Non, ce site web n’est pas celui d’une ministre libérale

À quelques jours des élections, un site internet trompeur au nom de la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland génère sa part de désinformation. Mais attention avant de crier au complot.

Les sites chrystia.ca et chrystiaforcanada.ca mènent tous les deux au même endroit : un microsite plutôt dégarni aux couleurs des libéraux où l’on peut lire : « Chrystia for Canada. Property of Chrystia for Canada. Coming Soon » (Chrystia pour le Canada. À venir bientôt.). Et de la feuille d’érable sur le «i» à la forme des lettres, la typographie ressemble à s’y méprendre à celle utilisée dans le logo du PLC.

Capture d’écran / L’actualité

« L’équipe de la ministre n’est pas derrière ce site internet », confirme Adam Austen, porte-parole de Chrystia Freeland, à L’actualité.

Apparemment trompeur, ce site internet utiliserait le nom de la ministre à son insu, ce qui pourrait être considéré comme «un enregistrement de mauvaise foi» par l’Autorité canadienne pour les enregistrements Internet (ACEI). 

Il n’est pas rare qu’un candidat ou un groupe politique enregistre un nom de domaine (le nom d’un site web) à l’avance, parfois en secret, pour le réserver et s’assurer que personne ne puisse l’acheter avant. Un nom de domaine peut être enregistré sans être lié à un site internet.

Toutefois, à quelques jours du scrutin à l’issue de moins en moins prévisible, l’idée qu’une figure importante du Parti libéral aille jusqu’à créer un site internet et une iconographie est fortement improbable.

Avant les élections, l’ACEI conseillait aux politiciens canadiens d’enregistrer leurs noms pour éviter qu’une personne malintentionnée s’en serve contre eux.

« L’ACEI recommande fortement à tous les politiciens et agents publics d’enregistrer leur nom de domaine personnel «.ca» afin de protéger leur marque en ligne », écrivait l’organisation en septembre.

Une petite recherche via who.is, outil gratuit qui permet de voir qui se cache derrière un site internet, indique que les créateurs de chrystia.ca ont pris les mesures nécessaires pour garder l’anonymat. 

La « preuve » que rien ne va plus chez les libéraux

Quelques « médias alternatifs » canadiens ont tenté de créer une controverse et d’y voir la preuve que des ministres libéraux avaient perdu confiance en leur chef.

« Les libéraux sentiraient déjà la défaite qui viendra le 21 octobre, et les préparations pour la course à la chefferie du PLC seraient déjà entamées par certains », pouvait-on lire sur la page Facebook de Québec Fier, organisation connue pour ses publications anti-Trudeau.

Captures d’écran / L’actualité

Leur version de l’histoire et ses déclinaisons ont été partagées quelques centaines de fois sur les réseaux sociaux et sur des forums de droite.

Le commentateur politique Warren Kinsella semble être le premier à avoir mentionné le site internet sur Twitter, deux jours après sa création.

Une réponse aux trolls libéraux

Alors qui est derrière le site? Des trolls, probablement.

Le 10 octobre dernier, à l’occasion du débat des chefs en français, une affiche brandie par des partisans libéraux a fait parler d’elle. On pouvait y lire : « MacKay 2020 ». Au milieu des pancartes aux couleurs libérales, des affiches arborant d’autres slogans moqueurs comme « Americans for Scheer » et « Coupures conservatrices » ont aussi attiré l’attention.

L’affiche, qui a vite fait le tour des réseaux sociaux, fait référence à un article du Globe and Mail indiquant que des proches du conservateur Peter MacKay lui convoitent déjà une place dans la prochaine course à la chefferie du parti, si les conservateurs perdent les élections.

L’internet étant ce qu’il est, le mot-clic #MacKay2020 s’est mis à circuler très rapidement, accompagné de tweets moqueurs visant le Parti conservateur.

« Chrystia for Canada » a tous les airs d’une réponse à « MacKay 2020 ». Le débat des chefs avait lieu le 10 octobre. chrystia.ca a été enregistré la même journée.

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