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Feu le rapport de force Québec-Canada ?

Ce n’est pas exclusivement une question de priorités. Ces jours-ci, chaque fois que Jean Charest se présente sur une tribune à l’extérieur du Québec, le moulin à rumeurs, qui lui prête l’ambition de remplacer Stephen Harper à la tête du Parti conservateur, repart de plus belle, et avec lui les tensions entre sa garde rapprochée et celle de son partenaire fédéral. Surtout, le premier ministre du Québec a perdu l’essentiel de son avantage politique sur la scène fédérale-provinciale le jour où il a pris l’argent encore chaud du règlement du déséquilibre fiscal pour le transformer en baisses d’impôt, à la fin de la campagne électorale de 2007. C’est tout l’argumentaire du déséquilibre fiscal que le premier ministre a alors bousillé pour sauver sa mise électorale. Intellectuellement défendable, l’argument selon lequel les Québécois ont longtemps payé de leur poche pour le manque à gagner entre les revenus d’Ottawa et les dépenses sociales du Québec n’a pas passé la rampe. Même au Québec, une majorité s’est opposée à ces baisses d’impôt, largement perçues par l’opinion publique comme un détournement de l’argent du déséquilibre fiscal et de la péréquation. Pour autant, il serait faux de dire que Jean Charest s’est réfugié dans ses terres. Il a reporté son énergie sur l’Europe en matière de main-d’œuvre, sur Queen’s Park pour aménager une zone économique Ontario-Québec, sur les voisins américains et canadiens du Québec pour mettre en place une Bourse du carbone. Dans les faits, le premier ministre se dépense partout sauf à la table fédérale-provinciale. Résultat : aux prochaines élections, le Parti québécois pourrait avoir un programme constitutionnel plus ambitieux que le PLQ. Pour la première fois de son histoire, le PQ se propose d’inscrire une refonte du fédéralisme à son programme. Car ce que Pauline Marois appelle de « la souveraineté à la pièce » est finalement un copier-coller de l’autonomisme de Mario Dumont et du fédéralisme renouvelé de Robert Bourassa. Mais en précisant que, quoi qu’elle obtienne à la table canadienne, la coupe ne sera jamais assez pleine, Pauline Marois s’est assurée d’avance d’être reçue avec une brique et un fanal. Les relations fédérales-provinciales sont beaucoup une affaire d’avantage politique, et cela rarement autant que quand le Québec est en cause. À l’époque de Meech, les principaux premiers ministres des autres provinces qui avaient épaulé Robert Bourassa sont rapidement passés à la moulinette électorale. Ce que le reste du Canada ne peut ou ne veut pas faire pour un premier ministre fédéraliste, il est encore moins susceptible de le faire pour une première ministre péquiste qui présente ses revendications comme un moyen d’arriver à la souveraineté. Si la souveraineté carburait à ce genre de fin de non-recevoir, le Québec serait déjà un pays. Si le passé est garant de l’avenir, un sentiment de rejet collectif est un accélérateur du nationalisme nettement plus puissant que les guerres de compétences récurrentes entre les deux ordres de gouvernement. Au Canada, le droit d’initiative constitutionnelle n’est pas réservé au seul gouvernement fédéral. N’importe quelle province peut ouvrir le bal en faisant adopter une modification constitutionnelle par son assemblée législative. Commence alors un compte à rebours de trois ans pour que le projet rallie le nombre d’adhérents requis afin de devenir réalité. Rien n’empêcherait un gouvernement dirigé par Pauline Marois de faire adopter par l’Assemblée nationale une modification visant à intégrer le statut national des Québécois dans la Constitution. La balle, ou plutôt la « patate chaude », serait alors dans le camp du reste du Canada. À l’époque de Meech, il était généralement convenu qu’il fallait l’adhésion du Parlement et de sept provinces comptant pour 50 % de la population afin de constitutionnaliser le caractère distinct du Québec. Mais depuis, des experts, comme le constitutionnaliste José Woehrling, ont suggéré que la pratique récente du fédéralisme constitutionnel pourrait ouvrir la voie à une modification bilatérale sur la question entre Ottawa et Québec. La reconnaissance du statut national du Québec est de loin la question constitutionnelle la plus porteuse pour un éventuel gouvernement péquiste. Mais personne ne peut exclure que, à l’instar de Stephen Harper à l’époque de la résolution sur la nation, le premier ministre du Canada de l’heure saisisse le ballon au vol pour compter un but décisif dans le filet souverainiste.

