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Les blues du fan de sci-fi

Je me faisais une joie, mardi dernier, d’écouter la première du remake de la série V, sur une invasion extraterrestre. Je n’avais pas aimé la série originale, un peu trop basse-technologie et écriture mollassonne à mon goût, mais les bandes-annonces de la nouvelle série semblaient prometteuses. D’autant que le québécois Yves Simoneau, lui qui avait donné à la télé française en 2002 son excellente mini-série Napoléon, signe la réalisation de V. La déception ne fut pas foudroyante. Ce n’était qu’une émission de télé. A peine meilleure que la série originale, si on en juge par le premier épisode. Le problème aujourd’hui, c’est qu’il arrive que les émissions sci-fi télé soient excellentes. Les deux premières saisons de Heroes, par exemple. Frais, inventif. Mais la saison en cours de Heroes nous traîne dans des méandres peu convaincants. Ce qui arrive souvent lorsque les séries n’ont pas de fin préprogrammées. Les auteurs étirent la sauce jusqu’à érosion de l’auditoire. Une recette pour l’écoeurement collectif. Je leur donne encore deux ou trois épisodes et puis… basta ! L’année sci-fi télévisuelle est donc, pour l’instant, paresseuse. Comme pour V, mais un peu moins, la déception s’installe pour FlashForward, malgré un départ prometteur. Là, presque tous les humains perdent conscience simultanément et, pendant deux minutes 17 secondes, se voient agir dans un futur proche : 6 mois. On se rend compte que quelqu’un est derrière ce phénomène, mais on ne sait encore qui ni pourquoi. Il manque environ 20% de qualité de personnages, de dialogues et de rythme pour hisser la série à un niveau d’excellence. Pour l’instant je reste. La série Fringe, genre de remake du regretté X Files (du moins dans ses premières saisons), a un fort goût de déjà vu. L’intrigue centrale, qui s’est un peu corsée avec l’arrivée de Leonard Nimoy (pas en Spock) et la révélation d’un conflit entre deux univers parallèles, est distillée au compte-gouttes entre les épisodes des « monstres de la semaine » qui nous épatent peu. Je ne leur suis pas fidèle. Nous sommes en manque, évidemment, de Battlestar Galactica. La série télé achevée l’an dernier fut d’une qualité telle, soutenue presque constamment pendant quatre saisons, qu’on craint ne plus revoir pareil exploit pendant notre période d’espace-temps. (Moi qui fut un inconditionnel de la série politique West Wing, je n’hésite pas à dire que Battlestar est West Wing dans l’espace). Le film Razor, qui fut produit entre les deux dernières saisons de Battlestar, était de la même eau. Alors cette semaine, pour me consoler de la piètre offrande de SF, j’ai couru pour louer le DVD de The Plan, le nouveau film reracontant l’histoire de Battlestar, mais du point de vue des méchants. Je vous avertis : l’intérêt est moindre que pour ceux des quelques moins bons épisodes de la série. On pensait qu’on allait nous parler du Plan des Cylons (les robots) pour le retour à la terre, la fusion des races, le rôle des dieux, autant d’éléments égrenés pendant la série. Mais non (attention : dévoilement d’intrigue imminent) il s’agit du Plan d’origine, donc de la destruction de tous les humains et des ratés de ce plan pour cause de Galactica, puis de la dissidence croissante des cylons à forme humaine à l’idée de poursuivre le génocide. Le film répond à plusieurs questions laissées en suspend (je m’adresse aux affictionados) : pourquoi Boomer passait de l’état de Cylon à l’état d’humain dans la saison 1 et quelques autres. Mais rien sur la présence fantomatique de la numéro 6 dans la tête de Baltar ou sur la source de sa volonté de produire/protéger un enfant cylon/humain. Il est vrai que Battlestar fut écrit sans que ses auteurs en connaissent la fin et que plusieurs fils ne peuvent simplement pas être attachés. (Idem pour certains détails de la série Star Wars, que Lucas inventait à mesure, contrairement à la légende voulant qu’il ait scénarisé neuf épisodes avant de tourner, d’abord, le quatrième). Mes attentes étaient donc élevées pour The Plan. J’en suis ressorti comme d’une visite chez un ami très cher, triste d’avoir constaté que l’ami s’est affadi et que le plaisir que nous avons eu d’être ensemble ne soit plus qu’un écho de nos intenses joies d’antan. Comme quoi dans la science-fiction, il n’y a pas d’avenir pour le passé. Mais trêve de spleen. Pour s’en remettre, regardez cette brève parodie de Heroes, que m’a signalé Eric F.

