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Mon opinion Head and Shoulders

Je suis très content pour Linden MacIntyre, le mordant journaliste d’enquête de la CBC grand pourfendeur de corporations sans scrupules. Il vient de gagner, pour son dernier roman, le plus prestigieux prix littéraire canadien, le Giller Prize. Pardon, c’était le Giller Prize, nommé en l’honneur de la critique littéraire Doris Giller par son riche mari, en 1994. Depuis 2005 — cela m’avait échappé — il s’appelle le Scotiabank Giller Prize. La banque Scotia, qui a doublé la bourse associée au prix, célèbre ainsi, dit son pdg Rick Waugh, «les réalisations et les idéaux des auteurs canadiens». Il faut applaudir l’appui de la banque à cette noble cause. Mais pourquoi faut-il que son altruisme soit si égoïste qu’il aille jusqu’à défigurer l’intitulé même du prix pour y accoler le nom de l’entreprise ? Déjà, j’étais aux anges que Dany Lafferrière ait remporté le prix Médicis. Mais je suis aujourd’hui doublement ravi qu’il n’ait pas remporté, à la place, le prix Société Générale Médicis ou encore Yoplait Médicis. Et je suis triplement content que Barak Obama ait remporté le Nobel de la paix, et non le Volvo Nobel de la paix. Vous me direz que la commandite n’est pas née hier et vous auriez raison de noter que dans mon emploi, au Cérium, des entreprises et associations financent des activités et que nous mentionnons ces dons. J’ai cependant toujours résisté à l’idée de nommer une Chaire de recherche au nom d’un contributeur (une pratique courante), par exemple. Et les Prix du Cérium ne seront jamais, tant que j’y suis, les Prix Gâteaux Vachon du Cérium. (Non, ce n’est pas un débat.) Mais l’arrivée de la commandite dans le titre d’un prix littéraire marque, à mon avis, le passage d’une nouvelle frontière. D’autres innovations récentes font aussi tiquer. Scotia, encore elle, a «acheté» le nom du plus grand cinéma de Montréal, sur la Catherine. L »ancien Paramount se nomme maintenant le Cinéma Banque Scotia. Quoi ? On va au cinéma ou à la banque ? Nous sommes, là, dans le strict monde commercial et il est normal que MM. Guzzo, Odéon ou Famous Players puissent donner leurs noms à leurs salles. (Quoiqu’un peu de français n’aurait pas fait de tort dans ce dernier cas et, pendant que j’y suis, que fait l’OLF pour faire changer le nom des Fabulous Fourteen ? Mais je m’égare.) Louer le nom d’une salle à une autre entreprise qui oeuvre dans un autre domaine est d’après moi une mauvaise décision d’affaires, mais c’est aussi le signe d’une dangereuse contagion de la commandite. La frontière du prix littéraire — par nature dédié à l’excellence, à l’oeuvre qui se détache de l’ordinaire — maintenant franchie, la frontière du bon sens étant franchie avec une salle de cinéma/banque, que l’avenir nous réserve-t-il ? Comme ne le disait pas Confucius: passées les bornes, il n’y a plus de limites ! Faisons quelques tests: Les Nouvelles TVA Banque Scotia Le Boulevard René-Lévesque Lactantia Le Muslix Vieux Montréal Le blogue Head and Shoulders Jean-François Lisée Je vous invite, chers internautes, à compléter la liste. Ce n’est pas que l’avenir qui fait peur. C’est le passé récent et le présent. On en a eu l’écho, en juin dernier, avec l’ouverture de la Maison du Festival Rio Tinto. Un festival Rio Tinto, dites-vous ? Est-ce un festival de la rivière rouge (traduction littérale) ? Un festival de l’aluminium (ce que produit la Compagnie Rio Tinto) ? Non. C’est une maison du Jazz. Encore une fois, il faut applaudir le citoyen corporatif Rio Tinto de soutenir ainsi le Festival de Jazz. Mais si c’est du soutien, pourquoi faut-il que le nom de la Maison du Jazz ne porte pas le nom de Maison du Jazz ? Pourquoi Rio Tinto n’achète-t-il pas le nom de la Maison pour le redonner, tout propre, au Festival ? Ça, c’est un don. Il y a ainsi tout un patrimoine commun, à la limite de la propriété privée et de l’utilisation collective, où le mercantilisme est en train de progresser, sans rencontrer beaucoup de résistance. Naguère, le grand lieu de rassemblement du hockey était le Forum. Ensuite ce fut le Centre Molson, puis le Centre Bell, qui aurait bien pu devenir le Centre Quebecor ou Péladeau. De même on apprenait récemment que le futur nouveau Colisée de Québec pourrait s’appeler le Colisée Labatt. On comprend la logique économique. Mais on peut s’en désoler. Vendre son identité au plus offrant est déjà condamnable, que l’identité vendue soit revendue ensuite et relabellisée est un avilissement supplémentaire. Une chute de dignité. Les grands lieux de rassemblement collectifs, fussent-ils privés, devraient incarner, dans leurs noms, non la volonté d’une entreprise d’augmenter sa visibilité, donc ses ventes, mais l’expression de la raison même de se rassembler. Le Yankee Stadium indique exactement pourquoi, principalement, on y va. Que le Centre Bell devienne le Centre des Canadiens tomberait sous le sens. Et ce serait un énorme cadeau de Bell aux fans. On aimerait aussi se rendre, fébriles, au Centre Maurice Richard (il y a déjà l’aréna, mais il mérite encore mieux). Et qu’on garde le nom de Bell là où il va à merveille: au Musée du téléphone. (Pour une autre de mes tirades anti-pubs, voir ma chronique: Les nouvelles frontières du mensonge.)

