Mes hommages, Francine Lalonde

Il y a des politiciens qu’on est triste de voir partir ; ceux qui représentent ce que le service public a de mieux. Francine Lalonde, décédée vendredi dernier d’un cancer impitoyable, était de cette trempe, dit Manon Cornellier, qui lui rend ici hommage.

Il y a des politiciens qu’on est triste de voir partir, ceux qui représentent ce que le service public a de mieux.

Francine Lalonde, décédée vendredi dernier d’un cancer impitoyable et dont les funérailles ont lieu aujourd’hui, était de cette trempe.

Malgré la maladie, malgré la frustration de voir certains dossiers avancer à pas de tortue, elle n’a jamais perdu sa foi en la politique comme outil pour servir le bien commun.

La force de l’engagement de cette femme ne s’est jamais démentie tout au long de sa vie. Pour les enseignants, qu’elle a représentés au sein de la CSN. Pour les syndiqués eux-mêmes, qu’elle a dirigés à titre de première femme vice-présdente de la CSN. Pour les femmes, à qui elle a ouvert la voie, et qu’elle a défendues sans relâche — y compris durant son bref passage dans le cabinet de René Lévesque. Pour le mouvement souverainiste, qu’elle a particulièrement bien servi à Ottawa dans tous les dossiers qu’on lui a confiés.

Son engagement était marqué par la détermination et la patience, comme on l’a vu lorsqu’elle a présenté, à deux reprises, des projets de loi pour accorder aux malades très souffrants le droit d’obtenir de l’aide pour mourir au moment de leur choix. Son travail a contribué à paver la voie au projet de loi qui attend d’être voté à Québec sur le droit de mourir dans la dignité.

Francine Lalonde aurait pu baisser les bras, surtout quand le cancer refusait de lui offrir un répit. Mais non. Elle tenait à être là. Son travail de députée la passionnait ; elle le jugeait utile, essentiel même.

Je me souviens d’une longue conversation que nous avons eue en décembre 2009. Je sortais d’une maladie qui n’avait pas la gravité de celle de Francine Lalonde, mais elle m’avait mis en contact continu avec le milieu de la santé.

J’en étais sortie avec un énorme doute à l’égard du monde politique. D’une partie de la classe politique, devrais-je dire.

D’un côté, un personnel médical s’échinait sans gloriole, mais avec dévouement, à aider tout le monde. De l’autre, nombre de députés se contentaient de faire du bruit pour attirer les projecteurs sur eux et assurer leur réélection.

Francine Lalonde n’était pas étonnée du parallèle que je faisais, mais elle ne partageait pas mes conclusions. Elle avouait ne pas aimer la façon de faire de certains de ses collègues, mais considérait qu’il leur revenait d’en assumer la responsabilité.

Elle, elle n’avait qu’un désir : continuer comme elle l’avait toujours fait. Ce qui voulait dire — bien qu’elle fût trop modeste pour l’évoquer — avec dignité, sérieux et rigueur. Pas question, surtout, de laisser l’attitude des autres lui faire douter de son engagement.

Pour cela, nous lui devons beaucoup. Merci, Francine Lalonde, pour votre refus de laisser prise au cynisme, et pour votre capacité de nous faire croire, encore et encore, que la politique peut être une vocation digne d’un grand respect.

Merci, et toutes mes condoléances à vos proches et vos amis.

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