Notes de campagne — Jour 1

Interpeller la cheffe de l’opposition officielle Dominique Anglade par un « cette madame » comme l’a fait le premier ministre n’était pas l’idée du siècle. Mais cela révèle une réelle stratégie de communication, risquée pour la CAQ.

Photo : Daphné Caron pour L’actualité

C’était le jour du déclenchement des élections fédérales de 2015. Quelques heures après l’annonce du vote, le premier ministre Stephen Harper lançait sa campagne nationale dans la circonscription de Mont-Royal.

En quête d’un siège à Montréal pour la cinquième fois, l’équipe Harper avait identifié le comté que venait de laisser vacant le libéral Irwin Cotler et occupé il y a longtemps par Pierre Trudeau comme le plus susceptible de passer du rouge au bleu.

Chargé de réchauffer la salle, le ministre Denis Lebel, alors lieutenant québécois des conservateurs, avait surpris des observateurs en ne désignant le chef du Parti libéral que par son prénom.

Cette familiarité, relativement inédite dans le discours politique fédéral au Québec, ne tenait pas au fait que M. Lebel et Justin Trudeau s’étaient connus sur les bancs de l’école.

Il s’agissait plutôt d’une stratégie conçue pour infantiliser un adversaire dont le nom de famille aurait pu avoir une résonnance positive auprès d’une frange importante d’électeurs, non seulement dans Mont-Royal, mais également dans plusieurs régions canadiennes.  

La mauvaise bonne idée du Parti conservateur pour diminuer Justin Trudeau ne l’a pas empêché de remporter haut la main le scrutin de 2015, et le siège de Mont-Royal.

Le projet de François Legault de faire un amalgame entre « les oppositions » pour mieux se placer au-dessus de la mêlée n’empêchera pas non plus les électeurs de vérifier lors des débats si l’un des quatre principaux rivaux du chef de la CAQ se démarque des autres. 

Dans l’immédiat, le seul effet concret de la « stratégie » sémantique de M. Legault aura été de lui faire perdre le haut du pavé dans les manchettes des médias au Jour 1 de la campagne. 

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L’été dernier, Justin Trudeau a trainé des casseroles pendant toute sa campagne électorale, faute d’avoir été capable de régler la question de la tenue d’élections hâtives dès le jour de leur déclenchement.

Pauline Marois, en 2014, était également partie du mauvais pied en refusant de répondre aux journalistes sur le pourquoi d’une campagne qui allait à contresens de la loi sur les élections à date fixe adoptée sous son gouvernement.

La campagne du Parti conservateur de la première ministre Kim Campbell a vécu son premier dérapage quelques minutes après le déclenchement des élections de 1993. Questionnée sur la situation désastreuse du marché de l’emploi au Canada à cette époque. Mme Campbell avait répondu honnêtement qu’il ne fallait pas s’attendre à une baisse importante du taux de chômage avant plusieurs années.           

Son adversaire libéral, Jean Chrétien, avait immédiatement récupéré la réponse de la première ministre pour l’accuser de manquer de compassion et surtout d’idées pour améliorer le sort de monsieur et madame tout le monde.

Par comparaison, le couac de François Legault devrait faire long feu bien avant le jour du scrutin.

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En attendant, c’est à un lancement de campagne à deux vitesses auquel on a assisté dimanche. Celui de Québec Solidaire était à l’image des ambitions de ce parti de devenir l’un des deux principaux protagonistes de la scène politique et la solution de rechange à la Coalition Avenir Québec.

Les lancements du Parti libéral et du Parti Québécois, deux formations qui se relayaient au pouvoir encore récemment, étaient davantage un reflet de leurs situations difficiles.

En regardant les photos du jour du déclenchement des élections, un visiteur venu de l’étranger aurait pu conclure que le PLQ, le PQ et le Parti conservateur se disputaient la troisième place tandis que la CAQ et QS se préparaient pour un duel.  

À cet égard, on ne dira jamais assez combien la perte de la carte de la souveraineté met à risque le Parti libéral du Québec. Prenez l’Outaouais, une région qui a longtemps eu des allures de château fort libéral, mais que le PLQ devra défendre chèrement cette fois-ci.

Dans des circonscriptions où les fonctionnaires fédéraux comptent pour une partie importante de l’électorat, la crainte d’une poussée souverainiste a eu longtemps pour effet de cimenter l’adhésion au PLQ. Mais cette année, l’épouvantail référendaire n’inspire guère d’inquiétudes.

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Un mot enfin sur le Parti conservateur d’Éric Duhaime. Parmi ceux qui vont suivre attentivement sa campagne, il y a l’équipe du meneur de la course à la direction des conservateurs fédéraux, Pierre Poilievre. Les deux hommes sont sur la même longueur d’onde libertarienne et tous deux surfent sur la vague de mécontentement à l’égard des mesures sanitaires et des obligations vaccinales. La campagne de l’un va permettre à l’autre de tester par procuration certains angles d’attaque.

Il y a néanmoins une différence importante. Même dans le meilleur scénario pour son parti, Éric Duhaime ne se réveillera pas aux commandes du gouvernement du Québec le 4 octobre. Ce n’est pas lui qui aurait à gérer une ou plusieurs autres vagues de COVID-19 ou encore une nouvelle pandémie. En revanche, Pierre Poilievre pourrait le 11 septembre être en piste pour devenir le prochain premier ministre du Canada.

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L’info de Radio-Canada hier soir: reporter: Dominique Anglade a un très bon départ du jour 1 car elle c’est fait insultée par M. Legault quand il a parlé d’elle en disant cette Madame ….
Quel espèce de niaiserie! C’est pas du reportage, c’est du commérage…
Dans ma culture canadienne française Madame n’est pas péjoratif, au contraire c’est une forme de respect et d’identification autre que le nom. Si c’est ça vos reportages en profondeur !!! Bravo Chantal.

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Il y a une différence importante. « Madame Anglade » aurait été respectueux. « La madame » montre un manque de civilité évident, et fait appel à la misogynie et au mépris des capacités des femmes à diriger. L’équité en matière d’emploi, surtout dans des postes de direction, est loin d’être acquise.

Pour du commérage, ça vous fait quand même écrire! Quant à la culture «canadienne-française», on repassera car tout dépend du contexte. Dans certaines circonstances, Madame était la tenancière d’un lupanar… En France c’était aussi la gardienne incontournable des toilettes publiques, affectueusement connue comme Madame pipi. Dans l’affaire Legault, c’était clairement un signe de mépris et ça valait la peine de le souligner car ça en dit long sur l’homme qui est notre Premier Ministre et qui veut un renouvellement de son mandat.

Quant aux enjeux électoraux, on repassera car ça fait pitié jusqu’à présent. Baisses de taxes et d’impôts qui nous ramènent au bon vieux temps où les politiciens achetaient nos votes; cette fois-ci, c’est avec NOTRE argent et tralalère, on devra couper dans les services déjà fortement amochés comme la santé et l’éducation. Avec des politiciens comme ceux-là on est pas sortis du bois.

Je ne trouvais pas que le « cette Madame » était si irrespectueux. Mais bon… Par contre, la réaction de Mme Anglade était un peu exagérée. Et que dire du « ce gars-là » d’Éric Duhaime aujourd’hui, 30 août? On dirait que la « bataille » se déplace dans les ruelles. Si c’est le ton pour le reste de la campagne, je décroche complètement. Un peu de classe, de retenue et de réelle substance, svp, messieurs, madame!

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