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Thatcher décédée, sauvons Kyoto !

Vous verrez peut-être dans vos gazettes que le monde conservateur canadien a subi une chute de pression, ce mercredi soir, quand les iPhone et les Blackberry, dont ceux de l’entourage du premier ministre, ont annoncé le décès de Lady Thatcher. Le fantôme de la dame de fer a occupé les conversations jusqu’à ce qu’un conseiller de Harper se heurte à des interlocuteurs incrédules à Londres où, on le pense bien, la nouvelle aurait fait quelques vagues. On s’est aperçu qu’il s’agissait de la chatte du ministre John Baird, chatte qui, après 16 ans de loyaux services affublée du nom de l’idole politique du ministre, a rendu l’âme. A quelques jours de la grande rencontre de Copenhague sur les changements climatiques, quelqu’un pourrait-il nous aviser à l’avance de l’état de santé du chien de Stéphane Dion, appelé Kyoto, pour qu’il n’y ait pas de fausse joie dans les rangs conservateurs si leurs Blackberry affichent: Kyoto décédé !

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L’opinion mondiale (et canadienne) tourne le dos au capitalisme actuel

La BBC a mis en ligne hier un sondage passionnant, réalisé dans 27 pays, et allant au coeur du sujet. Voici la question-clé: Laquelle de ces trois affirmations reflète le mieux votre opinion au sujet du capitalisme de libre marché: a) Le capitalisme est fondamentalement vicié et un il nous faut un autre système économique b) Le capitalisme a quelques problèmes, mais ils peuvent être réglés avec davantage de réglementation et de réformes c) Le capitalisme fonctionne bien et toute augmentation de la réglementation va le rendre beaucoup moins efficace Cette dernière réponse ne reçoit de majorité dans aucun des pays, les principaux au monde, interrogés. Les plus grands tenants du capitalisme actuels se trouvent aux États-Unis, mais ils ne sont que 25% à y adhérer. Ils sont suivis des 21% de procapitalistes pakistanais, puis de 19% de tchèques. Les pro-capitalistes canadiens sont 15%. L’opinion mondiale est massivement favorable à la réforme et au retour de la règlementation, y compris 55% des Américains et 53% des Canadiens. Ce qui retient cependant l’attention est l’importance, relative, du groupe qui rejette le système:Un Canadien sur cinq et 13% des Américains sont de ce nombre, mais 43% des Français et 37% des Mexicains sont dans ce camp. Une curiosité: seulement 18% des Chinois rejettent le capitalisme. Si Mao était vivant, il se retournerait dans sa tombe… Le sondage de la BBC n’en reste pas là. Il interroge l’opinion sur: Le rôle de leur gouvernement dans la distribution des richesse au niveau national 56% des Canadiens et 41% des Américains, ce qui est déjà beaucoup, sont à la traîne des autres pays du G7 dans leur appui à une augmentation de la redistribution de la richesse: de 67% au Royaume-Uni jusqu’à 87% en France et 89% en Italie. Il y a là un énorme ressac contre l’augmentation des inégalités de revenus observés depuis un quart de siècle. (Voir le Tableau ici.) Le rôle de leur gouvernement dans la réglementation des entreprises Les pluralités favorables à une augmentation du rôle de l’État passe de 48% au Canada (33% ne veulent pas de changement) et 44% aux USA, jusqu’à des majorités allant de 56 à 76% en Europe de l’Ouest. Le discours de la dérèglementation est à l’agonie dans l’opinion. (Voir le Tableau ici.) L’importance d’un accord à Copenhague vs protéger l’économie nationale La même firme, GlobeScan, a publié le 2 novembre un autre sondage, portant sur 12 pays, dont le Canada, avec une autre question dure: «La tâche d’aider l’économie nationale pendant la récession est-elle une priorité plus importante, aussi importante ou moins importante que la lutte contre les changements climatiques?» M. Harper, vous écoutez ? 72% des Canadiens croient que l’économie est une priorité égale (51%) ou moins importante (38%) que le changement climatique. J’ai gardé le meilleur pour la fin: les répondants nord-américains — canadiens et américains confondus — sont 3% à penser que leurs gouvernements ne doivent pas tenter de réduire les émissions de gaz à effet de serre, 10% qu’ils devraient les réduire graduellement, sans tenir compte des objectifs internationaux (la position d’Ottawa), 35% qu’ils devraient s’engager à respecter les objectifs internationaux de réduction et — cymbales — 44% qu’ils devraient dépasser les objectifs de réduction internationaux. (Voir le rapport pdf ici.) CONCLUSION 1: les dirigeants du G20 sont beaucoup plus timides que leurs opinions nationales dans leurs efforts de réforme en profondeur du capitalisme et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. CONCLUSION 2: l’opinion doit trouver une façon de se faire entendre de ses dirigeants politiques à brève échéance.

