Nelson Mandela et l’Algérie : une histoire méconnue en trois épisodes

Nelson Mandela a été l’homme de la réconciliation sud-africaine et le décideur politique qui a accepté de mener une lutte armée contre le régime de l’apartheid. C’est ce second aspect qui le lie dès 1962 aux indépendantistes algériens. Une histoire peu connue…

Photo : Abdelhak Senna / AFP / Getty Images
Photo : Abdelhak Senna / AFP / Getty Images

Nelson Mandela était une figure mythique de son vivant, une figure de proue dans le combat contre l’oppression et la recherche d’une justice sociale. En s’éteignant le 5 décembre 2013 à l’âge de 95 ans, l’homme laissera derrière lui l’image d’un modèle de résilience et de détermination politique.

Néanmoins, Madiba nous lègue un précieux héritage : une pensée nuancée et complexe, notamment. Mandela est en effet l’homme de la réconciliation sud-africaine, mais aussi le décideur politique qui a accepté de mener une lutte armée contre le régime de l’apartheid. C’est ce second aspect qui le lie dès 1962 aux indépendantistes algériens.

En effet, à la suite de la stratégie de répression adoptée par le régime de l’apartheid contre les militants de l’African National Congress (ANC), ces derniers décident d’étendre leur combat politique à la lutte armée.

Au cours du mois de juin 1961, ils créent leur branche militaire : l’Umkhonto weSizwe, soit le «Fer de lance de la nation». À la tête de cette branche armée, Mandela fait secrètement une tournée africaine pour obtenir le maximum d’appuis. C’est dans ce contexte qu’il rencontre les indépendantistes algériens et les soldats de l’Armée de libération nationale (ALN), branche armée du Front de libération nationale (FLN).

La rencontre a lieu en mars 1962, à Oujda au Maroc, dans les camps d’entraînement de l’ALN. Il y reçoit sa formation militaire et est initié aux méthodes insurrectionnelles. Au cours de ses échanges avec les militants algériens, ceux-ci lui soulignent la nécessité d’allier à la lutte armée les dimensions politiques et diplomatiques.

Ce premier épisode scelle l’amitié entre l’ANC et l’Algérie, l’arrestation de Mandela en août 1962 ne modifiant pas l’engagement promis par Ben Bella, premier président de l’Algérie.

L’Algérie nouvellement indépendante assurera ainsi, au cours des décennies suivantes, un soutien financier et logistique aux membres de l’ANC.

De manière concomitante, les diplomates algériens s’efforceront de défendre les revendications de l’ANC au sein de l’Organisation de l’Union africaine (OUA, devenue aujourd’hui l’Union africaine) et de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Mais c’est en 1974, à la 29e Assemblée générale des Nations Unies, que l’Algérie parvient à obtenir une victoire diplomatique qui accélère la marginalisation du régime de l’apartheid.

En effet, au cours de cette Assemblée générale présidée par l’Algérie, cette dernière parvient à faire adopter, par l’intermédiaire de son représentant Abdelaziz Bouteflika, l’exclusion de l’Afrique du Sud de l’Assemblée générale. Cette exclusion continuera de s’appliquer jusqu’en 1991, c’est-à-dire jusqu’à la fin de l’apartheid. Ce second épisode participe à expliquer la solidarité actuelle — et réciproque — des positions diplomatiques algérienne et sud-africaine.

Enfin, le troisième épisode se résume dans une phrase prononcée dans les médias algériens, et qui n’a d’ailleurs cessé d’être évoquée au cours des derniers jours. Lors de la première visite officielle de Mandela en Algérie, en mai 1990, celui-ci aurait affirmé que «c’est l’Algérie qui a fait de [lui] un homme». Le blogueur Baki @7our Mansour nuance toutefois le propos et considère que Mandela aurait plutôt dit que «c’est l’armée algérienne qui a fait de [lui] un homme».

La seconde citation a l’avantage d’expliciter davantage les schémas de résilience politique comparables et lier des militants de l’ANC et du FLN, qui ont conjugué les dimensions politiques et militaires pour mener à bien leur combat respectif.

Mandela aura néanmoins étudié et retenu les leçons du passé pour parvenir à réconcilier les franges de la population sud-africaine au prix de coûteux sacrifices qui ne peuvent que conforter sa légende… et enrichir l’histoire du continent par une expérience-clé inspirante.

 

Adib Bencherif

Chercheur en résidence, Observatoire sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord

Chaire @RDandurand @UQAM

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