Où les partis sont-ils en danger ?

Même la CAQ devra assurer ses arrières dans certaines circonscriptions cet automne. Voici où ça risque de faire mal le soir des élections. 

montage : L’actualité

Si le gagnant des prochaines élections québécoises semble connu d’avance, plusieurs courses locales devraient tout de même être enlevantes et pourraient changer le portrait global de la dynamique entre les partis à l’Assemblée nationale. 

La Coalition Avenir Québec remportera-t-elle une supermajorité, ne laissant que des miettes aux partis d’opposition ? Le Parti libéral conservera-t-il le poste d’opposition officielle ? Québec solidaire connaîtra-t-il un recul (le premier de sa courte histoire) ? Que restera-t-il du Parti québécois ? Et Éric Duhaime fera-t-il son entrée à l’Assemblée nationale ?

Pour savoir où se trouveront les réponses à ces questions, jetons un coup d’œil aux circonscriptions en danger pour chacun des principaux partis. 

Parti québécois

Circonscriptions présentement détenues qui sont en danger : Toutes, sauf Matane-Matapédia

Pascal Bérubé sera-t-il le dernier des Mohicans ? Le député de Matane-Matapédia devrait facilement conserver ce bastion du Bas-Saint-Laurent, mais il n’en est pas de même pour ses collègues du PQ… du moins ceux qui se représentent. Véronique Hivon (Joliette), Sylvain Gaudreault (Jonquière), Martin Ouellet (René-Lévesque) et Lorraine Richard (Duplessis) ont tous annoncé qu’ils quittaient la politique active et, selon les projections actuelles, toutes leurs circonscriptions pourraient tomber aux mains de la CAQ. 

Méganne Perry Mélançon, qui l’avait emporté de justesse dans Gaspé en 2018, et Joël Arseneau, député des Îles-de-la-Madeleine, auront fort à faire pour résister au tsunami caquiste que laissent présager les sondages. Il faudra aussi tenir à l’œil la circonscription de Bonaventure, où l’avocat Alexis Deschênes se présente pour le PQ, après que l’ancien député péquiste Sylvain Roy eut quitté la formation souverainiste au cours de la présente législature pour siéger comme indépendant.

Québec solidaire

Circonscriptions présentement détenues qui sont en danger : Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Jean-Lesage, Sherbrooke

Québec solidaire avait causé la surprise en 2018 en remportant 10 sièges, soit le triple de son caucus au moment de la dissolution de l’Assemblée nationale. À l’exception de la circonscription de Maurice-Richard (à Montréal), la formation de gauche avait fait des gains partout où elle était projetée comme ayant des chances de l’emporter. En d’autres termes, en 2018, QS avait atteint son plafond.

Pour la première fois de son histoire, Québec solidaire devra donc jouer à la défense cet automne, car des circonscriptions remportées en 2018 pourraient être en danger (le parti n’a, à ce jour, jamais perdu un siège qu’il a gagné !).

Dans Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien avait surpris tout le monde en sortant victorieuse avec seulement 32 % des suffrages, récoltant à peine 506 voix de plus que le candidat caquiste. Or, avec l’effondrement du vote péquiste et du vote libéral francophone, on prévoit un vote moins divisé cet automne dans cette circonscription. Étant donné la force de la CAQ auprès de l’électorat francophone, Mme Lessard-Therrien aura besoin d’une participation exceptionnelle des électeurs afin de répéter l’exploit. Par ailleurs, est-ce que les récentes révélations sur les émissions nocives de la Fonderie Horne (ainsi que les réactions de la CAQ et de la santé publique dans ce dossier) influenceront le résultat du scrutin dans cette région ressource ? Il faudra certainement suivre celle-ci de près au cours de la campagne. 

De son côté, le député solidaire de Jean-Lesage, Sol Zanetti, pourrait profiter de la division du vote, car les projections nous montrent que le Parti conservateur d’Éric Duhaime a quelque peu érodé les appuis à la CAQ dans la région de Québec (en fait, selon les derniers chiffres connus, la Capitale-Nationale est la seule région où la CAQ aurait perdu du terrain par rapport à son résultat de 2018). Zanetti était sorti vainqueur d’une chaude lutte aux dernières élections, l’emportant par 699 voix devant la candidate caquiste de l’époque.

En Estrie, la députée Christine Labrie conservera-t-elle la circonscription de Sherbrooke pour Québec solidaire ? En 2018, la CAQ avait balayé la région entière à l’exception de Sherbrooke, où l’électorat étudiant avait assurément aidé QS à remporter un vote hautement divisé (Mme Labrie avait obtenu 34 % des suffrages). Pour le scrutin de cet automne, la CAQ a recruté l’ancienne députée bloquiste (et ex-mairesse de Longueuil) Caroline St-Hilaire afin de ravir ce siège à QS. Notons par ailleurs que Sherbrooke est une circonscription volatile : après avoir élu Jean Charest de 1998 à 2008, elle est passée au PQ en 2012, puis au PLQ en 2014, et finalement à QS en 2018.

Parti libéral

Circonscriptions présentement détenues qui sont en danger : Anjou–Louis-Riel, Maurice-Richard, Verdun, Mille-Îles, Vimont, Laval-des-Rapides, Fabre, Laporte, Vaudreuil, Hull, Saint-Henri–Sainte-Anne

Depuis les élections du 1er octobre 2018, le Parti libéral a perdu Roberval et Jean-Talon lors de partielles, et est arrivé en cinquième place dans Marie-Victorin. De plus, de nombreux députés libéraux, dont certains de longue date, ont décidé de ne pas poursuivre leur carrière politique.

