Mulcair boude la presse, mais peut-être pas les débats

Ne pas répondre aux questions des journalistes, c’est éviter de donner prise à un détournement de message et à des erreurs dès les blocs de départ. Mais on ne peut parler d’un début de campagne sans accroc pour Thomas Mulcair et son équipe.

PolitiqueLe chef du NPD, Thomas Mulcair, a lancé sa campagne sur une note étrange : en se tenant à distance de la presse, dont il a écarté toutes les questions.

Le geste a aussitôt fait jaser et frustré les journalistes qui s’étaient déplacés pour l’entendre, dimanche, répondre à la décision du premier ministre Stephen Harper de lancer la plus longue campagne électorale de l’histoire moderne du pays.

Les libéraux se sont empressés d’exploiter l’affaire en faisant circuler, avec un malin plaisir, des citations de Mulcair critiquant Harper pour des silences du genre. Des citations comme : «Stephen Harper veut être le premier ministre d’un pays du G8, mais il veut le faire sans avoir à parler aux citoyens et aux journalistes.» (Thomas Mulcair, Huffington Post, 3 octobre 2013)

La décision du NPD surprend quand on se souvient de la volée de bois vert qu’un geste similaire a valu à Pauline Marois, première ministre et chef péquiste, au moment du déclenchement de sa campagne en 2014. Mais les meneurs font souvent preuve d’un excès de prudence. Ne pas répondre aux questions des journalistes, c’est éviter de donner prise à un détournement de message et à des erreurs dès les blocs de départ.

Mais le refus de répondre de Thomas Mulcair a paru encore plus mal, car il est survenu deux jours à peine après un avis donné par le NPD concernant les débats — un avis qui laissait croire que les plus écoutés, soit ceux du consortium des télédiffuseurs, étaient en péril par sa faute.

Dans cette note, le NPD avisait les organisations intéressées que Mulcair n’accepterait plus de demandes de participation à des débats après ce vendredi, 7 août, à 17 h, et qu’il ferait connaître son choix le lundi suivant, soit le 10.

Le même avis expliquait que le chef du NPD allait participer à un nombre égal de débats en anglais et en français, tout en précisant que le choix final serait fondé sur les critères suivants :

– La crédibilité et l’impartialité de l’organisme hôte ;
– la variété des thèmes proposés et la pertinence des enjeux pour un grand nombre de Canadiens ;
– l’invitation et confirmation de la présence du premier ministre et des chefs des autres partis.

Comme Stephen Harper a déjà dit qu’il ne serait pas présent aux débats organisés dans les deux langues officielles par le consortium des télédiffuseurs, tout le monde a conclu que Thomas Mulcair s’en retirait. Comme si, pour lui, cela ne valait pas le coup d’affronter les autres chefs devant le plus grand auditoire possible.

Les accusations d’arrogance ont vite fusé, mais le NPD n’a rien fait sur le coup pour corriger l’impression laissée.

Il faut croire qu’il a senti la soupe chaude : en privé, on explique maintenant que le parti a simplement voulu imposer une échéance pour la soumission de propositions et préciser les critères qui seraient utilisées pour les évaluer.

Cela ne s’appliquerait pas nécessairement aux autres débats, auxquels le parti a déjà donné son accord de principe, dont ceux du consortium. «Nous n’avons dit ni oui ni non de façon définitive à personne, sauf à Macleans, TVA et Google–Globe and Mail. Il n’y aura aucune décision finale pour le reste avant lundi prochain», confie un conseiller qui a laissé entendre qu’aucun n’était exclu d’emblée.

Bref, à en croire cette personne, la presse et les autres partis auraient mal compris ou sauté trop vite aux conclusions. Ce n’est pas entièrement faux, mais même si ce conseiller ne veut pas l’admettre, l’avis en question était ambigu. Si le NPD ne veut pas multiplier ces valses-hésitations au cours de cette longue campagne, il a intérêt à être beaucoup plus clair.

Jugez par vous-même la clarté du texte de l’avis en question :

