Fredy Villanueva : mort pour rien

«Fredy Villanueva ne méritait pas de mourir», selon le rapport du coroner. Et sa mémoire ne mérite pas d’être associée à celle d’un voyou qui aurait tenté de désarmer et de tuer un policier.

Photo: Graham Hughes/Presse canadienne
Photo : Graham Hughes/Presse Canadienne

Le passage du temps rend l’affaire Villanueva encore plus incompréhensible. Mort pour rien. Tué pour avoir contesté de trop près l’arrestation de son frère Dany par le policier Jean-Loup Lapointe.

Le coroner ad hoc, André Perreault, a bien saisi l’essence du drame qui s’est joué à Montréal-Nord dans son rapport final, publié plus de cinq ans après la tragédie. «Fredy Villanueva ne méritait pas de mourir», a-t-il écrit. Et sa mémoire ne mérite pas d’être associée à celle d’un voyou qui aurait tenté de désarmer et de tuer le policier Lapointe.

L’agent Lapointe n’est pas un assassin, précise-t-il. Mais c’est bien lui qui a tiré les quatre balles ayant tué Fredy Villanueva et blessé ses deux amis (Jeffrey Sagor-Metellus et Denis Meas), le 9 août 2008.

Les jeunes n’auraient jamais dû se trouver si près du policier pour contester l’arrestation de Dany Villanueva, qui refusait de s’identifier à la suite d’une partie de dés sur la place publique (ce qui constitue une infraction aux règlements municipaux). Ils auraient dû reculer. L’aîné des Villanueva n’aurait pas dû résister avec force et témérité à son arrestation. En ce sens, ils ont contribué à ce que le policier Lapointe cède à la peur et à la panique. Ils portent eux aussi une partie de la responsabilité pour cette intervention tragique et insensée.

La crédibilité de l’agent Lapointe ressort entachée de l’exercice. Il a fait preuve de précipitation en initiant un contact physique avec Dany Villanueva. C’est comme s’il avait sorti une allumette dans une poudrière.

L’agent promu au Groupe tactique d’intervention a menti lors de l’enquête du coroner. Il a témoigné sous serment qu’il avait craint d’être désarmé et tué pour la première fois de sa carrière lors de l’intervention du 9 août 2008.

Un rapport de 2006, signé de sa main, est venu le contredire. Lors d’une intervention dans un appartement de Montréal-Nord, il avait évoqué la crainte d’être désarmé et d’être tué pour justifier son emploi de gaz poivre.

La preuve ne démontre pas que Fredy Villanueva ou ses amis ont tenté de désarmer Jean-Loup Lapointe, et encore moins de le tuer. D’ailleurs, le policier n’a pas parlé de la crainte d’être désarmé le soir de l’intervention. Cette justification est venue dix jours plus tard, lors d’une rencontre avec son médecin.

Le témoignage le plus candide et le plus dévastateur est venu de sa coéquipière, Stéphanie Pilotte. Jamais elle n’a senti que leur vie était menacée. L’agent Lapointe était «isolé dans sa perception de sa crainte», a résumé l’avocat de la famille Villanueva, Peter Georges-Louis.

La crainte qu’éprouvait Jean-Loup Lapointe est subjective. Il en sera toujours ainsi dans les affaires de mort d’homme impliquant des policiers. Ils sont justifiés d’ouvrir le feu pour éloigner la menace s’ils craignent pour leur vie. Il n’y a pas recette miracle pour déterminer si la crainte est fondée ou non. Légitime ou illégitime.

Personne ne peut entrer dans la tête du policier. Personne ne peut savoir ce qui a bien pu lui traverser l’esprit dans ces quelques secondes où tout a basculé à Montréal-Nord.

Le juge Perreault est peu loquace sur le sérieux de cette crainte dans son rapport. Jean-Loup Lapointe a «probablement craint pour sa vie et celle de sa partenaire», dit-il en refusant de jouer les gérants d’estrade. «À la décharge de l’agent Lapointe, il n’avait pas le bénéfice que j’ai de pouvoir considérer a posteriori des éléments de preuve abondants», précise-t-il.

De toute façon, le mandat d’apprécier la valeur probante de cette crainte revenait à la Couronne et à la Sûreté du Québec (SQ), qui a bâclé son enquête sur le policier Lapointe. Le traitement différentiel accordé aux deux policiers et aux témoins civils saute aux yeux dans l’affaire Villanueva. Qui sait ce qui serait advenu du policier avec un réel Bureau des enquêtes indépendantes ?

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Il a toujours été bien évident que Jean Loup a pété les plombs,la conclusion de l’enquête par d’autres policiers était connue à l’avance ,j’ai toujours soutenue le travail des policiers lors de manif , mais la .Ceci démontre le besoin d’un groupe d’enquête indépendant . L’autre gros problème et la cause de tout ça c’est le grand frère responsable et criminel notoire est toujours au Canada alors que légalement il ne devrait pas s’y trouver

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