Nathalie Normandeau : Elle milite en faveur de l’indépendance… énergétique du Québec !

Nathalie Normandeau, la ministre des Ressources naturelles du gouvernement Charest, déposera cet automne un projet de loi qui, s’il est adopté, changera l’avenir économique du Québec. Saura-t-elle rallier les défenseurs du Québec vert et ceux du tout-fossile ?

normandeau-1-juin2
Photo : Jean-François Lemire

Nathalie Normandeau est la dame rouge de l’échiquier politique québécois. Celle qu’on mobilise pour protéger le roi. Quand la partie va bien, elle se range derrière la ligne des pions et vaque discrètement à ses tâches. Quand une menace point à l’horizon, par contre, elle sort, et gare à la portée de ses mouvements. « Je fais de la politique pour M. Charest », résume-t-elle, précisant du même souffle : « Et pour ma région. »

De son village de Gaspésie jusqu’à l’Assemblée nationale, cette femme a parcouru un long chemin pour devenir le numéro deux du Québec. À son élection comme mairesse de Maria, en 1995, elle s’était inscrite à un cours de conduite, déclarant au moniteur médusé : « J’ai besoin d’un permis de conduire pour servir les citoyens. Apprenez-moi, ça presse ! » Muet de surprise, le pauvre a oublié de lui montrer à lâcher l’accélérateur. Élue députée de Bonaventure en 1998, à 30 ans, ministre des Affaires municipales à 36 ans, elle devient vice-première ministre avant même de fêter son 40e anniversaire.

Elle a monté sans fracas les échelons du pouvoir, laissant d’autres politiciens, plus flamboyants, se disputer l’attention des médias. « Elle est la plus influente et la moins connue des ministres », glisse un élu.

Aux Ressources naturelles, le portefeuille qu’elle détient depuis juin 2009, Nathalie Normandeau aura bientôt l’occa­sion de mettre ses talents à l’épreuve. Elle doit présenter cet automne une nouvelle loi sur le droit minier. Mais aussi un projet au potentiel explosif : la première loi sur les hydrocarbures de l’histoire du Québec. Celle-ci encadrera la prospection gazière et pétrolière dans les gisements prometteurs du Bouclier canadien et du golfe du Saint-Laurent. Le Québec pourrait devenir l’Alberta de l’Est. Ce choix de société sera toutefois âprement discuté. On prévoit une bataille épique entre les tenants de la société verte et ceux du développement économique à tout crin. La ministre Normandeau sera au cœur du débat.

Si un dossier l’intéresse, c’est bien celui des ressources naturelles. Dès son élection comme députée, elle devenait critique de l’opposition en cette matière. À peine sorti le film L’erreur boréale (1999), de Richard Desjardins et Robert Monderie, qu’elle partait faire la tournée des forêts québécoises. Elle rayonnait lorsque Jean Charest a annoncé, en conférence de presse, qu’il lui confiait ce portefeuille, capital aux yeux du Parti libéral. « L’enjeu des ressources naturelles est stratégique. On a un potentiel extraordinaire. Allons chercher le maximum de valeur ajoutée », dit-elle pour expliquer son enthousiasme à l’égard de ce dossier en apparence aride.

normandeau-2-juin2
« Un des plus beaux coups de ma vie », dit Jean Charest, qui a recruté Nathalie Normandeau. – Photo : Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

Le 19 octobre dernier, la ministre prenait la parole à la première conférence de l’Association pétrolière et gazière du Québec. Elle n’a pas fait mystère de l’appui de son gouvernement à l’exploitation des hydrocarbures. « Lorsque je lui ai parlé des retombées économiques, son visage s’est allumé », relate le président de l’Asso­ciation, André Caillé, qui l’a rencontrée à quelques reprises pour discuter de la loi en gestation. L’ancien patron d’Hydro-Québec rappelle que René Lévesque a vite gravi les échelons du pouvoir après avoir réussi à nationaliser l’électricité, lorsqu’il était ministre des Richesses naturelles, en 1963. Celle qui occupe le poste aujourd’hui saura-t-elle rééditer l’exploit, du côté de l’or noir, et tirer de ses efforts la juste récompense sur le plan politique ? « Cette loi pourrait créer une nouvelle industrie au Québec : 7 500 emplois. Si ça se fait de façon impeccable, la ministre en récoltera les honneurs. On s’en souviendra comme de la loi Normandeau. »

