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Jouer avec le feu

Le gouvernement Harper commence à s’inquiéter de la controverse autour du financement du Bloc québécois provoquée par son ministre d’État à la Réforme démocratique, Steven Fletcher. Aussitôt publiée ma chronique sur le sujet dans le Devoir, et celle de ma collègue Chantal Hébert dans le Toronto Star, il a expédié aux deux quotidiens une lettre pour préciser ses intentions en matière de financement des partis politiques. Pour comprendre l’histoire, il faut retourner quelques jours en arrière. Lundi dernier, l’hebdomadaire Hill Times publiait une entrevue avec le ministre dans laquelle ce dernier disait : « Chaque Canadien est obligé de faire une contribution non volontaire sur la base des résultats [aux élections] des partis politiques. Je sais qu’il y a beaucoup de gens dans d’autres régions du pays qui ne sont pas du tout contents que la vaste majorité du financement d’un parti, le Bloc québécois, provienne de cette subvention». Il ajoutait vouloir mettre fin à cette allocation pour tous les partis, ce que le gouvernement Harper a d’ailleurs tenté de faire lors de l’énoncé économique de l’automne dernier, mais le Bloc semblait lui servir d’argument central. Et quand, dans la même entrevue, le ministre se plaint du fait que le Bloc québécois survit grâce, en partie, à l’allocation annuelle de 1,95 $ par vote versée aux partis politiques fédéraux pour ensuite rêver d’abolir cette allocation, il court définitivement le risque de se faire accuser d’intentions antidémocratiques et de remise en question de la légitimité du Bloc. Cette possibilité ne semble pas avoir effleuré le ministre ou son entourage. Quand ma collègue Hélène Buzzetti, du Devoir, a voulu une entrevue sur le sujet lundi, le bureau de M. Fletcher l’a référée à l’article du Hill Times, confirmant du même coup la teneur de ses propos. L’affaire a fait des vagues au Québec, comme en témoignent les réactions sur le site du Devoir. Assez, il faut croire, pour forcer le ministre à clarifier sa pensée. Dans sa lettre aux deux quotidiens, il rappelle qu’il ciblait tous les partis et non seulement le Bloc. «Bien que certaines personnes aient proposé de mettre un terme à l’octroi du montant forfaitaire par vote au Bloc Québécois, ce n’est pas la position soutenue par notre gouvernement conservateur. Nous croyons qu’aucun parti ne devrait bénéficier de cette subvention par les contribuables et que les activités de tous les partis devraient être principalement financées par leurs partisans. En fait, ce serait le Parti conservateur qui accuserait davantage de pertes financières si l’attribution du montant forfaitaire devait prendre fin. Prétendre que le gouvernement ciblerait un parti donné est inexact et constitue une représentation incorrecte de notre position.» Cette mise au point pourrait avoir le mérite de calmer un peu le jeu au Québec, où le Parti conservateur ne peut plus se permettre de perdre de terrain. Par contre, elle prive le ministre de l’argument anti-séparatiste qu’il espérait de toutes évidences utiliser pour vendre sa salade au Canada anglais.

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Nuit blanche chez les autochtones Politique

Nuit blanche chez les autochtones

L’Assemblée des Premières Nations s’est donné un nouveau chef lors de sa 30e assemblée générale, qui avait lieu à Calgary du 21 au 23 juillet. Un reportage photo raconte d’heure en heure le scrutin le plus serré de l’histoire de l’Assemblée des Premières Nations, alors que cinq candidats s’affrontaient.