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La pratique du «10%», une tentation trop forte

L’arrivée de l’été est l’occasion pour bien des députés de se lancer dans des envois postaux à des électeurs d’autres circonscriptions, surtout quand elles sont représentées par un député d’un autre parti. Certains députés dénoncent cette pratique, dont le libéral Mauril Bélanger, mais tous les partis le font puisque les règles de la Chambre des communes le permettent. Chaque année, la Chambre paient à tous les députés quatre envois à leurs électeurs, mais elle leur permet aussi d’utiliser une partie de leur budget de comté pour faire des envois multiples à 10% de leurs électeurs ou à un nombre équivalent à l’extérieur de leur comté. La pratique du « 10 % », comme on l’appelle à Ottawa, est ancienne. Elle est encadrée par certaines règles. L’envoi doit porter sur des affaires parlementaires et éviter la partisanerie outrancière. Il ne peut servir à recruter des membres pour le parti ou à solliciter des fonds. Les conservateurs sont friands de ces envois et ont souvent été rappelés à l’ordre par le passé pour leur ton trop partisan. Cela ne les a pas empêchés, ce printemps, de reprendre dans leur envoi les slogans de leur campagne publicitaire contre le chef libéral Michael Ignatieff. Plus récemment, ils ont lancé une charge virulente contre le Bloc québécois, l’accusant de s’opposer à la protection des enfants. Toutes les circonscriptions bloquistes ont été ciblées avec l’aide financière de députés conservateurs du Québec et du reste du pays. Les conservateurs semblent calculer que le bureau de régie interne, qui est responsable, entre autres, de garder l’œil sur les abus possibles du « 10% », n’aura pas la chance de sévir avant le déclenchement des élections. Pourquoi s’en priver alors ?

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Gagnez Ignatieff à la loterie

Avis aux intéressés. Si vous rêvez voir le chef libéral Michael Ignatieff atterrir dans votre voisinage, vous n’avez plus que quelques heures pour participer à une loterie toute particulière. C’est la dernière trouvaille du Parti libéral pour mousser le recrutement de nouveaux membres. Le fonctionnement est simple. Toute personne qui devient membre du parti ou qui en recrute un avant minuit aujourd’hui pourra participer au tirage, qui devrait avoir lieu à la fin de cette semaine. Depuis le début du concours, à la fin mai, le parti a recruté entre 30 000 et 40 000 nouveaux membres. Le prix qu’ils se disputent est la participation du chef libéral à une activité de leur association locale, cet été, et la possibilité pour chacun d’avoir un tête-à-tête avec M. Ignatieff. C’est original, mais ça illustre combien on mise sur la popularité du chef, plutôt que sur ses idées, pour relancer le parti. Selon le directeur général du parti, Rocco Rossi, le parti aurait aussi engrangé cinq millions de dollars depuis le début de l’année 2009, presque autant que durant toute l’année 2008. Il a tenu à le faire savoir à au moins deux quotidiens, hier, question d’atténuer l’impact négatif que pourrait avoir le dévoilement prochain par Élections Canada du rapport financier 2008 des différents partis. M. Rossi avait fait à peu près la même chose à la veille du congrès du PLC, à la fin mai. Il avait dévoilé les résultats financiers du parti pour les trois premiers mois de 2009 avant qu’Élections Canada ne publie ceux de tous les partis. Il avait ainsi attiré l’attention sur les progrès du PLC et récolté quelques bonnes manchettes, avant que la presse puisse comparer sa performance à celle toujours plus reluisante des conservateurs. De leur côté, les conservateurs prévoient se réunir à la fin juillet pour se préparer pour une possible élection à l’automne. La tactique est simple : offrir une démonstration de force pour intimider l’adversaire avant un éventuel duel. Tous ces préparatifs électoraux montrent bien que l’entente Harper-Ignatieff au sujet d’un groupe de travail sur l’assurance-emploi avait bien peu à voir avec le sort des chômeurs, mais tout à voir avec une trêve avant le véritable affrontement, celui de l’automne.

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Et une autre tournée pour le Bloc !

Garder la trace des députés quand le Parlement fait relâche n’est peut-être pas évident, mais à l’inverse, le défi de l’été pour les élus est de ne pas disparaître. Pour y remédier, le Bloc québécois a adopté, il y a longtemps, une recette éprouvée : les tournées. Dans ce parti, il y a toujours quelqu’un en tournée sur un sujet ou un autre, mais durant l’été, on accentue la cadence. Chaque année, un groupe de trois ou quatre députés sillonnent la province durant tout le mois de juillet et le chef Gilles Duceppe prend le relais en août. À chaque fois, le parti se donne un thème. Celui de cette année, odeur d’élections oblige, est la «coalition Harper-Ignatieff» que les bloquistes accusent, sans surprise, d’agir à l’encontre des intérêts du Québec. La façon d’opérer est bien établie. Pendant quatre semaines, l’équipe de députés visitent une quinzaine de villes et régions où elle est reçue par les députés locaux et où elle rencontre les médias régionaux. Le but, évidemment, est de ne pas être totalement éclipsé par les conservateurs qui se maintiennent dans les nouvelles grâce aux annonces gouvernementales. L’an dernier, le Bloc s’en est bien tiré, mais parce qu’il avait choisi un thème accrocheur, le prix de l’essence. Près d’une quinzaine d’hebdos et de quotidiens régionaux, en plus des radios locales, ont fait état de leurs propositions. On peut se demander cependant si la cuvée 2009 sera aussi bonne. Le sujet annoncé ce matin est bien loin des préoccupations immédiates des citoyens et manque définitivement de concret. Au parti, on précise que les députés aborderont des thèmes plus précis, de région en région, que ce soit l’économie, l’assurance-emploi, l’environnement ou la culture. On verra, d’ici à la fin du mois, s’ils trouvent l’écho recherché. Au jeu des tournées estivales, les députés bloquistes, et en particulier leur chef, ont quand même un grand avantage sur leurs adversaires et ils l’exploitent à fond. Ils n’ont pas le Canada à arpenter, mais seulement le Québec, ce qui permet de concentrer les efforts et, surtout, de réduire les coûts. En plus, ils sont plus nombreux et ont une solide organisation. Les libéraux, qui espèrent reprendre solidement pied au Québec, n’entendent toutefois pas leur laisser le champ libre cette année, prévient le lieutenant québécois de Michael Ignatieff, Denis Coderre, qui promet une tournée de son cru. Un match à surveiller.

