La domination de la CAQ rend-elle la politique québécoise ennuyeuse ?

Un récent coup de sonde d’Angus Reid confirme que la CAQ ne laisse que des miettes aux oppositions, qui doivent désormais les partager avec un nouveau venu.

Jacques Boissinot / La Presse Canadienne / Montage L'actualité

Un nouveau sondage de la maison Angus Reid confirme à nouveau la domination de la Coalition Avenir Québec dans les intentions de vote des Québécois à 15 mois des prochaines élections générales, prévues pour le 2 octobre 2022. Selon Angus Reid, la CAQ récolterait l’appui de 41 % des électeurs québécois, une avance de 20 points sur son plus proche rival, le Parti libéral du Québec. Bien que ce score de 41 % soit modestement plus bas que les chiffres des autres maisons de sondage dans les derniers mois (46 % selon Léger, 48 % selon Mainstreet), il s’agit d’une hausse de quatre points pour l’équipe de François Legault depuis le dernier coup de sonde d’Angus Reid au Québec, en novembre 2020.

Outre les différences mesurées par Angus Reid dans les appuis à la CAQ par rapport au sondage de Léger du mois dernier, les résultats sont assez semblables pour les divers partis en lice. Le PLQ arrive deuxième avec 21 % (20 % selon Léger) et, tout comme Léger, Angus Reid place Québec solidaire devant le Parti québécois. De plus, ce sondage confirme la montée du Parti conservateur du Québec d’Éric Duhaime, dont les appuis avaient été chiffrés à 6 % dans le dernier sondage Léger pour Le Journal de Montréal, en mai. Selon Angus Reid, le PCQ obtient la faveur de 8 % des électeurs.

Nous ajoutons ce nouveau sondage au modèle électoral Qc125 et présentons aujourd’hui une mise à jour complète de la projection québécoise.

Sans surprise, la CAQ demeure loin en tête de la projection du suffrage universel avec une moyenne de 47 %. Le Parti libéral du Québec, dont les appuis sont fortement concentrés dans la région de Montréal, se trouve au deuxième rang avec 20 %.

Québec solidaire est troisième avec une moyenne de 14 %. Il s’agit d’un rebond par rapport aux chiffres prépandémie pour la formation de gauche, qui récoltait naguère plutôt entre 10 % et 11 %. En septembre 2020, j’écrivais que QS avait perdu environ le tiers de ses appuis depuis les élections de 2018. Or, QS se trouve maintenant tout juste sous son résultat de 16 % lors de ces élections. En fait, c’est la formation politique qui, selon les sondages, a cédé le moins de terrain depuis 2018.

Pour ce qui est du Parti québécois, il continue sa lente et graduelle descente vers le bas du graphique avec une moyenne de seulement 11 %. Réduit à sept députés depuis le départ de Sylvain Roy (Bonaventure), le PQ semble incapable de profiter des sujets chauds de l’actualité politique récente, comme la protection de la langue, la laïcité et la place de la nation québécoise au sein du Canada — des questions qui devraient théoriquement favoriser la visibilité de ce parti. De toute évidence, la CAQ parvient encore et toujours à éclipser le PQ sur ces thèmes traditionnellement porteurs pour le parti indépendantiste.

Finalement, nous ne pouvons pas ignorer l’espace qu’occupent maintenant le Parti conservateur du Québec et son chef Éric Duhaime sur l’échiquier politique. Mais la moyenne de 7 % qu’enregistre cette formation à l’échelle nationale dans cette mise à jour cache la concentration des intentions de vote à son égard, surtout dans les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches. Or, dans notre mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour, une concentration du vote est exactement ce qu’un « petit » parti doit souhaiter pour espérer remporter des sièges. Point positif pour le PCQ : il se hisse au deuxième rang dans la région de Québec ; point négatif : la CAQ domine la région de Québec aussi fortement que le PLQ règne dans l’ouest de Montréal. Il sera donc particulièrement intéressant de voir dans quelle circonscription Éric Duhaime choisira de se présenter aux élections de 2022.

Pour ce qui est de la projection de sièges, la CAQ écrase ses rivaux en remportant une moyenne de 96 circonscriptions selon les simulations du modèle Qc125, plus de 30 sièges au-dessus du seuil pour une majorité à l’Assemblée nationale.

L’écart est tel entre la CAQ et le PLQ que même leurs courbes de densité de probabilité de sièges (voir ci-dessous) sont complètement détachées l’une de l’autre : dans le pire scénario pour la CAQ et le meilleur scénario pour le PLQ, l’écart entre les deux partis demeure à presque 50 sièges, en faveur de la CAQ.

Voici la densité de probabilité de sièges pour la CAQ. Chaque barre représente un total de sièges ; plus la barre est élevée, plus c’est probable. Nous remarquons que la moyenne de la projection est de 96 circonscriptions, mais le scénario le plus probable est une récolte de 100 sièges. Notons qu’aucun parti politique n’a fait élire 100 députés à l’Assemblée nationale depuis le PLQ sous Robert Bourassa en 1973.

