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Lucien, Brian, Guy: Revenez ! Ils sont devenus fous…

C’était une blague. En juin, alors que nous parvenaient les premiers embruns du tsunami des scandales asphalto-municipaux, je plaisantais sur un retour possible de la commission Cliche, qui, rappelons-le pour nos jeunes lecteurs, avait fait le ménage dans l’industrie de la construction il y a 35 ans. Le juge Robert Cliche ayant rejoint le paradis des socia­listes (il était, à lui seul, le NPD Québec), restent dans le camp des vivants les commissaires Brian Mulroney et Guy Che­vrette, ainsi que le fougueux procureur Lucien Bouchard. Ils sont disponibles, ils aiment la bagarre et les flashs des appareils photo. Pourquoi ne pas les remettre à l’ouvrage ? Plus j’y pense, moins je trouve la chose fantaisiste. John Gomery, l’anglophone le plus populaire du Québec, a déclaré forfait : il n’est pas candidat à la présidence d’une nouvelle commission. Le champ est donc libre pour occuper le poste clé dans cette enquête, dont le déclenchement est, malgré les fortes réticences de Jean Charest, irréversible. (Le dépôt du rapport du vérificateur vient d’ajouter une piscine olympique à ce moulin.) Guy Chevrette ? Il avait été choisi comme l’un des commissaires de l’équipe Cliche en raison de ses racines syndicales : il était de la CEQ, la centrale des enseignants de l’époque. Son poste de PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec ne l’a pas rendu populaire chez les écologistes, mais là n’est pas la question. Son parcours ministériel au Parti québécois en a fait une figure populiste, l’homme du gros bon sens, et les sondages d’opinion le montraient toujours très populaire et crédible. Un atout face au désabusement ambiant. Lucien Bouchard ? Depuis qu’il a décidé d’écarter un retour en politique (seulement 41 % des Québécois avaient manifesté l’intention, dans un sondage mené en 2006, de voter pour lui s’il revenait — une misère), je suppute qu’il cherche une cause à la mesure de son talent. Sa probité est totale et on salive à l’avance d’enten­dre sa mauvaise humeur s’abattre sur les pauvres témoins suspects de corruption. Chevrette, Bou­chard : deux péquistes. Cela ferait beaucoup ? Bouchard, un « lucide », n’a jamais émis la moindre critique envers le gouvernement Charest, et ce dernier lui avait notam­ment donné le mandat de régler le conflit à la SAQ à la fin de 2004. Ce n’est donc pas un ennemi du gouvernement. Sa nomination consti­tuerait le gage d’indé­pen­dance de la commission. Ce qui relativise le cas le plus difficile : Brian Mulroney. Serait-il bien sage de confier à quelqu’un qui a reçu des enveloppes pleines d’argent comptant le mandat d’enquêter sur la corruption ? Dire « oui, car il s’y connaît » serait impertinent et méchant. Le problème est réel, peut-être insurmontable. Cependant, militent en faveur de Mulroney deux arguments forts. D’abord, le premier ministre Charest, tétanisé par les conséquences qu’aura cette enquête sur son avenir politique, a confiance en Mulroney. Avec lui, il serait au moins partiellement rassuré. Ensuite, Mulroney a complètement raté la tentative de réhabilitation politique qu’il préparait depuis 10 ans et dont son autobiographie devait être le socle. L’escroc Karlheinz Schreiber lui a gâché sa rentrée. Pour Mul­roney, la reprise d’un rôle-titre dans une grande commission d’enquête, écho de ses premiers jours de gloire, serait une occasion inespérée de se refaire une image. Vous me direz : cela ferait une commission un tantinet gérontocratique. Mulroney et Bouchard ont 70 ans, Chevrette 69. Notons qu’ils sont encore fringants et qu’en ces matières l’expérience compte. Avec ces trois-là comme commis­saires, il faudrait trouver un procureur plus jeune, aux dents lon­gues. (Moi ? Vous déraillez ! Que la commission m’engage pour rédiger les communiqués de presse et je me chargerai d’écrire le livre sur les dessous de l’enquête.) Non, je pense à quelqu’un qui « pose les vraies questions ». Paul Arcand (50 ans) serait parfait. Bou­chard a un jour dit de lui qu’il était « l’intervieweur le plus dangereux du Québec ». Avec cette équipe, la commission s’autofinancera en vendant les droits de retransmission télé au plus offrant. Reste un écueil, majeur : Mulroney et Bouchard, jadis grands amis, ne se parlent plus depuis bientôt 20 ans. Seul l’esprit de Robert Cliche aurait le pouvoir, de là-haut, de récon­cilier ces frères ennemis. (Chers internautes, vous venez de lire ma chronique du numéro courant de L’actualité.)