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Le prix du silence d’Ignatieff

Le chef libéral Michael Ignatieff a repris la route depuis le début du mois d’août, visitant ses militants et les électeurs de la Gaspésie, du sud de l’Ontario, de la Nouvelle-Écosse. Mais qu’importe qu’on lui reproche depuis le début de l’été de ne pas exposer ses idées, il résiste. Il ne veut pas ouvrir son jeu trop vite car il craint de subir le même sort que Stéphane Dion. Ce dernier s’est fait tailler en pièces par les conservateurs et a chuté dans les sondages après le dévoilement de son Tournant vert, en juin 2008. La prudence de Michael Ignatieff ne semble pas le prémunir contre une menace semblable. Le dernier sondage Strategic Counsel, paru dans le Globe and Mail cette semaine, place le Parti libéral deux points derrière les conservateurs et ce, à deux mois du possible déclenchement d’élections fédérales. Stéphane Dion affichait le même score en juin 2008, deux mois avant l’appel aux urnes de l’automne dernier. Le sondage de cette semaine montre en outre que Michael Ignatieff devait encore rallier les groupes d’électeurs généralement bien disposés à l’endroit des libéraux, c’est-à-dire les jeunes, les femmes, les citadins et les sympathisants du NPD. Des libéraux commencent à reconnaître qu’il est difficile de se tourner vers un parti dont on ignore la mission.

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Gilles Duceppe reprend le collier

On commençait à se demander si le chef bloquiste Gilles Duceppe n’avait pas disparu, mais le voilà qui sort de sa tanière. Dès mercredi, il démarre sa traditionnelle tournée estivale du Québec. Après s’être offert les vacances les plus longues de tous les chefs, il prend la relève de ses députés à qui il avait laissé le soin de sillonner la province durant tout le mois de juillet. Le silence du chef bloquiste n’est pas passé inaperçu dans la capitale fédérale et la presse anglophone. Il a même fini par alimenter une rumeur voulant qu’il quitte son poste avant la reprise des travaux parlementaires, en septembre. Au Bloc, on se demande évidemment ce qui a bien pu alimenter pareille idée. Cependant, cette éventualité est suffisamment prise au sérieuse – ou désirée – au Canada anglais pour que le National Post se permette une longue analyse sur les retombées d’un départ de Gilles Duceppe sur l’échiquier politique québécois.

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Le temps de prendre position

L’économie préoccupe toujours les électeurs. Mais la santé gagne du terrain, selon le dernier sondage Nanos – La Presse. Et cela pourrait chicoter les conservateurs, qui sont au coude à coude avec les libéraux. Selon ce sondage, près de 30% des Canadiens jugent le thème de l’économie et l’emploi prioritaire. Mais plus du quart privilégient désormais la santé et environ 10% donnent préséance à l’environnement. Or, la santé et l’environnement ne sont pas les matières fortes des conservateurs. À ce chapitre, les libéraux ont généralement de meilleures notes. Mais encore faut-il qu’ils démontrent en quoi ils se distinguent des conservateurs. On ne sait toujours pas ce que serait leur solution à la crise des isotopes médicaux, par exemple, ou leur plan de lutte aux changements climatiques à quelques mois de la conférence des Nations Unies à Copenhague, en décembre. Et il y a la grande inconnue de la mission en Afghanistan. Le nouveau secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, disait la semaine dernière qu’il aimerait voir les soldats canadiens poursuivre leur travail dans la région de Kandahar au-delà de 2011, l’année d’échéance fixée par le Parlement pour mettre fin à la mission de combat. Tout le monde exclut une extension de ce mandat, mais ni les conservateurs ni les libéraux ne disent clairement ce qu’ils feraient après 2011. Ils ont réussi à éviter le sujet durant la dernière élection, mais pourront difficilement s’en sauver lors de la prochaine, même si elle a lieu aussi tôt que cet automne.

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Que diraient les oracles ?