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Feu le progressisme du mouvement conservateur canadien

Elle a été à la clé de son succès électoral et des tenants de la mouvance progressiste, les Red Tories, se sont succédés à la tête du Parti progressiste-conservateur aussi bien au niveau fédéral que dans des provinces centrales pour cette formation.John Diefenbaker, Robert Stanfield, Joe Clark, Brian Mulnoney, Kim Campbell et Jean Charest étaient tous issus de l’aile progressiste du mouvement conservateur. John Robarts et William Davis aussi et, à eux deux, ils ont gouverné l’Ontario pendant le quart de siècle au cours duquel cette province a accédé à la modernité. Peter Lougheed, considéré comme le premier ministre qui a fait entrer l’Alberta dans les ligues majeures de la politique canadienne, était également un progressiste. L’arrivée en force en 1993 du Parti réformiste au Parlement fédéral et la quasi-élimination du Parti progressiste-conservateur du paysage canadien ont mis fin à cette époque. Aujourd’hui, le Canada est gouverné pour la première fois de son histoire moderne par un premier ministre conservateur qui est fier de ne pas être un progressiste. En fin de semaine, le dernier vrai château-fort des Red Tories est également tombé. À l’instar du mouvement conservateur canadien, le parti ontarien a rompu pour la première fois avec sa tradition progressiste au milieu des années 90, avec l’arrivée au pouvoir de Mike Harris. Sa « Révolution du bon sens » allait à l’encontre des moeurs centristes de sa province et de l’héritage de sa formation. Depuis le départ de Mike Harris, les conservateurs ontariens étaient revenus au centre, s’en remettant à deux chefs progressistes, Ernie Eves et John Tory, pour continuer sur la lancée électorale de l’ex-premier ministre. Leurs échecs respectifs ont mené ce weekend au retour en force de l’aile plus pure et dure du mouvement conservateur ontarien. Avec Tim Hudak comme chef, le parti conservateur ontarien sera désormais sur la même longueur d’ondes idéologique que son pendant fédéral. M. Hudak s’est notamment distingué pendant la course au leadership en proposant l’abolition du tribunal ontarien des droits de la personne. (Sur le plan plus politique, il prévoit néanmoins lutter contre le projet de taxe harmonisée mis en place par ses cousins fédéraux avec le gouvernement libéral de Dalton McGuinty.) Comme Stephen Harper, le nouveau chef devra composer avec une aile progressiste marginalisée – dont les éléments risquent de dériver vers le Parti libéral – et un fort courant de conservatisme social qui a propulsé son champion, Frank Klees, en deuxième place ce weekend. (La dynamique de ce vote devrait d’ailleurs inciter ceux qui imaginent un retour du balancier vers le centre au sein du parti fédéral à l’occasion de la succession de Stephen Harper à y penser à deux fois. Les événements du weekend ont mis en évidence un déficit croissant de rapport de forces entre les Red Tories et la droite religieuse.) Il se peut que le résultat de ce vote au leadership soit une meilleure nouvelle pour le premier ministre Dalton McGuinty que pour l’avenir immédiat du Parti progressiste- conservateur de l’Ontario et que ce dernier en vienne à regretter d’avoir jeter une autre pelletée de terre sur son passé progressiste. Ce résultat s’inscrit néanmoins dans une tendance lourde qui est en voie de transformer la culture politique du Canada. Il fut un temps où la force de l’aile progressiste du mouvement conservateur combinée à la vigueur intellectuelle de ses pendants libéraux et néo-démocrates étaient largement garantes de ce que le débat politique canadien soit nettement plus centriste qu’aux États-Unis. Mais aujourd’hui, la droite domine à la fois le débat politico-intellectuel canadien et le mouvement conservateur et certains des premiers ministres libéraux les plus influents – comme Gordon Campbell en Colombie-Britannique et Jean Charest au Québec – sont issus d’une mouvance plus conservatrice que libérale. Il y a même des jours où on a l’impression que Michael Ignatieff est finalement le Red Tory le plus influent de la scène fédérale.