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Un million de gens et Claude Dubois

Notre chanteur populaire Claude Dubois a-t-il donc coupé la file pour se faire vacciner avant les autres? C’est Patrick Lagacé a qui fait exploser, dans La Presse ce matin et dans son blogue, la nouvelle d’abord partiellement rapportée par le journaliste Eric Nicol, du Journal des Pays-d’en-haut-La-Vallée. Dubois s’en défend, dans une entrevue donnée au conglomérat médiatique concurrent, Quebecor. Il avait pris rendez-vous au CLSC pour sa fille de deux ans avant le début de la campagne de vaccination et s’y est rendu, tout simplement. Jusqu’à plus informé, donnons-lui le bénéfice du doute. Je n’en parle que pour vous faire sourire car j’en viens à l’effet secondaire burlesque du dossier:Il existe dans la blogoshpère (je le découvre) le site MauvaisOeil, qui commente l’actualité. Son éditeur, Pascal-Pierre Fradette prend la défense de Dubois, en supposant qu’il a vraiment coupé la file. Lisons d’abord cet extrait: Ce que j’en pense? Je crois tout bonnement que Dubois est un grand artiste, et qu’il est une partie essentielle de notre histoire culturelle. Je crois aussi fermement que ces élites, qu’elles soient artistiques, journalistiques ou littéraires, méritent d’être protégées prioritairement, c’est à dire préalablement aux gens que je considère moins exceptionnelles et singulières: ces plombiers, pompiers, poissonniers ou pépiniéristes, qui, si malheur leur arrivait, pourraient aisément être remplacés par des quidams différents afin de remplir leur rôle effacé dans notre société. Pour ce qui est de la valeur relative de chacun dans une société, le test est simple. Que choisissez-vous: vivre dans une ville pendant un mois pendant une grève des éboueurs ou des pompiers ou pendant une grève des chanteurs, auteurs et journalistes ? Mais en continuant notre lecture, on se rend compte que M. Fradette est personnellement concerné par cette affaire: J’ai moi-même tenté d’expliquer cette théorie à l’infirmière qui refusait de me recevoir en priorité, et bien sûr, en raison de ses facultés de raisonnement limitées (pourquoi est-elle infirmière, croyez-vous, putain!), elle n’a pas su saisir l’essence de mon propos. Cette fruste pouffiasse persistait à dire que chacun devait attendre son tour, comme si elle ignorait qui j’étais. Facile à dire pour cette nana, qui a elle-même reçu le vaccin avant tout le monde. Attendez, le meilleur est pour la fin, car il continue de dire du bien de Dubois, « dramaturge » . Un charitable internaute lui fait comprendre qu’il a confondu Claude Dubois avec René-Daniel Dubois, l’homme de théâtre. Réaction de Fradette, devenu plus sélectif sur la protection des élites culturelles: Claude Dubois, vous voulez dire celui qui interprétait « Qu’est-ce que tu veux qu’un chanteur chante» et « Tu peux pas» ? Putain de merde. Non seulement on aurait dû lui refuser de passer avant les autres, mais une fois son tour arrivé, on aurait dû lui faire croire qu’il ne restait plus de doses. A la fin de la lecture du blogue, j’ai eu un doute. Fallait-il lire tout cela au premier degré ? Il y avait en effet un renvoi vers un autre texte intéressant: Transférer des fichiers Powerpoint par courriel serait cancérigène (!) Je me suis rendu compte que tout ce blogue était un énorme canulard, un Onion News québécois. Je suis heureux et hilare de m’être fait prendre et je l’ajoute à mes liens humoristiques. Chapeau !

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Accommodements : vers la déculpabilisation ?

