Nous, les rainettes faux-grillons

Plus on fouille le dossier, plus on en ressort avec l’impression que David Heurtel réclame le droit pour les provinces de « botcher » leur travail en environnement.

Wikimedia/Benny Mazur
Wikimedia/Benny Mazur

Une chicane de grenouilles à la veille de la St-Jean. Ça ne s’invente pas.

Après une décennie à se tourner les pouces comme s’ils étaient attachés à des turbines fournissant de l’énergie propre, le ministère de l’Environnement du Canada reprend du service.

Bing bang plouf, le voilà qui débarque au Québec avec ses grandes palmes, pour interdire toute activité pouvant porter atteinte à la rainette faux-grillon. Après tout, on l’a mise sur la liste des espèces menacées, il faut bien que ça veuille dire quelque chose, une fois de temps en temps.

Première victime de ce décret d’urgence : un projet immobilier de La Prairie, qui devra faire une croix sur 171 de ses 1200 unités prévues. Et ce n’est que le premier projet important à se retrouver dans l’eau chaude, plutôt que dans l’eau tiède d’un marais où se reproduisent les batraciens. D’autres risquent de suivre.

À Québec, le ministre David Heurtel est tellement fâché qu’il est sorti de la grotte où Philippe Couillard l’a enfermé il y a presque un an. « Tout était arrangé », a-t-il expliqué. « Le promoteur s’était engagé à construire un condo à loyer modique pour les rainettes. »

Après les bélugas, la rainette ? Le ministre de l’Environnement se magasine-t-il un rôle de méchant dans le remake de La grenouille et la baleine ?

David Heurtel aura au moins dit une chose exacte : « La décision soulève des questions sérieuses au niveau des compétences du Québec ». En effet : on se demande parfois si Québec est compétent en environnement. Sinon, pourquoi a-t-il ignoré à de multiples reprises l’avis de ses propres spécialistes, qui l’avertissaient des dangers du projet pour la minuscule grenouille ?


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Plus on fouille le dossier de la rainette, plus on en ressort avec l’impression que dans sa récente colère, David Heurtel réclame le droit pour les provinces de « botcher » leur travail en environnement. C’était un droit amplement respecté par le gouvernement conservateur, lui-même champion du regardage ailleurs pendant qu’on détruit des habitats naturels importants. Heureusement, on dirait que les temps changent.

Idéalement, on aurait réalisé il y a longtemps que les « espèces menacées » sont faites pour être préservées, et on ne serait pas pris aujourd’hui avec des dizaines de projets déjà approuvés ou même déjà construits dans des zones problématiques. Idéalement. Mais si vous voulez blâmer quelqu’un, blâmez nos politiciens, pas les grenouilles.

La rainette est une toute petite grenouille au son distinctif, qui grandit dans un environnement fragile et qui risque de disparaître de ce coin d’Amérique. Même pas besoin de s’être déjà fait traiter de damn frog ! par une caissière unilingue du Eaton’s pour faire d’instinct un lien métaphorique entre la rainette faux-grillon et le destin des Québécois francophones.

Le « chant » de cette grenouille est si fort que les scientifiques font le décompte de sa population au son. Encore là, c’est comme pour nous. S’il n’y avait pas la rainette Céline-grillon pour faire du bruit à Vegas, combien de gens sauraient qu’on croasse en français dans ce coin de l’étang nord-américain ?

C’est bien simple, on devrait vouloir sauvegarder la rainette, ne serait-ce que pour avoir l’impression de se sauvegarder nous-mêmes.

Et, comme pour compléter parfaitement la métaphore, il semble que les Québécois ne sont pas ben bons pour le faire. Il faut que le fédéral débarque et vienne décider à notre place. C’est tellement, tellement, Québécois !

Appelez Marie-Mai ! Dites-lui qu’on la remplace par une rainette faux-grillon à l’animation de la Fête Nationale.

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Tout-à-fait d’accord. La banlieue s’est déjà assez étendue comme ça; elle n’a qu’à se densifier un peu. En plus, vu que les rainettes vivent dans des marais, si le projet passe quand même, il ne faudra pas chercher longtemps les premiers condos qui se feront inonder au printemps.

La question n’est pas « Est-ce que la rainette faux-grillon doit être protégée? », mais plutôt « Est-ce que ce territoire d’un km2 est essentiel à la survie de l’espèce? »

Maintenant, qui doit répondre à cette question, le gouvernement fédéral ou le gouvernement du Québec ? Pour les écologistes, l’important est que la rainette soit protégée de la façon la plus stricte possible, peu importe le pallier de gouvernement. Par contre, les nationalistes ou les partisans d’un fédéralisme décentralisé croit que c’est le gouvernement du Québec qui devrait décider (l’environnement est une compétence provinciale). Pour les partisans d’un gouvernement fédéral centralisateur, on répondra que c’est à Ottawa de décider.

BRAVO au Canada. Il est temps que ça change.

Notre pays, le Canada envoie un message puissant aux provinces qu’elles ne peuvent décider seules de la politique de l’environnement.

Ce qui me désole le plus dans ce dossier, c’est l’étalement urbain qui s’est accompli avec la bénédiction des gouvernements et qui a lentement mais sûrement grugé de plus en plus de nos terres agricoles (qui ne représentent qu’environ 1% de notre territoire!) et de milieux de vie dont nous prétendons pourtant protéger les aires.

Saviez-vous qu’il existe une bière, la Rescousse, à l’effigie de la rainette faux-grillon, qui verse une redevance (66 cent par 6 pack) pour la protection des espèces en péril du Québec, brassée par la brasserie québécoise Dieu du Ciel? Ça non plus, ça ne s’invente pas. Idéal pour la fête nationale, en particulier cette année!

Merci beaucoup Mathieu, pour un peu d’humeur sur un sujet qui m’occupe toujours. Je suis un des fondeurs d’un group citoyen qui veut protéger un grand espace naturel appeler l’Anse-à-l’Orme dans l’arrondissement de Pierrefonds-Roxboro. Il y a beaucoup d’animaux la, quelques uns sur la liste des espèces rares et protéger, mais cette terrain est menacée par un projet immobilier gigantesque. Voulez vous faire un tour et, peut être un autre bogue sur la dernier espace sauvage sur l’île de Montréal?
Suivez nous Sauvons l’Anse-à-l’Orme sur facebook)

Bravo! Excellent article, débordant de vérité et tellement bien écrit avec humor et une pointe de sarcasme! Chapeau et longue vie à la rainette!

« Québec a annoncé la semaine dernière son intention d’injecter jusqu’à 125 000 $ dans la réalisation d’un « plan de développement » d’un autre projet de zone portuaire industrielle, mais cette fois dans le Bas-Saint-Laurent, à Cacouna »… (http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/474412/port-industriel-dans-l-habitat-du-beluga-quebec-pourrait-mener-une-etude-avant-d-implanter-un-port-industriel-a-cacouna) Vous le saviez? Ce n’est pas de l’incompétence, c’est de l’acharnement.