Mise à jour économique : équilibre budgétaire reporté d’une autre année et déficit plus élevé que prévu, tout ça à cause d’une baisse de revenus

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a une fois encore fui la capitale fédérale pour dévoiler sa Mise à jour économique et ses dernières prévisions financières. Pour annoncer, finalement, que les nouvelles sont moins roses que prévu il y a seulement huit mois.

Prudent, M. Flaherty ne mentionne plus de date butoir pour l’atteinte de l’équilibre budgétaire. Lui qui visait 2014-15 lors des élections de 2011 ne parle plus depuis un an que d’un objectif à «moyen terme».

L’an dernier, cela voulait dire 2015-16. Aujourd’hui, selon les documents distribués ce matin, ça veut dire 2016-17. En plus, le ministre a affirmé dans son discours fait à Fredericton que «l’équilibre budgétaire n’est pas une fin en soi», ce qui ouvre la porte, selon certains, à de nouvelles mesures de relance si les circonstances l’exigent.

Le gouvernement n’en est pas là parce qu’il dépense sans compter, mais parce que les revenus espérés ne sont pas au rendez-vous depuis quelque temps. Le déficit pour l’année 2011-12, par exemple, était de 1,3 milliard $ plus élevé que prévu. Celui de l’année en cours est maintenant estimé à 26 milliards $, soit 4,9 milliards $ de plus que ne l’anticipait le budget de mars dernier.

L’écart se creuse encore plus les années suivantes. Selon le ministère des Finances, le nouveau déficit anticipé pour les trois prochaines années serait:

– en 2013-14 : 16,5 milliards $ au lieu de 10,2 milliards $;

– en 2014-15 : 8,6 milliards $ au lieu de 1,3 milliard $;

– en 2015-16 : 1,8 milliard $ au lieu d’un surplus de 3,4 milliards $.

Le gouvernement attribue ces écarts à une croissance économique plus modérée que prévue, elle-même due à une baisse des prix des matières premières. Et comme les prévisionnistes du secteur privé, sur lesquels s’appuie Ottawa, prévoient que cela perdura un moment, les perspectives à plus long terme s’en trouvent affectées.

On ne parle pas de petits écarts,mais d’une baisse de revenus de 7 milliards $ en moyenne par année pendant cinq ans. Voici les écarts entre les prévisions de revenus du dernier budget et celles de la Mise à jour économique :

– pour 2012-13 : – 6,3 milliards $;

– pour 2013-14 : – 7,1 milliards $;

– pour 2014-15 : – 7,8 milliards $;

– pour 2015-16 : – 7,7 milliards $;

– pour 2016-17 : – 7,3 milliards $.

Si ces prévisions se confirment, on parlera alors d’une perte cumulative de 36,2 milliards $ pour le trésor fédéral. C’est énorme.

Tout cela montre le danger d’avoir une économie si dépendante du secteur des ressources naturelles et donne des arguments à ceux qui préconisent une plus grande diversification économique et une exploitation à plus grande valeur ajoutée.

Cette dernière Mise à jour incite aussi à s’interroger sur la fiabilité de prévisions qu’on doit rajuster de façon si importante à moins d’un an d’intervalle. Peut-on vraiment croire maintenant que le prix des ressources naturelles ne puisse repartir à la hausse avant plusieurs années?

Les prévisions à court terme sont généralement plus fiables et, dans le contexte actuel d’incertitude provoquée par les situations financières et budgétaires en Europe et aux Etats-Unis, elles justifient aisément la prudence affichée par le gouvernement. Mais pour les mêmes raisons, il devrait éviter d’utiliser les prévisions à plus long terme pour justifier une nouvelle ronde de compressions budgétaires. Après tout, les chiffres dévoilés ce matin montrent bien que les dépenses, elles, sont sous contrôle.

M. Flaherty n’a rien annoncé du genre, mais des députés conservateurs confiaient récemment à La Presse qu’ils tenaient à l’équilibre budgétaire. Et plus tôt que tard parce que deux de leurs promesses les plus importantes – le fractionnement du revenu pour fins d’impôt des familles avec enfants de moins de 18 ans et la hausse des contributions autorisées dans un CELI – dépendent de l’élimination du déficit. Le report d’une autre année de cet objectif veut dire que le ministre Flaherty ne croit pas y arriver avant les prochaines élections.

À moins qu’il ne nous surprenne, comme l’ont fait ses prédécesseurs. À suivre.

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