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Sarah Palin: l’Evita américaine ?

J’ajouterai peu de choses à la grande couverture dont a bénéficié la sortie du livre de Sarah Palin, Going Rogue. Je retiens le commentaire de Eugene Robinson, du Washington Post. Je vous traduits: «Aucune force au monde ne peut empêcher que Sarah Palin devienne notre propre version ‘diète’ d’Eva Perón– une légende glamour et tragique, moins la tragédie. Un jour, un brillant compositeur écrira une spectacle musical au sujet de sa vie et de son époque.» Il ajoute: «Vers la fin de sa vie, Eva Perón livra un discours fameux dans lequel elle promit: ‘Je reviendrai et je serai des millions !’ . Sarah Palin, notre Evita, est revenu — et elle empochera des millions!» Les parallèles s’arrêtent là. Evita avait son côté glamour mais elle s’était vraiment associée aux causes des déshérités argentins. Sarah se réclame des Américains ordinaires, mais sa croisade actuelle, par exemple, contre la réforme du système de santé démontre bien qu’elle n’a rien à cirer des quelque 40 millions d’Américains qui n’ont aucune couverture médicale. Jamais, elle ne parle de pauvreté ou d’aide aux déshérités. En ce sens, c’est une anti-Evita.

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Réplique amicale de JF Lisée à Pierre Dubuc

Hé, me dit un ami hier, Dubuc te critique ce matin ! Je réponds : Encore ! Bizarre, pourtant j’ai lu La Presse et je n’ai rien vu. Non, précise-t-il, pas Alain, Pierre. Ma curiosité est piquée. Pierre Dubuc contribue de manière constante et constructive depuis plusieurs années aux débats du mouvement souverainiste et social-démocrate. De plus, il a récemment noté que lui et moi étions d’accord sur la faute politique que constituaient les fusions municipales à Montréal. Je suis donc intéressé par son propos. Et doublement peiné de trouver ce que j’y trouve. Mais d’abord, un détour. Une de mes premiers billets sur mon blogue de L’actualité portait sur la polémique entre Denise Bombardier et Pierre Floglia. Extrait : Je suis cependant déçu, dans sa chronique fort bien écrite, d’avoir lu ceci au sujet des témoignages de lecteurs cités par Foglia. Mme B : Ce sont « des voix qui dérangent parce qu’elles disent tout haut des vérités qu’on n’entend jamais », écrit le chroniqueur. Or, voici ce que Foglia avait écrit : Des voix qui dérangent parce qu’elles disent tout bas des vérités qu’on n’entend jamais ? Que ce soit bien clair : pas une foutue seconde. J’ai donc un fort sentiment de Déjà Vu, à la lecture du billet, très moyennement argumenté, de Pierre d’hier. Il utilise la même technique que Mme B. Jugez-en. Il résume ainsi ma pensée : Pour nous montrer qu’il est prêt à la bagarre sur cette question, il écarte d’un geste impérial la réaction prévisible de la communauté anglophone dont il nous dit qu’elle sera « en furie ». Or voici ce que j’ai écrit : La communauté anglophone ne serait-elle pas en furie ? The Gazette et Alliance Québec, oui, c’est dans leur code génétique. Mais 61% des non-francophones y sont favorables, selon Léger Marketing, ce qui est considérable. Les parents anglophones sont aussi intéressés que leurs voisins francophones à voir leurs enfants bien maîtriser leur langue seconde. Bref, le contraire. Dubuc fait du Bombardier. Je me serais attendu à davantage d’honnêteté intellectuelle de la part de ce Dubuc-là. Pierre ne conteste pas que l’immense majorité des francophones, 76%, sont d’accord avec ma proposition. Mais il adopte la posture de l’avant-garde nationaliste, affirmant, et je cite, qu’il faut en matière linguistique « protéger contre eux-mêmes » nos pauvres concitoyens qui ne savent pas ce qui est bon pour eux. Il veut s’appuyer ensuite sur l’exemple de la loi 101. Il écrit : « Il fallait du courage au Dr Laurin et au Parti Québécois pour faire adopter cette loi dont ils savaient qu’elle serait impopulaire auprès d’une frange importante de l’électorat francophone. » En effet, il fallait du courage pour introduire un changement majeur, structurel, qui allait faire entrer dans les écoles primaires et secondaires francophones un grand nombre d’allophones et plusieurs anglophones – ceux arrivés après 1977 – avec les résultats positifs que l’on applaudit tous aujourd’hui. Laurin a mis un terme à la culture du repli et du refus d’accueillir l’autre dans nos institutions qui prévalait depuis des générations. Pierre applaudit, là, ce qui le traumatise dans ma proposition sur les Cégeps. C’est son opinion, respectable. Cependant il fait une erreur de fait que je lui souligne amicalement. Loin de « protéger contre eux-mêmes » les francophones, le Dr Laurin avait fait réaliser et publier des sondages qui montraient que plus des deux tiers des francophones étaient favorables au projet de loi 101, et cet appui ne s’est jamais démenti. Il n’était pas électoraliste pour autant. Mais en phase avec l’opinion. A méditer.