De bien drôles de choses se déroulent dans la bulle politique fédérale. Des petits faits qui ont le don d’alimenter les conjectures sur la tenue possible d’élections automnales et l’avenir du premier ministre Stephen Harper. Oui, oui, l’avenir de M. Harper. D’abord, parce que si des élections avaient lieu cet automne, les probabilités seraient très fortes qu’elles portent un autre gouvernement minoritaire au pouvoir. Et un nouveau mandat minoritaire ou une défaite annoncerait fort probablement le départ du chef conservateur. Dans ce contexte, ça prend peu de choses pour faire jaser une capitale fédérale en manque de nouvelles. Ça n’a pas raté avec l’annonce la semaine dernière du départ du directeur des communications du premier ministre, Kory Teneycke, en poste depuis un peu plus d’un an. Le moulin est reparti de plus belle quand on a appris hier matin que la plus fidèle collaboratrice de M. Harper, sa conseillère et directrice en matière de communication stratégique, Carolyn Stewart-Olsen, quitterait aussi d’ici la fin de l’été. Elle est aux côtés de Stephen Harper depuis sa campagne à la direction de l’Alliance canadienne, il y a sept ans. Inconnue du public, Mme Stewart-Olsen n’en était pas moins une des conseillères les plus influentes du premier ministre. Bien que sans rapport avec ces départs, voilà une autre anecdote dont les amateurs de boules de cristal seront friands. Élue sous la bannière réformiste, candidate à la direction de l’Alliance canadienne en 2002, la ministre d’État Diane Ablonczy a entrepris la traversée du Canada en véhicule récréatif. Elle a fait son entrée dans Twitter le 30 juillet pour informer ses quelque 2000 partisans de son périple. Détail intéressant, elle le fait dans les deux langues officielles. Deux des ministres les plus bilingues du cabinet Harper, Jason Kenney et James Moore, ne se donnent même pas cette peine ou si rarement. Faut-il y lire quelque chose car à Ottawa, l’intérêt pour le bilinguisme va souvent de pair avec l’ambition politique ? Diane Ablonczy est populaire dans le Parti conservateur et beaucoup regrettent qu’elle n’ait pas un rôle plus proéminent dans le gouvernement actuel. En fait, elle a même subi un recul cet été. Elle s’est fait retirer le Programme des manifestations touristiques de renom après avoir financé la fête de la fierté gaie à Toronto et s’être laissée photographier avec des travestis.

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M. Flaherty persiste et signe

Voilà une nouvelle qui fera grincer des dents à Québec. Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, offre de compenser financièrement la Saskatchewan, le Manitoba et l’Île-du-Prince-Édouard si elles harmonisent leur taxe de vente avec la TPS fédérale. Le Québec a été la première province à avoir accordé ses flûtes avec Ottawa. Mais elle est la seule à n’avoir eu droit à aucune aide financière sous prétexte, affirme le fédéral, que la TVQ n’est pas vraiment harmonisée avec la taxe fédérale. Le gouvernement québécois, lui, exige sa juste part, soit 2,6 milliards. Les sommes en jeu ne sont pas insignifiantes. Terre-Neuve, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick ont eu droit à plus d’un milliard de dollars durant les années 1990. Cette année, l’Ontario a annoncé qu’elle harmoniserait sa taxe à partir de juillet 2010 et Ottawa lui a promis 4,3 milliards. À la fin de juillet, la Colombie-Britannique a fait savoir qu’elle en ferait autant l’an prochain. Ottawa s’est engagé à lui verser des «fonds de transition» de 1,6 milliards. Qu’importe la possibilité d’élections, la faible popularité du Parti conservateur au Québec ou le fait que le Bloc québécois puisse se servir de ce traitement à deux vitesses comme munitions, M. Flaherty persiste et signe.

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Ça sent les élections

Si vous cherchiez des preuves que ça sent les élections, en voici aux moins deux. La ministre conservatrice Josée Verner rêve des Nordiques et promet de mousser le projet de nouveau Colisée, à Québec. Son collègue, le ministre du Revenu, Jean-Pierre Blackburn, songerait à offrir des allègements fiscaux aux victimes du financier Earl Jones. Il n’est pas question de blâmer l’un ou l’autre pour leurs projets, au contraire, mais le «timing» n’est pas anodin.

