Où est Stephen Harper ? On a besoin de lui !

Les électeurs conservateurs sont surreprésentés parmi les sceptiques de la crise. L’ancien premier ministre peut-il les inciter à suivre les consignes de la santé publique ?

L'ancien Premier ministre du Canada Stephen Harper lors de la conférence politique de l'American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) de 2017 à Washington (Photo : AP/Jose Luis Magana)

Jusqu’à lundi soir 20 h, trois semaines après le début de la crise sanitaire qui frappe le Canada, l’ancien premier ministre Stephen Harper n’avait lancé aucun message pour encourager ses concitoyens dans cette épreuve, remercier les travailleurs en première ligne ou inciter les Canadiens à respecter les consignes de la santé publique, notamment la distanciation physique. Rien.

Le 1,2 million d’abonnés à son compte Twitter avait eu droit à ses félicitations adressées à la nouvelle ambassadrice américaine au Canada, Kirsten Hillman, et à ses condoléances à la famille d’un ex-président du club de hockey des Flames de Calgary.

On aurait dit que la pandémie de COVID-19, sans précédent dans l’ère moderne, n’existait pas dans l’orbite de l’ancien chef conservateur.

Contrairement aux ex-présidents américains Barack Obama et George W. Bush, qui se sont adressés à leurs concitoyens depuis le début de la crise, notamment sur Twitter et Facebook, c’était silence radio chez Stephen Harper.

Je ne le mentionne pas pour accabler Stephen Harper. Au contraire, on a besoin de lui ! De son expérience, puisqu’il a piloté le pays lors de la dernière récession, en 2008-2009. Mais surtout, on a besoin de son ascendant sur les électeurs conservateurs. L’heure est grave.

Lundi soir, j’ai donc appelé un proche de Stephen Harper pour comprendre les raisons de son mutisme. Après être allée aux nouvelles, cette personne est revenue en disant que Stephen Harper était présent auprès de ses clients et de la communauté d’affaires un peu partout dans le monde. Il a aussi accepté de conseiller le premier ministre albertain, Jason Kenney, au sein de l’Economic Recovery Council, mis sur pied pendant la crise.

Peu après mon coup de fil, Stephen Harper publiait son premier gazouillis relativement à la pandémie, remerciant les vrais héros que sont les travailleurs sur la ligne de front. Un tweet bien apprécié, si l’on en juge par le nombre de J’aime et de retweets.

Ce qui confirme que l’ancien premier ministre a encore un large public. Bien des Canadiens respectent ou admirent Stephen Harper, qui a dirigé le pays pendant presque 10 ans, ce que peu de ses prédécesseurs ont accompli. Chez les électeurs conservateurs, il est devenu une figure mythique, ayant fusionné la droite canadienne, brisé le quasi-monopole libéral sur le pouvoir à Ottawa et construit une machine électorale compétitive. Il est le sage, l’oracle du mouvement conservateur canadien.

Cet ascendant a une grande valeur en temps de crise. Les gens sont attentifs. Ils écoutent. Ils sont prêts à suivre des leaders. Stephen Harper doit utiliser ce capital de respect pour le bien collectif — et pas seulement pour remercier les travailleurs de la santé, même si c’est important de le faire.

Stephen Harper doit inciter les Canadiens à respecter les consignes de la santé publique, montrer l’exemple, faire appel à leur devoir civique pour combattre la pandémie.

Pourquoi ? Parce que les électeurs conservateurs sont surreprésentés parmi les sceptiques de la crise. Ils sont des centaines de milliers à croire que les autorités exagèrent l’urgence. Et par conséquent, ils respectent moins les consignes, ce qui peut mettre des gens à risque.

Dans son plus récent sondage, Angus Reid a tenté de savoir qui sont les 12 % de Canadiens qui jugent la crise exagérée — soit environ 4,4 millions de personnes. Ce sont davantage des hommes de plus de 35 ans… et des électeurs conservateurs dans une proportion de 64 %.