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Un réfugié dans la blogosphère: Jacques Brassard

Depuis qu’il a quitté la politique, l’ex-ministre péquiste Jacques Brassard est devenu le pendant de droite de VLB. De son Lac-Saint-Jean, il a lancé six ans durant, dans ses chroniques de l’hebdomadaire Le Quotidien, oukases et onomatopées contre l’internationale des gauchistes, écologistes, étatistes et poteux de tous acabits qui, à son avis, a pris le contrôle du Québec. C’est un peu le capitaine Haddock de la droite régionale québécoise.Il faut louer son courage. Être pro-Bush en pleine guerre d’Irak, de légalisation de la torture, cela prend du cran. Contester avec fougue que les terriens soient responsables du réchauffement climatique, cela prend du sang froid. Sur toutes ces questions je suis en désaccord avec Jacques dans 110% des cas — c’est une moyenne. Mais il a décidé de mettre un terme à sa chronique, écrit-il, car son éditeur était mécontent d’un texte où il dénonçait avec verve l’ascension médiatique de Steven Guilbeault. L’article, intitulé Mgr Guilbeault et que l’on peut lire ici, suinte la mauvaise humeur mais n’a rien de diffamatoire. Extrait: Il est à toutes fins pratiques le Professeur Tournesol attitré de Radio-Canada. Récemment, en zappant le matin ( ce qui m’arrive rarement ), je l’ai vu et entendu à l’émission Les Lionnes. Il pérorait sur le climat tout en dénigrant le PM Harper devant des Lionnes, douces comme des agneaux, en extase devant le  » guide spirituel  » et buvant comme du petit lait ses doctes et prétentieux avis. En fait, à ma connaissance, je n’ai jamais vu ce fat personnage sérieusement questionné et talonné par les animateurs-bureaucrates de la société d’État. Ces derniers ne sont toujours que des faire-valoir lui permettant de présenter sa salade sur la forêt où sur le climat. Jamais de questions embarrassantes qui risqueraient de mettre à nu les lacunes et les faussetés de sont bric-à-brac doctrinal. Parti des pages du Quotidien, Jacques se recase dans la blogosphère. Il s’est mis à son clavier le 11 novembre et ses fans peuvent l’y retrouver. Étant foncièrement favorable à la polyphonie, en démocratie, j’applaudis à cette nouvelle. Lorsque je n’aurai plus de café, je pourrai aller lire son dernier billet pour faire augmenter mon rythme cardiaque. Je signale l’arrivée d’une autre grande signature dans le cyberespace: Jacques Parizeau. Il a ouvert cette semaine un blogue chez son éditeur, où il discute, pour l’instant, de la teneur de son dernier livre. À suivre.

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L’ingrédient pour survivre à 2012 ? Eggnog !

Bon, je l’avoue, j’ai vu le film. Deuxième aveu: je ne me suis pas ennuyé un instant. Il faut dire que je suis assez bon public pour ce genre de choses. Les effets spéciaux de 2012 sont spectaculaires, l’intrigue, passable, le jeu des acteurs, compétent. On ne sait si le réalisateur se prend au sérieux ou en rajoute pour nous faire rire, mais lorsque tout fout le camp, (et, littéralement, TOUT fout le camp), le tremblement de terre de Rome provoque une fissure dans la chapelle Sixtine qui passe très précisément entre le doigt de Dieu et celui de l’homme. Sur la côte Est américaine, un tsunami insiste pour faire tomber le gigantesque porte-avion JF Kennedy exactement sur la Maison-Blanche. Le prétexte scientifique pour la destruction rapide de l’écorce terrestre est assez mince, mais la voici: les Mayas ont prévu une catastrophe pour la fin 2012 (c’est faux, mais passons). La catastrophe vient du fait qu’une activité solaire très forte en 2009 (inexistante) réchauffe l’écorce terrestre et provoque une rapide dérive des continents et un basculement des pôles. D’où tremblements, volcans, inondations. Aussi, les planètes sont alignés en 2012 (c’est faux) ce qui empire les choses, mais on ne dit pas exactement pourquoi. Le scénariste n’a pas introduit les autres cataclysmes courants sur internet: l’arrivée d’une grosse planète à proximité et de météorites. Chaque fois que je vois un film de science-fiction, je me délecte ensuite en allant lire ce qu’en écrit Phil Pait, un astronome qui tient le site badastronomy.com. Cinéphile, il explique ce qui est scientifiquement plausible et scientifiquement impossible dans les films de sci-fi (il ne peut y avoir de son d’une explosion dans l’espace, par exemple, erreur récurrente). Pour 2012, il nous conduit vers un texte et une entrevue de Don Yoemans, de la Nasa. Rabat-joie, Yoemans affirme que tout, dans le film, est faux. Tout de même, il se préparera le 21 décembre 2012, en achetant une bonne provision d’eggnog, pour les fêtes de Noël. Finalement, une bonne blague politique. Le 21 décembre 2012 arrivera un mois et quelques jours après la prochaine élection présidentielle américaine. Voyez la caricature ici.