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Temps dur pour les anti-modèle Québécois

Chers auditeurs, nous interrompons temporairement le lancinant commentaire anti-modèle québécois des plumes économiques locales pour vous transmettre ce bref message d’intérêt public: Taux de chômage en octobre 2009: Québec 8,5% Canada 8,6% Ontario 9,3% États-Unis 10,2% Nous retournons maintenant à notre programme régulier.

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Les Québécois volent au secours d’Obama

La semaine de Barack Obama avait mal commencé – son parti a perdu deux postes de gouverneur mardi. Mais depuis mercredi, on peut penser que le champagne coule à flot sur l’avenue Pennsylvanie à Washington car la firme de sondage Nanos a annoncé que pas moins de 82,4% des Québécois appuient le président. Précisément, nous sommes ce nombre à estimer que le président démocrate est « sur la bonne voie en ce qui concerne les changements qu’il veut apporter au système de soins de santé ». Ailleurs au Canada, le soutien est réel mais moins appuyé : 73 % en Ontario, 78 % en Colombie, 65% dans les provinces atlantiques et juste sous la barre des 60% dans les Prairies. (pdf ici) (Merci à J. Livernois d’avoir porté ce sondage à mon attention.) Alors désormais, Obama sait où sont ces vrais amis en Amérique du Nord. Ni en Virginie, ni au New Jersey, qui viennent de lui tourner le dos, mais au Québec. Il ne lui reste qu’à nous remercier. Deux gestes sont attendus par ce blogueur : une entrevue exclusive à L’actualité et un discours à Montréal organisé par le CÉRIUM. Par ailleurs, pour clore le dossier des Un an d’Obama, il vaut la peine d’aller lire sur le site Politico.com leur choix des 10 meilleurs coups et des 10 pires de sa première année.

