Monte dans ma caravane, on part à la campagne !

Comment ça se passe dans les caravanes des chefs ? Notre collaborateur y a déjà goûté et nous livre quelques-uns de ses secrets. Tout le monde à bord ! 

Apriori1 / Getty Images / montage : L’actualité

Dominic Vallières a, pendant plus de 10 ans, occupé les postes d’attaché de presse, de porte-parole, de rédacteur de discours et de directeur des communications auprès d’élus de l’Assemblée nationale et des Communes (Parti québécois, Bloc québécois, Coalition Avenir Québec). Il est directeur chez TACT et s’exprime quotidiennement comme analyste politique à QUB radio.

La première journée de campagne électorale est souvent électrique, même si les partis décident longtemps à l’avance de quoi ils parleront au jour 1 et à quel endroit ils se rendront pour le faire. Dès lors, le chef ouvre une séquence où il ne s’appartient plus. Son existence entre dans un ballet logistique impressionnant.

Une journée type de campagne commence tôt. Très tôt. Elle comporte généralement une annonce, une visite de lieu ou d’entreprise et un rassemblement militant. Les détails à régler sont infinis. À peine le temps de se rappeler dans quelle ville on se réveille, et hop !, on enchaîne les réunions et les activités. 

La première réunion consiste habituellement à passer à travers la planification du jour et de la semaine. Est-ce que le cahier de breffage est prêt ? S’agit-il de la version définitive du communiqué de presse ? Est-ce que le repérage des lieux et des salles a été fait ? Que fait-on s’il pleut ? La mobilisation, ça dit quoi ? Il faut qu’on ait du monde pour démontrer que la campagne va bien ! Doit-on réagir à la revue de presse et ajuster le tir en donnant des entrevues ? 

Toutes ces questions nourrissent les discussions des équipes de campagne, autant celles qui sont dans les autocars que celles qui travaillent aux permanences des partis. Parfois, les échanges sont animés : « Non, l’article d’untel n’est pas si dévastateur. » « Oui, on a bien fait de répondre rapidement à une autre, puisque notre citation est très haut dans son article. »

Quoi qu’il en soit, on doit souvent trancher, et vite. Les autres caravanes s’activent, les points de presse débutent dès le petit matin, et déjà les attaques fusent. N’oubliez pas : c’est celui qui va réussir à imposer son sujet, et qui obligera les autres chefs à y réagir, qui gagnera la journée. 

En campagne, le plan de tournée est susceptible d’être interprété par les analystes et journalistes. La caravane libérale reste trop longtemps à l’ouest du boulevard Saint-Laurent ? On dira que le parti joue défensivement. Que dire du PQ qui ne visiterait que les circonscriptions qu’il détient déjà ? Certains partis feront un détour en terrain inhospitalier simplement pour éviter qu’on écrive qu’ils n’y sont pas allés. Pour plusieurs, l’objectif est de trouver le bon équilibre entre se rendre dans les circonscriptions cibles et ne pas trop dévoiler le fond de sa pensée stratégique. 

Les autocars de campagne (il y en a généralement un pour le chef et son équipe, et un ou deux pour les médias, qui paient un forfait pour y être) deviennent aussi un milieu de vie. Pendant de longues semaines, journalistes, caméramans, employés politiques et élus vivront dans une proximité parfois dérangeante. On apprend rapidement — et à ses dépens — qu’untel n’est pas matinal, ou qu’une autre a besoin de quantités astronomiques de café. 

Que dire de ce courriériste parlementaire qui refusait de monter dans un autocar en 2008 sous prétexte qu’on n’y servait pas de cretons ? Ça vous surprend ? Moi aussi au début. Je vous rassure, ce n’est pas la norme. Il n’en demeure pas moins que le facteur humain est incontournable dans une campagne électorale. Je me suis souvent demandé pourquoi un journaliste disparaissait vers 18 h, tous les soirs, pour finalement me rendre compte que c’était l’heure à laquelle il appelait ses enfants. Avec les élections à date fixe, nombreux seront les journalistes, les candidats et le personnel politique qui rateront la rentrée scolaire de leurs rejetons. 

Une caravane, c’est un miroir déformant. Une sortie d’autoroute manquée par le chauffeur peut se transformer en un texte qui parle de cafouillages majeurs. Un lieu mal choisi peut envoyer le mauvais message. Un événement au contenu mal ficelé devient une catastrophe.

Au bout du compte, aucune formation n’y échappera : avec comme grande finale le 3 octobre, la trajectoire de l’autocar en dira long sur celle du parti. 

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