Les sondages montrent par ailleurs que le vote libéral francophone s’est effondré depuis 2018 et que les non-francophones, généralement fidèles au PLQ, n’ont pas été impressionnés par les va-et-vient du parti dans le dossier de la loi 96. En outre, la cheffe Dominique Anglade peine à s’imposer. En effet, parmi les chefs de parti provinciaux, Mme Anglade est considérée comme la meilleure candidate pour le poste de premier ministre par environ 1 électeur sur 10. Chez les francophones, ce chiffre tombe à 1 électeur sur 20. 

Compte tenu de tout cela, il est virtuellement impossible de voir le PLQ faire un quelconque gain de siège par rapport à 2018. Cet automne, il lui faudra d’abord et avant tout limiter les dégâts.

Sur les six circonscriptions de Laval, le PLQ en avait remporté cinq en 2018 (Sainte-Rose était passée à la CAQ). Les plus récentes projections nous indiquent que seule la circonscription de Chomedey, dans l’ouest de Laval, devrait être considérée comme assurément libérale. Toutes les autres (Mille-Îles, Vimont, Laval-des-Rapides, Fabre) sont en jeu.

En Montérégie, deux bastions libéraux, Vaudreuil et Laporte, pourraient être emportés par la vague caquiste. Vaudreuil n’a jamais élu un député d’une autre formation depuis la création de la circonscription en 1989 et Laporte est libérale sans interruption depuis 1981.

En Outaouais, Maryse Gaudreault tentera de garder la forteresse libérale de Hull, mais ce ne sera pas une tâche facile. Mme Gaudreault avait été réélue en 2018, mais sa part du vote était alors de 34 %, comparativement à 55 % en 2014. Si la tendance se maintient…

Finalement, il est rare que les circonscriptions libérales montréalaises soient en jeu lors des élections générales au Québec, mais tel est l’état des lieux pour le PLQ en 2022. Nous projetons au moins trois circonscriptions libérales dans le giron caquiste, soit Anjou–Louis-Riel, Verdun et Maurice-Richard.

Verdun est un cas particulier. En regardant les résultats de 2018 par boîte de scrutin, nous remarquons que la députée libérale Isabelle Melançon avait complètement balayé le secteur de L’Île-des-Sœurs (majoritairement non francophone), mais qu’elle avait fait nettement moins bonne figure sur l’île de Montréal. Pour sauver son siège, Mme Melançon devra espérer une forte participation de ses électeurs à L’Île-des-Sœurs et une division du vote à parts quasi égales entre la CAQ et QS dans le reste de la circonscription.

Un mot sur Saint-Henri–Sainte-Anne, que représente la cheffe Anglade : cette circonscription est fidèlement libérale depuis sa création, peu avant les élections de 1994. Néanmoins, la part de l’appui au PLQ est passée de 53 % en 2014 (alors que la députée libérale n’était nulle autre que Marguerite Blais) à 38 % en 2018. La CAQ et QS tenteront assurément de ravir cette circonscription.

Coalition Avenir Québec

Circonscriptions présentement détenues qui sont en danger : Chauveau, Beauce-Nord, Beauce-Sud

À Québec et dans Chaudière-Appalaches, François Legault devra défendre son flanc droit. La montée du PCQ d’Éric Duhaime, propulsé par la valse-hésitation entourant la gestion de la cinquième vague en décembre 2021 et janvier 2022, se confirme de sondage en sondage. Les derniers chiffres de la maison Léger accordaient toujours l’avance à la CAQ dans la région métropolitaine de Québec, mais par un écart réduit d’une douzaine de points devant le PCQ. Étant donné que nous projetons l’appui au PCQ plus bas dans les quartiers centraux de Québec, cela signifie qu’il est plus élevé dans les couronnes de la Vieille Capitale. 

La circonscription de Chauveau est celle qu’Éric Duhaime a choisie pour se présenter. Sans données locales de qualité, il est difficile de projeter le vote d’un parti qui n’avait obtenu que 1,5 % des suffrages à l’échelle de la province en 2018 (et 8 % dans Chauveau), alors la prudence est de mise. Néanmoins, il y a un fond adéquiste et conservateur fort dans cette circonscription qui a élu deux anciens chefs de l’ADQ (Gilles Taillon en 2007, puis Gérard Deltell en 2008, 2012 et 2014 — les deux dernières fois sous la bannière caquiste). 

Dans Chaudière-Appalaches, le parti d’Éric Duhaime réussira-t-il là où le Parti populaire du Canada de Maxime Bernier a échoué ? Nous suivrons les deux circonscriptions de la Beauce, où le PCQ allouera assurément toutes les ressources à sa disposition pour déloger la CAQ. Mentionnons toutefois que les députés caquistes Samuel Poulin (Beauce-Sud) et Luc Provençal (Beauce-Nord) avaient tous deux obtenu plus de 60 % des voix lors du scrutin de 2018, alors la tâche demeure colossale pour l’équipe d’Éric Duhaime. 

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Je suis trop tanné de la CAQ, qui est là depuis trop longtemps.  On est fatigués de les voir dans leurs publicités électorales qui nous matraquent tout le temps !

On veut au pouvoir un nouveau parti à CHAQUE ÉLECTION.

Je prédis, pour 2023, une scission de la CAQ, qui deviendra minoritaire, et qui devra faire une alliance avec un parti plus neuf.

Qui dirigera la coalition:  Martine Biron, qui va comprendre que les gens en ont soupé de la partisanerie politique et des manipulations politiques.

Madame Biron comprend que trop de publicité tue la CAQ.

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m Jean vous prenez votre désir pour la realité m Legault nous a doné le meilleur gouvernement que le Québec a eu