Réflexions sur le modèle américain

Le modèle américain a des conséquences un peu paradoxales. À certains égards, le système fondé sur la méfiance envers le gouvernement est finalement celui qui le protège le mieux.

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Photo: Ronald Martinez/Getty Images

Un peu partout sur la planète, les États-Unis suscitent des réactions exagérées et irrationnelles. Pour certains, c’est le pays honni entre tous, à condamner sans relâche pour son impérialisme triomphant, son inculture décadente, son capitalisme sauvage et la violence de ses moeurs. Pour d’autres, c’est le paradis sur terre, un lieu de liberté authentique dont l’histoire et les luttes ont inspiré le reste du monde, et où le génie côtoie la richesse et les grands espaces.

La réalité est évidemment plus nuancée que ces caricatures manichéennes.

Avant toute chose, les États-Unis sont un pays de contrastes. On y trouve le désert de l’Arizona et les fjords de l’Alaska, la campagne manucurée de la Nouvelle-Angleterre et la jungle de béton du Bronx. Les clubs les plus exclusifs existent à proximitié des trailer parks les plus trash. On trouve des centaines d’écoles épouvantables dans ce pays qui a produit 338 prix Nobel, presque trois fois plus que son plus proche rival. C’est là que sont incorporées Google, Apple, Walt Disney et certaines des entreprises les plus vertes et prometteuses du monde, mais aussi des tonnes de fabricants de gadgets stupides, d’armes à feu pour enfants et de malbouffe toxique. De Brooklyn à Berkeley, le génie créatif et le bulldozer commercial se livrent une lutte de chaque instant. C’est le pays des pick-ups et des Segways, des obèses et des athlètes, de John Rawls, Noam Chomsky, Henry David Thoreau, Robert Nozick, Milton Friedman et Perez Hilton. De Woodstock et du ultimate fighting, du sublime et du grotesque. On aurait tort de réduire les États-Unis à une seule chose.

Si toutefois on cherchait un dénominateur commun à cette culture multiple et éclatée — l’idée-maîtresse qui sous-tend ce fameux melting pot – c’est sans doute le postulat fondamental que les individus sont les premiers responsables de leur vie. Au pays du Far West, on considère que, jusqu’à preuve du contraire, les individus doivent assumer le poids, les aléas et les conséquences de leur existence, et que si le gouvernement doit intervenir, c’est de manière limitée, ponctuelle et exceptionnelle.

Le résultat, c’est qu’à bien des égards, la vie américaine est moins civilisée qu’ailleurs en Occident. Il subsiste une certaine dangerosité aux États-Unis, et l’impression que la sauvagerie de l’humanité n’y a pas été neutralisée au profit d’une bureaucratie sécuritaire et réconfortante. Sans intervention publique massive pour contraindre les choix et redistribuer la richesse, les individus sont davantage laissés à eux-mêmes; il s’ensuit que certains réussissent de manière spectaculaire, et que d’autres se cassent affreusement la gueule.

Le jeu est impitoyable. Et la mobilité sociale — qui donnait jadis une certaine légitimité au système – a pratiquement disparu au cours des dernières décennies. Mais pour le meilleur et pour le pire, la vaste majorité des Américains ne remettent pas en cause les fondements de leur société pour autant.

Depuis des décennies, le parti Républicain s’est présenté en défenseur attitré de cet American way of life mythique. Mais même les Démocrates attendent relativement peu de leur gouvernement. Ce rôle limité de l’État est ancré dans la constitution elle-même, dont le 10ème amendement, entre autres, stipule que tous les pouvoirs n’ayant pas été délégués au gouvernement fédéral appartiennent aux États, «or to the people». La juge Elena Kagan, Démocrate nommée à la Cour suprême par le président Obama, concédait elle-même en 2009 que la constitution américaine avait un «biais libertarien» qu’elle entendait respecter.

Le modèle américain a des conséquences un peu paradoxales. En libérant le gouvernement de la prise en charge des citoyens – qu’on souhaite le plus indépendants possible – l’État devient plus solide, parce que ses obligations sont plus légères. Les individus, eux, se retrouvent dans une position plus précaire. À certains égards, le système fondé sur la méfiance envers le gouvernement est finalement celui qui le protège le mieux.