«POUR DIFFUSION IMMÉDIATE
31 juillet 2015
DÉBAT DES CHEFS : DERNIÈRE CHANCE DE SOUMETTRE LES PROPOSITIONS
OTTAWA­ – Le Nouveau Parti démocratique du Canada a fait savoir aujourd’hui qu’il examinera les propositions de débat des chefs jusqu’à 17 h (heure de l’Est), vendredi, le 7 août 2015.
Au cours des derniers mois, le chef du NPD, Thomas Mulcair a reçu des douzaines de propositions d’organismes dans l’ensemble du pays.
Le NPD a donné son accord de principe à plusieurs propositions, notamment celles du consortium des radiodiffuseurs, de l’Association canadienne des individus retraités, de l’alliance Up for Debate, de la Fédération canadienne des municipalités et du réseau de télévision des peuples autochtones (APTN).
“Ce débat au sujet des débats est une conséquence directe de la rupture du Parti conservateur avec la formule traditionnelle, qui n’était pas parfaite, mais qui était cohérente et fonctionnelle”, a déclaré la directrice nationale de la campagne du NPD, Anne McGrath.
“Le Parti conservateur doit expliquer aux Canadiens pourquoi il n’a pas encore accepté la proposition du consortium des radiodiffuseurs ni proposé de solution de rechange. La situation actuelle a inutilement provoqué de l’incertitude et menace de rompre l’équilibre linguistique qu’assurait l’ancienne méthode, a ajouté Mme McGrath. L’approche de Stephen Harper qui consiste à imposer sa façon de faire à tout prix est une des raisons pour lesquelles tant de Canadiens veulent du changement à Ottawa.”
Le NPD basera sa décision finale sur sa participation aux débats des chefs en fonction des critères suivants :
– La crédibilité et l’impartialité de l’organisme hôte ;
– La variété des thèmes proposés et la pertinence des enjeux pour un grand nombre de Canadiens ;
– Le premier ministre et les chefs des autres partis ont été invités et ont confirmé leur présence.
Le NPD participera à un nombre équivalent de débats en français et en anglais.
“Les débats des chefs sont un aspect important des élections fédérales 2015, a souligné Mme McGrath. Ce sera l’occasion parfaite pour Thomas Mulcair de débattre avec le premier ministre et les autres chefs et de présenter son plan pour aider les familles de la classe moyenne à prospérer.”
Le parti dévoilera la liste finale des débats auxquels M. Mulcair participera le lundi 10 août 2015.»

On aurait effectivement pu conclure que les critères ne s’appliquaient qu’aux nouvelles propositions, mais on pouvait en déduire l’inverse aussi. En laissant chacun courir avec ses conclusions, le NPD a eu l’air de s’acculer lui-même au pied du mur et de priver les électeurs de débats importants.

Le parti se retrouve aujourd’hui à souffler discrètement les nuances qu’il aurait dû faire dès le départ — des nuances dont il aura besoin pour nier tout recul, lundi prochain.

On ne peut pas dire que ce soit un départ sans accroc pour Thomas Mulcair et son équipe.

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18 commentaires
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Je vous trouve bien sévère envers monsieur Mulcair et le NPD. Actuellement, s’il existe un seul parti qui entend mener le bal du tout au tout et jusqu’à la fin, contrôler le message sous toutes ses formes jusqu’à la caricature, c’est bien le parti de monsieur Harper.

On ne saurait à mon avis reprocher au NPD de jouer la carte de la prudence et de ne pas tout mettre en œuvre pour délivrer à tous les canadiens un message juste et équitable, conforme aux valeurs éthiques qui animent ce parti. Au risque de dérouter au besoin un peu les journalistes pour le moment.

D’autre part, monsieur Mulcair a fait montre d’humilité et de sobriété dimanche lors de sa prestation. Et comme dit le proverbe flamand : « Petit train va loin » ! Inutile par conséquent de courir 25 lièvres à la fois. L’objectif voulu est simple pourtant : il s’agit d’obtenir une majorité de sièges à la Chambre des communes pour le bénéfice de toute la population.

Monsieur Mulcair répondra en temps et lieu à la presse. Un exercice dans lequel il est très bon dans les deux langues officielles. Il faut toujours garder le meilleur pour la fin.

Bouder la presse, c’est bouder les porte-paroles du peuple qui baisse les bras devant la volonté de puissance de politiciens lâches et manipulateurs. Qui nous reste si les journalistes ne peuvent plus poser des questions aux politiciens? C’est eux qui cherchent à nous éclairer sur les vérités politiques et celles des politiciens!

Mulcair a eu peur de flissersur une pelure de banane dès l’ouverture de la campagne électorale. Ça en dit long sur la capacité de l’homme à faire face à l’adversité quand la soupe sera réellement chaude. C’est vraiment inquiétant. On a beau vouloir à tout prix se débarasser de Harper, il faut tout de même faire preuve de prudence avant de confier la direction de ce pays à un autre. Un gouvernement minoritaire serait de mise afin de se laisser une porte de sortie en cas de mauvais surprise. Mulcair pourrait certainement en êre une. Déjà qu’au Québec, on est pris avec Couillard pour un mandat de quatre ans. Le bon peuple a intérét a fairer peuve de prudence dans son choix.

