Opération survie au Parti québécois

Si les sondages ne bougent pas d’ici les élections provinciales de l’automne 2022, la formation fondée par René Lévesque sera réduite à presque rien. Mais ce n’est pas d’hier qu’on prédit l’extinction du PQ…

Photo : Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

Au bout du cellulaire, Paul St-Pierre Plamondon écoute poliment, puis pousse un soupir. Le chef du Parti québécois en a visiblement marre des questions qui abordent la survie de sa formation. Oui, il est au courant des mauvais sondages. Mais non, il ne croit pas que les jeux sont faits.

« On doit être évalué sur une base équitable », répond-il quand on lui parle du défi titanesque qui se dresse devant le PQ, à six mois des élections. Car depuis deux ans, la Coalition Avenir Québec dispose d’une avance moyenne de plus de 20 points sur ses adversaires. Et dans les derniers coups de sonde auprès de la population, le PQ est cinquième, derrière le Parti conservateur du Québec. « Tous les partis d’opposition sont anormalement bas, et presque au même endroit, plaide-t-il. Mais c’est appelé à changer. »

Sa nouvelle directrice de cabinet, France Amyot, n’est pas moins exaspérée par ce qu’elle appelle le « narratif de la mort du PQ ». Habituée à cette prophétie — en politique depuis 1982, elle a dirigé plusieurs cabinets péquistes —, elle a pratiquement tout vu au fil des ans. « Le “sauve qui peut”, je connais, dit-elle. Je suis allée au Bloc québécois dans un contexte similaire, en 2019. C’était difficile. Alors ça me dérange un peu qu’on prédise constamment la mort du PQ… » Assez, en tout cas, pour sortir d’une courte retraite et reprendre du service auprès du chef.  

S’il colle particulièrement à la situation actuelle, le thème d’un parti appelé à mourir n’est pas nouveau au PQ. La faute initiale en revient peut-être au fondateur lui-même, René Lévesque, qui écrivait dans ses Mémoires que tout parti devrait disparaître au bout d’une génération. « Sinon, peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique. »

Cette analyse a évidemment marqué l’imaginaire péquiste. Elle est brandie à chaque crise existentielle du PQ. En 2014, une grande figure de la formation, Jacques Parizeau (le seul, avec René Lévesque, à avoir un chandail à son effigie en vente dans la boutique en ligne du PQ), parlait pour sa part d’un parti « à la dérive » qui laissait les souverainistes devant un « champ de ruines ». Deux ans plus tôt, l’ex-ministre Bernard Drainville avait fait une sortie remarquée en évoquant sa crainte de voir le PQ disparaître. Rien pour encourager personne.

Quelques mois après avoir mené le PQ au pire résultat de son histoire (17 % du vote), Jean-François Lisée écrivait dans Qui veut la peau du Parti québécois ? (La boîte à Lisée, 2019) : « Le discours permanent sur notre mort prochaine est un puissant poison qui nous coupe les ailes. » « Comme chef, je trouvais ça extraordinaire », ajoutait-il en entrevue au quotidien Le Devoir lors de sa tournée de promotion. « Nous avons 80 000 membres, nos salles sont pleines, le financement populaire est bon… mais dès que je sors du parti, on me dit : “Vous mourez.” Ça a un aspect très déprimant sur l’intention de vote : tu ne veux pas voter pour quelqu’un dont tout le monde dit qu’il est à l’article de la mort. »

Décourageant ? Pas pour tous. L’avocat Alexis Deschênes s’engage et sera candidat dans Bonaventure, en Gaspésie, une circonscription remportée par le PQ en 2018.

Trois ans plus tard, il reste un peu plus de 42 000 membres au Parti québécois — moins qu’à la CAQ et qu’au Parti conservateur du Québec, mais deux fois plus qu’à Québec solidaire. Le PQ en a vu d’autres : vers la fin des années 1980, il avait perdu près de 80 % des membres enregistrés qu’il comptait au début de la décennie… En 1987, avant la démission de Pierre Marc Johnson, certains sondages ne lui accordaient que 22 % d’appuis, alors qu’il était l’unique parti d’opposition présent au Salon bleu.

