Northern Gateway : l’opposition monte, Harper invoque la science

La semaine dernière, le premier ministre Stephen Harper a finalement commenté les derniers développements dans le dossier de l’oléoduc Northern Gateway. Il a dit : « La seule façon pour les gouvernements de gérer un projet controversé comme celui-ci, c’est de s’assurer que les choses sont évaluées de façon indépendante, scientifiquement, et pas seulement avec des critères politiques. »

Comme je le notais dans ma chronique dans le Devoir de ce matin, M. Harper n’a pas dit que la science ferait foi de tout, mais bien que l’évaluation ne serait pas «seulement» fondée sur «des critères politiques». Mais il ne faut pas s’y tromper, la décision sera politique en bout de ligne.

Ma chronique étant verrouillée, je vous résume les impressions que me laissent ces propos de M. Harper. Ce n’est pas tant la science qu’un fin calcul politique qui, à mon avis, le conduit à laisser croire qu’il prend un peu de recul.M. Harper, qui n’a jamais eu une grande affection pour l’avis des scientifiques surtout quand ils le contredisent, est toutefois un fin politicien. Et ce qu’il voit depuis plusieurs mois, c’est une opposition croissante et toujours plus déterminée au projet de pipeline de plus de 1170 km qui transporterait le bitume albertain vers le port de Kitimat, en Colombie-Britannique, d’où il serait acheminé vers l’Asie et les États-Unis.

Il y a, bien sûr, les environnementalistes, mais aussi des dizaines de communautés autochtones, certaines prêtes à s’adresser aux tribunaux pour freiner le projet. L’Union des municipalités de la Colombie-Britannique, les évêques anglicans de Colombie-Britannique et du Yukon, 28 paroisses presbytériennes ont exprimé leur opposition. Mardi, c’était le tour de l’Église unie.

Le Nouveau Parti démocratique de la Colombie-Britannique est contre. Or, il mène dans les sondages à moins d’un an des élections. Selon un sondage récent, près de 60 % de la population est du même avis. La moitié de ces opposants est cependant disposée à changer d’idée si on répond à ses préoccupations économiques ou environnementales.

La première ministre de la province, Christy Clark, s’est aussi mouillée en juillet en présentant cinq conditions pour appuyer le projet, dont un resserrement des mesures environnementales et de réponse à un déversement. Ce qui a mené le ministre fédéral du Patrimoine, James Moore, à dire que Mme Clark avait raison « de s’assurer que le reste du pays comprend que, juste parce que la Colombie-Britannique est physiquement la porte d’entrée de l’Asie-Pacifique, ça ne veut pas dire que nous ne sommes que le paillasson d’entreprises comme Enbridge ».

Les conservateurs ne peuvent plus accuser les opposants d’être des «radicaux» financés par des intérêts étrangers, comme ils l’ont fait l’hiver dernier. Et cette grogne, ils l’ont alimenté eux-mêmes en prenant fait et cause pour ce projet avant même que les audiences publiques ne commencent et en profitant du dernier budget pour assouplir le processus d’évaluation environnementale et accorder le dernier mot au cabinet, que l’évaluation soit positive ou non.

Le projet Northern Gateway est soumis à ce nouveau cadre. Ce qui ne veut pas dire que le panel actuellement à l’œuvre ait envie de faire la vie facile au promoteur Enbridge. Celui-là vient de soumettre des questions pointues à l’entreprise et a exigé d’elle le dépôt d’un rapport américain très critique des mesures qu’elle a prises lors d’un déversement en 2010. Mais en bout de ligne, que l’Office national de l’énergie approuve ou pas ce projet d’oléoduc, c’est le cabinet qui tranchera.

Les conservateurs tiennent à ce pipeline et M. Harper l’a bien dit la semaine dernière. Ce projet est, selon lui, «dans l’intérêt vital du Canada et dans l’intérêt vital de la Colombie-Britannique, en tant que porte d’entrée du Canada en Asie-Pacifique». Mais les audiences reprennent cet automne, une élection provinciale est prévue le printemps prochain et, en 2015, ce sera au tour des conservateurs d’affronter l’électorat.

M. Harper semble avoir voulu calmer le jeu et, à mon avis, protéger ses arrières. Car si l’opposition persiste, il ne pourra l’ignorer qu’à ses dépens car son parti détient 21 des 36 sièges dans cette province et il en a besoin pour se maintenir au pouvoir.

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Il semble que M. Harper soit un habile politicien mais, qu’il n’a pas l’intention de respecter les groupes de pression qui le somme de toute part.

le premier ministre Harper veut une évaluation scientifique… alors
qu’il coupe les budgets de recherche !

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