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Cégeps français: la peur d’avoir peur

Plusieurs internautes, et plusieurs souverainistes, ont réagi favorablement à ma proposition de franciser le système collégial au Québec (voir Cégeps en français: un peu d’ambition, que diable !) Je les en remercie. D’autres ont soulevé des objections que ce billet va prendre de front. Ils sont essentiellement d’une même famille, la peur, et de trois ordres, la peur de perdre son âme, la peur de se faire manger et la peur de se laisser manger. Ce qui me frappe dans ces commentaires est la totale transparence avec laquelle ces peurs sont affichées. Nous sommes au cœur du malaise québécois. D’abord, s’exprime la crainte de perdre son âme. Il y a confusion, comme toujours, sur un terme: bilinguisme. Je propose que tous les Cégeps donnent à tous leurs étudiants les trois quarts des cours en français, un quart en anglais. Une révolution pour les Cégeps anglophones, mais une simple réforme pour les Cégeps francophones de Montréal. Au Cégep du Vieux-Montréal, par exemple, les mêmes étudiants qu’aujourd’hui, pour l’essentiel, suivraient les mêmes cours qu’aujourd’hui mais auraient une session intensive en anglais, comme certains étudiants du secondaire en ont déjà, dans certaines commissions scolaires. Aucun Cégep francophone ne deviendrait « bilingue », sauf à désigner ainsi les polyvalentes qui donnent ces sessions intensives. Pourtant, l’idée même d’introduire cette session traumatise certains souverainistes qui y voient, par pur réflexe de Pavlov, le spectre de la bilinguisation de leurs institutions. La proposition agit, pour quelques-uns, comme s’il pleuvait de l’ail en Transylvanie. Ensuite s’exprime la peur de se faire avaler, donc de voir arriver dans les Cégeps français davantage d’allophones (il y en a déjà beaucoup) et d’anglophones (ils sont un certain nombre). Ces critiques savent que les francophones seraient massivement majoritaires dans leurs Cégeps où les cours seraient donnés essentiellement en français. N’empêche. Le blogueur Louis Préfontaine présente ici l’argument que j’ai aussi entendu de vive voix à quelques reprises depuis lundi: En clair : ce n’est pas en mettant ensemble un renard minoritaire avec des poules majoritaires que le renard se mettra à picosser le grain ! Les Québécois se sont habitués à se sentir inférieurs face à l’anglais, habitués à reculer devant l’anglais, habitués à considérer l’apprentissage de cette langue étrangère comme la huitième merveille du monde. Vous avez bien lu. Préfontaine, et j’ajoute qu’il n’est pas seul, croit que s’il y a quatre francophones pour un anglophone dans un Cégep francophone, le « renard » va l’emporter sur les poules. Le sentiment — non, le comportement d’infériorité des francophones est présumé, tenu pour acquis. Comme le personnage de Léolo qui fait, en vain, de la musculation pour ne plus subir les claques des bums anglos, les jeunes adultes québécois majoritaires s’écraseraient. Si telle est la lecture que l’on fait de la vitalité francophone de la nouvelle génération rien, mal alors rien, n’est dès lors envisageable. Vient finalement la peur, corollaire, de se faire avaler. Il tient au danger que représenterait un enseignement conséquent de l’anglais, en soi.Un internaute, parmi d’autres, écrit: Demander au francophones (de partout au Québec!) de suivre leurs cours à 25% en anglais c’est GARANTIR notre cajeunisation! Les francophones de Montréal parlent déjà l’anglais dès que cela leur est possible, Montréal est DÉJÀ une ville bilingue et vous proposez d’accélérer le processus d’anglicisation? Il y a encore, dans cet argument, la certitude que si les jeunes Québécois acquièrent, comme ils le désirent massivement (y compris 70% dans la région de Québec) une bonne connaissance de l’anglais, ils s’assimileront rapidement. C’est comme s’ils n’avaient pas de colonne vertébrale identitaire. Et qu’il fallait donc les empêcher de devenir aussi bons en anglais que, disons, au hasard, René Lévesque, Jacques Parizeau, Pierre Bourgault, Bernard Landry et l’immense majorité des dirigeants souverainistes, jeunes et vieux. Il arrive que le critique se tire un argument dans le pied, comme le fait sur le site souverainiste Vigile, Frédéric Lacroix : Quel problème M. Lisée essaie-t-il de résoudre en forçant tous les étudiants à suivre 25% de leurs cours en anglais ? La connaissance « limitée » de l’anglais des jeunes Québécois francophones ? Le bilinguisme anglais-français des jeunes Québécois francophones atteint déjà des sommets inégalés dans l’OCDE. Effectivement, la volonté des Québécois de connaître l’autre langue du continent est telle que, malgré les ratés du système d’éducation à cet égard, ils arrivent cahin-caha à l’apprendre. C’est donc que toute tentative de les en empêcher est non seulement politiquement fautive, mais vouée à l’échec. C’ette peur viscérale de l’anglais, heureusement peu répandue chez les jeunes souverainistes, explique « l’angle mort » d’une frange des souverainistes dans leur combat pour étendre simplement la loi 101 aux Cégeps. Le fait est que cette mesure serait punitive pour les francophones, en leur interdisant l’option du Cégep anglophone pour compenser la faiblesse de l’enseignement de la langue seconde au secondaire. Cela aurait pour effet de mécontenter une part de l’électorat francophone autrement sympathique au PQ, même celle, majoritaire, qui ne compte pas utiliser ce droit. Depuis plus d’un an, le PQ a réussi le tour de force de se placer du bon côté du débat sur la laïcité, sur les accommodements, sur le français au travail et dans les écoles passerelles, sur la citoyenneté. Chaque fois, le PQ y retrouve la majorité des francophones. Mais s’il devait succomber à la peur et punir les francophones désireux d’apprendre l’anglais, il s’auto-pelure-de-bananiserait, pour reprendre l’expression fétiche de Jacques Parizeau. Un dernier mot sur le fait que, obnubilés par ces peurs, certains critiques — pas tous — refusent de voir le gain linguistique majeur que constituerait la francisation des institutions collégiales de notre minorité. Comme quoi la peur rend parfois aveugle.

