Notes de campagne — Jour 16

Et si la machine qui a permis au nouveau chef conservateur fédéral Pierre Poilievre de rafler le Québec dans la course à la direction du PCC se mettait au service d’Éric Duhaime ? 

Photo : Daphné Caron pour L’actualité

François Legault n’était probablement pas désolé de voir Jean Charest se faire battre à plate couture, samedi, lors de l’annonce du gagnant de la course au leadership du Parti conservateur fédéral.

La perspective, s’il est réélu premier ministre le 3 octobre, de devoir composer avec M. Charest comme chef du Parti conservateur fédéral ne l’enchantait certainement pas. La dernière fois que les deux hommes se sont croisés sur la scène politique, c’était sur le plateau du débat des chefs des élections québécoises de 2012. 

Le chef caquiste a tout de même accueilli avec une grande réserve l’entrée en scène dans le rôle de chef de l’opposition officielle à Ottawa du député Pierre Poilievre. Il faut dire que la donne a beaucoup changé depuis que François Legault a tenté de faire pencher la balance contre Justin Trudeau lors de la campagne fédérale de l’automne dernier. L’alignement des astres a assez bougé pour inciter le chef caquiste à la prudence.

C’est ainsi qu’en marge des félicitations d’usage, M. Legault a précisé qu’il ne connaissait pas suffisamment son nouvel interlocuteur fédéral pour le qualifier d’emblée d’allié pour le Québec dans ses revendications auprès d’Ottawa. Il y a néanmoins un certain nombre de choses que François Legault sait déjà et qui ne vont pas nécessairement dans le sens d’une collaboration de tous les instants.

Les prédécesseurs de Pierre Poilievre avaient tous deux juré, la main sur le cœur, qu’un gouvernement fédéral conservateur n’interviendrait jamais en appui aux contestations judiciaires de la loi 21.

Mais lorsque le ministre fédéral de la Justice, David Lametti, a annoncé en mai dernier que le gouvernement Trudeau accompagnerait les groupes qui contestent la loi 21 et la loi 96 en Cour suprême, M. Poilievre s’est rallié, quoique du bout des lèvres, à la position fédérale.

En débat avec ses rivaux le jour même de l’annonce du ministre de la Justice, il a affirmé que, comme premier ministre, il garderait le cap sur la décision d’intervenir. Cette position fait d’ailleurs davantage consensus dans les rangs du caucus conservateur du reste du Canada que la non-intervention prônée par les Scheer et O’Toole.   

De plus, dans son discours de victoire, le nouveau chef du Parti conservateur s’est fait fort de militer pour la mise en chantier de nouveaux oléoducs et de ressusciter le projet d’usine de liquéfaction de gaz naturel de GNL Québec. Pierre Poilievre entend également alléger toute la réglementation entourant l’approbation de ce type de projets et abroger le système de tarification du carbone mis en place par les libéraux.

En clair, un gouvernement Poilievre reviendrait aux politiques pro-pipelines pratiquées sous Stephen Harper. Au Québec, le seul parti à être partant pour ce genre d’approche est le Parti conservateur d’Éric Duhaime.

Ce n’est pas le seul dossier sur lequel la formation de M. Duhaime et l’équipe Poilievre sont sur la même longueur d’onde. Comme Éric Duhaime, Pierre Poilievre a appuyé les critiques des mesures sanitaires et des mandats vaccinaux mis en place par les provinces et par Ottawa pour gérer la pandémie de COVID-19. Il a d’ailleurs pactisé à visage découvert avec des ténors du convoi qui a occupé le centre-ville de la capitale fédérale l’hiver dernier.

L’appui au mouvement anti-mesures sanitaires que les deux chefs ont en partage a contribué puissamment à la victoire du camp Poilievre dans 72 des 78 circonscriptions du Québec samedi. Parmi les 25 000 membres recrutés par le vainqueur de la course conservatrice au Québec, bon nombre sont également membres du PCQ.

À l’instar du nouveau chef, certains de ces derniers n’ont d’ailleurs pas fait de quartier aux députés qui, tout en étant conservateurs, ont eu le malheur de soutenir Jean Charest dans sa campagne au leadership.

