Notes de campagne — Jour 9

François Legault demeure coi sur ses différends avec le fédéral jusqu’à maintenant dans la campagne. Et pour cause, il fait le plein d’électeurs qui ont voté pour Justin Trudeau à la dernière élection fédérale.

Photo : Daphné Caron pour L’actualité

C’était il y a un an presque jour pour jour. En pleine campagne fédérale, le premier ministre François Legault invitait — deux fois plutôt qu’une — les Québécois à « se méfier » de Justin Trudeau.

Selon lui, les instincts centralisateurs des libéraux fédéraux et des néo-démocrates posaient une menace existentielle à l’autonomie du Québec. Il faisait alors de ses revendications en santé et en immigration « une question de survie pour la nation québécoise. » Par comparaison, M. Legault n’avait que de bons mots pour le Parti conservateur et son chef Erin O’Toole.

Un an plus tard, alors qu’il est lui-même en campagne électorale et que le scénario fédéral qu’il disait tant redouter s’est concrétisé, le chef de la Coalition Avenir Québec est plus discret sur ses démêlés avec le gouvernement Trudeau.

En entrevue à Radio-Canada dimanche, le nom de Justin Trudeau n’a pas franchi les lèvres de François Legault. À propos d’un des dossiers chauds sur lesquels le fédéral et le provincial se renvoient la balle, c’est-à-dire celui de l’immigration, le chef caquiste s’est contenté d’affirmer que son gouvernement, s’il était réélu, entendait réaliser des gains. La question de la contribution fédérale au financement de la santé n’a pas non plus pris beaucoup de place dans les réponses du premier ministre sortant. 

Si M. Legault est moins pressé, tout au moins jusqu’à présent, de faire campagne en se posant en rempart contre les libéraux fédéraux, ce n’est pas parce que les craintes qu’il exprimait l’an dernier se sont dissipées. Depuis le retour au pouvoir d’un second gouvernement libéral minoritaire à Ottawa — appuyé de surcroît par les néo-démocrates —, les positions fédérales en santé comme en immigration n’ont pas changé d’un iota.       

Dans le cas de la santé, il est possible que le chef de la CAQ ait préféré passer son tour plutôt que d’inviter des questions sur la pertinence de promettre des baisses d’impôt à même le Fonds des générations tout en réclamant des milliards pour la santé à Ottawa. Mais il est aussi possible que François Legault modère un tant soit peu ses transports à la lumière, justement, des résultats du dernier scrutin fédéral au Québec. 

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En dépit des appels à la méfiance de François Legault, les libéraux de Justin Trudeau ont terminé la course en première place au Québec avec 33 % des suffrages le 20 septembre dernier. Et, malgré le coup de pouce du premier ministre, les conservateurs n’ont récolté que 18 % des votes.

Or, s’il faut en croire les sondages, de nombreux électeurs qui ont choisi le Parti libéral fédéral l’automne passé ne sont pas enclins à reporter leur vote sur le parti de Dominique Anglade. C’est particulièrement vrai au sein de l’électorat francophone, lequel boude résolument le PLQ, essentiellement au profit de la CAQ.

En clair, avant de régler ses comptes avec le gouvernement Trudeau, le chef de la CAQ a besoin de l’appui du plus grand nombre possible d’électeurs qui s’identifient aux libéraux fédéraux afin de revenir en force pour un second mandat au pouvoir à Québec.

M. Legault a d’autant plus intérêt à garder cette frange de l’électorat dans le giron de son parti qu’il ne devrait pas trop compter sur un retour d’ascenseur conservateur pour augmenter sa députation. À cet égard, l’entrée en scène d’Éric Duhaime au Parti conservateur du Québec a changé la donne. On peut croire que ce sont, à premier titre, les partisans conservateurs fédéraux qui gonflent les rangs de sa formation.

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François Legault n’est pas le seul chef de gouvernement provincial sortant à devoir partager l’affection d’une partie de ses sympathisants avec Justin Trudeau. C’est également le cas de son ami Doug Ford en Ontario. 

Celui-ci a été réélu à la tête d’un gouvernement majoritaire le printemps dernier — non pas en se posant en défenseur de sa province contre le gouvernement Trudeau, mais plutôt en faisant le plein d’appuis parmi les Ontariens qui avaient voté pour le PLC l’automne passé — au détriment de l’opposition libérale.

Et parlant de faux bond, on pourrait dire la même chose des électeurs du Bloc québécois par rapport au Parti québécois. Malgré l’appui inconditionnel d’Yves-François Blanchet et de ses députés au PQ, ce dernier est encore bien loin du compte du Bloc (32 %) l’automne passé dans les intentions de vote. 

En marge de la campagne électorale québécoise, il y a dans tout cela une bonne nouvelle pour Justin Trudeau. Malgré la première année difficile de son troisième mandat, les électeurs qui l’ont appuyé à l’automne 2021 dans les deux provinces les plus populeuses au pays sont généralement toujours fidèles à son parti. 

Surtout, le premier ministre fédéral n’est pas encore assez impopulaire pour que ses vis-à-vis provinciaux en Ontario et au Québec trouvent automatiquement leur compte à casser systématiquement du sucre sur son dos.

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Aux dernières nouvelles, la cote de de popularité du Premier ministre Trudeau avoisinait les 30%, ce qui n’est pas exceptionnel. Plusieurs analystes politiques voient difficilement la perspective en vertu de laquelle il serait candidat pour un quatrième mandat consécutif.

C’est sans compter la situation qui devrait prévaloir ces jours prochains quand le nom du prochain chef du Parti conservateur du Canada sera connu du public.

Madame Hébert mentionne le caractère plutôt volatile de l’électorat qui peut très bien voter pour un parti aux provinciales et soutenir les libéraux au fédéral. Si ce n’est que les dernières élections provinciales en Ontario se sont avérées historiquement celles ou une de celles qui ont enregistré le plus faible taux de participation, lequel dépassait à peine les 48%. C’est ce faible taux qui a été favorable à Doug Ford et non spécialement la versatilité de l’électorat.

Ce qui vérifie l’adage que : « Qui ne dit mot consent ».

Au Québec le taux de participation en 2018 établissait un des plus bas de l’histoire des cents dernières années avec 66,45%, quoique le chiffre de 2022 soit encore inconnu, il ne faudrait pas s’émouvoir s’il est bien plus bas encore. En sorte que selon moi, ce sont plutôt les taux de participation par candidat dans notre système électoral qui affectent les résultats et non les allégeances informelles et variables de l’électorat au moment des diverses consultations populaires.

En ce sens je conjecture que le Premier ministre Leqault n’a vraiment rien à gagner politiquement en tirant à boulets rouges sur l’actuel Premier ministre du Canada, considérant que son image de marque est de faire de sa personne le Premier ministre de tous les Québécois, qu’il occupe une place à part dans le cœur de la population laquelle position est indissociable de sa personnalité et non des fluctuations qui existent depuis toujours entre les deux paliers de gouvernement.

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