O’Toole et ses « alliés » de la droite sociale

Le chef conservateur, Erin O’Toole, s’était peint dans le coin droit de l’échiquier politique lors de la campagne à la direction de son parti l’an dernier, afin de vaincre un candidat plus centriste. Un choix stratégique qui revient le hanter.  

Ryan Remiorz / La Presse Canadienne / Montage L'actualité

Ce n’était probablement qu’une question de temps et c’est arrivé en fin de semaine, au terme de la première semaine de campagne : le mouvement pro-vie s’est dissocié du chef du Parti conservateur du Canada (PCC) en l’accusant de l’avoir berné. « Erin O’Toole a retourné sa veste sur une promesse phare qu’il avait faite aux militants pro-vie pendant la course au leadership l’an dernier », a déploré le groupe RightNow.

Celui-ci en veut à M. O’Toole d’avoir déclaré vendredi que le « droit de conscience » des médecins qu’il entend protéger n’ira pas jusqu’à leur permettre de ne pas diriger vers un collègue un patient qui cherche à obtenir un avortement ou de l’aide médicale pour mourir. Pourtant, le chef conservateur avait dit exactement le contraire lors de la course qui l’a mené à la tête du PCC en 2020. 

Le travestissement que s’était imposé Erin O’Toole pendant la course à la chefferie est donc en voie de le rattraper. Afin de battre son rival plus centriste Peter MacKay, il s’était affiché comme un « vrai bleu », expression codée laissant croire qu’il serait plus traditionaliste, alors qu’il n’est au fond qu’un bon vieux conservateur modéré de l’Ontario. Aussi le chef se retrouve-t-il constamment écartelé entre le personnage qu’il a laissé miroiter et sa vraie nature. Avec pour résultat qu’il déplaît à tous : les électeurs modérés qu’il a tenté de rassurer vendredi demeurent suspicieux, surtout parce que ses assurances répétées sur le ton du disque qui saute ont donné l’impression qu’il cachait quelque chose, tandis que les socio-conservateurs se sentent largués, car ils ne savent plus ce que signifie, au juste, ce droit de conscience que le chef prétend encore défendre. 

Erin O’Toole peut toutefois se consoler. Même mécontents, les pro-vie n’ont à peu près nulle part où aller. RightNow encourage encore ses militants à voter pour le candidat pro-vie de leur circonscription qui a le plus de chances d’être élu. Le plus souvent, cela signifiera le candidat conservateur. Le Parti de l’héritage chrétien, qui constitue le deuxième choix le plus évident, n’avait présenté que 51 candidats à l’élection de 2019, pour une récolte de 0,1 % des voix à l’échelle du pays. Il avait obtenu son meilleur score — 3,3% — dans une circonscription de Colombie-Britannique où ses appuis n’auraient pas du tout été suffisants pour permettre au candidat conservateur arrivé deuxième de devancer le gagnant néo-démocrate. 

Quant au Parti Maverick, sorte de Parti réformiste 2.0 qui se donne pour mission de défendre les intérêts économiques de l’Ouest, il a promis de ne pas se prononcer sur les questions sociales. Seul le Parti populaire de Maxime Bernier s’est engagé à laisser ses députés voter librement sur les questions d’avortement. Mais il ne se mouille pas sur le droit de conscience des médecins, qui relève, dit-il, des provinces. Considérant que les leaders de ces deux formations n’ont pas été invités aux débats des chefs, autant dire que les solutions de rechange pour les pro-vie déçus des conservateurs ne pullulent pas. Habituellement, leur autre option consiste à ne pas voter du tout.

Si Erin O’Toole hésite à laisser poindre sa vraie nature, il ne la censure pas totalement non plus. On a vu la semaine dernière qu’il a tendu la main aux syndiqués et aux chômeurs. En fin de semaine, il a rompu avec l’orthodoxie conservatrice sur un autre front, celui de la lutte contre les drogues. Il a réitéré une position prise en janvier dernier, mais qui était largement passée inaperçue, à savoir que des sanctions criminelles ne devraient plus être imposées aux personnes aux prises avec des dépendances. Il s’est aussi engagé à ne pas tenter de faire fermer les centres d’injection supervisée, comme s’y était attelé avec tant de zèle le gouvernement Harper. « Cela est cohérent avec les grands cœurs que les conservateurs ont », a dit O’Toole lundi. Certains ont sûrement pouffé en entendant cela. Sa tâche consistera à leur prouver qu’il y a du vrai là-dedans.

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