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Cégeps français : le pavé dans la mare

Je ne vous apprends rien si je vous dis que j’aime lancer des pavés dans la mare. Ma théorie générale à ce sujet est la suivante: si on lance suffisamment de pavés, et aux bons endroits, on finira par pouvoir marcher dessus et traverser la mare, à sec. Cette intro pour dire que mon billet d’hier — Cégeps français: un peu d’ambition, que diable ! — a fait un certain nombre d’éclaboussures. Fervent du service après vente, j’assure donc le suivi. Aujourd’hui: les arguments issus d’un point de vue canadien, émis par ma collègue blogueuse Chantal Hébert. Demain: les arguments de certains souverainistes (mais: une bande annonce en fin de ce billet). D’abord, à toute seigneure tout honneur, ma collègue blogeuse Chantal Hébert — dont je suis un admirateur impénitent — avance deux arguments pour gâter ma sauce. D’abord un argument constitutionnel: À sa face même, l’idée qu’on pourrait instaurer un régime linguistique à prédominance francophone dans l’ensemble du réseau collégial québécois et prétendre malgré tout satisfaire à l’article 23 en maintenant un droit de gestion anglophone dans les Cégeps qui dispensent actuellement leur enseignement exclusivement en anglais a autant de chances de tenir la route dans le cadre constitutionnel actuel que le fantasme de bon nombre d’intellectuels canadiens de voir Ottawa se doter d’un ministère pour prendre l’éducation “nationale” en main. Je tremble toujours à l’idée de contester une affirmation de Chantal sur des questions fédérales, mais après vérification avec des constitutionnalistes de mes amis, l’article 23 de la constitution est extrêmement clair: elle ne porte que sur l’éducation primaire et secondaire. Pas un mot sur l’enseignement post-secondaire. Jugez vous-mêmes: 23. (2) Les citoyens canadiens dont un enfant a reçu ou reçoit son instruction, au niveau primaire ou secondaire, en français ou en anglais au Canada ont le droit de faire instruire tous leurs enfants, aux niveau primaire et secondaire, dans la langue de cette instruction. Il faudrait vraiment que les juges de la Cour suprême triturent et travestissent ce libellé (que Trudeau avait calqué sur celui de la loi 101 pour y inclure les canadiens) et qu’ils fassent un détour pour interdire l’application de la réforme proposée. Or il m’est avis que la Cour a, très souvent, eu la sagesse politique de savoir ne pas aller trop loin dans son travail d’atténuation de la loi 101. Il est vrai cependant qu’elle semble avoir oublié cette sagesse dans son récent jugement, unanime et erroné, sur les écoles passerelles. Chantal, dans un second billet en une journée (je pense que je l’intéresse vraiment!), ajoute un argument politique pour expliquer en quoi la Cour serait si dure: […] dans le cadre de cette proposition, le Québec serait la seule province au Canada où une minorité de langue officielle n’aurait pas le droit d’être éduquée dans sa langue du début à la fin de son parcours pré-universitaire. […] L’asymétrie entre la situation des anglo-québécois et celles des francophones hors-Québec qui résulterait de la proposition de Jean-François Lisée serait difficilement tolérable sur le plan politique. Elle aurait toutes les chances d’être vue par les tribunaux comme un stratagème pour contourner les obligations du Québec à l’égard de sa minorité anglophone. Une remarque. Les mots «pré-universitaire» dans cette citation sont bien choisis. Des écoles françaises primaires et secondaires sont en effet présentes dans toutes les provinces, mais les francophones de Terre-Neuve, de l’Ile du Prince Édouard (on est prêt à faire exception pour sa petite taille) et de Colombie-Britannique n’ont pas d’université francophone (un programme bilingue, embryonnaire, existe à SFU, à Vancouver). Donc il n’y a pas réelle symétrie dans l’ensemble du parcours. Cependant, les provinces anglophones n’ont pas de Cégep, une invention québécoise. Il faudrait donc que la Cour assimile le Cégep à la fin de l’enseignement secondaire, contredisant ainsi toute l’histoire