Navires militaires : la facture pourrait être plus salée que prévu

Dans un rapport publié mardi, le directeur parlementaire du budget affirme que le gouvernement devra réduire sa commande de navires ou augmenter le budget qu’il a consacré au projet.

PolitiqueÀ chaque fois que le directeur parlementaire du budget (DPB) a produit un rapport contredisant les prétentions du gouvernement, le gouvernement s’est empressé de mettre en doute sa crédibilité. Ce fut le cas lorsqu’il a évalué le coût de la mission en Afghanistan, le coût des projets de loi en matière de justice, ou encore l’achat des avions-chasseurs F-35.

Cette semaine, c’était au tour du programme d’achat de navires de patrouille extracôtiers et de l’Arctique (NPEA) de passer sous la loupe du DPB… et de provoquer de nouvelles critiques de la part du gouvernement.

Dans son rapport publié mardi, le DPB dit que «le budget actuel sera insuffisant pour acquérir les six à huit NPEA prévus. Il est plus probable que, si le projet ne connaît pas de retard, le budget actuel ne permette de construire que quatre navires».

Annoncé en 2007, ce projet d’acquisition est doté d’un budget de 3,1 milliards de dollars, dont 274 millions de dollars pour améliorer certains quais.

Le contrat a été accordé en 2011 à Irving Shipbuilding, qui construira les navires à Halifax. Cependant, au dire même de la ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, Diane Finley, ce contrat n’a pas encore été «officiellement signé».

Or, toujours selon le DPB, un retard d’un ou deux ans entraînerait une hausse des coûts en raison de l’inflation, ce qui réduirait à trois le nombre de navires pouvant être construits avec le même budget. Ses calculs tiennent pour acquis que la construction du premier navire commencera en 2015, avec livraison en 2018.

Confrontée à ces données, la ministre a carrément dit que le DPB était dans le champ et que «les chiffres fournis par le directeur parlementaire du budget reposent sur des données erronées, de même que sur des estimations approximatives des coûts relatifs à des navires construits à l’étranger et dotés de capacités variées».

Si tel est le cas, il faudrait savoir pourquoi. Or, fidèle à son habitude, le gouvernement n’a pas fourni au DPB les données qu’il demandait pour ce rapport. «Nous n’avions pas reçu les données nécessaires quand nous avons complété le rapport», a confirmé par courriel Mostafa Askari, le DPB adjoint.

Les méthodes suivies par le DPB sont, de toute façon, conformes aux règles de l’art. Le gros du rapport sert d’ailleurs à les expliquer.

En revanche, on ignore comment le gouvernement peut être aussi sûr de pouvoir faire construire six navires — le seul chiffre utilisé en Chambre par la ministre — avec le budget prévu.

Par le passé, le DPB a souvent dû procéder à ses analyses sans avoir accès aux données gouvernementales, mais cela ne l’a jamais arrêté ni empêché de tirer des conclusions qui se sont avérées exactes, contrairement à celles du gouvernement.

Alors, à moins que la ministre n’ouvre ses livres, on va continuer à croire le DPB.

(Le rapport et le document de breffage sont accessibles ici.)

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À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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« Par le passé, le DPB a souvent dû procéder à ses analyses sans avoir accès aux données gouvernementales, mais cela ne l’a jamais arrêté ni empêché de tirer des conclusions qui se sont avérées exactes… » Ah oui? Voici ce que l’on pouvait lire en 2011 :

« Il est peu probable que le gouvernement fédéral atteigne ses propres objectifs de réduction du déficit en gelant les budgets des ministères, estime le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, dans un rapport cinglant publié jeudi.

« Vous ne pouvez pas équilibrer le budget. Cela ne résiste pas à l’analyse », affirme Kevin Page au sujet du plan du gouvernement conservateur. »
http://fr.canoe.ca/cgi-bin/imprimer.cgi?id=827093

Et oui, même le DPB peut se tromper, tout comme les journalistes peuvent oublier…

« Et oui, même le DPB peut se tromper, tout comme les journalistes peuvent oublier… » (sic)

Permettez-moi de vous corriger: « Et oui, même le DPB peut se tromper, tout comme « certaines » journalistes (i.e.: Manon Cornellier) peuvent oublier… »

Bon…voilà…c’est mieux comme ça.

3 ans plus tard, M. Page ne s’est pas encore trompé. Le budget n’est pas équilibré, ne le sera pas avant l’année prochain au moins, et cela malgré que le gouvernement conservateur ait effectué des **coupures importantes** dans les programmes et les sociétés de la couronne.

Quatre navires seulement ! Bah ! Le gouvernement fera bien comme tout le monde, il ira sur Kijiji. Mon petit doigt me dit qu’il doit bien y rester quelques vieux rafiots à vendre parmi la flotte navale de sa royale majesté, Bébette la Deuxième, dont les tôles tiennent par la peinture qui feraient l’affaire.