Le NPD voit des ennemis partout

Mulcair doit briser la barrière psychologique qui se dresse entre son parti et le pouvoir : la longue tradition d’alternance entre gouvernements libéraux et conservateurs.

Photo: Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne
Photo: Sean Kilpatrick/La Presse Canadienne

PolitiqueLes travaux parlementaires reprennent lundi, et il est clair que le chef néo-démocrate Thomas Mulcair n’entend pas se laisser pousser dans les câbles sans batailler ferme. À son caucus réunis à Edmonton cette semaine, il a clairement établi son plan de match.

Coincé depuis presque deux ans au troisième rang dans les sondages malgré une cote personnelle positive, il a choisi ses armes. Ce ne sera pas le charme, le chef libéral Justin Trudeau occupant tout ce terrain.

Il cherchera plutôt à établir un contraste entre ses adversaires et lui grâce à ses politiques et son style de leadership.

Dans le cas particulier de M. Trudeau, il insiste déjà sur sa plus grande expérience professionnelle et personnelle et sur sa capacité d’offrir immédiatement un véritable changement aux électeurs.

M. Mulcair met aussi conservateurs et libéraux dans le même panier pour ce qui est de la manière de gouverner. «Blanc bonnet, bonnet blanc», a-t-il répété à ses troupes. Selon lui, les deux partis défendent, à quelques nuances près, les mêmes politiques, ne se soucient pas véritablement du sort de la classe moyenne et font certaines promesses uniquement pour éblouir les électeurs, comme dans le dossier des garderies ou de la fiscalité.

M. Mulcair n’a pas le choix : il doit tirer dans les deux directions pour briser cette barrière psychologique qui se dresse entre son parti et le pouvoir. La longue tradition d’alternance entre gouvernements libéraux et conservateurs est incrustée dans l’imaginaire des électeurs.

Égratigner le premier ministre après ses neuf ans au pouvoir est toutefois plus aisé que de s’en prendre à la vedette du jour, Justin Trudeau, qui bénéficie d’un fort capital de sympathie et d’une belle avance dans les sondages.

N’ayant pas de véritable bilan politique personnel à défendre, il est plus difficile à critiquer sans verser dans l’attaque personnelle, ce qui comporte sa part de danger. M. Trudeau joue la carte du message positif et du leadership conciliant pour se démarquer de ses opposants. Il n’a même pas besoin de les nommer : l’image suffit et ça marche.

Les conservateurs ont tenté de le ridiculiser, comme ils l’ont fait avec succès avec Stéphane Dion et Michael Ignatieff. La tactique a fait chou blanc et s’est même retournée contre eux.

M. Mulcair, qui veut lui aussi souligner l’inexpérience du chef libéral et la rareté de ses politiques, fait face à un double défi : faire passer son message sans tomber dans le même négativisme que les conservateurs, et le faire avec assez de force pour ramener les projecteurs sur son parti et son leadership.

Il a annoncé que son parti dévoilerait ses politiques à partir de cet automne. Ce choix stratégique sert son objectif de se démarquer des libéraux, puisque ces derniers travaillent en fonction d’un horizon plus long. En prenant les devants, M. Mulcair espère imposer cette idée que le NPD est un parti prêt à gouverner et porteur de changement.

Il a d’ailleurs déjà dévoilé les grandes lignes d’une politique en faveur d’un réseau de garderies semblable à celui québécois. Le Québec ayant déjà le sien, il aurait droit à une compensation financière.

Parmi les autres engagements déjà pris par le NPD, on note la mise sur pied d’une commission d’enquête sur les femmes autochtones tuées ou disparues, le retour de l’âge d’admissibilité à la Sécurité de la vieillesse à 65 ans, le maintien du taux de croissance des transferts pour la santé, le rétablissement d’un salaire minimum fédéral et un moratoire sur l’interruption de la livraison du courrier à domicile.

Les politiques néo-démocrates démontreront si les prétentions du NPD sont fondées. Mais le changement qu’il proposera sera-t-il celui souhaité par les électeurs ? Car si le désir de changement des électeurs se résume à déloger le gouvernement en place, ils opteront pour le parti le mieux placé pour le défaire.

Ne dit-on pas souvent que les gens votent davantage contre un gouvernement que pour un parti, surtout quand celui au pouvoir y est depuis plusieurs années ?

Il reste encore un an avant les prochaines élections, si la loi sur les élections à date fixe est respectée. D’ici là, de vieux fantômes hanteront Stephen Harper (Mike Duffy, Robocalls, Vérificateur général…), mais il aura dans son arsenal un surplus budgétaire qui lui permettra quelques largesses. Il a d’ailleurs déjà commencé cette semaine, en réduisant les cotisations à l’assurance emploi pour certaines entreprises.

Il y a aura aussi une campagne électorale et, comme on l’a vu dans plusieurs provinces depuis deux ans, elle peut faire une grande différence. La prochaine pourrait ne pas faire exception.

* * *

À propos de Manon Cornellier

Manon Cornellier est chroniqueuse politique au Devoir, où elle travaille depuis 1996. Journaliste parlementaire à Ottawa depuis 1985, elle a d’abord été pigiste pour, entre autres, La Presse, TVA, TFO et Québec Science, avant de joindre La Presse Canadienne en 1990. On peut la suivre sur Twitter : @mcornellier.

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M. Mulcair semble faire fi du fait que son parti et les Libéraux visent les mêmes électeurs (centre et centre-gauche) et plus l’un monte, plus l’autre descend mais ils touchent peu la base conservatrice. Il est aussi faux de prétendre que les Libéraux sont comme les Conservateurs: ils sont les artisans de plusieurs lois environnementales qui ont été émasculées par les Conservateurs pour plaire à leurs amis des pétrolières, sans parler du droit pénal qui avait fait beaucoup de progrès dans le passé et qui a subi un recul important avec les Conservateurs qui favorisent l’emprisonnement aux dépens des victimes de crimes qui se verront de plus en plus nombreuses suite à l’incarcération à l’Américaine.

La division entre Libéraux et NPD favorise nécessairement les Conservateurs et l’attitude de Mulcair doit plaire énormément au PM Harper et à ses troupes. Il n’a pas le charisme de Jack Layton et à ce moment-ci, il est extrêmement improbable qu’il recueille la faveur des électeurs au point même de former un gouvernement minoritaire – les astres devraient s’aligner autrement pour que cela soit possible. Au mieux, il peut affaiblir la popularité de Justin Trudeau, au bénéfice des Conservateurs.

Pour être certains de se débarrasser des politiques néfastes des néo-conservateurs, il faudrait une forme d’alliance Libéraux-NPD mais malheureusement, les 2 chefs ont des égos qui n’augurent rien de bon dans ce sens. Encore là, le PM Harper doit se frotter les mains…

Le problème en ce moment pour une partie de la population est le fait qu’il n’y a aucun des trois partis principaux pour qui nous voudrions voter. Harper est trop loin des Québécois pour nous plaire. Trudeau nous rappelle trop son détestable père, mais sans aucune substance. Quant à Mulcair, il n’a tout simplement pas l’étoffe pour être « premier ministrable ». Comme l’adage le dit si bien « ça va mal à shop ! ».