Sur le plateau de Radio-Canada samedi soir, le député de Richmond–Arthabaska, Alain Rayes, a relevé que les messages désobligeants ou même menaçants que lui avait valus, sur les médias sociaux, son appui à Jean Charest provenaient de gens qui s’identifiaient comme membres du Parti conservateur du Québec.

Parmi les défis qui attendent Pierre Poilievre, il y aura celui d’éviter une guerre fratricide entre ceux dont il a beaucoup exacerbé les passions pour se hisser au sommet de la pyramide conservatrice et un caucus québécois qui, à une exception près, ne l’a pas appuyé dans sa lutte pour devenir chef. 

À cet égard, parmi les développements que surveillera François Legault avant de se faire une tête sur le nouveau chef conservateur, il y aura la sorte de liens que Pierre Poilievre décidera d’entretenir avec le PCQ.

Mais à l’inverse, dans les officines du nouveau chef conservateur, il s’en trouvera aussi pour se demander si l’appui actif d’Éric Duhaime et de ses troupes sur le terrain lors de la prochaine campagne fédérale ne vaudrait pas plus cher que la bénédiction — sans lendemain — de François Legault.

 

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Je suis impatient de voir l’impact sur les sondages qu’aura l’élection du député de Carleton à la tête du PCC dans les élections provinciales. Si cela aura pour effet de déchaîner les électeurs d’Éric Duhaime qui totalement décomplexés pourraient se mettre à rêver d’une véritable razzia qui viendrait une bonne fois pour toute mettre la zizanie dans une opposition gauchiste (incluant les libéraux) presque totalement moribonde.

Poilievre et Duhaime même combat, apparaissant désormais tels deux parfaits leaders messianiques qui tous deux descendus d’Olympie vont relancer l’exploitation extensives des sables bitumineux albertains, GNL Québec et développer d’Est en Ouest et d’Ouest en Est un réseau digne de ce nom d’oléoducs et de gazoducs abreuvant toutes les provinces de cette manne souterraine indispensable à notre magnifique style de vie Nord-américain.

Bientôt une forêt de plateformes pétrolières sera dressée dans la partie québécoise de l’estuaire du Saint-Laurent marquant l’âge l’or de l’excellent pétrole « made in Québec », tant pis si les quelques baleines bleues qui restent encore dans le fleuve ne survivent pas, si les blanchons disparaissent, comme les quelques rares bélugas qui s’y tiennent encore.

Heureusement que la campagne provinciale s’achève le 2 octobre, car une ou deux semaines de campagne de plus, c’en était probablement totalement fini du rêve de François Legault d’être ré-élu pour un second mandat. Pour Éric Duhaime, c’est sans doute partie remise, en 2025 au plus tard, le Québec sera conservateur au fédéral et conservateur au provincial l’année suivante.

Pour moi, cet avenir véritablement chantant et radieux, c’est déjà demain.

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Le monde a perdu le nord! Les vaccins qui doivent alléger les risques liés à la Covid deviennent les parias de chefs de partis politiques qui ont une soif débridée du pouvoir à tout prix. Heille, on est-tu tombés sur la tête?

C’est un secret de polichinelle que Poilièvre appuyait le «Freedom Convoy» et il est récompensé pour cette désobéissance flagrante aux lois et à la règle de droit du pays en l’élisant chef du grand parti d’opposition! Et le pire c’est qu’on pense qu’il a une chance de devenir Premier ministre du pays, rien de moins! Son sidekick provincial, Duhaime, qui est issu de la même engeance a aussi des chances de devenir PM d’une grande province… Cherchez l’erreur!

En fait on cherche des leaders qui veulent notre mort avec leur anti-vaccins et qui encouragent la désobéissance aux lois. En d’autres temps on aurait appelé cela de l’anarchie. Et vogue la galère trumpienne au Canada et au Québec malgré que les bien-pensants prétendent que la paire ne sont pas l’incarnation canado-québécoise du chef républicain des ÉU qui a eu l’audace de fomenter un coup d’état en janvier 2021 pour empêcher l’élection de son adversaire. Eh ben… on aurait besoin d’un Cicéron pour crier haut et fort «Quousque tandem abutere, Poilièvre & Duhaime, patientia nostra?»

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