Notes de campagne — Jour 23

Un François Legault fatigué du pouvoir peut bien trouver commode de faire de Québec solidaire son seul adversaire, mais il devrait surveiller le Parti québécois.

Photo : Daphné Caron pour L’actualité

Si la tendance se maintient et que François Legault continue d’être premier ministre après le 3 octobre, personne ne devrait être surpris que sa succession se retrouve à l’ordre du jour de la Coalition Avenir Québec (CAQ) avant les élections de 2026.

Depuis qu’il a déclenché le scrutin, c’est comme si la fatigue accumulée au fil du long parcours du combattant qui a précédé sa première victoire électorale, combinée au stress de la gestion de la pandémie, avait rattrapé le chef caquiste. Il collectionne les contre-performances.

Ainsi, au débat des chefs diffusé à TVA jeudi dernier, François Legault a projeté l’image d’un leader en panne d’un second souffle. Alors qu’il demande aux Québécois de continuer avec la CAQ, il ne réussit pas toujours à donner l’impression qu’il a lui-même envie de continuer longtemps à être premier ministre.

Les contrariétés inhérentes à la reddition de comptes électorale lui tombent visiblement sur les nerfs. Ses répliques sont souvent à l’avenant. Le résultat, ce sont des journées de tournée perdues à se sortir du plus récent bourbier dans lequel le chef caquiste a empêtré sa campagne.

Au-delà du train-train électoral quotidien et avec un œil sur la suite des choses après le 3 octobre, les sondages sur les intentions de vote montrent que la meilleure clientèle de la CAQ se recrute chez les électeurs plus âgés. Les contemporains de François Legault sont parmi ceux qui lui sont le plus fidèles. C’est un avantage dans la mesure où il s’agit du groupe d’électeurs qui fréquente le plus assidûment l’isoloir.

Mais l’équipe de la CAQ pourrait aussi se demander si l’absence d’engouement des tranches plus jeunes de l’électorat à l’égard du parti et de son chef découle d’un décalage de plus en plus grand entre les valeurs qu’il véhicule, notamment sur la diversité ou la crise climatique, et celles des générations montantes.

Quels que soient les projets d’avenir de François Legault, ce n’est pas une sinécure qui se prépare pour les caquistes s’ils sont reportés au pouvoir. Chaque mandat a tendance à apporter un lot de difficultés supplémentaires par rapport au précédent. À terme, les égratignures finissent par rendre méconnaissable le vernis du premier ministre. Justin Trudeau peut en témoigner.

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À la mi-campagne, la Coalition Avenir Québec et Québec solidaire (QS) s’entendent désormais pour présenter l’exercice comme une lutte à deux. Les sondages n’avalisent pas cette hypothèse qui sert néanmoins les intérêts des deux protagonistes qui en font la promotion.

Pour Québec solidaire, le scénario d’une lutte à deux a le mérite d’aller dans le sens de ses efforts pour coaliser le vote d’opposition à la CAQ au détriment, surtout, du Parti libéral et du Parti québécois. 

La stratégie vise à convaincre les électeurs qui s’identifient comme progressistes de cesser de disperser leurs votes entre trois formations pour se regrouper derrière QS, laquelle se présente pour ce faire comme l’option la plus susceptible de donner du fil à retordre à la CAQ à l’Assemblée nationale.

Les stratèges caquistes, de leur côté, ont trouvé dans le projet des solidaires, plutôt mal ficelé, de taxe sur la richesse une poignée pour sonner le rappel d’électeurs qui pourraient être tentés par le Parti conservateur ou même le Parti libéral.  

QS a beau jurer que son projet, baptisé taxe orange pour les besoins de la CAQ, vise les contribuables les plus fortunés, l’idée que se fait cette formation de ce qu’est un électeur « riche » l’amène à ratisser allègrement dans les platebandes d’une partie de la classe moyenne.

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À l’époque où le Nouveau Parti démocratique (NPD) formait l’opposition officielle à Ottawa, les conservateurs de Stephen Harper s’étaient largement dispensés de faire le procès de cette formation ou de son chef, Thomas Mulcair.