récente de l’éducation au Québec. Ou alors qu’elle invente le principe de l’éducation «pré-universitaire». Mais elle ne pourrait invalider la réforme que pour l’enseignement général, pas le technique. Dans tous les cas, elle devrait créer un précédent dans le seul but de bloquer la réforme. Je m’en remets à la lecture de Chantal pour la réception politique de la mesure au Canada anglais. Mais bonne chance à la Cour pour l’atterrissage politique d’un tel blocage au Québec. Je n’y avais franchement pas songé, ma lecture de l’article 23 étant nette. Mais si Chantal a raison, ce serait peut-être la crise que M Parizeau appelait de ses voeux. Le fait que la cour interpréterait ainsi une constitution que nous n’avons pas signée, à travers les yeux de juges dont le processus de nomination nous échappe, n’arrangerait rien à l’affaire. Mais elle illustrerait les limites de cette égalité et symétrie factice introduite à notre corps défendant par Pierre Trudeau dans la loi fondamentale du pays. La langue minoritaire du pays et du continent, le français, y est traitée à égalité avec la langue majoritaire du pays et du continent, l’anglais. Comme si l’une et l’autre présentait la même fragilité. Or n’importe quel Martien débarqué au Canada à n’importe quel moment du dernier demi siècle voit bien qu’une langue est fragilisée, l’autre en pleine expansion. Les statistiques récentes sur la décrue du français langue maternelle et langue d’usage à Montréal et dans la région métropolitaine appelle une action résolue et multiforme pour renverser la vapeur. Les Cégeps à prédominance du français en est une, majeure. Le déclin de l’anglais à Toronto et à Winnipeg n’est pour l’instant pas apparue sur l’écran radar de Statscan. À ces endroits, le réseau minoritaire — francophone — n’exerce aucune attraction sur les allophones. (En fait, ces écoles n’arrivent à attirer qu’une fraction des francophones ayant le droit de s’y inscrire). Ensuite, à ces endroits, les francophones formés dans leurs propres écoles s’insèrent naturellement, immédiatement, dans la langue d’usage anglophone du reste de la société. Rien à voir avec les niveaux d’anglais langue de travail et de transferts linguistiques vers l’anglais enregistrés au Québec. Un mot sur la plomberie. Chantal, qui, je veux le préciser, me donne raison sur certains points, se demande si nous aurions «la capacité de fournir un enseignement de qualité en anglais dans toutes les matières au programme du niveau collégial», donc dans le quart des cours que les francophones suivraient pendant leur session intensive d’anglais en fin de Cégep. Où trouverait-on ces profs anglophones ? Dans les Cégeps anglophones où ils enseignent actuellement, et où leur charge d’enseignement se trouverait réduite des trois quarts, puisque leurs étudiants auraient aussi les trois quarts de leurs cours en français. Il s’agit d’un problème de réaffectation des effectifs sur la région montréalaise. Mais, par définition, et bien plus qu’au secondaire, les ressources sont disponibles. Demain: les arguments de certains souverainistes. Avec cette bande annonce surprenante, tirée des pages 231-232 du dernier livre de Jacques Parizeau: L’interdiction de l’accès aux cégeps [anglophones] aux enfants d’immigrants me paraît assez compliquée à appliquer à des étudiants majeurs. Quant à supprimer les cégeps anglophones… ça ne me paraît pas réaliste. Il doit y avoir moyen, cependant, de mieux préparer leurs étudiants à travailler en français. Je ne sais pas ce que pense M. Parizeau de ma proposition. Il ajoute d’ailleurs ensuite que des changements majeurs en ce domaine ne peuvent se faire «tant que l’expression de la ferme volonté de faire du français la langue non seulement commune mais nécessaire ne s’est pas manifestée». Les Cégeps de la prédominance du français, n’abolissant pas les Cégeps anglophones mais modifiant leur régime pédagogique, seraient, à mon humble avis, l’expression ferme d’une Assemblée nationale dont le parti majoritaire aurait été élu avec cette proposition dans sa plateforme. Donc l’expression ferme de l’électorat.

