Michael Ignatieff et la conquête de l’Ouest

Aux élections fédérales de l’automne dernier, Stéphane Dion a réussi là où des Albertains comme Preston Manning, Stockwell Day et même Stephen Harper avaient échoué. Il a littéralement fait fondre le Parti libéral de moitié à l’ouest de l’Ontario.

Aujourd’hui, le PLC compte sept députés dans les quatre provinces de l’Ouest, contre le double au déclenchement des dernières élections. Au scrutin du 14 octobre, les libé raux sont arrivés troisièmes (derrière les néo-démocrates) dans toute la région.

Au Manitoba, la part des suffrages allant aux libéraux est passée du tiers, en 2004, à moins d’un vote sur cinq, quatre ans plus tard. En Colombie-Britannique, il ne reste plus que 5 sièges libéraux, contre 22 pour les conservateurs.

La déchéance du Parti libéral n’a pas commencé avec Stéphane Dion, mais elle s’est nettement accélérée pendant son bref passage à la tête du parti.

Comme au Québec, le déclin libéral dans l’Ouest canadien s’est amorcé sous Pierre Trudeau. Un quart de siècle plus tard, les électeurs de l’Alberta, en particulier, se souviennent encore en mal du Programme national de l’énergie du début des années 1980.

Par la suite, ni Jean Chrétien ni Paul Martin n’ont fait de miracles dans la région. Pendant sa dernière campagne électorale, en 2000, Jean Chrétien avait même réussi à ne pas mettre les pieds à Calgary.

Malgré tout, bon an, mal an, l’ancien premier ministre finissait par gagner entre un quart et un tiers des suffrages des électeurs de l’Ouest canadien, une performance maintenue par Paul Martin mais intenable en 2008, à la lumière d’un Tournant vert très mal perçu dans les provinces de l’Ouest et très malhabilement défendu par Stéphane Dion.

C’est ce portrait, peu reluisant, que Michael Ignatieff s’est donné pour mission de corriger. Sa volonté de changer la relation entre sa forma- tion et l’Ouest canadien a inspiré les plus importants virages de ses 100 premiers jours à la direction du PLC, notamment :

– Un rare mea-culpa pour de grands pans de l’œuvre libérale des 30 dernières années, fait lors d’une visite en Sas-katchewan au début de février.

– L’abandon de la coalition de l’opposition et l’engagement de ne pas envisager une réédition de la manœuvre à l’issue de prochaines élections, pour cause de rejet massif dans les provinces de l’Ouest. (Si la coalition qui est née à la faveur de la crise parlementaire de l’automne dernier avait pris le pouvoir, la Sas-kat-che-wan et l’Alberta auraient été respectivement représentées par un seul député au sein du gouvernement PLC-NPD !)

– L’abandon d’une taxe sur le carbone comme instrument de lutte contre les gaz à effet de serre, un concept principalement défendu par Michael Ignatieff pendant la course au leadership libéral de 2006, avant de se retrouver au cœur du Tournant vert de Stéphane Dion, mais qui n’a pas passé la rampe l’automne dernier.

– L’adoption d’un discours libéral plus respectueux sur les sables bitumineux de l’Alberta, et l’arrimage de la politique énergétique du PLC à son programme en environnement.

Déjà, des libéraux et des commentateurs s’interrogent sur la pertinence de ce nouveau discours. Ils font valoir qu’à brève échéance le che -min d’une victoire libérale ne passe pas par les provinces de l’Ouest. Selon eux, l’énergie du chef libéral pourrait être mieux dépensée à cultiver des sols moins arides, le Québec par exemple. Tout cela est vrai.

Néanmoins, l’absence chronique de voix fortes de l’Ouest au sein du caucus libéral contribue à donner l’allure d’une coquille vide à l’institution nationale que prétend être le PLC.

À terme, l’avenir du parti passe par une meilleure performance dans la région. La redistribution électorale fera augmenter sensiblement la représentation de l’Alberta et de la Colombie-Britannique aux Communes au cours des 20 prochaines années.

L’Alberta est la province qui tire le moins de bénéfices de la fédération canadienne par rapport à sa contribution au Trésor fédéral, un déséqui -libre qui rend politiquement impraticable l’ouverture de grands chantiers sociaux et écologiques, chers aux libéraux fédéraux.

Michael Ignatieff n’est pas le premier chef fédéral à s’évertuer à créer les conditions favorables à une réelle cohabitation de l’Ouest canadien et du Québec au sein de sa formation. Il est simplement le premier chef libéral en 30 ans à s’attaquer sérieusement à ce qui est en voie de devenir le plus gros défi de gouvernance au Canada.

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