La principale intéressée sait que la partie reste à jouer. « Le potentiel gazier et pétrolier extraordinaire du golfe du Saint-Laurent permettrait de combler nos besoins pendant au moins 100 ans, affirme-t-elle. En même temps, des populations côtières, comme aux Îles-de-la-Madeleine, vivent d’une filière halieutique et touristique. Le défi sera de concilier les intérêts. »

Bien sûr, les défenseurs de l’environnement la surveillent. Équiterre est prêt à considérer son projet d’encadrement de la prospection des schistes gaziers du Bouclier. « L’exploitation du pétrole en mer, par contre, je ne vois pas comment on peut faire ça de façon écologique. Nathalie a tenté d’être rassurante, mais je suis sceptique », confie Steven Guilbeault, coordonnateur général adjoint de l’organisme. Il a néanmoins accepté de présider un comité d’experts formé pour guider le Québec vers les énergies vertes en émergence, telles l’énergie solaire et la géothermie. « Les écologistes le demandaient depuis longtemps, et Nathalie les a entendus. Au-delà de la ligne de parti, je crois qu’elle est convaincue de l’importance de ces questions. »

Dotée d’un solide instinct politique, Nathalie Normandeau avance à pas circonspects sur le terrain rocailleux du développement durable. En mars, elle a fait voter la loi 57, qui réforme la gestion des forêts. Il semble que la ministre ait réussi à passer entre l’arbre, l’écorce et la scie. Son truc ? La consultation. Elle voit tout le monde, en particulier ceux qui risquent de dénigrer son approche. D’abord critiqué par le milieu, ce projet, déposé par son prédécesseur Claude Béchard, a fait l’objet d’une commission parlementaire de 11 jours qui a mené à plusieurs amendements. « Les citoyens expriment de plus en plus leur opinion sur l’exploitation des ressources naturelles et énergétiques, constate la ministre. Qu’il s’agisse de l’éolien, des mines ou des forêts, ils veulent en retirer le meilleur. Le gouvernement doit trouver les moyens de les associer à la prise de décisions. »

Le défi sera encore plus important pour le Plan Nord, dont Nathalie Normandeau est la ministre responsable. Le sujet devrait revenir dans l’actualité cet automne, cette fois avec des projets concrets dans les secteurs minier et touristique. En octobre dernier, elle avait dû rétrograder ce « plan » au rang de « démarche » après que des députés péquistes eurent vainement cherché à obtenir un exemplaire de ce document intangible (une version de travail a depuis été déposée dans le site plannord.gouv.qc.ca). La ministre a encaissé la gifle avec grâce. Elle a créé une table des partenaires regroupant les représentants du territoire situé au nord du 49e parallèle, où l’État compte investir 50 milliards de dollars au cours des 25 prochaines années. « On veut en faire un exemple de développement durable. Si on était arrivés avec un plan déjà écrit, les élus locaux nous ont dit qu’ils n’auraient jamais embarqué », argue-t-elle.

C’est bien là le style Normandeau. Rhéto­ricienne du gros bon sens, elle enrobe ses arguments de miel. Qui s’y frotte s’y englue. Elle sait trop bien « défendre l’indéfendable », maugréent ses opposants. « Cette fille fait de la politique en professionnelle, commente Michel David, analyste au quotidien Le Devoir. C’est une brillante communicatrice et une “vendeuse” hors pair, mais elle peut affirmer des inepties avec la plus grande conviction. »

La voilà donc qui entre, Nathalie Normandeau. Et m’invite dans la salle de conférences, s’installant d’office au bout de la longue table. Elle présente un intrigant mélange de réserve et de familiarité, de puissance et de féminité. Des escarpins à talons ajoutent encore quelques centimètres à sa haute stature ; elle a peint ses ongles carmin. Mais sa mise étudiée, forme d’expression du pouvoir, se marie à une sorte de simplicité du terroir. « Nat », comme elle se désigne elle-même, n’a rien d’une snob. D’entrée de jeu, elle insiste pour me faire faire le tour de son cabinet, présentant chaque collaborateur par son prénom — jusqu’à la secrétaire embauchée la semaine précédente. Certains d’entre eux, comme le sous-ministre, Robert Sauvé, l’accompagnent depuis des années, n’hésitant pas à changer de mandat pour la suivre.