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Les deux nations de Michael Ignatieff

Le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, faisait récemment la tournée des médias pour la promotion de son nouveau livre, Terre de nos aïeux . À chaque entrevue, on lui a posé cette question : comment voit-il le Canada, le Québec et la dualité nationale de notre curieux de pays ? Et on a mis en doute sa sincérité en ce qui concerne la reconnaissance du Québec comme nation et sa compréhension du problème de la dualité. Voici quelques phrases tirées d’un de ses livres précédents, sur les nationalismes, paru en 1994 (qui, celui-là, n’a pas été traduit en français : Blood and Belonging, Penguin Books). « Ce qui est pour le Canada anglais un beau roman est pour son partenaire un mariage sans amour. » « Le Québec, en tant que nation, n’a jamais eu besoin du Canada. » « Les Canadiens anglais se demandent avec angoisse et perplexité quel est le grief du Canada français qui pourrait justifier la sécession. Mais c’est peut-être la mauvaise question. Le nationalisme québécois a depuis longtemps cessé d’être celui du ressentiment. […] C’est un nationalisme d’affirmation de soi. » « Le pays est toujours ensemble, mais le coût pour concilier les deux nationalismes a été 30 ans d’impasses au cœur des institutions de la nation. » Mais les indépendantistes aimeront moins celle-ci : « Voici […] une question fondamentale, qui vaut aussi pour l’Écosse et la Catalogne : si vous êtes déjà une nation avec une autonomie substantielle, pourquoi avez-vous besoin d’un État indépendant ? »

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Élus par les élus !

Les parlementaires bloquistes sont peut-être des « séparatistes », mais ce sont aussi de maudits bons députés, si on en croit les nombreux votes que leur ont accordés leurs collègues des autres partis dans le cadre du troisième concours du meilleur parlementaire de l’année, organisé par les magazines L’actualité et Maclean’s. Un bloquiste – et parfois plus d’un – était finaliste dans six des sept catégories. Le chef Gilles Duceppe a même failli être élu meilleur orateur du Parlement fédéral, mais il s’est fait coiffer au poteau par le libéral Bob Rae ! « J’aime bien ce sondage, disait la députée bloquiste Meili Faille. Il nous oblige à reconnaître le bon travail de collègues d’autres partis autant que du nôtre. » Les députés qui participent (près de 70 % cette année) ne se gênent pas pour voter à contre-courant. Ce ne sont ni les grandes gueules, ni les bagarreurs, ni les plus partisans – ceux-là mêmes dont on parle souvent dans les nouvelles – qui ont marqué des points ! « Les députés passent beaucoup de temps ensemble et voient des choses que nous ne voyons pas », dit Marc Chalifoux, directeur général de l’Institut du Dominion, coorganisateur du concours. Toute l’attention médiatique est portée sur la période des questions et les activités partisanes, explique-t-il, alors que celles-ci ne représentent qu’une infime partie de leur journée. « Les députés sont les figures les mieux connues de la démocratie canadienne, mais la vraie nature de leur travail est méconnue du public », dit-il. Le gros du boulot, à Ottawa, se déroule en comités. Et une fois la semaine parlementaire terminée, le travail dans la circonscription, très accaparant, commence. « Ce travail dans la circonscription et en comités est l’essentiel de leur fonction », dit Marc Chalifoux. Cela peut expliquer que les députés aient sélectionné, pour le titre de recrue de l’année, des nouveaux venus qui, à part le libéral et ancien astronaute Marc Garneau, n’ont même jamais eu droit à une ligne dans les grands médias. C’est le cas, par exemple, de la bloquiste Josée Beaudin, députée de Saint-Lambert, qui s’est classée troisième, tout juste derrière Marc Garneau. La perception des parlementaires au sein de la population est fort différente. La désaffection à l’égard de la politique et le désintérêt croissant pour le processus démocratique en témoignent. Lors des élections d’octobre 2008, le taux de participation n’a été que de 59 %, un plancher historique. Les députés eux-mêmes ont de quoi avoir les « bleus ». Ils doivent composer avec la concentration croissante du pouvoir au cabinet du premier ministre – phénomène qui se poursuit depuis 40 ans – et l’imposition d’une ligne de parti. C’est à se demander quels sont exactement leur rôle et leur influence. Les nombreuses réformes des comités et du processus