Le début de l’ère Mulroney : 30 ans déjà

Qui, depuis Brian Mulroney, a osé se lancer en élection pour défendre des projets aussi complexes que l’accord de libre-échange avec les États-Unis, l’accord du lac Meech et le projet de taxe sur les produits et services — la fameuse TPS ? Aucun.

Photo: La Presse Canadienne
Photo: La Presse Canadienne

PolitiqueLe 4 septembre 1984, le conservateur Brian Mulroney remportait une victoire électorale décisive, raflant rien de moins que 211 sièges. Trente ans plus tard, force est de constater qu’aucun autre chef politique n’a fait preuve, après lui, du cran dont il a su faire preuve au fil de ses neuf années au pouvoir.

Honni par les uns, admiré par les autres, Brian Mulroney n’a jamais laissé personne indifférent, mais cela ne l’a pas empêché de chercher à réconcilier au lieu de diviser et de proposer des politiques impopulaires, mais nécessaires.

Dans son livre Brian Mulroney, l’homme des beaux risques, fraîchement publié aux Éditions Québec Amérique, le journaliste Guy Gendron décrit bien ces deux aspects importants de la personnalité du politicien. Quand on tourne la dernière page, on ne peut s’empêcher de ressentir un brin de nostalgie pour une certaine audace politique.

L’actuel premier ministre Stephen Harper est aux antipodes de Brian Mulroney. Il ne cherche pas à plaire, au contraire. Toute sa stratégie politique est fondée sur l’exploitation d’enjeux qui polarisent l’électorat. Il sert sa base et cette faible marge d’électeurs qui lui permettront de gagner, et se fiche du reste.

Son programme politique est inspiré d’une vision idéologique du rôle de l’État. Il le veut petit et le moins interventionniste possible. Il procède à la pièce, par petites touches, pour déconstruire ce qui est contraire à sa conception des choses. Il a fait toutes ses campagnes en mettant au premier plan des mesures ciblées et de portée très limitée pour le citoyen (la réduction de deux points de la TPS en est un bon exemple). Réconcilier des points de vue divergents, bâtir des ponts, tenter de répondre à l’éventail le plus large de besoins ne le préoccupent pas.

On est loin des projets ambitieux de Brian Mulroney : libre-échange, TPS, réforme fiscale, lutte contre l’apartheid, tentatives répétées (mais malheureusement infructueuses) de réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel. Sous sa gouverne, le Canada a été un participant enthousiaste du Sommet de la Terre de 1992 et l’environnement est devenu un des dossiers prioritaires de son cabinet. La lutte contre les pluies acides et contre la destruction de la couche d’ozone était prise au sérieux.

On n’a rien vu de tel depuis. Le libéral Paul Martin avait bien une vision à offrir dans le dossier autochtone et il a appuyé le plan de mise en œuvre du protocole de Kyoto de son ministre de l’Environnement, Stéphane Dion, mais son gouvernement minoritaire n’a pas duré assez longtemps pour que tout cela se réalise.

Le gouvernement Chrétien avait bien signé avant lui le fameux protocole, mais il n’a rien fait pour en assurer la mise en œuvre. On dira par contre que Jean Chrétien a présidé à l’élimination du déficit. C’est vrai, mais il a délesté une grosse partie de la facture sur les provinces et a profité, pour y parvenir, de politiques qui ont été mises en place à fort prix par les deux gouvernements successifs de Brian Mulroney. Des politiques que les libéraux avaient combattues avec acharnement, soit dit en passant.

Retour en arrière

C’est le cas de la politique de désindexation partielle de tous les paramètres du système d’impôt et de tous les transferts aux particuliers (à l’exception des pensions de vieillesse), adoptée en 1985. À partir de cette date, les niveaux d’imposition, les exemptions personnelles, les crédits en tout genre — que ce soit pour la TPS ou les frais médicaux — ont cessé d’être ajustés en fonction du coût de la vie quand l’inflation était inférieure à 3 %. Et si l’inflation était de 5 %, on ajustait le niveau d’imposition et les crédits, mais en ne tenant compte que des 2 % de différence.

Au début des années 1990, une nouvelle politique monétaire est également entrée en vigueur, elle aussi contestée par les libéraux. Elle aura pour objectif de maintenir le taux d’inflation entre 1 et 3 %. Cela a commencé à porter fruit en 1992, un an avant la victoire de Jean Chrétien.

Ce dernier a donc hérité d’une stabilité budgétaire jamais vue. Son ministre des Finances, Paul Martin, pouvait prévoir avec une grande exactitude le coût des transferts aux particuliers. La prévision de ses revenus était aussi facilitée. Les finances fédérales se trouvaient ainsi à l’abri des aléas de l’économie et des fluctuations du coût de la vie.