La comparaison est facile avec les États (souvent européens) qui ont opté pour une expansion majeure de l’État-providence – large couverture sociale, programmes sociaux généreux, régimes de retraite garantis, etc. – et qui se retrouvent aujourd’hui, dans bien des cas, endettés et au bord du gouffre financier. Les bénéficiaires du système sont (pour le moment) confortables et protégés, mais l’État qui les soutient se retrouve dans une situation précaire, et forcé de faire des choix déchirants. Les individus sont gras dur, mais l’État est à bout de souffle.

Ces réalités contrastées sont au coeur du débat en cours sur les politiques d’austérité un peu partout à travers le monde. Ce débat fait rage en Europe depuis quelques années et, à moins d’un revirement inattendu de sa situation économique et démographique, le Québec n’y échappera pas.

Derrière les appels à la grève générale et aux compressions nécessaires, le véritable débat sur l’austérité concerne le modèle de société et de gouvernement que l’on juge souhaitable – et durable. Quelle responsabilité et quelles obligations peut-on réalistement faire porter à un État sans précipiter sa ruine? Où commence et où s’arrête la responsabilité des individus pour leur propre vie? Et sommes-nous prêts à accepter les conséquences de nos choix, individuels et collectifs?

Dans cet affrontement politique et idéologique, les États-Unis représentent l’option d’un État qui en fait moins qu’ailleurs, dont les citoyens sont davantage laissés à eux-mêmes, mais qui ne craint pas réellement d’être écrasé par le poids de ses programmes de protection sociale. D’autres États, séduits jadis par un idéal de sécurité individuelle garantie par la collectivité, se retrouvent aujourd’hui acculés au pied du mur, sans idée claire et réaliste de la façon dont ils s’acquitteront de leurs obligations contractées au fil des ans.

La réponse à ce dilemme est politique autant (sinon plus) qu’économique. Plusieurs solutions sont envisageables, pourvu qu’on en accepte lucidement les conséquences.

Mais dans tous les cas, on aurait tort de s’en tenir à quelques slogans creux, et refuser de considérer le débat sur l’austérité pour ce qu’il devrait être, c’est-à-dire un réexamen large du rôle et des responsabilités des États et des individus dans les sociétés occidentales contemporaines. Cette révision et cette redéfinition risquent fort de constituer le projet politique de la génération montante, ici comme ailleurs.

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Dans leurs natures mêmes, l’interventionnisme et l’État-Providence sont voués à l’échec.

Le système interventionniste socialiste exigera toujours plus de l’État. TOUJOURS! Il deviendra ainsi tentaculaire, obèse, trop onéreux, inefficace, et corrompu (voire le Québec!!!), et au final, il implosera. C’est inéluctable.

La Suède ex-pays fétiche des gauchistes, en a fait la malheureuse expérience avec les déplorables résultats que l’on connaît. Elle a dû faire marche arrière (dur pour les gauchistes ça!!!) au début des années ’90 sinon, c’était la faillite totale.

Quelques pays sont allés encore plus loin dans leur idéologie socialiste délirante comme Cuba, la Corée-du-Nord, l’ex-URSS, la Chine de Mao. On a tous pu en constater, quelquefois de visu, les épouvantables conséquences.

Le système capitaliste qui existe depuis la nuit des temps n’en déplaise aux utopistes, est le SEUL qui puisse fonctionner à long terme. Le SEUL!

Bien sûr qu’il comporte quelques faiblesses mais il est le seul système moralement acceptable empreint de justice sociale qui permet aux individus libres d’être au service de son prochain tout en en retirant une grande satisfaction et des bénéfices intéressants.

Les inégalités sont plus grandes et c’est normal. Dans ce système, on ne nivelle pas par le bas. Chaque individu est LIBRE de faire en sorte d’améliorer son sort avec un minimum d’entraves de la machine étatique.