parlementaire survenues depuis la fin des années 1960 n’y ont rien changé. Et la crise parlementaire de l’automne dernier provoquée par la décision du premier ministre, Stephen Harper, de demander la prorogation de la Chambre plutôt que de devoir faire face à un vote de confiance – le pouvoir ultime du député – n’a rien arrangé. Méthodologie Ipsos Reid a demandé aux députés canadiens de suggérer, pour sept catégories, le nom de deux collègues méritants de leur formation, plus celui de deux parlementaires des autres partis. Chaque réponse était pondérée de manière à ne pas avantager les formations ayant le plus de sièges. « Pour gagner, il fallait qu’un député obtienne des appuis à l’extérieur de son propre parti », explique Mike Colledge, vice-président d’Ipsos Reid. *** Liste des élus gagnantsMEILLEUR PARLEMENTAIRE DANS L’ENSEMBLEJason Kenney (PCC)Suivi de…Michael Ignatieff (PLC)Gilles Duceppe (BQ)Paul Szabo (PLC)Peter Stoffer (NPD)Le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney, a remporté la palme, mais il n’a été finaliste dans aucune autre catégorie. Par contre, le chef bloquiste, Gilles Duceppe, s’est classé troisième dans la catégorie du meilleur parlementaire, deuxième dans celle du meilleur orateur et deuxième dans celle du député qui connaît le mieux les dossiers du jour.MEILLEUR ORATEUR Bob Rae (PLC)Suivi de…Gilles Duceppe (BQ)Réal Ménard (BQ)Thomas Mulcair (NPD)Michael Ignatieff (PLC)Ancien premier ministre néo-démocrate de l’Ontario, Bob Rae ne surprend personne en remportant ce titre, lui qui a même éclipsé son nouveau chef, Michael Ignatieff, lors du dernier congrès libéral, à Vancouver. À noter : trois Québécois le suivent de près, dont deux -Gilles Duceppe et Réal Ménard – qui ne s’expriment qu’en français aux Communes. À remarquer : l’absence d’un représentant du Parti conservateur.MEILLEURE RECRUE Megan Leslie (NPD)Suivie de…Marc Garneau (PLC)Josée Beaudin (BQ)Niki Ashton (NPD)Kelly Block (PCC)La relève est féminine aux Communes, puisque tous les finalistes de cette catégorie, à l’exception de l’ancien astronaute Marc Garneau, sont des femmes. Elles ont toutes en commun d’être méconnues du grand public, mais appréciées de leurs collègues. À suivre.CELUI QUI FAIT LE PLUS PREUVE DE COLLÉGIALITÉ Peter Stoffer (NPD)Suivi de…Rodger Cuzner (PLC)Paul Crête (BQ)Nicole Demers (BQ)James Rajotte (PCC)Député de la Nouvelle-Écosse depuis 1997, Peter Stoffer est reconnu pour son esprit grégaire et son entregent. Soucieux de reconnaître le travail d’autrui, il organise chaque année une grande fête pour souligner la contribution des employés de la Chambre des communes.CELUI QUI REPRÉSENTE LE MIEUX SES ÉLECTEURS Bill Casey (indépendant)Suivi de…Charlie Angus (NPD)Cheryl Gallant (PCC)Peter Stoffer (NPD)Larry Bagnell (PLC)Bill Casey, de la Nouvelle-Écosse, est le champion des provinces atlantiques dans le dossier de la péréquation. Écarté du caucus conservateur après avoir voté contre le budget de 2007, Casey s’est représenté comme indépendant en 2008. Il a été élu avec 69 % des votes. Il vient de démissionner pour devenir représentant officiel du gouvernement de la Nouvelle-Écosse à Ottawa.CELUI QUI CONNAÎT LE MIEUX LES DOSSIERS DU JOURJoe Comartin (NPD)Suivi de…Gilles Duceppe (BQ)Stephen Harper (PCC)Bob Rae (PLC)Ralph Goodale (PLC)Porte-parole en matière de justice pour le NPD, l’Ontarien Joe Comartin, choisi pour la deuxième année de suite dans cette catégorie, se démarque par son refus de la démagogie facile. Ses positions, qu’il peut défendre dans les deux langues officielles, sont toujours réfléchies. À noter : Gilles Duceppe devance Stephen Harper dans cette catégorie.CELUI QUI TRAVAILLE AVEC LE PLUS D’ARDEUR Paul Szabo (PLC)Suivi de…Ted Menzies (PCC)Libby Davies (NPD)Paul Crête (BQ)Joe Comartin (NPD)Le libéral Paul Szabo s’est fait remarquer il y a plus d’un an lorsqu’il a présidé le comité qui se penchait sur l’affaire Mulroney-Schreiber. Député depuis 1993, il a toujours plusieurs projets de loi à l’étude. Un de ses sujets de prédilection est la procréation assistée. Il a même écrit un livre sur le sujet.Bonne nouvelle pour Pauline Marois et le Parti québécois : le député du Bloc québécois Paul Crête, qui quitte Ottawa pour se présenter dans l’ancienne circonscription de Mario Dumont, a été cité par ses pairs parmi les plus travaillants des parlementaires et ceux qui font le plus preuve de collégialité, mais aussi comme le député québécois qui représente le mieux ses commettants !

