Missions de paix : mission impossible? De l’efficacité et de la légitimité des stratégies de paix

Selon une conception minimaliste, il semble que les missions de paix à l’international aient contribué à faire régresser les conflits et la violence armée. Toutefois, si ces opérations doivent favoriser les conditions à long terme d’une société en paix, juste et équitable, le bilan n’est pas aussi positif.

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Les opérations de paix sont-elles efficaces?

Selon plusieurs analystes et centres de recherche, la violence organisée et les conflits armés régressent. Le Human Security Report Project identifie, entre autres causes expliquant cette tendance, l’augmentation des missions de paix comme un facteur important à la mise en œuvre de stratégies de prévention et de résolution des conflits.

Certes, les opérations de paix ont sauvé des vies et participé à la résolution de plusieurs conflits. La seule présence de Casques bleus influence le déroulement du conflit et les processus de paix en tenant responsables les acteurs de la violence, en témoignant de la bonne ou mauvaise volonté des acteurs, en protégeant les personnes vulnérables et en sécurisant l’accès pour les humanitaires.

Mais cette influence n’est pas toujours positive, comme en témoignent les répercussions socioéconomiques des troupes onusiennes dans les régions où elles sont déployées, de même que les cas de corruption et d’abus sexuels.

À savoir si elles sont efficaces, la réponse dépendra des critères de succès de l’évaluateur. Selon une conception minimaliste, il semble effectivement qu’elles aient contribué à la régression des conflits et de la violence armée en s’interposant entre les belligérants.

Toutefois, si les opérations de paix doivent favoriser les conditions à long terme d’une société en paix, juste et équitable, le bilan n’est pas aussi positif.

Les opérations de paix sont-elles en crise ?

D’autres analystes sont plus sceptiques et suggèrent que le déclin des conflits est dû à la méthode selon laquelle ils sont codifiés et la manière dont les données sont interprétées, ainsi que de la manière classique dont les guerres civiles sont conceptualisées.

Les opérations de paix ayant tendance à «geler» plutôt que résoudre les conflits, les situations de «ni guerre, ni paix» peuvent fausser les données. Ainsi, les missions de paix sont sérieusement remises en question, au point tel que certains détracteurs parlent formellement de crise.

C’est que le modèle classique de «maintien de la paix» a laissé sa place à une conception plus ambitieuse de «consolidation de la paix», qui conçoit et prévoit la transformation des sociétés où sont déployées les missions. Cette transformation implique une présence internationale à long terme et vise la promotion d’une paix durable par l’entremise de l’établissement des normes et des institutions de la démocratie procédurale, de même que par  l’économie de marché.

Bien que l’imposition de ces normes puisse paraître raisonnable — sinon désirable — pour certains acteurs internationaux (surtout occidentaux), elle est souvent vécue et interprétée comme une ingérence néocoloniale par les acteurs locaux.

La question de la crise, donc, se pose directement sur les sites où il est possible d’observer les activités locales de résistance, d’opposition et de négociation face aux missions de paix internationales.

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S’il est possible d’identifier une « crise » des missions de paix, elle se situe surtout dans les débats autour de l’imposition du modèle libéral et du projet d’ingénierie sociale que les opérations de paix importent.

Mais l’échec, dans bien des cas, quand vient le temps de construire et/ou de consolider les normes et institutions libérales promises, pose le problème suivant : identifier la nature précise de la crise. S’agit-il d’une crise de légitimité, d’un questionnement sur l’efficacité et la capacité des missions à consolider la paix, ou d’un problème provenant des formes multilatérales de coopération internationale ? Que signifient les signes de résistance et d’opposition aux opérations et aux missions de paix ?

Dans un contexte où il n’existe pas de consensus sur la marche à suivre (Syrie), où il est difficile de recruter un nombre suffisant de soldats pour une intervention (Mali, République centrafricaine) et où la présence internationale s’éternise (Bosnie, République démocratique du Congo), il est important de réfléchir à l’avenir des opérations de paix.

Pour en savoir plus

L’Observatoire sur les missions de paix et opérations humanitaires de la Chaire Raoul-Dandurand organise un colloque international, les 28 et 29 novembre prochains, afin de discuter et de débattre de l’efficacité et de la légitimité des opérations de paix.

 

Bruno Charbonneau

Directeur de l’Observatoire sur les Missions de paix et opérations humanitaires

Chaire @RDandurand @UQAM

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La tiédeur, voire même la froideur des grandes nations devant les dictatures et les massacres qu’on laisse se produire sont de vrais scandales. L’ONU n’est qu’un chiot édenté car aucune nation ne tient vraiment à lui octroyer de réel pouvoir. Toutes les nations s’organisent pour ne pas avoir un jour à subir les obligations qu’elles imposeraient aujourd’hui à une quelconque nation criminelle. Le Canada n’est certainement mieux que tous les autres qui n’ont pas d’ami, juste des intérêts.

La seule raison qui ferait que tous les États accepteraient de s’entraider serait celle née d’une menace globale contre la planète. Et encore là cet état béni ne durerait que le temps que durerait la menace. Après ce serait « business as usual » !

La doctrine économique en cours actuellement est loin de permettre un changement pour améliorer les choses. La recherche constante et infinie du plus grand profit est un cancer qui ronge sans fin toute l’humanité. Cette philosophie traîne dans son sillon toutes les valeurs d’humanité qui disparaissent inéluctablement.

«La religion est la maladie honteuse de l’humanité. La politique en est le cancer.»
[Henry de Montherlant]

Peut-être mais il y a une réelle menace globale contre la planète en ce moment-ci, les changements climatiques, et les états sont loin de vouloir s’entraider et le Canada est un des pires à cet égard… D’autre part, quand on parle de missions de paix et qu’on les critique, quelle alternative offre-t-on? Est-ce qu’on devrait tout simplement ignorer les conflits sanglants inter-groupes et les laisser se dépêtrer, au risque de perdre un des groupes à une politique de génocide?

M. Charbonneau n’offre pas de solution à ce qu’il dit être un échec des missions de paix. Comme il le souligne, il y a 2 phases: d’abord l’intervention armée d’interposition puis ce qu’il appelle la « consolidation de la paix » et que d’autres appellent l’instauration de la démocratie. Or, si la consolidation de la paix est un défi non négligeable, l’intervention d’interposition est elle essentielle pour tenter de stopper les agressions contre les gens, les morts et les blessés. Mais ces interventions se font dans des conditions extrêmement difficiles et le succès n’est pas de régler le différend mais bien de diminuer et idéalement éliminer la violence. Si M. Charbonneau a une alternative à l’intervention des « Casques bleus », pourrait-il la partager avec le reste de l’humanité?

Quant à la consolidation de la paix, c’est une oeuvre qui évolue et oui, on a commencé par le modèle colonial il y a quelques siècles et on a du mal à se sortir de ce modèle mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras! La communauté internationale devrait revoir ses concepts de « démocratie » et comprendre que ce concept varie selon les cultures et qu’il faut adapter les stratégies de consolidation de la paix aux peuples qu’on veut aider et ces derniers doivent être partie prenante de la solution, en particulier les protagonistes au conflit. L’échec de l’Afghanistan est un exemple de démocratie parachutée par le haut et qui s’adapte mal à la culture des peuples en conflit, d’où la résurgence de la violence malgré les morts chez les membres de forces de l’OTAN – ce n’était pas une mission de paix mais la consolidation de la paix qui suit la phase militaire est analogue à toute autre consolidation qu’on trouverait suite à une mission de paix. Que suggérez-vous M. Charbonneau en la matière?

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