Selon la Presse Canadienne, le gouvernement Charest jette aux oubliettes son projet de loi 16, qui voulait ouvrir la voie aux accommodements dits raisonnables dans les services publics sans rendre opérationnelle la primauté de l’égalité des sexes sur les choix religieux. Selon le bureau de la ministre, tout le projet de loi est « sous analyse ». Une suggestion pour la ministre: qu’elle lise avec attention le dernier numéro de L’actualité, Vive le Québec laïque !. Il explique comment, de la Belgique aux USA, en passant par la France, l’Angleterre, l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie, on aborde avec une grande diversité les questions d’accommodements, mais aussi de port des signes religieux et des liens entre école et religion. Bref, contrairement à ce que les ayatollahs québécois des accommodements veulent nous faire croire, les Québécois ne sont coupables de rien.Il n’existe simplement pas deux démocraties occidentales avancées qui appliquent le même rigorisme ou le même laxisme, c’est selon, en ces matières. Ce qui signifie aussi qu’il n’existe pas de norme absolue à laquelle les Québécois devraient aspirer. Il n’y a pas de religion ou de bible de l’accommodement. Dans le respect des droits, il n’y a pas de péché. J’emploie ces termes religieux car il existe au Québec en ce moment des intellectuels qui veulent culpabiliser les Québécois de ne pas aspirer à la même lecture qu’eux de ce que devrait être notre rapport à l’autre. Le rapport Bouchard-Taylor, bien sûr, transpire cette culpabilisation en affirmant que les Québécois furent victimes de « fausses perceptions » et qu’il leur faut une grande campagne d’information sur l’interculturalisme pour les faire changer d’avis. Il y a deux semaines, La Presse a publié un sondage où une écrasante majorité de Québécois s’opposait toujours à l’orientation actuelle en matière d’accommodements, sondage qui doit avoir fait beaucoup pour provoquer «l’analyse» du projet de loi 16. A l’occasion de la publication de ce sondage, mon collègue de l’UdeM Daniel Weinstock (un homme charmant et érudit avec lequel j’adore discuter) s’est auto-désigné ayatollah en chef dans le compte-rendu qu’en a fait Louise Leduc. D’abord, Daniel s’en prend à ceux qui utilisent l’argument de l’égalité des sexes pour refuser des accommodements qui, justement, impliquent des entorses à cette égalité, pour des motifs de pratique religieuse: «Aux audiences de la commission Bouchard-Taylor, cette récupération subite et opportuniste de l’égalité hommes-femmes était flagrante! C’est comme si tout d’un coup, certaines personnes avaient compris qu’elles risquaient moins de se faire traiter de racistes si elles enrobaient leur discours de l’argument de l’égalité hommes-femmes.» C’est une lecture des choses. Une autre est que le choc des pratiques consensuelles québécoises avec des demandes religieuses intrinsèquement discriminatoires a mis en lumière, chez beaucoup de Québécois, l’importance des gains sur l’égalité des sexes accomplis en un demi-siècle et en a renforcé le caractère essentiel. Tout progressiste, il me semble, devrait applaudir. Daniel préfère y voir un paravent pour le racisme, voilà un jugement qui fera date. Mais il n’en avait pas terminé dans son entreprise de culpabilisation de la majorité: «Manifestement, la préoccupation identitaire des Québécois est plus forte que dans le reste du Canada. Le Canadien anglais, c’est déjà un « post-ethnique », une personne qui peut aussi bien être de souche écossaise que polonaise ou sud-américaine. Les Québécois, eux, ont toujours cette idée qu’ils ont un « nous » à protéger.» Aussi philosophe soit-il de profession, M. Weinstock doute que ce soit les grands énoncés qui fassent avancer les mentalités. Il croit plutôt à la force des choses. Quand Montréal comptera un aussi haut pourcentage d’immigrants que Toronto, ces questions ne se poseront plus avec autant d’acuité, croit-il. Et encore moins quand on constatera qu’on n’a pas les moyens de se priver, par exemple, d’une infirmière, «hijab ou pas». Bref, le problème avec l’approche Bouchardo-Tayloriste, c’est le peuple. Il faut changer de peuple. Et, grâce à l’immigration, il est en train de changer. Grâce aussi, faut-il préciser, à l’interprétation que fait la Cour suprême d’une Charte des droits à laquelle le Québec n’a jamais consenti. Nous en aurions écrite une autre, aussi bonne, mais légèrement différente. Comme les autres peuples qui, comme l’illustre le numéro de L’actualité, ont chacun leur personnalité, respectable, dans ce débat.

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2012 : qu’ont vraiment dit les Mayas ?

Toujours volontaire pour aller au fond des choses, votre blogueur a interrogé la spécialiste montréalaise du calendrier Maya, Louise Paradis, de l’UdeM, pour savoir ce qui allait se passer, exactement, le 12 décembre 2012. Surprise ! Elle n’a pas exactement le même scénario que celui du film catastrophe en salle cette semaine, mais elle ira quand même voir le film (moi aussi). Écoutez, regardez, balladodiffuser l’entrevue, sur Planète Terre, ici.