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Exporter la discrimination

Bon, c’est entendu. Un musulman ou un juif orthodoxe, et pourquoi pas un chrétien sectaire, peut refuser de se faire servir par une femme dans un service gouvernemental québécois, pour peu qu’il veuille bien attendre qu’un employé masculin soit disponible. C’est sa liberté de religion à l’œuvre. Et c’est le thème du numéro de L’actualité qui arrive en kiosque. (Voir notamment « Manifeste d’une salope », l’édito de Carole Beaulieu, qui vous suggère de venir poursuivre le débat en ajoutant vos commentaires à la suite de ce texte-ci.) Mais pourquoi singulariser ainsi cette liberté ? Bien d’autres droits et libertés devraient, logiquement, aspirer à l’égalité de traitement. Prenez la liberté d’association. Vous êtes membres d’un groupe d’extrême droite qui estime que les noirs ne sont pas aussi intelligents que les blancs. (Vous êtes peut-être aussi psychologue, mais ce n’est pas indispensable.) À la SAAQ – et pourquoi pas à la SAQ – vous refusez d’être servi par un noir et attendez qu’un blanc devienne disponible. La commission des droits et libertés vous accueillera-t-elle à bras ouverts ? Il y la liberté de conscience aussi. Sans jamais faire d’appel à la haine, vous avez le droit d’être raciste, sexiste, antisémite. Et si vous refusez que le fonctionnaire Cohen ou El-Mezaoui prenne vos renseignements à l’État civil ? Ou qu’une femme, même blanche, traite votre dossier ? Serez-vous couvert dans ce choix par les ministres du gouvernement Charest ? Ayons une pensée pour Pierre Falardeau. A titre de Patriote de l’année, aurait-il pu refuser de se faire servir par le fonctionnaire Ross ou Trent, même si ces derniers sont bilingues, car en toute conscience il pense (à tort) que seuls des CFs devraient travailler pour l’État québécois ? Feu Falardeau aurait attendu le prochain fonctionnaire québécois de souche disponible. Il y a d’ailleurs, quand on y pense, de nombreuses et utiles applications à la nouvelle norme de l’accommodement raisonnable. Moi, par exemple, je suis – très sincèrement – favorable aux programmes d’accès à l’égalité pour les minorités visibles dans les services de l’État. Supposons que j’en devienne militant dans une association en bonne et due forme. Un policier m’arrête pour excès de vitesse ? « Monsieur l’agent, vous êtes blanc. J’attendrai qu’un policier membre d’une minorité soit disponible pour lui montrer mon permis et ma preuve d’assurance. » Doutez-vous de sa réaction ? Encore mieux si c’est un fonctionnaire du Revenu qui se présente pour faire un audit. J’attendrai, pourrais-je dire, le prochain fonctionnaire juif orthodoxe disponible, de préférence gai. (Un sous-groupe affreusement sous-représenté.) Trêve de fantaisies. Aucune de ces prétentions ne serait jugée recevable, n’ouvrirait droit à un accommodement. Chacune de ces demandes serait déclarée déraisonnable, avec raison. La différence est nette : il n’y a pas de réelle égalité entre les droits, contrairement à ce qu’en disent mes amis juristes. L’égalité entre les droits, c’est un vœu, un idéal. Cependant les tribunaux, habités par des humains en chair et en os, ont, au Canada et dans plusieurs pays adeptes du multiculturalisme, établi une hiérarchie entre les droits. Elle s’exprime comme suit : tous les droits sont égaux, mais seule la liberté religieuse a le droit d’exporter ses principes internes de discrimination dans le reste de la société. On le sait, toutes les grandes religions sont misogynes, la question est de savoir si sa misogynie est hard ou soft. Les variantes sont nombreuses. Bien comprise, la liberté de religion signifie qu’à l’intérieur du temple, de la synagogue, de l’église, de la mosquée, cette discrimination peut s’épanouir sans que l’État puisse intervenir, puisse donc y exporter l’égalité des sexes inscrite dans ses chartes des droits. A mon avis, dès franchie la porte du temple, vers la rue, ce droit à la discrimination devrait s’éteindre. Mais nos juges ont décidé que non. La société entière, qu’elle soit laïque, égalitaire, multiconfessionnelle, doit internaliser la volonté religieuse discriminatoire, dans la mesure où le changement de comportement requis n’est pas déraisonnable. Ce n’est pas le religieux au comportement discriminatoire (ici, sexiste) qui doit s’accommoder de la société égalitaire qui l’entoure. Voilà pourtant le principe qu’il faudrait adopter. Sorti du temple, les religieux devraient s’accommoder du caractère non-discriminatoire de la société, sauf si c’est déraisonnable. Quand est-ce déraisonnable ? On ne connaît guère qu’un cas, celui ou un ou une religieux(se) pratiquant(e) reçoit des soins médicaux intimes. Là, qu’on attende le prochain infirmier ou infirmière disponible, c’est compréhensible. On n’est pas des intégristes de la laïcité… On nous dit que ce n’est pas si grave, de laisser les musulmans ou les juifs orthodoxes (enfin, seule l’infime minorité de musulmans ou de juifs qui insistent sur ce point) renvoyer la fonctionnaire en attendant le mâle suivant. Il y a toujours un mâle suivant. Mais oui, c’est grave. C’est grave, non seulement pour le signal d’inégalité envoyé à la fonctionnaire qui essuie, personnellement, la rebuffade. Mais aussi pour le signal envoyé par l’État que son engagement égalitaire est malléable, poreux, hésitant. Grave aussi pour le signal envoyé par l’État que l’égalité des sexes lui-même est un principe qui peut, qui doit, s’incliner devant d’autres droits. Ensuite, on n’a pas testé les limites du « on a toujours moyen de moyenner ». Pourquoi le chrétien ne refuserait-il pas d’être servi par un musulman, en attendant le prochain chrétien disponible ? Dans les faits, c’est très facile à organiser. Il y a toujours un prochain chrétien disponible. Et un prochain juif disponible à Côte-Saint-Luc. Ou au Jewish. Lorsque j’étais étudiant en droit, à l’UQAM, en 1977, l’alors chef de la législation à Québec, Daniel Jacoby (qui deviendrait ensuite Ombudsman) venait nous expliquer le détail de la fabrication de lois récentes. « Ce nouvel article de loi, expliqua-t-il un jour, est complètement redondant avec un autre article préexistant de la même loi. » Pourquoi l’avoir ajouté, avons-nous demandé ? « Parce que le juge X de tel tribunal n’arrête pas de mal interpréter l’article préexistant. Alors on le répète, pour lui. » Au fond, la revendication actuelle d’établir une hiérarchie qui donnerait à l’égalité des sexes une prédominance sur la liberté de religion est un message envoyé non au Droit, mais aux juges. Vous avez mal fait votre travail. Vous avez mal interprété notre volonté. Alors on le répète, pour vous ! *** Le sujet vous intéresse ? Voyez les autres articles dans le magazine et sur le site, réagissez en envoyant un commentaire ou consultez le livre Nous, de notre blogueur, toujours en librairie.

