Mort pour la liberté: Medgar Evers et la lutte pour les droits civiques

Il y a 50 ans Medgar Evers, militant pour les droits civiques, vétéran de la seconde gurerre mondiale, membre de la NAACP, est assassiné d’une balle dans le dos devant sa maison, au Mississippi. Ce militant qui a marqué la lutte pour les droits civiques notamment pour la déségrégation à l’université du Mississippi a été enterré au cimetière d’Arlington avec les honneurs militaires.

Medgar Evers

Son assassin, Byron De La Beckwith, membre du White Citizens Council puis par la suite du Ku Klu Klan est arrêté trois jours plus tard mais… acquitté par deux fois avant d’être condamné… trente ans plus tard.

Celui qui aura permis la condamnation de De La Beckwith est journaliste d’enquête  au Clarion-Ledger, un journal publié à Jackson au Mississippi. On parle de lui – encore aujourd’hui – comme d’une « balle perdue », d’un « traître blanc » à expulser sur un rail avec du goudron et des plumes ou encore du « Simon Wiesenthal du Sud ».

Depuis 1989, méticuleusement, recoupant les informations, avec ténacité, il a notamment permis de mettre derrière les barreaux quatre membres du KKK pour des meurtres commis entre 1963 et 1966. Depuis 1989, Mitchell est une équipe de « Cold case » à lui tout seul. Blanc chrétien pratiquant (comme le décrit Mother Jones), il a vu la lumière lorsque le rédacteur en chef du journal lui a demandé de couvrir en 1989 la première de Mississippi Burning. Depuis, il fait parler les membres du KKK : il les rencontre, les écoute, et recoupe les informations. Et fait rouvrir des dossiers clos depuis longtemps. La condamnation de Beckwith (inculpé en 1990, condamné en 1994) est son premier fait d’armes et c’est ce qui va lui donner les coudées franches pour poursuivre ses enquêtes.

Quant à Medgar Evers, ainsi vengé trente ans plus tard, il appartient désormais à la culture populaire :

Bob Dylan a écrit « Only a Pawn in their game » à propos de l’assassinat :

https://youtu.be/DtrC3rMP1lQ

tandis que Goddam Mississippi, chantée par Nina Simone à la suite de la mort de Evers est devenu l’hymne de la lutte contre les droits civiques :

https://youtu.be/TkcuNX4vrS8

Eudora Welty publiera d’ailleurs dans le mois qui suit, dans The New Yorker un texte peu connu et pourtant déterminant, écrit à la première personne et entrant dans la peau de l’assassin : « Where is the Voice Coming From ». Elle cherchait à exorciser par l’écriture ce sentiment que, sans le connaître tout à fait, elle connaissait forcément l’assassin qui appartenait à cette société blanche du Sud.

Le film de Rob Reiner, « Ghosts of Mississippi » retrace le dernier procès et la condamnation de Byron de la Beckwith

Symboliquement, en janvier dernier, c’est une femme, n’appartenant pas au clergé, qui a prononcé la prière publique d’ouverture des cérémonies d’investiture du nouveau président. Afro-américain lui aussi. Cette femme, c’est Myrlie Evers,  la veuve de Medgar Evers, assassiné au Mississippi en 1963. Cinquante plus tard, l’homme pour lequel elle prononce cette prière occupe la Maison-Blanche… Et il est afro-américain.

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Élisabeth Vallet

Professeure associée au département de géographie de l’UQAM et directrice de recherches à la Chaire Raoul-Dandurand

Twitter @geopolitics2020

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