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La visite de monsieur Rien

Le Prince Charles est une publicité ambulante. Homme à la fois sandwich et orchestre, il incarne plusieurs messages à la fois. D’abord, le manque de jugement. La plus grande décision de sa vie a été de saboter son mariage avec Diana pour lui préférer la sémillante Camilla. C’est original, mais assez troublant pour ne lui confier aucune fonction qui suppose une dose de bon sens. Ensuite, l’abolition de la monarchie. En ces temps démocratiques, on ne comprend vraiment pas pourquoi cet homme beige, incolore et inodore, devrait, plutôt que 100 000 plus brillants et intéressants que lui, devenir le symbole d’un État, même si le symbole confine à l’inutilité. Et en ces temps de vieillissement de la population, il incarne finalement le caractère hyper-archaïque de la succession héréditaire. Quand les parents mourraient à 45, 50 ans, de jeunes rois pouvaient, sur le trône, représenter la force du présent et la promesse de l’avenir. Mais maintenant qu’une saine alimentation et qu’un régime strict de crumpets et de boeuf bouilli maintient votre mère, la Reine, en vie et encore fringante à 83 ans, l’attente de la succession gruge de l’intérieur quelque promesse de renouveau interne que vous puissiez encore détenir. Charles a déjà 61 ans et il atteindra certainement l’âge de la retraite avant de pouvoir aspirer à son premier et seul emploi: Roi. Or la mère de sa mère lui a longtemps projeté une éprouvante bande-annonce de son avenir. Elle est morte, en 2002. Elle avait 101 ans. Si Elizabeth II tient aussi longtemps, Charles ne sera Roi qu’à 79 ans. Vous avez bien lu: premier jour de travail à 79, juste à temps pour célébrer ses 80 ! Qui dit Monarchie dit guerres de successions, tous les lecteurs des Rois Maudits vous le diront. Or on nous rapporte que même la maman de Charles pense qu’il serait bon qu’on lui fasse sauter son tour. Dans Le Devoir de jeudi dernier, Norman Spector rapportait ceci: Dans les pages intérieures du Telegraph, le journaliste Andrew Pierce expliquait que Sa Majesté mise désormais sur le prince William — un jeune homme qui ressemble fort à sa mère, feue la princesse Diana — pour assurer l’avenir de la monarchie. De plus, M. Pierce y remarquait le contraste entre la popularité du fils et l’impopularité du père. Mais pour sauter de Charles à son fils William, il n’y a, écrit Spector, que deux manières: que le premier meure — mais ils sont tous en bonne santé– ou que… le Parlement de Westminster et les Parlements des 15 autres monarchies du Commonwealth, y compris celui du Canada, légifèrent pour modifier l’ordre de succession. Spector affirme que le prince William, 26 ans, est plus populaire au Canada que son père. Je veux bien le croire. Et il n’est pas certain que l’apparition sur internet et dans les gazettes de son membre viril lui nuisent dans toutes les couches de la population. A mon avis, le principal argument favorable au remplacement de Charles par William est cosmétique. En effet, vous n’y aviez pas pensé, mais lorsque Elizabeth nous quittera, nous devrons remplacer son effigie sur nos cents et sur nos billets de 20 dollars. L’idée de se promener les poches pleines de photos de Charles constituera une forte motivation pour se débarrasser de la monarchie. Au contraire, si la Princesse Diana était devenue Reine, je gage que plusieurs pays auraient voulu se joindre au Commonwealth pour mettre la photo de la déesse/reine sur leur monnaie et lui faire ainsi prendre de la valeur. Mais si nous sommes pris avec Charles, et ne voulons pas de l’image de Monsieur Rien dans nos porte-feuilles, reste la rupture: la fin de notre lien avec la maison d’Angleterre. Pas si vite ! Entre autre legs admirables, le grand démocrate Pierre Elliot Trudeau a reconduit dans la constitution de 1982 (jamais ratifiée par le Québec) l’article nommant le détenteur du trône d’Angleterre chef d’État du Canada. Pour se débarrasser de Charles, explique encore Spector, il faut l’accord d’Ottawa et de toutes les provinces. Toutes ? Toutes ! Revenons au Québec. Que faut-il faire, pour la visite royale de Charles ? Pour le RRQ, manifester contre ce représentant du reliquat de l’empire ? Certes. Il n’y a pas de mauvaise occasion d’exprimer son rejet de la monarchie. Mais à l’Assemblée nationale, un parti en phase avec l’opinion pourrait profiter du passage du prince-aux-grandes-oreilles pour annoncer 1) (s’il s’agit d’un parti souverainiste) qu’un Québec souverain élirait démocratiquement son propre chef d’État; 2) (dans tous les cas) que s’il est au pouvoir au moment du décès d’Elizabeth, il déposera dans les 10 jours un amendement constitutionnel abolissant le lien monarchique entre nous et le trône d’Angleterre.

