NPD côté ombre, côté soleil

Si le passé est garant de l’avenir, le NPD passera les prochaines années à tenter de convaincre les électeurs progressistes qu’ils ont lâché la proie pour l’ombre en votant libéral.

mulcair
La popularité de Thomas Mulcair pourrait être relancée une fois terminée la lune de miel des électeurs progressistes avec Justin Trudeau. (Photo: Adrian Wyld/La Presse Canadienne)

Le 19 octobre dernier, le Nouveau parti démocratique a remporté le deuxième score en importance de son histoire.

Il a fait élire des députés dans toutes les provinces à l’ouest du Nouveau-Brunswick. Parmi les 16 rescapés québécois du scrutin, on compte plusieurs des meilleurs éléments de la cuvée orange de 2011.

En somme, le parti est mieux équipé pour remplir le rôle d’opposition que ses rivaux. Dans une joute oratoire, Thomas Mulcair ne ferait qu’une bouchée de la chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose. Contrairement au Bloc québécois et au Parti vert, le statut de parti officiel assure au NPD une place de choix dans tous les débats du Parlement.

À la rentrée parlementaire, le NPD aura le vaste projet de traité de libre-échange transpacifique à se mettre sous la dent. C’est le genre de thème qui devrait permettre aux diverses factions de la famille néo-démocrate de regarder ensemble dans la même direction.

Voilà pour le verre à moitié plein. Dans un passé encore récent, son contenu n’aurait pas autant laissé les néo-démocrates sur leur soif. Mais le NPD vient de passer quatre ans à s’imaginer aux commandes de l’État. À la place, il rechausse ses vieilles pantoufles de tiers parti et se replie dans des créneaux dont il s’était distancé pour mieux se mettre en piste pour le pouvoir.

Face à Stephen Harper, le chef néo-démocrate avait beau jeu de sortir du coin gauche de la patinoire pour en occuper davantage le centre. Devant un gouvernement libéral et dans le rôle de chef de la deuxième opposition, il disposera de moins de temps de jeu pour compter des points dans un filet moins large.

À cela, il faut encore ajouter une relève amputée de plusieurs de ses valeurs sûres. À première vue, personne ne pousse Thomas Mulcair vers la sortie. Mais c’est notamment parce qu’on ne se bouscule pas au portillon de sa succession.

La vague rouge a eu raison d’une génération montante de néo-démocrates. Des vedettes du parti aux Communes ont mordu la poussière. Le nouveau gouvernement libéral se fera presque certainement un plaisir d’en récupérer quelques-unes en leur offrant des postes prestigieux, dans la fonction publique ou en diplomatie par exemple.

Si le passé est garant de l’avenir, le NPD passera les prochaines années à tenter de convaincre les électeurs progressistes qui lui ont fait faux bond le 19 octobre qu’ils ont lâché la proie pour l’ombre en votant libéral. Il est tout à fait possible qu’il réussisse à en faire la démonstration. Dans deux ans, que restera-t-il de la lune de miel du gouvernement Trudeau ?

Mais même si le retour du balancier se produisait plus tôt que tard, rien n’indique que ce serait vers le NPD. Dans le passé, l’alternance au fédéral a toujours vu les conservateurs succéder aux libéraux, à la faveur d’une plus grande division du vote progressiste entre PLC et néo-démocrates.

En politique, ceux qui s’entêtent à répéter inlassablement le même comportement arrivent rarement à des résultats différents. Dans la foulée de la victoire libérale du 19 octobre, une éventuelle fusion PLC-NPD est improbable. Par contre, Justin Trudeau est le premier chef libéral à vouloir réformer le système électoral. Il a même promis de se débarrasser du système uninominal à un tour à temps pour le scrutin de 2019.

Le NPD fédéral a longtemps prêché pour un système proportionnel mixte. Dans le débat qui s’annonce, il ne sera pas le seul à défendre ce point de vue. Les libéraux, pour leur part, sont plutôt partisans d’un système selon lequel l’électeur classe les candidats par ordre de préférence. C’est une approche qui tend à favoriser les partis centristes, comme le PLC.

Cela dit, si le dernier scrutin fédéral s’était déroulé au Québec en fonction du vote préférentiel que privilégient les libéraux, le NPD — parce qu’il était plus souvent le deuxième choix des électeurs aussi bien bloquistes que libéraux — aurait sans doute été mieux placé pour remporter des sièges qu’il ne l’a été avec le système actuel. Faute de pouvoir se faufiler entre ses adversaires plus progressistes, le Parti conservateur, par contre, aurait été cantonné dans une petite poignée de forteresses conservatrices.

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9 commentaires
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Mis à part les clivages politiques. Ces dernières élections ont montré un changement de génération dans le système de gouvernance du Canada. Cette tendance se vérifie dans de plus en plus de pays démocratiques. Matteo Renzi en Italie, Aléxis Tsípras en Grèce pour ne citer que ceux-là.