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Après le jour du Souvenir, le jour des souvenirs

Vous avez survécu comme moi, la semaine dernière, aux célébrations annuelles du jour du souvenir. Loin de moi l’idée de dénigrer cette commémoration. Se concentrer, un jour par année, aux sacrifices de toute une vie donnée — parfois, comme en 45, pour une victoire significative, parfois, comme en Corée, en pure perte — par nos compatriotes est la moindre des choses. Mais la journée, comme celle d’un deuil, est forcément unidimensionnelle. Avec quelques jours de recul, mon collègue Michel Fortmann m’a offert une entrevue où il casse nos mythes en plusieurs dimensions. Comment survivent nos dates historiques — Vimy, Juno Beach, Dieppe — lorsque relues à travers les yeux des autres. Quinze minutes fascinantes, ici.

Politique

Écarts électeurs

Circonscription électorale—————Élec 30/11/2007————–ÉCART %——-Élec 31/07/2009————–ÉCART %——–Masson60,76234.4%65,04340.8%Chambly59,94732.6%61,84633.8%Fabre58,59129.6%60,80531.6%Prévost57,89628.1%60,10230.1%La Prairie56,73525.5%59,03027.7%Terrebonne56,25524.4%58,74827.1%Blainville56,14224.2%58,73527.1%L’Assomption57,12426.4%58,67027.0%Drummond56,93926.0%58,62226.9%Châteauguay56,25624.4%58,26326.1%Vimont55,74423.3%58,15625.9%Chomedey55,02621.7%57,28124.0%Saint-Jean55,46822.7%57,14023.7%Taillon55,77623.4%56,62822.6%Orford54,12319.7%56,61122.5%Shefford55,22122.2%56,60622.5%Papineau54,69521.0%56,57422.4%Mille-Îles55,08121.8%56,55422.4%Vanier54,08719.6%56,20421.6%La Pinière53,59218.5%56,08721.4%Rousseau52,80416.8%56,01621.2%Berthier53,77819.0%55,20919.5%Bertrand53,22517.7%54,91418.8%Montmorency52,73916.7%54,73918.5%Chauveau52,40715.9%54,65818.3%Nelligan52,92117.1%54,59818.2%Chapleau52,99217.2%54,27217.5%La Peltrie52,56816.3%53,88916.6%Vaudreuil50,00710.6%52,90914.5%Chutes-de-la-Chaudière51,59514.1%52,85114.4%Saint-Henri-Sainte-Anne51,26413.4%52,78514.2%Joliette51,07613.0%52,70814.1%Saint-Laurent51,12613.1%52,66314.0%Marguerite-D’Youville51,40613.7%52,40013.4%Lévis50,73312.2%52,23513.0%Charlesbourg50,84712.5%52,08312.7%Rosemont51,88514.8%51,80212.1%Brome-Missisquoi50,23411.1%51,73312.0%Louis-Hébert51,52914.0%51,55711.6%Mirabel47,8145.8%51,49011.4%Robert-Baldwin50,30911.3%51,32211.1%Maskinongé49,5399.6%50,5309.4%Gatineau48,8588.1%50,3549.0%Saint-Hyacinthe49,1738.8%50,1408.5%Arthabaska48,9158.2%50,1248.5%Marquette49,0748.6%49,7317.6%Groulx48,9068.2%49,6297.4%Laval-des-Rapides48,4297.1%49,1986.5%Pontiac45,9821.7%48,7535.5%Jean-Lesage48,1456.5%48,7375.5%Acadie48,3016.8%48,7065.4%Jeanne-Mance-Viger48,2016.6%48,6995.4%Sherbrooke48,3747.0%48,5855.1%Jacques-Cartier47,4485.0%48,5035.0%Bourassa-Sauvé49,1578.7%48,3744.7%Hull48,1976.6%48,1754.3%Bourget47,1034.2%47,9473.8%Champlain46,9813.9%47,7063.2%Iberville45,7801.3%47,6533.1%Verdun46,5873.1%47,4212.6%Beauce-Sud46,5112.9%47,1041.9%Laurier-Dorion46,3452.5%46,9901.7%Taschereau47,1464.3%46,7881.3%Crémazie46,7793.5%46,7401.2%Deux-Montagnes45,5760.8%46,5300.7%Marguerite-Bourgeoys46,3202.5%46,3690.3%Chicoutimi46,1142.0%46,155-0.1%Labelle45,3630.3%46,101-0.2%Laporte45,5430.7%45,966-0.5%Saint-François45,151-0.1%45,877-0.7%Portneuf44,424-1.7%45,800-0.9%Vachon44,833-0.8%45,724-1.0%Huntingdon44,133-2.4%45,429-1.7%Verchères43,674-3.4%45,215-2.1%Roberval44,827-0.8%44,869-2.9%Jonquière43,964-2.7%44,668-3.3%Anjou44,683-1.2%44,641-3.4%Johnson43,485-3.8%44,274-4.2%Beauharnois43,580-3.6%44,131-4.5%Borduas41,806-7.5%43,951-4.9%Soulanges41,516-8.2%43,711-5.4%Rimouski43,110-4.6%43,657-5.5%Gouin43,057-4.8%43,321-6.2%Rouyn-Noranda-Témiscamingue42,634-5.7%43,278-6.3%Sainte-Marie-Saint-Jacques41,710-7.7%42,504-8.0%Lac-Saint-Jean41,505-8.2%42,178-8.7%Mont-Royal41,491-8.2%41,815-9.5%Viau41,954-7.2%41,813-9.5%Argenteuil39,979-11.6%41,747-9.7%D’Arcy-McGee40,749-9.9%41,219-10.8%Hochelaga-Maisonneuve40,489-10.4%41,029-11.2%Richelieu40,587-10.2%40,902-11.5%Mercier40,442-10.5%40,797-11.7%Pointe-aux-Trembles40,321-10.8%40,790-11.7%Outremont39,893-11.8%40,652-12.0%Marie-Victorin40,778-9.8%40,610-12.1%Beauce-Nord39,694-12.2%40,437-12.5%Jean-Talon40,159-11.2%40,210-13.0%Notre-Dame-de-Grâce39,025-13.7%40,083-13.3%LaFontaine39,185-13.3%39,839-13.8%Westmount-Saint-Louis39,611-12.4%39,606-14.3%Dubuc37,412-17.2%38,272-17.2%Trois-Rivières37,747-16.5%38,266-17.2%Duplessis36,665-18.9%37,251-19.4%Richmond36,254-19.8%36,752-20.5%Saint-Maurice36,432-19.4%36,671-20.6%Nicolet-Yamaska34,498-23.7%35,095-24.0%Bellechasse34,542-23.6%34,962-24.3%Lotbinière33,980-24.8%34,706-24.9%Kamouraska-Témiscouata34,426-23.8%34,462-25.4%Mégantic-Compton33,706-25.4%34,336-25.7%René-Lévesque34,341-24.0%34,250-25.9%Rivière-du-Loup33,843-25.1%34,190-26.0%Laviolette34,213-24.3%34,162-26.1%Abitibi-Est33,180-26.6%34,021-26.4%Charlevoix33,156-26.7%33,537-27.4%Frontenac33,285-26.4%33,299-27.9%Abitibi-Ouest32,585-27.9%33,081-28.4%Montmagny-L’Islet32,057-29.1%32,028-30.7%Matapédia29,773-34.1%29,906-35.3%Bonaventure28,908-36.1%29,310-36.6%Matane27,904-38.3%27,912-39.6%Gaspé27,569-39.0%27,602-40.3%Ungava23,819-47.3%24,169-47.7%Îles-de-la-Madeleine——————–10,600——-76.6%——10,785——-76.7%——TOTAL5,650,910 5,776,048 MOYENNE45,207 46,208 ÉCART MAXIMUM (+ 25%)56,509 57,760 ÉCART MINIMUM (- 25%)33,905 34,656 Produit parJocelyn Giguère Service de la division territoriale 25/09/2009