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Le courrier des Internautes

Depuis l’ouverture de ce blogue, j’ai écrit 26 articles et vous avez répondu avec 320 commentaires. Chers Internautes, je vous lis, mais je ne peux vous répondre à tous. De temps à autre, cependant, je ferai quelques réponses ciblées. Voici mes premières. D’abord à A. Gervais qui m’écrit: j’espère que vous n’ ètes pas le fils de la Lisée qui me doit au dessus de $1600 de loyer et qui faisait la même chose avec d’autres propriètaires Jamais je voterai péquiste et j’ espère que jamais plus ils prendront le pouvoir. Cher M. Gervais, je ne suis pas le fils de cette Lisée et je m’adresse solennellement à cette Lisée pour qu’elle rembourse au plus tôt la somme due car elle nuit vraiment à la réputation de la famille et, au surplus, nuit à la famille souverainiste. Au sujet de la santé aux États-Unis, Pierre Desrochers demande si je pourrais « nous résumer le plan adopté . Et votre opinion là-dessus? » Je le renvoie à l’excellente vulgarisation donnée par la spécialiste Antonia Maioni, que j’interviewe ici. Je partage totalement son opinion. Mathieu Demers réagit à mon petit billet sur le taux de chômage du Québec, aujourd’hui plus faible qu’au Canada et aux USA. Dans ce dernier pays, écrit-il, Quand l’économie roule au mieux, le chômage est entre 3 et 4%. Trouvez-moi l’année où le Québec a eu ce taux de chômage, élément majeur pour déterminer le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. En fait, le taux de pauvreté au Québec est historiquement beaucoup plus faible que le taux américain. Calculé selon les mêmes critères, il était, selon les dernières données disponibles, de 18,8% aux USA en 2002 (donc une année de chômage faible), de 13% en Ontario et de 10% au Québec. Si on parle de « pauvreté sévère », où les citoyens ont moins de 30% du seuil de faible revenu, les chiffres étaient de 6% aux USA, 2,8% en Ontario et 1,7% au Québec. On sait également que, pendant la décennie, la pauvreté a été en légère hausse aux USA (sous Bush) et en légère baisse au Québec, où il a atteint en 2008 son plancher historique. (J’en traite dans la Gauche efficace.) Raphael P. commente mon billet sur la mauvaise saison télévisuelle de science-fiction en me suggérant de regarder les premiers épisodes de Stargate:Universe, meilleurs que les autres de ce filon qui ne m’a pas beaucoup accroché — lui non plus. Je vais m’y mettre. Au sujet de mon billet « Exporter la discrimination », Marc Pérusse écrit ceci: Il y a une légère naîveté qui frôle l’hypocrisie dans ce que vous présentez. Car il y a, dans la population québécoise, des gens qui vont faire la file à une caisse plus achalandé pour éviter d’être servi par une presonne de minorité visible. Il y a des parents qui sont dérangés que des hommes s’occupent d’enfants, soit en service de garde ou à l’école. Certains n’iront pas demandé à un préposé féminin des conseils sur les outils, même si ladite préposé est assignée à ce département. La différence entre le québécois mentionné dans mes exemples et ceux qui font partie des minorités mentionnés dans votre article est que ces derniers expriment tout haut ce qui les dérangent. Si le musulman, juif orthodoxe ou chrétien sectaire (pour reprendre vos mots), décidaient de rester dans la ligne d’attente et laisser passer le suivant en attendant qu’un préposé masculin soit disponible, mais qu’il le faisait en silence, serait-ce plus acceptable? Ma réponse est oui, ce serait (et c’est) plus acceptable. L’individu a tout le loisir de moduler son propre comportement pour être fidèle à ses préjugés et en ce cas il lui incombe d’attendre, de changer de file, de retourner chez lui. Le problème de l’accomodement demandé à la SAAQ est que l’État est sommé d’internaliser le comportement discriminatoire, d’en reconnaître la valeur (!) et de s’organiser en conséquence. Sur un autre aspect du même billet, un athée écrit ce qui suit: Toutes les grandes religions sont misogynes – votre prémisse, invoquée comme une évidence, tient-elle vraiment ? […] La misogynie – qui désigne avant tout, suivant son étymologie, un sentiment : la haine des femmes – imprègne-t-elle vraiment de part en part, et irrémédiablement, toutes les idées caractéristiques de la pensée religieuse ? Une personne qui tient à l’égale dignité des sexes se doit-elle alors d’être athée – si oui, l’athéisme est-elle une croyance à part ou simplement l’absence de toute religion ? On n’aurait aucun mal, il est vrai, à déterrer des citations vitupérant la femme chez les plus grands auteurs chrétiens. Mais vous savez bien qu’un corpus aussi vaste peut fournir des appuis à des thèses historiques les plus diverses, sans rien établir quant au sentiment essentiel qui définit les “grandes religions” (haine de la femme ou non). En tant qu’athée qui tient farouchement à la laïcité des institutions publiques, je dois avouer que ce raccourci m’exaspère – surtout qu’il détonne dans un blog par ailleurs très instructif et solidement argumenté… Il est vrai qu’on peut trouver dans le corpus chrétien — et dans le corpus et/ou la pratique islamique — des éléments favorables aux femmes. Mais il faut les chercher et elles viennent contredire ou atténuer l’organisation même de ces religions. Les chrétiens tenant de l’égalité des sexes finissent toujours par buter sur l’impossibilité pour une femme d’être l’égale de l’homme au sein de la hiérarchie chrétienne. Cette contradiction explique en partie l’atténuation du lien entre l’église et les peuples les plus proches de l’idéal d’égalité, dont le peuple québécois. J’ai un peu badiner sur cette question dans mon texte Marie-Madeleine 17, Benoît 16. Au sujet de « Jean Charest, un bâtisseur », où je renvoie à une video du PLQ sur l’hydro-électricité qui ne mentionne pas le nom de René Lévesque, William B, me demande: M. Lisée, j’attends toujours une analyse objective de votre part, et j’attends toujours…. Pourquoi le PQ ne se ventent-ils pas que le PLQ avec le ministre libéral, René Lévesque a complété la nationalisation de l’hydro-électricité ? Je ne peut parler que pour moi, mais je vous assure que, lorsque j’écrivais des discours pour MM Parizeau et Bouchard, je ne manquais aucune occasion de dire du bien de Jean Lesage et de son ministre René Lévesque. Tant que nous est venu aux oreilles des récriminations de libéraux qui trouvaient qu’on voulait « récupérer » Lesage. J’avoue cependant été moins disert au sujet de Bourassa. Au sujet du billet Construction: Être Eliott Ness ou Al Capone, Atim Leon écrit: Merci pour cette analyse [qui ] rend justice à la difficile situation dans laquelle se trouve la FTQ. L’atteinte à sa réputation a été très lourde cette année. J’aimerais souligner d’ailleurs qu’aucune perquisition n’a été faite à la FTQ, ni même à la FTQ-Construction. Les journalistes de l’émission Enquête n’ont rien démontré d’illégal et la police elle-même n’a rien trouvé d’illégal. Les enquêtes de la police portent sur certaines entreprises et non sur les syndicats. La seule perquisition a eu lieu au Fonds de solidarité pour obtenir les dossiers que le Fonds avait constitué sur certaines entreprises de la construction qui avaient demandé de son financement par le passé (refusé, soit dit en passant). D’autres perquisitions similaires ont lieu régulièrement dans d’autres institutions financières sans que cela fasse les manchettes… Rien à ajouter. Jacinthe Tremblay, ancienne attaché politique de Jean Doré, renchérit au billet Harel a gagné… dans le Montréal pré-fusions: La réforme municipale de 2002 a eu comme conséquence un deni total de démocratie pour les citoyens de l’Ancienne Ville de Montréal. LEUR ville a été morcelée SANS QU’ILS N’AIENT UN MOT À DIRE – seuls les gens des banlieues ont eu droit à un référendum, pour comme contre les fusions. Et depuis, le maire élu par le million de citoyens de l’Ancienne Ville de Montréal n’a jamais été celui qu’ils ont élu. La Communauté urbaine de Montréal, qui assurait, en plus d’une saison gestion de services insulaires, en plus de fonctionner dans la plus grande harmonie possible entre Francos et Anglos, n’existe plus. Et les arrondissements de l’Ancienne Ville de Montréal sont les plus mals foutus en terme d’infrastructures souterraines et routières services publics alors qu’ils sont la vitrine de la Métropole du Québec sur le monde. Les citoyens de l’Ancienne Ville de Montréal sont enfin les plus pauvres de l’île. Comme disait un ami avant ce désastre : Les Montréalais sont pauvres mais au moins, ils ont Montréal. Ils ne l’ont plus! Elle propose en conclusion l’introduction de la proportionnelle à Montréal pour réparer un peu les dégâts. Julien David, lui propose les deux tours de scrutin, à la française. J’appuie à deux mains. L’élection de Montréal plaide pour la tenue d’un second tour. Introduisons le dans notre métropole, voyons le résultat, et discutons ensuite de son application pour tout le Québec. Finalement, au sujet du billet « Faut-il financer W? Non! » où je m’insurge contre la pratique courante où les entreprises paient à leurs cadres des repas déductibles d’impôt pour aller écouter George Bush, François 1 demande: Vous affirmez que l’État ne devrait pas financer, du moins indirectement par le jeu des dépenses admissibles des sociétés, les discours de W… Et si c’était Bernard Landry? ou Jacques Parizeau? Je suis assuré que votre position serait tout autre non? Justement non. Je m’oppose à ce privilège, quelque soit la personne qui parle. Je me suis exprimé plus longuement sur toute la pratique des comptes de dépenses dans la chronique Faire payer les riches: mode d’emploi.

