu’on y voit est un peu déconcertant.

L’important reste toujours de diriger de façon à bien utiliser les ressources mises à la disposition du gouvernement. Déjà en 2019 la moitié de la production nationale était sous contrôle gouvernemental, et la portion gouvernementale n’a fait que continuer à augmenter depuis. Éventuellement il n’y aura plus de « vache à lait » privée. Je le mentionne uniquement pour qu’on se rende compte qu’à un moment donnée il n’y aura plus de ressources à détourner du secteur privé vers le secteur public. Toutes les améliorations devront forcément venir de la réorganisation interne du secteur gouvernemental.

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Unicité est un mot féminin. Déconcertant placé après l’auxiliaire être doit s’accorder avec le sujet.

Intellectualiser la main-mise du gouvernement sur les ressources produites par le secteur privé est une bien piètre façon de détourner l’attention du fait que Pierre Poiièvre n’a jusqu’à maintenant pas démontrer qu’il a la capacité de gouverner.

Poilièvre est un bon brailleur colérique qui évite au maximum les mots de trois syllabes pour ne pas dérouter ses partisans.