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La grande séduction conservatrice

En chute libre au Québec, le premier ministre est de plus en plus condamné à espérer que le Bloc québécois freine la montée des libéraux dans l’électorat québécois. De son côté, depuis l’automne dernier, il s’est lancé dans une vaste opération de séduction en Ontario. À son retour au pouvoir, Stephen Harper a concentré les principaux portefeuilles économiques entre les mains de ses ténors ontariens. Jim Flaherty aux Finances, Tony Clement à l’Industrie, John Baird aux Infrastructures ont été ministres à Queen’s Park. Le chef du cabinet de Harper, Guy Giorno, a occupé les mêmes fonctions pour le premier ministre Mike Harris à la fin des années 1990. Deux des rares femmes à occuper des postes de premier plan au sein du cabinet fédéral, Diane Finley, aux Ressources humaines et Développement des compétences, et Lisa Raitt, aux Richesses naturelles, sont des députées ontariennes. Cette prise en main des leviers de commande économiques du pays par l’aile ontarienne d’un gouvernement fédéral est sans précédent. Même à l’époque où Jean Chrétien faisait élire une centaine de députés en Ontario, l’influence de cette province au sein du gouvernement était plus diluée, notamment par la présence de ministres et de conseillers québécois susceptibles de faire contrepoids. Dans le cabinet actuel de Stephen Harper, même les ministres albertains jouent des rôles de soutien par rapport à leurs collègues ontariens. Au fil des mois, la forte présence ontarienne dans les postes économiques névralgiques du cabinet Harper s’est assortie d’une étourdissante valse des milliards. Depuis le début de l’année, le gouvernement fédéral a investi massivement dans un plan de sauvetage de l’industrie automobile, multiplié les annonces de projets liés aux infrastructures dans les grandes villes de l’Ontario, allongé des milliards pour aider Queen’s Park à faire une transition sans douleur à une taxe de vente harmonisée avec la TPS. Selon le Conference Board, les transferts fédéraux destinés à l’Ontario augmenteront de 15,7 % cette année et de 20 % de plus l’an prochain. La province a également commencé à recevoir des paiements de péréquation pour la première fois de son histoire. Jusqu’à présent, les résultats, sur le plan politique, ne sont pas à la hauteur de l’effort consenti. Les conservateurs sont encore dans la course pour ce qui est des intentions de vote en Ontario, mais ils s’épuisent à faire du surplace. Au scrutin d’octobre, le Parti conservateur avait remporté 39 % des suffrages en Ontario, sa meilleure performance depuis les années Mulroney. C’est un pourcentage qu’il n’a réussi ni à faire augmenter ni à maintenir au fil des coups de sonde des derniers mois, mais qui demeure encore à portée de main, dans les limites de la marge d’erreur de la plu part des sondages. Pour l’essentiel, les Ontariens qui ont voté conservateur en octobre n’ont pas déchanté ou, en tout cas, pas en grand nombre. Par contre, Stephen Harper a peut-être déjà fait le plein de votes ontariens à la faveur de la performance du mal-aimé Stéphane Dion aux dernières élections. Depuis l’arrivée de Michael Ignatieff à la tête du PLC, on assiste, en Ontario, à un déplacement de votes du NPD vers le PLC. Sans siphonner les appuis de Harper, les libéraux s’y sont taillé une avance de 5 à 10 points sur les conservateurs. Un sondage Harris-Decima réalisé au début mai faisait état d’un manque à gagner des conservateurs de 17 points par rapport aux libéraux auprès de l’électorat féminin urbain et semi-urbain. Ces chiffres semblent indiquer que les Soccer Moms, sobriquet donné par les stratèges politiques à l’influent sous-groupe des mères de famille de banlieue, pourraient faire perdre l’Ontario et le pouvoir à Stephen Harper. C’est une frange de l’électorat qui occupe souvent des emplois précaires, en deuxième ou en troisième ligne par rapport au secteur manufacturier. Ce n’est pas par hasard qu’il s’agit de la clientèle que visait Michael Ignatieff quand il a joint sa voix à celles du NPD et du Bloc québécois pour exiger que le seuil d’admissibilité à l’assurance-emploi soit revu à la baisse. C’est également la clientèle que le chef libéral courtise quand il parle de sa conjointe, Zsuzsanna Zsohar, dans chaque discours, ou qu’il se fait photographier entouré de ses députées ontariennes. Les femmes sont à peine mieux représentées que les Québécois au sein du gouvernement Harper, ce qui pourrait lui coûter cher au prochain scrutin.