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Santé: la vraie raison de la victoire d’Obama à la chambre

Étape cruciale dans la course à obstacle vers une réforme de la santé: samedi soir, à 220 contre 215, la chambre des représentants a adopté sa version du projet de loi (que vous pouvez lire ici, en pdf, ce n’est pas tout à fait 2000 pages). Un projet similaire doit maintenant être adopté au Sénat, puis une synthèse des deux projets sera faite, puis soumise à un nouveau vote des deux chambres. N’empêche, l’étape de samedi était cruciale, et incertaine. Ce qui a fait la différence : l’entrée en scène d’un ex-président plus populaire qu’Obama. Clinton ? Bush ? Non, Bartlett. Et même sa première dame s’y est mise. Voyez vous mêmes. (Un indice: ils étaient dans l’aile ouest).

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C’est pourtant vrai ou faux !

« Neige en novembre, Noël en décembre ! » Il y a des dictons, comme ça, qui cachent une évidence sous un emballage de fausse sagesse. Je les adore et, grâce à vous, j’ai décidé de les collectionner. Un bon jeu pour les dimanches. On peut fabriquer ces phrases. Je m’y suis mis et je suis assez content de la suivante, qui me permet d’illustrer, dans des conversations fines, l’ampleur de la menace que fait planer sur la planète l’impérialisme culturel américain : « Savez-vous qu’il s’est produit davantage de film, à Hollywood, en cent ans, sur le seul sujet de l’Empire Romain que la totalité des films sur la totalité des sujets pendant la totalité de l’Empire Romain ? » C’est idiot, mais c’est pourtant vrai. Il y a aussi les phrases qui contiennent en leur sein leur propre contre-argument. L’énoncé a les apparences de la vérité, mais quand on y pense, c’est pourtant faux. Des statistiques se prêtent au jeu. « Il est scandaleux de constater que les salariés prennent systématiquement 40% de leurs congés maladie les lundi et les vendredi. » J’attends un instant que vous calculiez pourquoi cette phrase est fausse. Et puis non, je ne vous le dis pas. Trouvez vous-mêmes. Chers internautes, je vous lance donc un défi : signalez-moi ou fabriquez-moi des phrases comme celles-là et je choisirai les favorites pour les faire connaître à tous. Sous la rubrique: c’est pourtant vrai / c’est pourtant faux

