Mulcair prend les commandes

Soucieux de préserver l’unité du caucus et du parti, Thomas Mulcair a démarré son mandat à la tête du NPD en prônant une «transition dans la  continuité» et en promettant une opposition «tough» aux conservateurs de Stephen Harper. Et il se mettra à l’ouvrage aux Communes dès lundi.

Quelques heures à peine après son élection, samedi, Thomas Mulcair a annoncé aux néo-démocrates, qui célébraient dans un hôtel du centre-ville de Toronto, que Libby Davies allait demeurer chef adjointe à la Chambre des communes même si elle fut une des plus ardentes partisanes de Brian Topp.

Le geste indique aux députés que la revanche n’est pas au menu. Femme bouillante et combative, Libby Davies ne s’est pas gênée durant la campagne pour exprimer ses réserves face à Mulcair. Elle a toutefois accepté de servir sous lui car elle partage son souci de continuité et parce qu’au NPD, dit-elle, on se rallie après une campagne.

M. Mulcair dirigeait dimanche matin la première réunion du caucus tenue sous sa gouverne. Rayonnant, visiblement touché par l’accueil bruyant de ceux qui sont maintenant ses députés, il s’est fait rassurant en disant que le gros du personnel allait demeurer en poste tout au long de la transition, y compris l’ancienne chef de cabinet de Jack Layton, la très appréciée Anne McGrath.

Le nouveau chef a un atout important dans sa manche pour unifier rapidement son caucus: la reprise des travaux parlementaires lundi. Bien des députés le répétaient à leur arrivée à la réunion. Leur véritable adversaire est Stephen Harper et les 102 députés vont «vouloir ramer dans le même sens» pour lui tenir tête, de dire Robert Aubin, un partisan de M. Mulcair. «L’ampleur de la tâche sera le ciment qui va nous unifier», de renchérir Alexandre Boulerice, un partisan de M. Topp.

En voyage en Asie, Stephen Harper ne sera pas en Chambre pour accueillir M. Mulcair, mais ce dernier sera prêt à répondre au budget de jeudi et aux attaques que les conservateurs ont commencé à lancer en fin de semaine. Le ministre James Moore est allé jusqu’à affirmer sur les ondes de la radio de Radio-Canada que le nouveau chef du NPD était un homme «vicieux», «à l’extrême gauche» et dangereux pour l’industrie pétrolière de l’Ouest.

On ignore si ces tirades seront suivies de publicités négatives, mais le NPD, lui, ne prend aucune chance. L’équipe de transition et la direction du parti ont prévu une campagne à grande échelle pour faire connaître le nouveau chef. On ne veut surtout pas laisser les conservateurs le définir, comme ils l’ont fait avec les chefs libéraux. Ce plan a été soumis aux candidats durant la campagne et tous ont donné leur accord. Il restait à connaître l’identité du gagnant pour compléter les préparatifs et obtenir ensuite son approbation finale. On ne pouvait nous dire cependant quand les premières publicités seraient lancées.

Chose certaine, l’arrivée de Mulcair à la tête du caucus néo-démocrate annonce une opposition plus musclée pour les conservateurs et un changement de ton aux Communes.

«Nous, on n’envoie pas de quolibets, on ne crie pas de bêtises à nos adversaires. Ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas de débats vifs. Il va y avoir des débats corsés et coriaces. On est face à un adversaire déterminé et très structuré. Nous on va faire la même chose. On va se structurer et on va livrer une opposition officielle très déterminé et très ‘tough’ avec M. Harper, ce qui ne veut pas dire qu’on manquera de respect envers l’institution.»

Pour les libéraux, l’arriver de M. Mulcair  signifie que leur chef intérimaire Bob Rae devra partager l’espace médiatique qu’il a si habilement occupé durant la course à la succession de Jack Layton. Et il devra surveiller ce que le nouveau chef néo-démocrate fera pour regrouper les progressistes sous la bannière de son parti.