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Le Bloc caméléon

Le chef du Bloc québécois a déjà plus de campagnes électorales à son actif que le détenteur précédent de la palme de la longévité comme chef d’un parti d’opposition fédéral moderne, le néo-démocrate Ed Broadbent. Au terme des prochaines élections, Gilles Duceppe aura mené son parti en campagne plus souvent que tous les premiers ministres qui se sont succédé à la tête du Canada depuis Mackenzie King. Seulement sept députés à la Chambre des communes comptent davantage d’années de service continu que le leader du Bloc. D’un scrutin à l’autre, les rangs de la formation bloquiste qui a débarqué au Parlement fédéral avec Lucien Bouchard, en 1993, sont de plus en plus clairsemés. De neuf aujourd’hui, les députés bloquistes de la première heure pourraient n’être plus qu’une poignée au prochain rendez-vous électoral. Leurs remplaçants n’ont jamais réussi à occuper le même espace médiatique et parlementaire que cette première cohorte bloquiste. La place que s’étaient taillée des personnages colorés comme l’ex-députée de Rimouski, Suzanne Tremblay, ou des parlementaires redoutables comme son collègue de Roberval, Michel Gauthier, est restée vacante. Le refroidissement des ardeurs référendaires explique en partie ce phénomène. Le rôle d’opposition permanente du Bloc ne le prédestine pas non plus à attirer des vedettes. C’est plutôt vers Québec et l’ambition de devenir un jour ministre que se tournent naturellement les grosses pointures. Au fil des années, une partie de la relève du Bloc est entrée à l’Assemblée nationale ou a tenté de le faire. La décision du député de Montmagny-L’Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup, Paul Crête, de briguer les suffrages dans la circonscription provinciale laissée vacante par Mario Dumont s’inscrit dans cette mouvance. Il n’y a pas si longtemps, Gilles Duceppe lui-même lorgnait du côté de l’Assemblée nationale. Si la performance de Pauline Marois aux élections de l’automne dernier n’avait pas été convaincante, on peut penser qu’il aurait ressuscité son projet de briguer le leadership péquiste. D’un scrutin à l’autre, le chef du Bloc jure qu’il sera partant pour la campagne suivante. L’avènement de gouvernements minoritaires à répétition ne lui donne franchement pas tellement le choix. Une campagne électorale n’attend pas l’autre à Ottawa – ce qui rend malaisés les changements de garde. Surtout, avec le temps, Gilles Duceppe est devenu la valeur la plus sûre d’une formation qu’il domine chaque année davantage. Quand il accrochera ses patins, le Bloc va se retrouver avec une transition difficile et, presque certainement, une crise existen tielle sur les bras. Car la constance du Bloc a pour effet d’occulter un environnement qui s’apparente de moins en moins à celui qui avait favorisé son éclosion, il y a une vingtaine d’années. Depuis l’arrivée au pouvoir des conservateurs, par exemple, le fléchissement de la ferveur référendaire ne se dément pas. Malgré des politiques qui hérissent fondamentalement le Québec – tels la poursuite de la guerre en Afghanistan, l’abandon du protocole de Kyoto, les efforts pour transformer le registre des armes à feu en coquille vide, les compressions dans la culture et le traitement à deux vitesses de dossiers comme celui de l’harmonisation des taxes de vente -, le Oui vivote autour de 40 %. Le mouvement souverainiste est encore bien vivant, mais le réflexe qui portait une frange décisive de nationalistes mous à traiter la souveraineté comme une valeur refuge, quand elle se sentait agressée par le gouvernement fédéral de l’heure, s’est émoussé. Pour la première fois, l’appui à la souveraineté n’a pas remonté à la faveur de la pré sence à Québec d’un gouvernement fédéraliste. Les conser-vateurs de Stephen Harper et les libéraux de Jean Charest dégringolent dans les sondages, mais cela ne se traduit pas par une hausse de popularité de la souveraineté. À la place, à la faveur du laisser-faire conservateur des trois dernières années, bien des Québécois se sont découvert un nouvel appétit pour un gouvernement fédéral proactif. Ils disent de plus en plus haut et fort qu’ils veulent un gouvernement qui aide les minorités linguistiques à faire valoir leurs droits, soutient activement la culture, a des ambitions internationales qui correspondent à leurs idéaux et un désir de leadership musclé sur le front de l’environnement. D’une campagne électorale à l’autre, le Bloc, sous la direction de Gilles Duceppe, incarne davantage ce désir d’un Canada à l’image des idéaux québécois que la cause de la souveraineté. Mais pour combien de temps ?

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Les hommes d’Ignatieff

Le chef d’orchestre Rocco Rossi, directeur national du PLC Il sera le grand organisateur du congrès. Rossi a le mandat de moderniser le financement du parti. Sous sa gouverne, le PLC vient de se doter d’une immense base de données, bâtie sur le modèle de celle des démocrates, aux États-Unis. On y trouve le profil de chaque électeur, ce qui facilite la sollicitation de dons. Le sherpa – Alfred Apps, futur président du PLC >> Le sherpa Alfred Apps, futur président du PLC Personne n’a osé se présenter contre lui au poste de président du parti ! Avocat de Toronto, Apps fait partie du trio de militants qui a convaincu Ignatieff de se lancer en politique. À la présidence, il devra simplifier la structure du parti, déterminer les endroits où l’on peut épargner de l’argent et faciliter la communication entre les militants et le parti. L’homme de l’ouest – Le député Sukh Dhaliwal >> L’homme de l’ouest Le député Sukh Dhaliwal Si Ignatieff passe autant de temps en Colombie-Britannique, en Alberta et au Manitoba, c’est beaucoup grâce à Dhaliwal, député de Newton-North Delta (Colombie-Britannique) et proche du chef libéral. Celui-ci estime que le PLC peut faire des gains dans l’Ouest, où les conservateurs dominent. Le jeune premier- Le député Justin Trudeau >> Le jeune premier Le député Justin Trudeau Le député de Papineau sera coprésident du congrès de Vancouver, ce qui l’amènera à animer des ateliers et à veiller au bon fonctionnement de la machine. Le fils de l’ancien premier ministre Pierre Elliott Trudeau aura moins de temps pour courir les plateaux de télévision, comme il l’avait fait à Montréal en 2006. Les voix du Québec- Les députés Denis Coderre et Pablo Rodriguez >> Les voix du Québec Les députés Denis Coderre et Pablo Rodriguez Rodriguez, proche conseiller du chef, et Coderre, lieutenant politique d’Ignatieff au Québec, devront s’assurer que les orientations du parti reflètent les volontés du Québec et de ses militants, qui seront peu nombreux à ce congrès en raison de la distance et des coûts. L’envoyé spécial – Marc-André Blanchard >> L’envoyé spécial Marc-André Blanchard, directeur pour le Québec du cabinet McCarthy Tétrault Ancien président du Parti libéral du Québec, Blanchard symbolise le rapprochement entre le PLC et le PLQ souhaité par le chef. Conseiller informel d’Ignatieff au Québec, l’avocat se rendra au congrès pour commencer à préparer la prochaine campagne électorale, où il agira à titre de coprésident pour le Québec. Le trio des Maritimes- Les députés Dominic LeBlanc, le chef de cabinet Paul Zed et Scott Brison >> Le trio des Maritimes Les députés Dominic LeBlanc, le chef de cabinet Paul Zed et Scott Brison Ils sont la voix des provinces de l’Atlantique auprès du chef. Les députés LeBlanc (Nouveau-Brunswick) et Brison (Nouvelle-Écosse) jouent un rôle important au sein du caucus et veilleront à ce que les orientations du parti n’oublient pas l’est du pays, où le Parti libéral a perdu du terrain au profit du Parti conservateur. Paul Zed, ancien député des Maritimes, occupe le poste stratégique de chef de cabinet de Michael Ignatieff.