Paul Martin a aussi largement profité de la décision conservatrice de faire payer aux employés et aux employeurs, plutôt qu’au gouvernement fédéral, la facture de l’assurance chômage. Et il y a finalement la TPS, qui a permis à Ottawa d’engranger des revenus sans cesse croissants.

Les libéraux ont contesté toutes ces réformes. Ils les ont toutes maintenues et n’ont rétabli la pleine indexation que plusieurs années après avoir effacé le déficit.

Quand on y pense, qui, depuis Brian Mulroney, a osé se lancer en élection pour défendre des projets aussi complexes que l’accord de libre-échange avec les États-Unis, l’accord du lac Meech et le projet de taxe sur les produits et services — la fameuse TPS? Aucun. M. Mulroney, lui, les a défendus les trois en même temps au cours de l’élection de 1988.

L’homme a ses zones d’ombre et ses travers, mais on ne pourra jamais disputer son courage politique, de celui qu’on aimerait retrouver chez nos leaders actuels afin qu’ils osent s’attaquer — sans égard à leurs foutus sondages et groupes témoins — aux changements climatiques, aux iniquités économiques, au non-respect des droits autochtones et aux conditions de vie tiers-mondistes qui affligent encore trop de Premières Nations.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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Pour ceux qui n’ont pas connu son gouvernement, le plus corrompu de l’Histoire canadienne, je conseille la lecture de On The Take, de Stevie Cameron
La bible sur toutes les manigances du Grand Brian. Les Libéraux de Jean Charest n’ont rien inventé!

http://fr.wikipedia.org/wiki/Stevie_Cameron

Son deuxième livre, On the Take: Crime, Corruption and Greed in the Mulroney Years (sur la prise : la criminalité, la corruption et la cupidité dans les années Mulroney)2, est publié en 1994. Le livre soulève de nombreuses questions sur l’éthique de l’ancien Parti progressiste-conservateur du Premier ministre Brian Mulroney et son implication supposée dans des commissions secrètes versées par Karlheinz Schreiber à des membres du gouvernement du Canada en échange d’achat, par la société Air Canada, alors société de la couronne, d’un grand nombre d’appareils Airbus. Ce livre est devenu un best-seller de la non-fiction au Canada en 1994 et en 1995.

M Brian Mulroney, lorsqu’il était en fonction comme premier ministre, à démontrer à plusieurs reprises qu’il était un véritable Homme d’état. Et le seul qui, par la suite,aurait pu s’approcher de ce titre s’il avait eu les coudées franches car il en avait le potentiel c’est M Paul Martin. À mon avis très très peu de canadiens et de canadiennes et même d’êtres humains dans le monde peuvent porter ce titre. La personne qui en porte le titre se doit d’être un grand défenseur de la démocratie, dans l’esprit et dans les gestes. De par sa vision de l’avenir il doit croire au développement du potentiel de chaque être humain. Et pour guider l’avenir de la société de façon éclairée il n’hésitera pas d’investir dans la recherche dans tous les domaines ce qui nous rendera fiers de société où nous vivons. L’Homme ou la Femme d’état respecte tous les niveaux de pouvoir de la société et en favorise le développement. L’Homme d’état n’évite pas les débats et comprend qu’il doit en doit en discuter de bonne foi avec le pouvoir journalistique. À quand un prix Nobel pour « Homme ou Femme d’état » afin de nous guider, nous et les élus, vers cette forme d’idéal humaniste. En attendant pourquoi pas un prix Humaniste ou Homme ou Femme d’état décerné tous les 4 ans! par les associations de journalistes canadiens pour souligner le travail de nos élus dans ce sens. Si aucun canadien n’est illigible alors soulignions-en l’absence!
Jacques Tremblay
Sainte-Luce Qc

« et cette faible marge d’électeurs qui lui permettront de gagner, et se fiche du reste. » Et vous savez quoi, on apprécie cette formule. Je me rappelle lors de la dernière élection provinciale, Philippe Couillard défendre le partenariat entre l’hôpital du Sacré-Coeur et la Cinique Rockland. J’avais été très impressionné, je me disais qu’il n’avait rien à gagner à faire cette déclaration. J’avais trouver qu’il avait eu du courage d’affirmer ses convictions. Et après l’élection que s’est passé? Et bien le gouvernement abandonnait le partenariat entre les deux institutions. Pourquoi? Mystère.

J’aime mieux un politicien qui prend une position claire, même si elle ne rallie pas une majorité que tous ceux qui finassent avec leur opposants idéologiques. Quand je vois les libéraux provinciaux se sentir obliger de faire des coubettes devant Steven Guilbault d’Équiterre, ça me désole. Si Guilbault veut changer le monde selon ses convictions, qu’il se fasse élire au lieu de détourner le résultat des élections.

Dans un société complexe, si vous voulez des changements, vous devez pas commencer à écouter tout le monde et son contraire. Pour mémoire, en 1988, Brian Mulroney a été élu avec 43% du vote, soit quatre points de plus que les conservateurs en 2011. Notons aussi qu’il n’avait pas obtenu une majorité absolue du vote, ce qui ne lui a pas empêché de faire adopter le libre-échange, s’il avait justement écouter tout le monde, on aurait pas eu cet accord historique.