@Francois 1
Pour « marcher », le modèle capitaliste de la « droite » dépend de subventions dans les *milliards* pour nourrir les multinationales ultra-riches, corrompues, irresponsables, qui font usage de POTS-DE-VIN et COLLUSION, par ex : SNC Lavalin, pétrolières comme Suncor coupables de fraude/collusion, banques américaines + Ford/GM en 2008, début des « bail-in » des banques européenes comme en Chypre, commission Charbonneau, scandale LIBOR, GSK en Chine, etc…

Ces mêmes entités NON-ÉLUES gouvernent nos politiciens et sont plus forts même que certains gouvernements. À travers leurs lobbyistes et politiciens ils réécrivent les lois et règles à leurs avantages : déréglementation (ex: les pétrolières avec Harper, les banques avec l’abolition de Glass-Steagall), baisse des impôts et taxes pour corporations, ABRIS FISCAUX (possiblement des TRILLIONS dissimulés), subventions diverses, etc.

Dans le modèle IDÉAL DU CAPITALISME, selon la loi du libre marché les banques ne se feraient pas renflouer à coup de milliards pour des bail-out. Le libre marché devrait THEORIQUEMENT punir l’incompétence & les mauvaises décisions d’une entreprise.

Nous avons une caricature du capitalisme, ou une version corrompue et contrefaite du « capitalisme ». De plus en plus d’économistes sont d’accord là-dessus incluant le prix Nobel Joseph Stiglitz

Croire que seul le capitalisme actuel marche c’est sérieusement vivre dans le déni quand on constate une déconnexion complète entre Wall Street (indicateurs records) et l’économie du « Main » street (chômages records + ralentissement économique mondial depuis plusieurs années)…

Le système capitaliste, le VRAI ne demande aucune subvention.

Les subventions que vous exposez ici (banques et autres) sont le fruit d’un interventionnisme étatique apparenté à la gauche social-démocrate en mal de se faire élire et/ou réélire.

Idem pour la corruption qui est foncièrement le fruit d’une présence étatique trop lourde et trop irrécusable dans nos vies. S’il y avait moins de présence étatique, il y aurait moins de corruption; d’ailleurs, on a vu autant de fonctionnaires grassement payés et pensionnés à NOS frais défiler devant la Commission Charbonneau que d’entrepreneurs. Pour que le système de corruption fonctionne, il faut un personnage public en autorité prêt à être corrompu. Sans lui, le système s’écroule, or, au Québec, il y a plus d’interventionnisme étatique que partout ailleurs en Amérique d’où notre peu enviable position d’état le plus corrompu en Amérique.

LA solution? Réduire le rôle de l’État.

Les paradis fiscaux existent parce que les enfers fiscaux existent. Si les impôts des sociétés étaient raisonnables, ces dernières n’auraient aucun incitatif à aller ailleurs. Idem pour les contribuables.

Qui veut VRAIMENT remettre encore plus d’argent (donc de pouvoir!) entre les mains des politiciens que nous considérons TOUS comme ayant autant de crédibilité que des vendeurs de « chars de seconde main »? QUI???

Vous n’avez aucunement réfuté les points mentionnés dans mon message… Ce que j’ai énuméré ci-hauts qui sont des exemples RÉELS et CONCRETS (la pointe de l’iceberg même avec tous les scandales) ne sont que la CONCLUSION LOGIQUE du capitalisme dans lequel la fin (maximisation du profit) justifie les moyens… Dans lequel la vie humaine, les dégâts environmentaux comptent pour peu si le profit l’emporte dans l’équation.

L’exemple d’actualité est celui de la MMA. Si cela coûte moins cher en amendes pour opérer peu importe la tragédie auquelle une compagnie va être impliquée, cette même corporation va inévitablement choisir la voie du profit.
« Cost of business » comme on dit en anglais ou encore un autre exemple : Haliburton qui a plaidé coupable pour destruction de preuves dans les dégâts pétroliers mais reçoit une petite tape sur les doigts…

On voit DÉJÀ votre déréglementation « magique » libertérienne en action dans le cas de la MMA, usines de viandes (listériose), Wall Street, etc… Croire que certaines industries peuvent se « réglémenter » eux-mêmes c’est comme croire naïvement qu’un criminel peut agir éthiquement s’il sait qu’il a le champs libre pour s’en tirer sans trop de problèmes