Par rapport à la taille de la population, les gens qui doutent du sérieux de la crise sont plus nombreux en Alberta et en Colombie-Britannique que dans les autres provinces. En chiffre absolu, ils se retrouvent toutefois en plus grand nombre en Ontario, la province la plus populeuse (37 % des sceptiques du pays).

Or, ces sceptiques font moins attention aux risques de contagion. Ils suivent moins les consignes de base de la santé publique (se laver les mains plus souvent, respecter la distanciation physique, etc.) comparativement à ceux qui estiment que la crise est importante.

Les frontières ne laissent plus entrer de voyageurs étrangers, les commerces non essentiels sont fermés, les gens sont confinés à la maison… Le premier ministre Justin Trudeau s’adresse aux Canadiens chaque jour, tout comme les premiers ministres de toutes les provinces. Les publicités de la santé publique sont diffusées sur Internet et tournent en boucle à la radio et à la télé à la grandeur du pays. Difficile d’insister davantage.

Et pourtant, cela ne convainc pas ces Canadiens qui affirment encore qu’il s’agit d’une crise exagérée. Comment leur parler ? Les toucher ? Est-ce que Stephen Harper pourrait aider à changer les choses en interpellant les électeurs conservateurs ? Je ne sais pas.

Mais en temps de crise, on se serre les coudes et on parle à son monde dans la mesure du possible. À cette étape de l’urgence sanitaire, tous les gestes comptent. Même les plus petits. Même les simples messages sur les réseaux sociaux. Y compris ceux d’un ancien premier ministre conservateur qui bénéficie d’une grande sympathie auprès d’un public à joindre impérativement.

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Besoin de Harper… pour admettre qu’il s’est trompé en coupant dans les budgets de recherche et en muselant les scientifiques. Grâce à lui, les méthodes de fabrication un vaccin pour un coronavirus auraient pu être mises au point après la crise du SRAS. Au lieu d’avoir pris une longueur d’avance, on a tout sacrifié pour satisfaire la doctrine de l’économiste en chef. J’espère qu’il aura l’intelligence d’admettre qu’il s’est trompé, sinon c’est un autre Trump dont on peut se passer!

Autant que je me souvienne, monsieur Harper n’a jamais été un homme très démonstratif, cela lui a nuit lors de son ultime candidature. Parfois, il pouvait même apparaitre quelque peu nonchalant. Je ne suis pas convaincu qu’il puisse avoir encore une influence suffisante pour inciter la population à observer les règles de confinement.

Je ne sais pas si nous avons entendu Jean Chrétien ou Paul Martin prendre position sur la crise et inciter qui que ce soit ? Pas plus que je ne sais si d’anciens PM du Québec se soient manifestés : Couillard ? Marois ? Charest ? Bouchard ?

Je pense qu’il est plus important dans le moment présent de se fier sur ceux qui sont en charge actuellement. Sur ce point monsieur Legault a démontré qu’il fait du bon boulot. On peut critiquer si on veut Justin Trudeau mais dans l’ensemble il a répondu positivement à l’appel de toute la population.

Nous devons plutôt prêcher par l’exemple. Bien que je sois naturellement « critique » sur à peu près tout, plus vraiment « naïf » sur grand-chose et usuellement sceptique dans l’ensemble (j’aime bien comprendre les tenants et les aboutissants) ; je n’en respecte pas moins très scrupuleusement les ordres de nos gouvernements.

Il y aura sans aucun doute un temps pour faire la lumière, toute la lumière sur cette tragédie humaine, ce n’est pas le moment. Nous devons avoir des pensées pour nos ainés tout particulièrement, leur peine est considérable au regard des « minces » sacrifices qu’actuellement nous concédons.

Excellente réflexion. Laissons les leaders présentement en place nous informer, les experts médicaux nous instruire et nous guider. Soyons moins centrer sur nous-mêmes et plus emphatiques envers notre voisin, d’ici et de par le monde.