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Obama, l’an 1: ce qui A marché

« Voilà pourquoi les ignorants et les incapables et les gens négatifs et la droite gagnent toujours » rageait un président démocrate, Bill Clinton, au micro d’un journaliste progressiste qui lui reprochait son inaction, un an après son élection. « Ils jouent sur le cynisme des médias. Et ils vont continuer de gagner jusqu’à ce que quelqu’un dise la vérité. Que nous nous tuons à la tâche chaque jour pour aider les gens et progresser. Mais vous nous mesurez à un idéal impossible, et vous ne nous donnez jamais de crédit pour nos actions. » La tirade, qu’on peut lire — et entendre — ici, me revient en tête au moment de tracer le bilan, globalement positif, de seulement 9 mois de pouvoir de Barack Obama. Voici ce pour quoi il faut l’applaudir : 1) Il a changé la réputation des États-Unis dans le monde, dénonçant l’utilisation de la torture, promettant de fermer Guantanamo (ce qui est difficile à faire), reprenant le dialogue multilatéral, parlant avec respect au monde musulman. Il a changé la tonalité du débat. 2) Il a fait faire à son pays un virage écologique majeur. Il participe activement aux discussions sur le changement climatique, il a redonné des dents à l’Environment Policy Agency, il a investi massivement dans le transport public, la rénovation énergétique, les trains rapides. Il a relevé les normes d’efficacité énergétique des voitures et a couvert les SUV. Son projet de loi pour l’établissement d’un marché du carbone progresse, même s’il n’est pas parfait. 3) Il a protégé les consommateurs contre les banques en réprimant les abus dans la gestion des cartes de crédit, il a prolongé la couverture d’assurance des chômeurs de longue durée, il a protégé les petits propriétaires contre la perte de leur résidence, il a sauvé (à grand prix) des dizaines de milliers d’emplois dans l’industrie de l’automobile. 4) Il a utilisé son pouvoir exécutif pour permettre la recherche sur les cellules souche et permettre les subventions à des cliniques de contrôle des naissances qui parlent d’avortement. Il a augmenté le budget culturel du National Endowment for the Arts. 5) Il a, même selon son principal critique de gauche, l’économiste/Nobel Paul Krugman du NYTimes, réussi à empêcher l’économie américaine de tomber dans l’abîme qui la menaçait en début d’année. Ce qui n’est pas peu dire. Ce serait déjà considérable pour quelques mois de travail. (Pour les pointilleux, le site Politifact.com calcule 49 promesses remplies, 129 en cours de réalisation, 7 promesses brisées.) Mais il est en train de réussir là où aucun président n’a réussi avant lui: faire entrer les États-Unis dans le XXè siècle (pas le XXIe, le XXe) en donnant au pays une couverture médicale décente. Aussi dans les tuyaux: une réforme du code du travail qui permettrait d’effacer 30 ans de pratique patronale outrageusement anti-syndicale, avec la complicité active de l’État. Je donne à Obama un B. Ce qui est une très bonne note: 80%. On aimerait qu’il soit encore meilleur, c’est sûr. Mais Clinton avait raison. Il faut reconnaître l’action concrète et applaudir lorsque cela est justifié. Avec Obama, ce l’est assurément.