Ironiquement, vous avez beau en vouloir au « socialisme », « l’interventionisme » ou à la « gauche » mais l’actualité et les faits prouvent de plus en plus que que les plus grand criminels, « B.S. » et socialistes sont en fait… les multinationales et le 1% qui vivent au crochet de la société comme des parasites avec leurs subventions, abris fiscaux & attitudes irresponsables

Votre modèle libertérien n’est concevable que dans la THÉORIE et ne tient pas la route lorsque confronté à la réalité. Même en théorie économique, le gouvernement se doit d’intervenir en cas d’établissement de monopoles, externalités, fournir des services qu’aucune entreprise privée ne se serait intéréssée à faire : lumières, parcs, préservations de la faune/environnement, etc. Ceci dit, le gouvernement c’est avant tout : les CITOYENS. Selon vous, le gouvernement doit donc toujours se plier et s’effacer devant les multinationales, le profit, le capitalisme?

D’ailleurs, votre logique libertérienne rappelle le Tea Party américain – mouvement subventionné par les multimilliardaires du pétrole, les frères Koch. Eux qui veulent moins de surveillance & amendes pour leurs activités par les agences gouvernementales (ex: EPA, USDA, etc)…

Ceci dit, le gouvernement n’est pas la solution à tout, ses interventions et son rôle également requièrent une certaine balance.

Point de vu intéressant mais qui néglige le mentionner le taux d,endettement obèse et démesuré des américanis. Si leur pouvoir financier ne contrôlais pas le FMI ou la Banque mondiale et possédait plus de la moitié de l’armement nucléair mondial. Ce pays ressemblerait a un pays d’afrique. Un oubli bien commode qui viendrait anéantir de l’argument des majorrettes de la droite que l’état à sa plus simple expression est la panacé. Je ne suis pas pour état interventionniste à outrance ou les abus sont aussi à dénoncer. Je suis partisan d’un juste équilibre et entre l’état et le secteur privée. L’économie ce n’est pas seulement des chiffres mais et sutout des humains. Comme le mentionne Joseph stiglitz (prix Nobel d’économie) dans toutes actions économiques, il doit y avoir des bénéfices publics et bénéfices privées. De même Henry Mintzberg dans une conférence tenue il y a deux semaines à Montréal. Il parle de l’importance de la présence du secteur pluriel (aussi connu sous société civile) coopérative, obnl, etc pour constituer un équibre des interventions économiques et ramène la polarisation des gauchiste et drettiste dans une position plus équilibrée. Comme quoi tout n’est pas complètement noir ou complètement blanc. La justice et le bien-être des populations doit être le point centrale de toute mesure économique.

Responsabilité des États et des individus, dites-vous. Prenons seulement le rôle de l’État protecteur: Au lendemain du désastre de Lac Mégantic, il était intéressant de voir tous nos politiciens et nos idéologues se mettre à couvert et montrer du doigt le « responsable »: le fédéral, le pétrole, le capital, l’entreprise et tutti quanti. Un accident de cet ordre a en effet beaucoup de causes mais entraîne aussi plusieurs effets, dont l’esquive et la fuite. C’est ainsi que l’on réclame sans tarder « plus de réglementation » sans s’interroger sur le laxisme qui règne dans l’application des règlements existants, de même que de la vigilance qui serait normalement attendue des élus provinciaux, municipaux, fédéraux ainsi que de leurs fonctionnaires.. C’est normal, puisque cela permet de faire endosser la responsabilité à ceux qui devront réglementer, en bloc et anonymes, dans l’avenir, en oubliant commodément le passé.
La responsabilité individuelle et le travail bien fait débordent la question de choisir entre l’État-Providence et l’État « soft ». J’attends de mes dirigeants et de leurs serviteurs qu’ils soient appliqués dans l’action, qu’ils surveillent vraiment et n’attendent pas nécessairement l’accident pour agir. Il existe des techniques pour cela. Un État moins interventionniste peut être aussi sécuritaire si ses citoyens sont éveillés et volontaires, pas dans l’opinion, celle des internautes ou des porteurs de pancartes, mais à leurs postes de travail ou de commandement.

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