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Michael Ignatieff et la conquête de l’Ouest

Aujourd’hui, le PLC compte sept députés dans les quatre provinces de l’Ouest, contre le double au déclenchement des dernières élections. Au scrutin du 14 octobre, les libé raux sont arrivés troisièmes (derrière les néo-démocrates) dans toute la région. Au Manitoba, la part des suffrages allant aux libéraux est passée du tiers, en 2004, à moins d’un vote sur cinq, quatre ans plus tard. En Colombie-Britannique, il ne reste plus que 5 sièges libéraux, contre 22 pour les conservateurs. La déchéance du Parti libéral n’a pas commencé avec Stéphane Dion, mais elle s’est nettement accélérée pendant son bref passage à la tête du parti. Comme au Québec, le déclin libéral dans l’Ouest canadien s’est amorcé sous Pierre Trudeau. Un quart de siècle plus tard, les électeurs de l’Alberta, en particulier, se souviennent encore en mal du Programme national de l’énergie du début des années 1980. Par la suite, ni Jean Chrétien ni Paul Martin n’ont fait de miracles dans la région. Pendant sa dernière campagne électorale, en 2000, Jean Chrétien avait même réussi à ne pas mettre les pieds à Calgary. Malgré tout, bon an, mal an, l’ancien premier ministre finissait par gagner entre un quart et un tiers des suffrages des électeurs de l’Ouest canadien, une performance maintenue par Paul Martin mais intenable en 2008, à la lumière d’un Tournant vert très mal perçu dans les provinces de l’Ouest et très malhabilement défendu par Stéphane Dion. C’est ce portrait, peu reluisant, que Michael Ignatieff s’est donné pour mission de corriger. Sa volonté de changer la relation entre sa forma- tion et l’Ouest canadien a inspiré les plus importants virages de ses 100 premiers jours à la direction du PLC, notamment : – Un rare mea-culpa pour de grands pans de l’œuvre libérale des 30 dernières années, fait lors d’une visite en Sas-katchewan au début de février. – L’abandon de la coalition de l’opposition et l’engagement de ne pas envisager une réédition de la manœuvre à l’issue de prochaines élections, pour cause de rejet massif dans les provinces de l’Ouest. (Si la coalition qui est née à la faveur de la crise parlementaire de l’automne dernier avait pris le pouvoir, la Sas-kat-che-wan et l’Alberta auraient été respectivement représentées par un seul député au sein du gouvernement PLC-NPD !) – L’abandon d’une taxe sur le carbone comme instrument de lutte contre les gaz à effet de serre, un concept principalement défendu par Michael Ignatieff pendant la course au leadership libéral de 2006, avant de se retrouver au cœur du Tournant vert de Stéphane Dion, mais qui n’a pas passé la rampe l’automne dernier. – L’adoption d’un discours libéral plus respectueux sur les sables bitumineux de l’Alberta, et l’arrimage de la politique énergétique du PLC à son programme en environnement. Déjà, des libéraux et des commentateurs s’interrogent sur la pertinence de ce nouveau discours. Ils font valoir qu’à brève échéance le che -min d’une victoire libérale ne passe pas par les provinces de l’Ouest. Selon eux, l’énergie du chef libéral pourrait être mieux dépensée à cultiver des sols moins arides, le Québec par exemple. Tout cela est vrai. Néanmoins, l’absence chronique de voix fortes de l’Ouest au sein du caucus libéral contribue à donner l’allure d’une coquille vide à l’institution nationale que prétend être le PLC. À terme, l’avenir du parti passe par une meilleure performance dans la région. La redistribution électorale fera augmenter sensiblement la représentation de l’Alberta et de la Colombie-Britannique aux Communes au cours des 20 prochaines années. L’Alberta est la province qui tire le moins de bénéfices de la fédération canadienne par rapport à sa contribution au Trésor fédéral, un déséqui -libre qui rend politiquement impraticable l’ouverture de grands chantiers sociaux et écologiques, chers aux libéraux fédéraux. Michael Ignatieff n’est pas le premier chef fédéral à s’évertuer à créer les conditions favorables à une réelle cohabitation de l’Ouest canadien et du Québec au sein de sa formation. Il est simplement le premier chef libéral en 30 ans à s’attaquer sérieusement à ce qui est en voie de devenir le plus gros défi de gouvernance au Canada.