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Obama, l’an 1 : ce qui n’A PAS marché

Obama avait livré une promesse qu’il ne pouvait pas remplir — et il aurait dû le savoir : le rassemblement. Obama a bâti une organisation populaire gigantesque qu’il n’a pas utilisée — et qu’il aurait dû mettre au service du changement. Prenons-les un à un : 1) Une ère de rassemblement. Ce n’était pas qu’un slogan de fin de campagne. Dès 2004, dans le discours qui l’a révélé à la nation, il répétait comme un mantra les mots: les États-UNIS d’Amérique. Dans son excellent second livre, The Audacity of Hope, il soulignait, avec raison, le fait que les Américains et leurs élus partagent davantage d’opinions communes qu’ils n’ont de divergences. Dans tout son parcours vers la présidence, il a semblé croire et a certainement fait croire qu’avec lui, l’ère des vicieuses batailles partisanes dont l’Amérique moderne souffre — plus que beaucoup d’autres démocraties occidentales — allait cesser. C’était impossible. C’était naîf. Obama a certes tendu la main avec une constance qui force l’admiration — et il a au moins la satisfaction de voir que l’opinion reconnaît ses efforts. Mais les républicains ont développé depuis la montée du stratège Lee Atwater en 1988, sous Bush père, et son successeur Karl Rove, sous Bush fils, une culture de brutes politiques. Et, comme ils l’ont fait avec Clinton en 1992, ils veulent affaiblir Obama en 2009. Aucun républicain ne traverse la ligne partisane pour aider Obama. Et ceux qui voudraient le faire se feraient exclure de leur parti, comme l’a compris le sénateur Arlen Specter, passant aux démocrates pour la simple raison de garder son poste. Les États-Unis d’Obama sont donc aussi désunis que ceux de Bush ou de Clinton. 2) La plus grande organisation politique de masse jamais vue. Il y a un an, au soir de la victoire électorale, l’opération Obama détenait 13 millions d’adresses courriel, des centaines de milliers de citoyens actifs, engagés, volontaires pour que le président réussisse le changement promis. La Maison-Blanche a décidé de maintenir cette organisation active. À quelle date les 13 millions ont-ils reçu un avis d’envoyer un courriel à leurs élus pour les pousser à voter pour le changement ? 11 mois plus tard, le 30 octobre 2009. Cet article du New Republic (intitulé Disorganised) révèle les problèmes organisationnels qui expliquent partiellement ce fiasco. Mais le problème est d’abord politique. Le président a choisi de jouer, seule, la carte du compromis parlementaire, des ententes avec certains lobbies, de la main tendue jusqu’au risque du ridicule. Cela a été fait sous le drapeau du pragmatisme. Mais il aurait été plus réaliste d’asseoir ce pragmatisme sur une démonstration continue de force politique, la force des réseaux laissés en jachère.

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Après cette crise, la vraie crise…

Résumons-nous : si on réussit à réduire d’au moins 50% nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 — ce qui est gigantesque — nous aurons une chance sur deux d’éviter un réchauffement de plus de 2 degrés, au delà duquel le coût humain du réchauffement deviendra catastrophique. Un chiffre: un milliard de réfugiés climatiques dans le siècle. Et si ce n’était que ça. Au cours des 20 prochaines années, les terriens extraieront du sol autant de matières premières que pendant toute l’existence de l’espèce. En ce moment, nous consommons 30 % de ressources de la planète de plus que le maximum permettant d’assurer un développement durable. D’ici 2030, ce sera 100% de plus. Donc 100% de trop. Pour faire en sorte que le Titanic collectif sur lequel nous voguons évite le gigantesque iceberg qui bouche presque tout notre horizon, aucune demi-mesure ne suffira. Il faut mettre en cause le mécanisme même de l’organisation de notre société: le capitalisme. Ce n’est pas une mince affaire. Faut-il le quitter, le dompter ou le dépasser ? C’est la question à laquelle je m’attaque dans ma contribution au livre collectif Imaginer l’après-crise, qui vient d’arriver, tout frais, en librairie. Un thème auquel je reviendrai régulièrement dans ce blogue, c’est promis. Les mordus peuvent consulter la Table des matières ou lire l’Avant-propos. C’est pas pour nous vanter, mais un de nos coauteurs s’appelle Lionel Jospin !