C’est qu’aux yeux de l’équipe Harper, le NPD était, somme toute, un adversaire idéal, c’est-à-dire un parti à qui on pouvait imputer des politiques de gauche soi-disant radicales contre lesquelles les conservateurs pouvaient se poser en rempart. C’est pour désamorcer ce genre d’attaques que Thomas Mulcair avait fait inscrire (en vain) l’équilibre budgétaire dans le programme électoral néo-démocrate en 2015. 

Pour les stratèges caquistes, imposer l’idée d’une lutte à deux avec QS correspond au même genre d’approche. Reste qu’en 2015, ni Stephen Harper ni Thomas Mulcair, obnubilés l’un par l’autre, n’avaient vu venir les libéraux de Justin Trudeau avant qu’il soit trop tard.

Il se pourrait que les caquistes aient au moins autant intérêt à surveiller le Parti québécois dans leur rétroviseur. Si Québec solidaire et la CAQ ne sont pas nécessairement des vases communicants, on ne peut pas dire la même chose du Parti québécois. Dans le plus récent sondage Léger, c’est cette formation qui était le deuxième choix du plus grand nombre d’électeurs. Et contrairement à François Legault, Paul St-Pierre Plamondon a livré au débat une performance à la hauteur de son besoin de ramener au bercail des péquistes passés à la CAQ.

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Moi en tout cas, je vais voter pour le PQ. C’est le programme qui pourrait nous donner le Québec le plus fort dans 4 ans.

Par contre, je dois dire que je suis indulgente avec la CAQ. Ça a été un mandat affreux avec une pandémie mondiale, des points de presse quotidiens et des attaques incessantes.

On serait tous fatigués.

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Qui ne se rappelle pas du printemps érable de 2012 avec un GND défiant le gouvernement au premier plan. François Legault s’en est réjouit pour ridiculiser le PLQ. Ce même GND a refait surface dernièrement dans la campagne, il est animé de cette fougue du « Tasse-toi mononcle » et avec raison. François Legault a fait le plein du pouvoir hypnotisant que la pandémie lui a légué en cadeau pour ajouter à l’arrogance qu’on lui connaît. Il est entrain de tirer les ficelles du prochain scrutin en faveur de QS car il ne veut pas se retrouver avec une opposition à 2-3-4 tout au plus. Cette génération de politiciens qui s’amènent est de loin la meilleure nouvelle de cette campagne électorale, enfin! Nous avons droit à d’autres visions. François Legault dans son prochain mandat sera à court d’arguments face à ces nouveaux et ne terminera pas son mandat si l’opposition est plus forte que ce que les sondages nous démontrent. François Legault flanqué de Biron et Drainville ex analystes politiques devaient se mordre la langue en attendant leur boss.se demander si à la bonne place?

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Hé oui, réinventons la roue. Ah les vieux! ça semble être l’unique tare de François Legault, être vieux – tasse-toi mononcle. Les jeunes vont certainement faire mieux en réinventant la roue tout comme l’ont fait les jeunes des générations précédentes. Quant à la sagesse des aînés, elle peut bien aller se coucher dans le coin, on n’en a pas besoin, on sait tout avec Google.

Les personnes âgées sont celles qui ont permis à René Lévesque de créer le Parti Québécois lorsqu’elles étaient jeunes, je ne vois pas pourquoi ells les abandonneraient maintenant qu’elles sont âgées, à moins qu’elles ne sont devenues plus sages et pragmatiques..

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´Bravo M Lafrance !
Ce parti québécois fondé par M lévesque ne peut pas tomber du jour au lendemain … moi je vote parti québécois depuis sa fondation et je souhaite que les québécois se réveillent …j’espère que l’équipe de M .St-Pierre Plamondon vont obtenir plusieurs députés à l’assemblée nationale …pour refaire une politique à notre image et rehausser notre fierté d’être un peuple identitaire et fière de ses racines !
Thérèse