Jean Charest a remarqué cette grande brune lors d’une réunion de maires, en mai 1998. Il lui a offert de se porter candidate pour le Parti libéral. Une fois. Deux fois. Trois fois. « Je ne sais pas pourquoi j’ai tellement persévéré, mais c’est un des plus beaux coups de ma vie, dit aujour­d’hui le premier ministre. Nathalie a des qualités de leader. Un ascendant, une certaine autorité morale. Les gens ont le goût de travailler avec elle. »

À l’adolescence, Nathalie Normandeau courait les tournois avec l’équipe de basketball de l’école Antoine-Bernard, à Carleton-sur-Mer. Elle était pivot — ce joueur élancé qu’on poste près du panier pour marquer des points. « On se faisait battre, mais on avait bien du plaisir », confesse en riant son amie Lyne Ouellon, coiffeuse à Carleton, qui la fréquente depuis la 1re secondaire. « Nathalie est restée la même. On peut toujours compter sur elle. » Réservée, bien que pleine d’assurance, elle s’isolait dans la bibliothèque le midi pour lire les journaux. « Elle ne remportait pas les grands méritas, note avec affection Denyse Leblanc, sa professeure de français en 3e secondaire. Mais elle avait de la constance dans la pensée. Elle montrait une grande conscience sociale et une fierté pour sa région. » Ses textes révélaient une éloquence rare pour son âge.

Nathalie Normandeau naît le 8 mai 1968 à Maria, village niché au creux de la baie des Chaleurs. Son père, Paul, est charpentier-menuisier ; sa mère, Kathleen Williamson, d’origine irlandaise, élève à la maison trois filles et deux garçons. Nathalie est une gamine ultra-responsable, qui ne fait pas de folies. « À 12 ans, elle gardait les enfants de la paroisse, raconte sa mère. Elle est vail­lante, ma fille aînée. Elle a le cœur grand comme le monde. »

Lorsque Paul Normandeau est élu conseiller, le temps d’un mandat, l’adolescente de 13 ou 14 ans se met à feuil­leter le Code municipal du Québec ! « J’aimais quand le maire venait à la maison jaser avec mon père de décisions à prendre. Quelque chose là m’attirait — probablement la stratégie. »

Elle s’inscrit en science po à l’Université Laval, en 1987. Grâce à un contact (l’un de ses oncles côtoie la députée de Matane), elle décroche un stage au bureau du chef de cabinet de Robert Bourassa. Un contrat de huit semaines, qui s’étirera sur quatre ans. Elle s’initie à la mécanique interne de la politique. Mais termine son baccalauréat convaincue de ne jamais travailler dans ce domaine. Trop intensif. Trop ingrat.

Aussi titulaire d’un certificat en études africaines, Nathalie Normandeau est une femme d’État avec des fantasmes de travailleuse sociale.

À 25 ans, poussée par la nostalgie, la Gaspésienne rentre à Maria. Elle prend la direction d’un organisme communautaire, la Source alimentaire Bonavignon. Deux ans plus tard, elle décide de solliciter un mandat comme conseillère municipale… jusqu’à ce que des notables lui demandent de briguer la mairie. Gilbert Leblanc, directeur général de la municipalité, alors directeur des élections, se souvient du jour de 1995 où la jeune femme est entrée d’un pas sûr dans son bureau, déterminée à troquer sa candidature de conseillère contre celle de mairesse. « On voyait qu’elle voulait prendre des décisions, jusqu’au niveau régional. Son flair était bon, puisqu’elle a gagné ! » Elle bat deux candidats expérimentés et devient la plus jeune mairesse du Québec.

Au basket, Nathalie Normandeau a appris que pour compter des points, il faut travailler en équipe. Dès son arrivée, elle conclut la première convention collective des employés municipaux. Elle aménage un parc en collaboration avec la commission scolaire René-Lévesque et signe avec les municipalités voisines un plan d’assis­tance mutuelle en cas d’incendie. « Elle travaillait beaucoup en partenariat. Et quand un employé faisait un bon coup, elle le soulignait. Ça nous amenait tous à nous dépasser », rapporte Gilbert Leblanc.