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Harel a gagné… dans le Montréal pré-fusions

Rien ne fait plus mal, en politique, que les boomerangs qui vous fracassent le crâne. Vous regrettez de les avoir lancés avec autant de force. Si Louise Harel avait été, dimanche, candidate dans la ville de Montréal telle qu’elle existait avant les fusions qu’elle a elle-même menées, elle serait aujourd’hui mairesse. Selon mes calculs, elle aurait triomphé dimanche avec 39% des voix, contre 33,5% à Gérald Tremblay et 27,5 % à Richard Bergeron. Montréal aurait la première femme, ouvertement souverainiste, pas complètement bilingue, à diriger la ville. Comme mairesse de la principale ville de la région, elle présiderait la Communauté urbaine de Montréal, l’organisme supra-municipal qui dirigeait, cahin-caha, la métropole. Le calcul est simple:Il suffit de prendre le total des voix obtenues par les trois principaux candidats et d’en soustraire celles comptabilisées dans les arrondissements qui n’étaient pas montréalais en 2001. Tremblay perd près de 70 000 votes, et sa majorité. Harel et Bergeron en perdent chacun 35 000. Au final: Harel a une majorité de 13 500 voix sur Tremblay. Comment cela s’explique-t-il ? L’argent ? Des votes ethniques? La corrélation avec la langue est majeure. Dans l’ex-Montréal, je l’ai dit, Harel a fait 39%. Elle n’atteint cette proportion dans aucune des anciennes villes fusionnées. Dans presque tous les nouveaux arrondissements massivement francophones, elle fait tout de même bonne figure. Jugez vous même. Voici les nouveaux arrondissements, leur taux de francophones, puis leur taux d’appui à Harel Anjou, 90% franco: 35% Harel Montréal-Nord, 82% franco: 35% Harel Outremont, 80% franco: 34% Harel Verdun, 74% franco: 34% Harel Ste-Geneviève/Bizard: 72% franco: 27% Harel St-Léonard, 56% franco: 18% Harel Lasalle, 52% franco: 26% Harel St-Laurent, 42% franco: 18% Harel Pierrefonds/Roxboro, 40% franco: 17% Harel Le seul résultat qui n’est pas sur cette courbe descendante est Lachine, francophone à 71%, mais qui n’a donné que 17% à Harel. Le paradoxe est que Louise Harel (que j’adore, soit dit en passant) aurait passé une encore plus mauvaise soirée dimanche soir si son rêve initial d’une île une ville s’était réalisé. Imaginez l’hécatombe qu’elle aurait subi à Westmount, Kirkland, Hampstead, Beaconsfield et les autres villes défusionnées grâce à Jean Charest. Ceux qui s’attendent à ce que je ne critique jamais le Parti québécois dans ce blogue en seront pour leurs frais. J’ai toujours pensé et pense encore que l’opération fusion fut, à Montréal, une faute politique majeure. Lorsqu’on dirige une nation dont la majorité est minoritaire sur le continent, dont la proportion se marginalise dans la fédération, dont le poids linguistique se fragilise dans sa métropole, on n’introduit pas de réformes institutionnelles qui affaiblissent son pouvoir dans sa principale ville. Pour la petite histoire, quand j’ai quitté le cabinet du premier ministre en septembre 1999, il n’était pas question d’appuyer une île une ville, mais de maintenir les villes existantes en renforçant les pouvoirs d’équité fiscale et de planification industrielle, de la communauté urbaine. Ce n’était pas mon dossier, mais je considérais que cette proposition gardait intacte la ville de Montréal, où les francophones étaient nettement majoritaires. Elle préservait aussi, ce que je considérais non négligeable, l’identité municipale des villes anglophones et bilingues. Il faut être cohérent. Ou bien on est sensible aux questions identitaires, et alors on reconnaît son importance dans les institutions de nos minorités, ou bien on ne l’est pas. Lorsque le gouvernement s’est engagé sur la voie de la fusion de toute l’île, j’ai demandé directement pourquoi un gouvernement du Parti québécois oeuvrait pour miner le pouvoir politique des francophones dans la métropole. Je n’ai jamais eu de réponse convaincante. Dimanche soir, le boomerang est revenu. C’est triste pour Louise. Mais pas seulement…