Le financement ne va pourtant pas mal : seule la CAQ a récolté plus d’argent que le PQ auprès de donateurs en 2021. Mais avec sept députés, le PQ ne forme que le troisième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale. Son chef n’y siège pas. Un des piliers du parti, Sylvain Gaudreault, candidat défait à la chefferie en 2020, ne se représentera pas aux prochaines élections. Et au début avril, le mystère planait toujours quant aux intentions de Véronique Hivon, députée de Joliette, figure de proue de la formation (notons qu’un autre membre important, Pascal Bérubé, sera, lui, sur les rangs).

À moins d’un renversement de tendance comme la politique en réserve parfois, la soirée électorale du 3 octobre s’annonce pénible. Selon la moyenne pondérée des sondages du site Qc125, les appuis du PQ étaient d’environ 17 % au début de la pandémie, mais de seulement 11 % en février 2022. Le site projette pour le PQ un total de… un siège.

Décourageant ? Pas pour tous. L’avocat Alexis Deschênes s’engage et sera candidat dans Bonaventure, en Gaspésie, une circonscription remportée par le PQ en 2018. « Je suis conscient de l’importance historique de cette élection », relève l’ancien journaliste politique à TVA. « Mais dans mon cas, la situation actuelle du PQ renforce ma volonté de m’atteler à la tâche. »

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Ce qui se passe au PQ n’étonne pas le politologue Éric Montigny. Dans Leadership et militantisme au Parti québécois (Presses de l’Université Laval), il décrivait en 2018 le « lent déclin » du PQ, dont il situait le début en 2003. Pour l’expliquer, il invoquait l’érosion de ses assises auprès des jeunes, son cantonnement dans certaines régions (l’Est-du-Québec) et l’effacement du clivage Oui-Non, qui a fait exploser la coalition d’électeurs qui soutenait le PQ.

« Son principal défi est de trouver comment se positionner, alors que le projet d’indépendance n’est plus aux premières loges et que la CAQ est aux yeux de plusieurs le navire amiral du nationalisme québécois », résume le professeur de l’Université Laval.

Un autre défi est plus terre à terre : comment occuper un peu d’espace médiatique après deux années où François Legault a monopolisé l’attention et maintenant que l’opposition est plus nombreuse que jamais ? « C’est extrêmement difficile », note un membre de l’entourage du chef. Le manque de notoriété de ce dernier n’aide pas. Dans un sondage Léger publié à la mi-mars, seuls 3 % des répondants voyaient Paul St-Pierre Plamondon comme le meilleur premier ministre éventuel. Même les sympathisants péquistes doutent de lui.

Ces vents de face — réels ou perçus — n’affectent toutefois pas la conviction qu’il met dans la préparation du rendez-vous de l’automne. « Le PQ est assis sur une cause forte. Il ne faut pas tenir pour acquis que les chiffres d’aujourd’hui seront les chiffres dans six mois. »

Sur le plan des idées, nul besoin d’opérer un virage comme celui que Dominique Anglade tente d’imprimer au Parti libéral du Québec, dit-il. « Il faut revenir au contenu : le PQ est le seul parti à proposer — véritablement — des réformes complètes sur des sujets fondamentaux comme le français, l’environnement, la place du Québec dans le Canada, le système de santé. » Vraiment ? Les autres partis ont pourtant des propositions sur ces terrains… « La question va être de savoir qui est digne de confiance et authentique pour porter ces dossiers », affirme Paul St-Pierre Plamondon.

L’élection partielle dans Marie-Victorin, le 11 avril, donnera une première indication tangible d’où en sont les choses au PQ. En 41 ans, cette circonscription n’a toujours élu que des péquistes (sauf pour une partielle en 1984). C’est théoriquement un bastion, et le parti y présente un candidat de renom, Pierre Nantel. Aux dernières nouvelles, une lutte à deux se dessinait avec la CAQ.

Une victoire viendrait évidemment donner un nouvel élan aux militants péquistes. Mais l’inverse risque d’entraîner d’autres questions qui feront soupirer le chef.

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