Mme Cornellier est hostile à Stephen Harper.. C’est viscéral comme chez nombre d’intellectuels Québécois..

Moi je me suis toujours méfiée des flagorneurs.. Je préfère la froideur d’un Harper à la superficialité de Mulroney.

Aujourd’hui même je l’entendais louanger Justin Trudeau.. C’est un beau gosse, il a une belle femme, de beaux enfants, un emballage puissant dit-il.. Comme ce fut son cas et celui de PKP peut-être?? Un beau contenant, peu de contenu?? L’image pour exploiter l’émotion.. n’est qu’hypocrisie..

Les visages à deux faces.. Que fait Brian Mulroney, présumé fédéraliste, à la tête de Québecor pendant que le propriétaire s’est donné comme mission de briser le Canada plaçant ainsi ce magnat de la Presse dans une situation de conflits d’intérêts scandaleuse???

Se faire complice d’une situation inacceptable dans toute démocratie digne de ce nom en dit plus long qu’on pense sur le sens de l’éthique de Brian Mulroney..

L`ère Mulroney m`impressionne surtout pas. Son gouvernement a fait des déficits constamment dans les années 80 malgré la bonne reprise économique qu`il y a eu.

En fait, son gouvernement a toujours fait des déficits.

http://www.cbc.ca/news2/interactives/canada-deficit/

Et Mulroney m`impressionne pas du tout avec les blâmes qu`il fait à Harper et l`encensement de Justin Trudeau qu`il a fait dernièrement. Je vais voter conservateur, ce sont les moins pires, les moins taxeux et au moins après une grave crise économique, les conservateurs de Harper éliminent le déficit contrairement à Mulroney.

Et pour l`encensement de Mulroney pour Trudeau :

«Il est jeune, il paraît bien, il a été élu deux ou trois fois à la Chambre, il a une jolie femme, de beaux enfants – lorsque vous vous présentez dans ces circonstances, il s’agit d’un emballage puissant», a déclaré M. Mulroney en parlant du fils aîné de son ancien rival politique.»

http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-canadienne/201409/04/01-4797326-brian-mulroney-critique-harper-et-vante-trudeau.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_politique-canadienne_560_section_POS3

Monsieur Mulroney me prend pour un crétin. Si vous pensez que je vote pour un type parce qu`il est jeune et beau, qu`il a une belle femme et de beaux enfants, vous vous mettez le doigt dans l`oeil. Si s`est le cas pour plusieurs Canadiens, voilà un grave problème de la politique au Canada.

Quels raccourcis défectueux! Quand Mulroney est arrivé au pouvoir, le déficit était devenu hors de contrôle. Dans les années précédentes, en effet, Jean Chrétien, alors ministre des finances avait préconisé une politique de déficits afin de redonner du tonus à l’économie; c’était simpliste et mal avisé. Il fallait rectifier le tir, et c’est ce qui a été fait. Les mesures prises ont profité au gouvernement suivant, tous les observateurs peuvent vous le dire: le retour aux surplus budgétaires étant redevable aux budgets de Michael Wilson. Stephen Harper a renoué depuis avec les déficits, pour des raisons purement idéologiques, juste pour faire plaisir à sa base électorale. Que lui importe s’il a zéro vision au-delà de sa mission religieuse de préparer la Fin du Monde.

« Stephen Harper a renoué depuis avec les déficits, pour des raisons purement idéologiques, » et je dirais même électoral. Le gouvernement Harper a ramené les déficit sous la pression des partis d’opposition qui menaçaient de la défaire en 2008. En consentant des déficits, c’est tout le contraire d’un idéologue que le gouvernement Harper a démontré.

» Que lui importe s’il a zéro vision au-delà de sa mission religieuse de préparer la Fin du Monde. » C’est drôle, mais la mission religieuse, je la vois chez les opposants à Harper qui voient des gestes religieux dans tout ce qu’il fait. Comme on dit, les plus grands croyants sont les athés qui voient l’absence de Dieu partout…

Ben voyons. Le gouvernement Mulroney a toujours fait des déficits. C`est l`accumulation des déficits des gouvernements Trudeau et Mulroney qui ont poussés le gouvernement de Jean Chrétien à dégraisser sérieusement le gouvernement fédéral Canadien dans les années 90. Harper a fait un déficit à cause de la grave crise économique qu`on vient de subir sauf que Harper revient à l`équilibre budgétaire présentement contrairement à Mulroney qui a continué à faire des déficits malgré la bonne reprise économique des années 80.

Souvenez-vous des coupures de fonctionnaires fédéraux et du pelletage de responsabilités dans la cour des provinces dans les années 90 par le ministre des finances de l`époque Paul Martin.

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