Le grand jeu du pouvoir captive Nathalie Normandeau. Les tactiques, les alliances éveillent son esprit de compétition. La première fois qu’elle intervient à la Chambre, c’est pour accuser Lucien Bouchard d’avoir sacrifié l’usine Gaspésia, à Chandler, en juin 1999. Le premier ministre, rien de moins ! « Les genoux me claquaient, et ce n’est pas une image. Mais en me rasseyant, j’ai dit à mon voisin, Norm MacMillan : “J’aime ça.” »

Dans l’opposition, elle fait ses classes. Et quelques bourdes. La plus cuisante se produit à l’été 2002. Les libéraux ont tous enfilé un t-shirt imprimé du slogan « Réinventer le Québec ». Interrogée par un journaliste sur le sens de ces mots, elle cherche une réponse… qui ne vient pas. Le bulletin d’informations du soir la montre bouche bée. Conclusion : les libéraux ne savent pas où ils vont. Au caucus du lendemain, sous le regard pesant de ses collègues, elle aurait voulu que le sol s’entrouvre pour l’engloutir. « Je suis allée voir le chef et je lui ai juré que ça ne se reproduirait plus. » La ministre a conservé le t-shirt noir qui lui a valu cette bonne leçon. Elle se promet de le vendre aux enchères, un jour, et d’en tirer un joli prix.

Nathalie Normandeau est restée attentive à ne pas commettre d’impair susceptible de nuire à son parti. Sauf que…

En avril 2009, la vice-première ministre lâche une bombe médiatique : elle est amoureuse d’un membre de l’opposition, François Bonnardel, député adéquiste de Shefford. Pendant que, sur la colline Parlementaire, se répandent les remarques narquoises, les analystes soupèsent les enjeux éthiques soulevés par cette union inédite. Comment assurer le secret des délibérations, tant au PLQ qu’à l’ADQ, quand un député a la tête d’un côté et le cœur de l’autre ? Mais cette idylle façon Roméo et Juliette au Salon bleu enchante beaucoup d’électeurs. Quand la ministre offre sa démission à Jean Charest, le chef, comme elle l’appelle, refuse.

normandeau-5-juin2
La ministre annonçait en juin 2009 la mise en chantier d’un parc éolien dans la seigneurie de Beaupré. – Photo : Francis Vachon/La Presse Canadienne

Parmi les réussites de Nathalie Nor­man­deau, on peut citer la création, en 2004, des conférences régionales des élus, qui visent à rééquilibrer les pouvoirs en zone rurale. Un an plus tôt, peu après sa nomination comme ministre déléguée au Développement régional et au Tourisme, elle s’était lancée sur les routes du Québec pour présenter la réforme aux citoyens. « Nathalie m’a beaucoup aidé à faire accepter ce projet, dit Michel Audet, alors son ministre de tutelle en tant que chef du Développement économique et régional. Elle est bonne pédagogue, mais surtout, elle parle le langage des élus locaux. Le pouvoir est très dépendant de la base des partis dans les régions ; là-dessus, elle donne une bonne crédibilité au Parti libéral. »

Les Affaires municipales auraient pu être son Waterloo. Le milieu attendait de pied ferme la Gaspésienne qui prétendait s’occuper de Montréal et des autres villes de la province. La valse des fusions-défusions avait mis tout le monde à cran. « Les élus municipaux avaient besoin de paix, dit-elle. Ma priorité a été de rétablir les ponts, en signant une entente modifiant en profondeur les rapports entre le gouvernement et le milieu municipal. »

« Elle a parlé d’une entente historique, mais il lui arrive de monter en épingle ce qui, en fait, est assez ordinaire », nuance Louise Harel, chef de Vision Montréal, qui a elle-même dirigé les Affaires municipales de 1998 à 2002. Il existait déjà une entente fiscale entre Québec et la Fédération québécoise des municipalités, rappelle-t-elle. Ce qui ne l’empêche pas de donner une bonne note d’ensemble à la ministre. « Elle est très habile. »

Nathalie Normandeau ne collectionne pas les ennemis. Même ses adversaires politiques confessent l’apprécier en tant que personne. Il est rare qu’elle s’autorise des remarques disgracieuses, comme en mars 2009, quand elle avait comparé Pauline Marois à un hamster s’excitant dans sa roue.