Il s’agit de l’élément central de la plateforme de Thomas Mulcair. Et maintenant qu’il a gagné, il estime avoir le mandat pour aller de l’avant. «Le parti lui-même a décidé que nous voulions nous assurer d’être capable d’aller au-delà de notre base traditionnelle», a-t-il rappelé.

Le plan de M. Mulcair à cet égard reste flou, mais il semble particulièrement soucieux de mousser la crédibilité du parti en matière de finances et d’économie. «Un des choses sur lesquelles il faudra plancher sera de s’assurer que les gens réalisent que l’équipe néo-démocrate est formée de personnes capables d’offrir une administration publique bonne, solide et compétente. Les gens ont toujours hésité à le reconnaître, même s’ils aimaient nos idées», a-t-il dit en conférence de presse.

Et comme il l’a maintes fois répété en campagne, il a dit vouloir offrir une raison de voter à ceux que les conservateurs ont dégoûté de la politique et les persuader que la solution de rechange en 2015 est le NPD. Et il veut rejoindre les jeunes, les communautés culturelles, les autochtones.

Pour y parvenir, il souhaite voir le parti adopter un langage qui touche les gens, qui soit adapté aux réalités régionales et aux préoccupations variées des citoyens. Interrogé sur la référence au socialisme dans la constitution du parti, il a rappelé qu’un comité travaillait sur la question. Pour sa part, il est «un de ceux qui continuent de croire qu’il faut rafraîchir notre discours, moderniser notre approche, utiliser un langage qui plaît, non seulement à des initiés et à des gens déjà d’accord avec nous, mais qui peut plaire et attirer des gens qui partagent notre vision, mais qui trouvent parfois notre choix de termes rébarbatifs».

La donne vient de changer au Parlement, mais cela ne sera pas immédiatement visible. Thomas Mulcair changera de chaise avec Nycole Turmel, mais attendra le congé de Pâques pour commencer à former son cabinet fantôme. Il veut réintégrer les candidats défaits et reconnaître le travail abattu par les députés qui ont tenu le fort.

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Sans vouloir me porter à la défense de James Moore… Je pense que le Ministre du Patrimoine canadien qui était présent comme observateur au congrès du NPD, qu’il aurait défini monsieur Mulcair comme « vicieux » et « agressif » – suivant les traductions françaises – dans un sens « non péjoratif » ; à l’effet que monsieur Moore à procédé par analogie en définissant Mulcair par les termes de « bare-knuckle fighter », analogie avec la boxe et certains de ses pratiquants qui sont prêt à se battre quasiment à mains nues jusqu’au sang. Moore par ses propos voulait certainement dire que Thomas Mulcair était un politicien aguerri, batailleur contre lequel il n’est pas facile de se frotter.

On ne peut nier que monsieur Mulcair ait le sens de la répartie, qu’il sait débattre en publique et à la tribune parlementaire. C’est d’ailleurs je suppose aussi pour cette raisons que les gens ont voté pour lui.

Comme l’a dit à quelques reprises Mulcair lui-même, les traductions trop littérales de l’anglais passent mal au Québec car le sens des mots et leur perception sont différents. C’est pourquoi, il faut adapter certains mots de l’anglais qui sont à la limite triviaux et vulgaires, à nos manières de langage plus civilisées, à fin d’en saisir substantiellement le sens. Une erreur que continuent d’ailleurs de commettre nos excellents députés « poteaux » dans leur communications trimestrielles envoyées gracieusement aux populations.

Finalement, j’aimerais ajouter que pour regrouper toutes les forces progressistes du pays sous la bannière du NPD, il faudrait probablement que ce parti commence par sortir un programme d’un futur gouvernement qui soit audacieux et plus centré sur les bienfaits de l’économie.