Pour le Parti libéral du Québec, ces chiffres indiquent que la longue traversée du désert ne fait que commencer. En effet, le PLQ n’est projeté qu’à une moyenne de 20 sièges dans la province (presque exclusivement à Montréal et Laval), soit 11 sièges sous son résultat déjà historiquement bas de 2018.

Du côté de Québec solidaire, ses acquis sur l’île de Montréal semblent toujours sûrs, à l’exception de Rosemont où la CAQ pourrait être compétitive (en siphonnant les appuis au PQ). Les circonscriptions de Taschereau et de Sherbrooke, remportées par QS en 2018, sont projetées comme des luttes serrées entre la CAQ et QS.

Finalement, le Parti québécois détient un plancher solide… d’une seule circonscription, soit Matane-Matapédia (Pascal Bérubé). En passant de 17,1 % aux élections de 2018 à potentiellement 11 % dans tout le Québec, le PQ verrait ses autres sièges en danger de tomber aux mains de la CAQ l’an prochain. La présence de députés de grande notoriété comme Véronique Hivon (Joliette) et Sylvain Gaudreault (Jonquière) pourrait aider le parti dans ces courses locales. Le nouveau chef Paul St-Pierre Plamondon a donc du pain sur la planche pour redresser sa formation à temps pour le scrutin de 2022.

Lors d’échanges récents que j’ai eus avec des journalistes et chroniqueurs politiques, un thème est revenu à plusieurs reprises : la CAQ domine tellement le paysage que la politique québécoise est devenue « ennuyeuse ».

Or, je ne suis pas du même avis. Certes, la popularité actuelle de la CAQ est indéniable, selon les sondages des derniers mois, mais bien malin celui qui prétend savoir à quoi ressemblera le Québec postpandémie. La CAQ devra naviguer en eaux troubles au cours des prochaines années, qui seront marquées par un retour graduel et peut-être difficile à la vie normale, par la montée du populisme en Occident et par une crise économique ne se comparant à aucune autre depuis un siècle.

La CAQ se distingue et prospère entre autres par son nationalisme « pragmatique ». Or, le nationalisme en lui-même n’est pas une vertu, mais bien une position politique qui évolue dans le temps, et dont les saveurs et variants peuvent se disperser de tous les côtés de l’échiquier politique. Qu’il soit de nature économique, identitaire ou culturelle, parfois il fleurit, parfois il se flétrit. Mais, assurément, il évolue. Le Québec de 2022 ressemblera peu à celui de 2018. Tout cela n’a rien d’« ennuyeux » à mes yeux.

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Pour tous les chiffres de cette projection québécoise, visitez la page de Qc125. Trouvez votre circonscription dans cette liste ou utilisez les liens régionaux ci-dessous :

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Je suis plutôt d’accord avec ceux et celles qui trouvent la domination caquiste ennuyeuse. Et j’ajoute pour ma part, dangereuse pour la démocratie. D’autant que chez les francophones dits de souche, cette popularité est si totale qu’elle engendre une gestion arrogante.

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Je partage votre opinion. J »ai un commentaire; il est le suivant si la P.Q s’effondre et qu’il ne reste plus que Pascal Bérubé j’ai vraiment hâte de voir si la position nationaliste évoqué par Francois Legault va prendre plus de place dans l’image du parti.

La CAQ joue le jeu du Québec souverain dans un Canada uni. Quand ça va bien, on peut dire merci à la CAQ et quand ça va mal, c’est la faute du fédéral. C’est la recette parfaite d’une fédération dysfonctionnelle!

La CAQ gère une province, donc est plus proche du peuple qu’un gouvernement pan-national et Trudeau l’a bien compris avec la PCU et sa gestion de la pandémie en tentant de se rapprocher des gens. Par contre, la CAQ en a profité pour blâmer le fédéral quand ça n’allait pas si bien. Maintenant que les vaccins sont arrivés et que ça va relativement bien, le PM Legault n’a pas grand chose à dire sauf de se vanter de sa performance.

Donc, l’hégémonie de la CAQ n’est pas surprenante chez les francophones car elle joue sur le sentiment nationaliste et peut se dégager des problèmes en mettant la faute sur le fédéral. De là vient probablement l’arrogance de ce gouvernement envers les Autochtones que la CAQ renvoie au fédéral alors que la Commission Viens a identifié des centaines de points où le gouvernement du Québec est responsable de la détérioration des rapports entre peuples autochtones et la société dominante. Tout ça c’est de la faute du fédéral et de la loi sur les Indiens… alors que c’est une compétence partagée surtout pour les nations qui sont parties à la Convention de la Baie-James et du Nord québécois.

Peut-être qu’avec la question autochtone, la politique et l’hégémonie de la CAQ ne sera pas si ennuyante qu’on pourrait le croire…

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