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455,6 millions en 10 jours

Un parti au pouvoir n’est jamais à court de munitions pour se faire valoir. Il n’a qu’à distribuer des chèques. Rénovations à l’aréna, pavage des routes, accès au réseau à large bande en régions rurales… Tout est bon pour faire parader ministres ou députés devant les caméras de télévision. Les conservateurs l’ont bien compris. Depuis le début de l’été, ils n’arrêtent pas. Ils sont partout et presque tous les députés ont eu droit à leurs 15 minutes de gloire dans leur circonscription. En seulement 10 jours, du 21 au 31 juillet, ils ont fait plus de 90 annonces, totalisant 455,6 millions. L’annonce d’une aide financière n’est même plus une nécessité pour convier les médias. Lors d’un événement public tenu cette semaine à Ottawa, Stephen Harper a invité les Canadiens à profiter du crédit à la rénovation domiciliaire, un programme annoncé dans le dernier budget, pour lequel une campagne publicitaire a été lancée cet été. Ces 455,6 millions s’inscrivent dans le plan de relance du gouvernement, qui dépasse les 50 milliards de dollars. Avec pareille manne à leur disposition et peut-être une élection dès cet automne, on comprend que les conservateurs, le ministre des Finances Jim Flaherty, en tête, n’aient pas envie d’annoncer trop rapidement la fin de la récession.

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Twit, twit, twit…

Il n’y a pas que les oiseaux qui gazouillent cet été. Bien des politiciens s’y sont mis, mais sur un perchoir virtuel bien connu des internautes, Twitter. Ce service, dont on peut devenir membre gratuitement, permet de transmettre aux autres membres désireux de vous « suivre » des messages de 140 caractères au maximum. Il y a de tout sur ce réseau, de la recette de cuisine à l’étalement sans pudeur de faits et gestes d’adolescents, en passant par la convocation à des rassemblements politiques. C’est d’ailleurs par ce réseau que plusieurs manifestations dénonçant les résultats douteux des élections en Iran ont été organisées en juin. Les messages des politiciens fédéraux sont plus légers. Certains affichent l’invitation à leur BBQ ou parlent simplement de leurs faits et gestes les plus anodins. Comme Ujjal Dosanjh, qui nous informait, mardi, qu’il buvait un garam chai [un thé indien] pour se rafraîchir en cette période de canicule à Vancouver. (Oui, oui, vous avez bien lu. Ils ont un été, eux !) D’autres se servent de Twitter pour attirer l’attention sur un article intéressant, une politique de leur parti ou pour se livrer à une charge contre leurs adversaires. Le plus assidu , le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney, s’est manifesté à quatre reprises mardi, dont trois fois entre 7 h 23 et 7 h 29 ! La première, pour nous dire combien il avait passé une belle soirée la veille. La deuxième, pour mentionner son petit-déjeuner avec le nouveau chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, Tim Hudak. Et la troisième, pour souligner que le Telegraph Journal, du Nouveau-Brunswick, s’excusait d’avoir écrit que le premier ministre Harper avait mis dans sa poche l’hostie reçue aux funérailles de Roméo Leblanc. Il y a dans cet engouement un désir d’imiter le président américain Barack Obama, dont le succès est en partie attribué à l’efficacité de sa campagne virtuelle dans Facebook et dans Twitter. On a aussi beaucoup dit que la Toile avait la vertu d’humaniser les politiciens et de les rapprocher des gens. Il semble cependant que les élus canadiens n’ont pas encore trouvé la façon de s’en servir. Pour l’instant, ils font surtout dans la superficialité. Quelle pertinence y a-t-il à savoir que le chef libéral Michael Ignatieff est « sorti des nuages d’Ottawa pour être sous le soleil d’Etobicoke-Lakeshore » et qu’il est agréable d’être dans sa circonscription ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? Ce n’est toujours qu’un peu plus de 10 000 Canadiens qui sont ainsi rejoints et on peut supposer que beaucoup sont déjà des partisans.