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Imaginer l’après-crise, dans les médias

Le Devoir et La Presse ont chacun publié samedi un article sur notre nouvel ouvrage, Imaginer l’après-crise. Je vous donne un des liens: 20 Idées pour dompter le capitalisme, d’Éric Desrosiers, dans Le Devoir L’heure des comptes, entrevue menée par Judith Lachapelle, dans La Presse. La veille, vendredi, La Presse avait publié un bref texte de mon collègue Eric Montpetit et moi-même résumant le livre. Ils ne l’ont pas mis en ligne, mais moi je l’ai fait, après le saut qui vient: Imaginer l’après-crise Sortir de la récession n’est que l’étape préalable. Transformer notre modèle de création de richesse et de consommation est l’étape indispensable. Par Jean-François Lisée et Éric Montpetit Co-directeurs du livre Imaginer l’après-crise (Boréal/Cérium) Destructrice, la crise lézarde le système qui l’a engendrée. Une option est de colmater les brèches et de relancer, inchangée, la machine – jusqu’à la prochaine crise. L’autre est d’ouvrir au contraire ces brèches pour réorganiser durablement le réel, en changer non seulement le fonctionnement mais les logiques d’action, pour obtenir une organisation nouvelle, mieux adaptée aux considérables défis de l’heure. La crise du capitalisme financier, entamée en 2008, se superpose à la crise écologique, celle d’une marche à peine freinée vers un réchauffement irréversible de la planète. Si les coûts risquent d’être élevés dans les pays du Nord, c’est une effroyable misère humaine qui pourrait être provoquée dans les plus pauvres des pays du Sud. Selon l’ONU, sans changement de cap majeur, le réchauffement poussera sur les routes, en quelques décennies, un milliard de réfugiés. Ce défi masque à son tour celui de notre dangereuse surutilisation des ressources de la planète. Nous en captons aujourd’hui 30% de plus que ce qu’elle peut régénérer. Dans 20 ans, nous dépasserons de 100% la dose raisonnable. Des écosystèmes entiers sont à risque. Les espèces marines sont déjà aux portes du trépas. Pour Imaginer l’après-crise, nous avons voulu, certes, mesurer l’ampleur de la tâche, mais aussi dégager des pistes de solution, avec l’aide de 10 collègues chercheurs et de notre invité, l’ex-premier ministre français Lionel Jospin. Pragmatique mais inquiet, ce dernier estime que le G20 a pour l’instant été trop timide. Il doit, écrit-il, faire bien davantage pour fermer les paradis fiscaux, réprimer la spéculation, réduire l’activité financière à sa fonction première. Plus encore, le G20 n’a pas traité de la question de la répartition de la richesse, déséquilibrée en faveur du capital et au détriment des salariés depuis des décennies. Cela va au cœur du sujet, abordé par plusieurs de nos collègues : la finalité de l’économie. Est-elle au service de l’homme, ou l’homme doit-il continuer d’en être le serviteur ? Nous critiquons d’ailleurs, dans la première partie de l’ouvrage, l’hégémonie que les économistes ont exercée sur la formulation des politiques publiques depuis un quart de siècle. On a trop souvent évacué les autres facettes de l’expérience humaine : le citoyen ne vit pas que de sous, mais de réseaux sociaux et familiaux et il répond à d’autres motivations que la seule accumulation de richesse et de biens. Nous notons que les Altermondialistes ont eu raison dans leur critique du capitalisme depuis plus d’une décennie et que les solutions disparates qu’ils avancent sont intéressantes en plusieurs lieux, notamment en Amérique du Sud, mais peu applicables à grande échelle. Nous notons l’incapacité de la gauche européenne de profiter électoralement de la crise mais croyons que l’occasion est pourtant belle de réaffirmer et réinventer des solutions plus centrées sur la personne et son parcours de vie que sur les courbes du PIB. En deuxième partie, nous posons la question qui tue. Le capitalisme lui-même, formidable créateur de richesse est une machine à augmentation perpétuelle de la production et de la consommation. Ce système est aujourd’hui le moteur emballé du Titanic collectif qui nous emmène tout droit sur une gigantesque banquise. Peut-on imaginer des réformes qui permettent, dans un premier temps, de dompter le capitalisme pour qu’il fasse plus de bien que de mal ? Peut-on se préparer à le dépasser, pour qu’il ne soit plus le mode dominant de l’organisation humaine ? Peut-on, finalement, rompre avec lui ? C’est le débat que nous lançons. *** Les auteurs sont respectivement directeur exécutif du Cérium et directeur du CPDS de l’Université de Montréal. Ils participeront à un panel sur ces questions le 18 novembre (détails : cerium.ca).