Tout compte faits, vous n’aviez pas grand chose à écrire ce matin et vous en prenez à M. Mulcair pour ne pas entamer de discorde concernant l’opacité de Harper. Vous devriez savoir que M. Mulcair n’est pas très fort à alimenter ce genre de question car Harper pourrait changer de cap à 180 degrés juste pour dire que le NPD dit n’importe quoi. Les médias ont toujours excellent à causer la discorde et semer la zizanie en tordant ce qui a été dit par un chef ou un autre et M. Mulcair n’a précisément pas tomber dans le petit jeu malsain des journalistes.

Pour ceux que la question de la laicité intéresse, voici une information concernant le NPD.

Le NPD Ontario est commanditaire de la Muslim Association of Canada, une organisation qui fait sienne la pensée de Hassan al-Banna, fondateur des Frères Musulmans, un mouvement islamiste qui, associant politique et religion, s’est donné pour mission de répandre la paix sur la terre en appliquant à tous les principes de la loi islamique. Une organisation radicale considérée comme terroriste par plusieurs pays.

http://www.macnet.ca/English/Pages/Our%20Sponsors.aspx

http://www.postedeveille.ca/2015/04/thomas-mulcair-avec-le-lobby-des-freres-musulmans.html

J’apprend l’existence de Poste de Garde.
Sur leur site Web on lit dans la bande titre » Pour la liberté, contre la charia « .
Pourriez-vous m’expliquer ce qu’il y a de répréhensible
à les rencontrer.
Savez-vous des choses que suel vous savez.
Entre parenthèse je suis de culture chrétienne, pour vous éviter une mauvaise impression

«Le NPD a donné son accord de principe à plusieurs propositions, notamment celles du consortium des radiodiffuseurs, de l’Association canadienne des individus retraités, de l’alliance Up for Debate, de la Fédération canadienne des municipalités et du réseau de télévision des peuples autochtones (APTN). …………………………………………………………………..
…………..Le NPD basera sa décision finale sur sa participation aux débats des chefs en fonction des critères suivants :…………….
…………………– Le premier ministre et les chefs des autres partis ont été invités et ont confirmé leur présence.»

Qu’est-ce qu’il y a de «pas clair» dans ces mises en garde dont j’ai reproduit l’essentiel?
Bien entendu, et en vertu du célèbre «cela va sans dire mais cela va encore mieux en le disant», si M. Mulcair avait pris le temps de répondre à quelques questions des journalistes, ceux qui auraient compris autre chose auraient pu voir leur lanterne mieux éclairée.

Mais des fois, les réactions épidermiques de «la presse» me remettent en mémoire ces mots d’Alain Minc à propos des journalistes: «…il ne peut néanmoins mettre en cause le principe même qui fonde son métier: je pense, donc je suis l’opinion publique.»

Après le Québec, est-ce que le Canada est près pour un PM barbu et français de citoyenneté?

Si on doit se fier à l’expérience québécoise, il ne faut pas faire confiance à un barbu !

Attention au demi vérité.
Thomas Mulclair a la double citoyenneté, canadienne et française. Cette dernière, par allliance avec sa conjointe.

Et???

Cela en fait-il un « mauvais » Canadien et « mauvais » Québécois pour autant?

Je crois que la barbe ou la citoyenneté de Mulcair n’a rien à voir dans les choix des Canadiens à moins bien sûr d’être d’une superficialité déconcertante.

Le chose principale à retenir sur Mulcair, pour lequel j’ai au demeurant le plus grand des respect vu le fait qu’il n’a pas hésité à se présenter dans un comté loin d’être gagné d’avance, est le fait qu’il dirige un parti politique à la solde complète des grosses centrales syndicales.

Ah? Tiens? La même « stratégie » que Harper que les journaleux socialo-gauchistes décrient tant…

Pas mal non?

Il faut se méfier de la presse, c’est un secret de polichinelle (il suffit de suivre les réseaux d’information) qu’une proportion très importante de journalistes n’ont pas les mains libres: soit qu’ils doivent suivre les directives de leur employeur dont les intérêts sont voués à des politiciens de leur cercle d’influence ou, dans les médias publiques, alors qu’ils doivent suivre les consignes de leurs supérieurs qui ont contracté des obligations envers les politiciens qui les ont mis en place.
Harper le sait depuis longtemps et maintenant Mulcair. Reste Justin: pour lui, il n’y a pas de danger!
À par cela, tout va bien!

Harper aussi a écarté les journalistes dès le départ et depuis, il décide tout sans donner de compte rendus et se foutant aussi bien des journalistes que de ses électeurs. Ça promet pour la clarté si il est élu à son tour.