Les solutions de Madame Net Politique

Les solutions de Madame Net

La corruption, Huguette Labelle, chancelière de l’Université d’Ottawa, connaît bien ! Elle est présidente du conseil de Transparency International, organisme qui publie depuis 1995 un classement annuel des pays en fonction de leur degré de corruption ou de transparence. Voici ses solutions pour nettoyer la politique municipale québécoise.

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Enquête publique: être Eliot Ness ou Al Capone ?

La partie est risquée. D’un côté, l’opinion réclame,à 80%, la tenue d’une enquête publique sur la construction. De l’autre, le premier ministre, ses ministres et le chef de la FTQ n’en veulent pas. Jean Charest et Michel Arseneault ne sont pas fous. Ils savent à quoi ils s’exposent en s’opposant à la volonté populaire. Ils donnent l’impression de refuser que toute la vérité soit faite. Alors que l’opinion veut qu’ils se transforment en Eliot Ness, ils prêtent flanc à l’accusation de protéger Al Capone. Pire, d’être de mèche avec lui. Car, vous pouvez vérifier, la vérité historique est qu’Al Capone avait de très grandes réserves sur l’opportunité de tenir une enquête publique à Chicago sur le trafic d’alcool dans les années 1920. Eliot Ness était d’avis divergent et il a eu le dernier mot, mettant Capone derrière les barreaux en 1929. Le coût du refus de l’enquête, en perception publique, est élevé. Il faut donc croire que MM Charest et Arseneault estiment beaucoup plus élevé le coût de la création de la commission. A mon avis, leur problème n’est pas lié à ce qu’ils savent, sur les Al Capone québécois actuels, ou si peu. Il est lié à ce qu’ils ne savent pas. La beauté de la commission d’enquête est le caractère public d’une multitude de pistes suivies pour débusquer la vérité et l’environnement dans lequel la fraude a été commise. L’enquête policière, elle, débouche sur une accusation précise. Pire, si l’accusé plaide coupable, le public obtient très peu de détails sur ce qui s’est vraiment produit. Mais avec l’enquête publique, on sait d’où on part, on ne sait pas où on atterrit. Dans le passé d’anciens chefs du parti, de la centrale ? Dans des complicités, des dons, des invitations ? Dans la perte de mairies amies, de partenaires rentables ? Le très regretté secrétaire américain à la défense Donald Rumsfeld (hum!) avait énuméré deux degrés de difficulté devant l’inconnu. Il y a ce qu’on sait qu’on ne sait pas (ex: on ne sait pas combien l’ennemi a de missiles). Puis il y a ce qu’on ne sait pas qu’on ne sait pas (ex: on n’avait même pas pensé à demander s’ils avaient des missiles.) MM Arseneault et Charest ne savent pas ce qu’ils ne savent pas. C’est ce qui les tétanise. Michel Arseneault a la tâche ingrate d’hériter d’une situation qu’il n’a pas créée et qu’il a tenté de rectifier depuis son arrivée à la FTQ. Et il a raison d’évoquer la présomption d’innocence, toujours malmenée en ces affaires. Mais alors que sa centrale était dans la mire des enquêtes au printemps, l’extension du débat aux milieux municipaux et d’affaires relativise sa situation. Lorsqu’on parle des « fabulous fourteen » qui se partagent les contrats à Montréal, il n’est pas question d’un front commun intersyndical. (Quoiqu’on pense bien qu’aux réunions des Forteen, ils doivent entonner leur version de so-so-so-solidarité!). De plus, la diffusion, par Enquête de Radio-Canada, de la conversation bien épicée de jurons de son bras droit Richard Goyette affirmant que la mafia n’allait pas réussir à déloger Arseneault lui donnait le beau rôle, celui de l’Eliot Ness syndical tenant le fort contre les barbares. En rejetant la tenue d’une enquête publique, il a perdu ce crédit. La situation du premier ministre est cependant plus ardue que celle d’un chef de centrale. Il avait le choix, depuis cinq mois, de jouer les Eliot Charest et de réclamer lui-même cette commission, donc de se présenter comme l’homme qui allait faire place nette. Il aurait empoché, dans un premier temps, un grand crédit dans l’opinion et aurait pu, lorsque les témoignages et le rapport écorcheraient — potentiellement — certains de ses alliés, affirmer que c’est quand même lui qui avait fait le ménage. Ce moment est passé. Pour que son refus d’une commission soit payante, elle doit maintenant tenir dans le temps. C’est-à-dire qu’il doit être prêt à voir chuter sa popularité et celle de son gouvernement, à être perçu comme Al Charest, si cette question reste centrale — et il y a fort à parier qu’elle le restera, car la presse et l’opposition ont un os et les langues se délient. Il devra donc traverser cette tempête jusqu’à ce que plusieurs accusations émergent des enquêtes policières, lui donnant ainsi un argument: voyez, ça marche même sans commission. Cela ne marchera qu’à moitié, mais il calcule n’avoir besoin que de la moitié d’un argument.