Ce n’est pas en misant sur des cibles contraignantes en matière d’émissions de carbone notamment, associées à des droits et des taxes supplémentaires pour pouvoir polluer davantage qu’on adopte une approche progressiste. Pas plus qu’en réduisant les taux d’intérêts des cartes de crédit quand la priorité passe d’abord par le désendettement. L’état par exemple pourrait avoir une Banque du Peuple à la place et offrir des prêts sans intérêts aux plus pauvres.

Au chapitre économique disons que jusqu’à présent, ce sont encore les Libéraux du Canada qui ont cela dans leurs racines, si bien qu’ils en maîtrisent mieux les enjeux. De sorte que la lutte sera peut-être plus âpre qu’on ne le pense aux confins de l’année 2015. Et je conjecture que les premiers « round » procèderont d’abord et avant toute chose de l’observation.

J’ai vu James Moore à la télé, il a bien dit que Mulcair est vicieux et très agressif (une évidence), mais le reste « à l’extrême gauche et dangereux pour l’industrie pétrolière de l’Ouest », je ne me souviens pas… C’est inventé?

Mulcair n’est ni à gauche, ni à droite, il est à lui-même…

Mulcair est un homme efficace, intelligent et qui sait plaire. Dans tout le cabinet Charest, il était celui qui, dans la population, allait chercher le plus de sympathie, surtout lors de ses multiples oppositions à Charest. Oppositions qui lui ont coûté son siège, enfin, c’est que les gens en ont vu. La population percevait que Mulcair défendait l’intérêt de la population avant celle du privé.

Est-ce qu’il le faisait vraiment dans un soucis populaire, pour une question de principe? Personne ne pourra vraiment le savoir, mais en terme de perception, c’était gagné.

Maintenant, les conservateurs sont devant un adversaire qui était un gestionnaire efficace, qui a réussi à réduire le budget de son ministère et d’en augmenter l’efficacité. Aucun conservateur ne peut se vanter du même exploit. Il sera très difficile de mettre l’efficacité de Mulcair en doute alors qu’il pourrait donner des leçons de gestion à tous les ministres en poste.

De plus, ils ont en face d’eux un québécois totalement fédéraliste, il est inattaquable à ce niveau.

De plus, Mulcair, par ses talents de gestionnaire, pourra organiser le NPD et le rendre efficace et par le fait même, crédible. Il saura aller pomper chez les libéraux une quantité impressionnante de votes, les conservateurs n’y pourront rien.

Bref, sans taches pour le moment, les conservateurs se retrouvent devant un adversaire avec lequel il n’ont pas de prise, sinon la capacité de démoniser Mulcair, mais cela ne sera efficace que pour ceux qui sont déjà contre lui, donc peu de gains pour un coût élevé.

Les libéraux, de leur côté sont pris avec le pire scénario possible, soit un NPD mené par un chef qui est sérieux, organisé, crédible et surtout qui aime la victoire.

Pour les indépendantistes, Mulcair était le pire choix possible, car il pourrait faire en sorte que le Canada fonctionne (contrairement à l’administration Harper) et qu’il pourrait être beaucoup plus au diapason québécois, un peu plus à gauche. Il sera aussi, pour longtemps, l’image d’une opposition efficace à Harper, ce qui pourrait marquer l’imaginaire québécois.

Reste les verts, mais comme dit si bien Legeault: « On verra »!

Le visage du Canada va peut-être se transformer sous Mulcair (à l’opposition)…

J’ai posé une question sur nombre de tribunes sans jamais avoir de réponse.
Durant les années 80, n’est-ce pas les nationalistes québécois avec Lucien Bouchard en tête, qui ont amené Mulroney au pouvoir?
Peut-on y faire un parallèle avec la montée du NPD?
Advenant un référendum, c’est certain que je vote OUI pour une troisième fois. Pourtant, au fédéral, ce serait trop à expliquer ici, mais jamais je ne voterai pour le Bloc.
Quelqu’un aurait-il l’amabilité?

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