Les électeurs de toutes tendances politiques ont tendance à donner leurs voies à ces nouveaux dirigeants. Il y a dix ans d’ailleurs, même Stephen Harper incarnait une sorte de nouvelle génération de politiciens.

Bien qu’il y ait encore de la place pour la sagesse et des politiciens plus matures, ici et là. Je pense néanmoins que nous pouvons dire que nous assistons à un changement de garde progressif dans l’univers politiques.

Il me semble que c’est une chose normale dans les démocraties, si on souhaite qu’elles restent vivantes, il faut aussi que les jeunes participent aux débats et on peut comprendre que tous n’aient pas envie de donner leurs voies à de « vieux croutons »….

Aussi Justin Trudeau profite de cette engouement des jeunes pour sa personnalité, c’est aussi le cas de plusieurs ministres appartenant à sa génération.

Bien que je n’ai jamais contesté les talents de monsieur Mulcair. Je pense qu’il ne faisait pas le poids face à un Justin Trudeau en pleine forme et le NPD a payé le prix pour avoir choisi un leader qui incarnait peut-être l’expérience, mais pas à proprement parler l’avenir de la nation. Mulcair peut paraître comme un conservateur social-démocrate. Ce qui correspondait bien à cette image centriste du NPD lors de la précédente législature.

L’autre défaut, majeur selon moi, c’est que le NPD a peu ou prou centré sa campagne électorale sur son leader et non sur les forces vives et battantes du NPD. Je pense que cela constituait une erreur, j’espérais compte tenu de la durée de la campagne que ce parti allait modifier sa stratégie vers l’image d’une équipe regroupée avec son chef. Ce ne fut pas le cas.

Il me semble qu’à l’avenir le NPD devrait mettre de l’avant ses militants. Montrer ce que chacun peut apporter à la nation et démontrer que l’alternative du Canada, ce sont en premier lieu les canadiens et toutes ensemble les forces vives de la nation.

Le choix d’un chef n’est pas peut-être une priorité, car l’expérience parlementaire de monsieur Mulcair est importante. En bout de la ligne, il faudra bien tôt ou tard lui trouver un successeur pour conduire la campagne aux prochaines élections, peu importe le mode de scrutin qui sera choisi dans l’entre-temps.

D’accord avec vous pour l’ expérience parlementaire! Par contre le NPD avait 4 ans pour mettre à l’avant ses forces vives et il a failli lamentablement à la tâche et les électeurs n’ ont pas retenu sa candidature face au beau Justin!

Voici un commentaire politique et social
La société (en général) est devenue quatre choses
1. Tellement légume que le tout rend végétal.
2. Tellement exagérer que personne n’y croit
3. Tellement ridicule que cela n’est même pas drôle
4. Cela change tellement que cela n’a ni queue ni tête.

La gaffe de Mulcair sur le nikab passera à l’histoire comme l’une des plus importantes de l’histoire politique du Canada.
On va l’enseigner longtemps dans le cours de Sciences po du Dominion.
PKP et son poing en l’air et de la petite bière par rapport à l’obstination d’Angry Tom à défendre la dame au nikab (proche des milieux islamiques en passant)

Quand quelqu’un garde ses principes face à la xénophobie et l’intolérance, ce n’est pas une gaffe, c’est avoir de l’honneur et si les électeurs ne comprennent pas ça, c’est qu’il ne méritent pas les gens d’honneur.

Je me demande bien pourquoi Mulcair est toujours à la tête de ce parti après avoir PERDU 50% de ses sièges…

Faut croire que la relève doit être plutôt pauvre chez la gogoche…

Périodiquement on nous promet un nouveau genre de scrutin. Pour mieux nouys faire oublier que notre système est une fausse démocratie.
En un véritable système démocratique, une nette distinction entre les trois pouvoirs( judiciaire, législatif et exécutif) existent.
Dans le parlementarisme à la britannique, le premier ministre nomme et dégomme les ministres(l’exécutif) les députés lui doivent entière obéissance( le législatif) et il nomme les juges(le judiciaire). Un véritable dictateur pour la durée de son mandat.
Nous élisons des zombies qui doivent dire comme le chef, agir comme le chef et approuver toutes les décisions du chef.
Et il y a plus zombies encore: il y a nous, les électeurs, qui, parce que nous élisons des zombies, nous nous croyons en démocratie.

Tiens lui, je le croyais disparu!!! Donc il est revenu sur sa chaise de député et chef de la troisième opposition ; çc va frapper fort! Je me rappelle comme ça; du crédit social du Canada qui fabriquait de l’ argent pour balancer le budget!

Mais ne vous en faites surtout pas M.Mulcair ! Regarder aller notre jeune premier ministre pendant 4 ans et vous allez trouver votre chaise confortable!!!