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Jacques Chirac accusé

Il avait tout trafiqué pour que ça n’arrive jamais. Mais une juge d’instruction — cette race très française d’enquêteurs/procureurs que Nicolas Sarkozy veut faire disparaître — en a décidé autrement. Mais ce vendredi, pour la première fois dans l’histoire de la Ve république, un ancien président est renvoyé devant le tribunal pour « abus de confiance » et « détournement de fonds publics ». Il aurait commis ces actes alors qu’il était maire de Paris, en inventant des emplois fictifs pour y caser des amis du régime et du parti. Aussi inculpés: le petit-fils de de Gaulle, l’ancien secrétaire général de Force Ouvrière Marc Blondel, et plusieurs autres.Au pouvoir, Chirac a tiré toutes les ficelles pour nommer à des postes-clé à la justice des personnes soucieuses de fermer le dossier. Mais la juge d’instruction Xavière Simeoni, en fin de mandat, a décidé de partir avec un grand coup. Intéressant: les magistrats qui ont d’abord voulu fermer le dossier ont conclu qu’il y avait bien eu des irrégularités, mais que les faits étaient prescrits. Les autres, non-prescrits, trop difficiles à prouver. Ce n’est pas l’avis de la juge Simeoni. Ce sera maintenant au tribunal de juger. Pour plus d’infos, voir le texte du Monde.

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Lectures canadiennes: Trudeau au lit

Pour un vendredi après-midi, je vais parfois vous suggérer des sujets plus légers (avis aux visiteurs occasionnels: je vais les cacher sous la trompeuse catégorie « Choses sérieuses »). Pour ouvrir cette section, quoi de mieux qu’un retour sur les exploits sexuels du leader canadien le plus fascinant du dernier siècle: Pierre Trudeau. Une récente biographie, Just Watch Me, écrite par John English, comporte, selon Margaret Wente du Globe and Mail, « le récit le plus complet qu’on aura de la vie sexuelle de Pierre Trudeau ». Parmi ses conquêtes, Barbra Streisand, mais on le savait, Margot Kidder, la blonde de Superman, et, ce qui est plus impressionnant: Kim Cattrall. Ceux qui se sont tapés la récente série télé Trudeau en avait eu un avant-goût et furent sûrement révulsé d’apprendre qu’après avoir partagé le lit d’une femme mariée (interprétée par Suzanne Clément, au charme non négligeable), il refusa ensuite de la fréquenter durablement lorsqu’elle décida de quitter son mari. La raison ? Il était personnellement, fondamentalement opposé au divorce. Mais pas au batifolage. Margaret Wente, elle, aurait voulu, mais n’a pas consommé, comme elle l’écrit ici, dans un texte qui relate les morceaux les plus juteux du livre. .