« La ministre est aimable avec tout le monde, mais on ne peut pas toujours surfer sur la sympathie qu’on inspire », tranche Sylvain Gaudreault. Le critique du Parti québécois en matière d’énergie lui reproche notamment sa gestion du potentiel éolien. En octobre dernier, quand des résidants de Saint-Ferdinand et de Sainte-Sophie, en Beauce, se sont inquiétés au sujet de l’implantation d’éoliennes chez eux, le député de Jonquière les a invités à l’Assemblée nationale. Nathalie Normandeau a pris la peine de les rencontrer. Ils sont rentrés enchantés, avec le sentiment d’avoir été écoutés. « Sauf qu’ils sont revenus en février me dire que rien n’avait bougé. La ministre affirme qu’elle n’enfoncera pas dans la gorge des gens des projets dont ils ne veulent pas, mais il n’y a pas de résultats. » Pendant ce temps, clame-t-il, la grogne populaire enfle, anéantissant des projets de parcs éoliens qui auraient peut-être été viables autrement : à Sainte-Luce-sur-Mer, à Mont-Louis, à Aguanish…

Elle reconnaît difficilement ses torts, note Pascal Bérubé, député péquiste de Matane, qui se décrit comme l’opposi­tion officielle de la ministre en Gaspésie. « Souvent, quand je formule des criti­ques, sa première phrase, c’est : “Je n’accepte pas ça.” » Sa circonscription, dit-il, garde un souvenir amer de l’échec Xunlight. En octobre 2008, Nathalie Normandeau s’est rendue à Sainte-Anne-des-Monts pour faire part de l’implan­tation prochaine d’une usine d’assemblage de panneaux solaires. « À deux semaines de l’élection, elle a organisé une grande mise en scène pour annoncer 200 emplois. On a su après qu’aucun contrat n’avait été signé. L’entreprise n’est jamais venue. »

La ministre n’accepterait pas qu’on l’accuse de donner de faux espoirs aux électeurs. « Je m’impose la discipline de toujours donner l’heure juste, que la nouvelle soit bonne ou mauvaise », jure-t-elle.

Un jeudi d’août 2005, Nathalie Normandeau reçoit un coup de fil lui annonçant la fermeture de l’usine de papier d’emballage Smurfit-Stone, à New Richmond. Elle en a les larmes aux yeux, elle qui n’est pourtant pas affligée de sensiblerie. La ville perd 300 emplois. Et ça se passe chez elle. « J’avais encore en tête la détresse de la fermeture de la Gaspésia, et là, je voyais le film se rejouer. Je me sentais impuissante ! C’est le plus dur pour moi en politique : être rattrapée par des événements sur lesquels je n’ai pas de contrôle. »

La ministre responsable de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine aime farouchement son pays natal. Qui le lui rend bien. De nombreux Gaspésiens sans atomes crochus avec le Parti libéral votent pour elle… même si elle a perdu le bel accent du cru. Mais, assure-t-elle, « il ressort quand je suis fâchée ! »

Dès qu’elle le peut, Nathalie Normandeau quitte son condo du Vieux-Port de Québec pour son chalet de la baie des Chaleurs. Elle rend visite à sa famille et fait de longues promenades solitaires sur la plage : « La maladie de mon collègue Claude Béchard m’a beaucoup fait réfléchir sur l’importance de se garder du temps. »

Elle se verrait bien, un jour, redevenir mairesse de Maria. L’idée fait rigoler ceux qui la connaissent ; ils l’imaginent bien davantage disputer à Pauline Marois la place de première femme à la tête du Québec. « Je n’ai ni cette ambition ni ces compétences », jure-t-elle. Elle disait cela avant de devenir députée…

 

normandeau-4-juin2
Photo : Clément Allard/La Presse Canadienne

Un flirt au Parlement

Tout a commencé par un pari. Le 3 avril 2008, Nathalie Normandeau doit traverser la Chambre pour offrir ses vœux de bon anniversaire à son vis-à-vis adéquiste, le critique des Affaires municipales Martin Camirand. Quelques députés de l’ADQ font le pari qu’elle ne daignera pas honorer la coutume. Nathalie Normandeau s’empresse de leur faire perdre leur gageure, et François Bonnardel empoche cinq dollars pour avoir misé sur elle. Il lui fait alors envoyer un mot, offrant de célébrer cette victoire autour d’un verre. Trois semaines après, ils se retrouvent dans un bistrot du quartier Saint-Roch. Deux ans plus tard, François Bonnardel s’habitue à être présenté dans les médias comme le « conjoint de la vice-première ministre ». Et sa blonde le taquine sans pitié en clamant que si elle se présentait dans sa circonscription, elle gagnerait contre lui. « Jamais je n’aurais pensé tomber “en amour” avec l’adversaire. Notez que je n’ai pas dit l’ennemi », lance Nathalie Normandeau. François Bonnardel a pour sa part refusé de rencontrer L’actualité dans le cadre de cet article.

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie