Nigel Wright, homme de l’année… 2014 ?

Le personnage politique fédéral le plus marquant de 2013 est un non-élu issu des coulisses du pouvoir dont on n’a pas fini d’entendre parler en 2014.

Photo: Christopher Pike/Postmedia News
Photo: Christopher Pike/Postmedia News

Le personnage politique fédéral le plus marquant de 2013 est un non-élu issu des coulisses du pouvoir dont on n’a pas fini d’entendre parler en 2014.

En décidant de rembourser de sa poche les 90 000 dollars d’allocations de logement injustifiées du sénateur conservateur Mike Duffy l’hiver dernier, Nigel Wright, l’ex-chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper, a plongé son gouvernement dans une crise dont ce dernier n’a pas réussi à s’extirper depuis.

Presque huit mois après son départ en catastrophe du bureau du premier ministre, la liste des dégâts continue de s’allonger. La crédibilité de Stephen Harper est ébranlée. Tous les protagonistes dans cette affaire sont des gens qu’il a lui-même triés sur le volet. Selon la GRC, ils sont une douzaine à avoir trempé de près ou de loin dans l’élaboration du stratagème en question.

La cote du Parti conservateur — porté au pouvoir en 2006 sur la foi de la promesse d’un régime plus respectueux de l’éthique — est endommagée. On l’a vu lors de quatre élections partielles fédérales en novembre. À tous les coups, la proportion du vote conservateur a chuté. Ni la conclusion d’une entente commerciale Canada-Europe, saluée par les milieux d’affaires et appuyée en principe par toutes les provinces, ni l’annonce d’un retour à des budgets fédéraux équilibrés n’ont renversé la tendance.

Quant au Sénat — qu’une majorité de Canadiens voudraient désormais abolir —, sa réputation ne s’en remettra vraisemblablement pas. D’ici à ce que la Cour suprême trace un chemin, plus tard cette année, pour moderniser l’institution, il ne faut pas s’attendre à voir Stephen Harper pourvoir les départs de la Chambre haute. Le Sénat risque de ne pas fonctionner à plein rendement de sitôt.

Mais le pire, du point de vue des conservateurs, c’est que, enquête policière aidant, l’histoire Wright-Duffy pourrait connaître d’autres rebondissements dommageables à l’équipe Harper en 2014. Cela pourrait inclure la mise en accusation au criminel de l’un ou l’autre des principaux acteurs de ce drame politique ou même des deux.

En attendant, Stephen Harper a entrepris de s’entourer de protégés de la première heure, dont Dimitri Soudas, son ex-directeur des communications, nommé en fin d’année à un poste de direction au Parti conservateur.

Alors que les députés gouvernementaux évoquent de moins en moins discrètement l’hypothèse d’un départ à la retraite du premier ministre avant le scrutin de 2015, il est de bonne guerre pour Harper de se constituer une garde rapprochée dont la loyauté est à toute épreuve.

Mais à la lumière du sort de Nigel Wright, un homme d’affaires influent de Bay Street dont le professionnalisme et l’intégrité n’avaient jamais été mis en doute avant son séjour dans les coulisses du pouvoir fédéral, on peut aussi croire que bien peu de gens de talent seraient prêts à quitter un poste lucratif dans le secteur privé pour s’embarquer dans la même galère.

À quelque chose, finalement, malheur est néanmoins bon. L’affaire Wright-Duffy pourrait être l’élément déclencheur d’un certain renouveau parlementaire. Avec des questions pointues, posées en rafale au premier ministre, le chef du NPD, Thomas Mulcair, est en voie d’imposer un nouveau style, plus factuel, aux échanges entre le gouvernement et l’opposition à la Chambre des communes.

Au plus fort du débat sur le rôle du premier ministre dans l’affaire des dépenses au Sénat, on a vu des attroupements autour de téléviseurs dans les salles d’attente de certains aéroports pendant la période des questions. Contrairement à d’autres controverses mettant en cause la conception — plutôt étroite — de la transparence gouvernementale de l’équipe Harper, celle-ci a semblé toucher une corde sensible dans l’opinion publique.

Enfin, sous le couvert d’un projet de loi d’initiative privée, Michael Chong, un élu conservateur de l’Ontario, a lancé en fin de session un nécessaire débat à Ottawa sur la place de simples députés comme lui dans l’ordre des choses parlementaire.

À un moment plus serein de la vie du gouvernement conservateur et du premier ministre Harper, la majorité conservatrice au Parlement aurait été davantage tentée de tuer dans l’œuf le projet du député Chong et de court-circuiter la discussion qui se prépare pour 2014.

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