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Être ou ne pas être à l’avant-scène

Le chef libéral Michael Ignatieff est-il trop discret cet été ? La réponse n’est pas évidente. À preuve, ce débat entre stratégistes dans le site du Globe and Mail. Aucun ne parvient à donner une réponse définitive à cette question et le chef de cabinet de l’ancienne chef néo-démocrate Audrey McLaughlin, Leslie Campbell, décrit bien la difficulté de viser juste.

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Camp d’été pour députés

Chaque été, les différents partis réunissent leurs caucus pour préparer la session parlementaire à venir. Ces rencontres servent à projeter une image d’unité et de force et ont lieu, généralement, dans une région que le parti espère conquérir. Les conservateurs sont toujours les premiers à se jeter à l’eau et c’est le cas encore cette année. Ils semblent cependant avoir perdu leurs visées conquérantes. L’an dernier, quand ils rêvaient encore du Québec, ils s’étaient réunis à Lévis. Cette fois, ils se contentent d’Ottawa. Y rester serait-elle leur seule ambition ? Il faut croire que non, puisque les organisateurs et candidats à la prochaine élection se sont joints aux députés et sénateurs, hier, pour deux jours de formation électorale, dans un hôtel du centre-ville d’Ottawa. Les parlementaires resteront ce soir pour casser la croûte à la résidence d’été du premier ministre Stephen Harper et se réuniront, demain, au Parlement. Cette fébrilité électorale n’est pas limitée aux conservateurs. Les libéraux ont accéléré la cadence pour choisir le plus grand nombre de candidats avant la fin de l’été. En Ontario, où ils espèrent faire des gains sur les conservateurs, les dirigeants du parti ont écrit à leurs associations locales pour qu’elles arrêtent leur choix d’ici septembre. Les libéraux ont aussi prévu tenir leur caucus préparatoire dans cette province, à Sudbury plus précisément, et comme à l’habitude, il aura lieu à la fin de l’été, soit du 30 août au 2 septembre. Les néo-démocrates ne sont pas en reste. Le chef Jack Layton est à Edmonton aujourd’hui pour assister à deux assemblées de mise en nomination. Le caucus a aussi choisi cette ville pour sa réunion de septembre. Le choix d’Edmonton n’est pas anodin. Le parti y a fait une percée lors de la dernière élection et il compte bien conserver le seul siège arraché aux conservateurs en Alberta. Le NPD prendra aussi soin de son front « est » avec son congrès national, qui aura lieu à Halifax du 14 au 16 août. Le Bloc québécois se fait plus discret. Ses députés continuent sans faire de vague leur tournée du Québec qui se terminera cette semaine. Le chef Gilles Duceppe prendra le relais, comme il le fait chaque année, durant tout le mois d’août. Puis, immédiatement après la fête du Travail, le caucus se réunira à Québec, une région où les bloquistes aimeraient bien reprendre quelques sièges passés aux mains des conservateurs en 2006.

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Rame, rame pour un petit don

On a l’habitude d’entendre parler d’expédition en canot, vélo ou ski de fond pour venir en aide à une bonne cause. Et souvent, ça marche, l’empathie ayant le dessus. Il est difficile de croire qu’un parti politique puisse faire la même chose et attirer des dons d’autres personnes que ses militants et partisans. C’est pourtant le pari original et inusité du directeur général du Parti libéral du Canada, Rocco Rossi, âgé de 47 ans. Il a entrepris jeudi la descente du canal Rideau à bord de son kayak. Il veut ramer de Kingston à Ottawa pour amasser des fonds pour son parti et «aider Michael Ignatieff à devenir le 23e premier ministre du Canada». Il a choisi le canal Rideau parce qu’il compte 23 écluses et il demande des dons de 23 $, ou un multiple de ce chiffre. Et il veut que ça se sache. Il tient un blogue, multiplie les bulletins dans Twitter et Facebook et alimente le site Web du parti. Rocco Rossi est un pro des levées de fonds et c’est la principale raison pour laquelle Michael Ignatieff l’a recruté l’hiver dernier. Il était alors le pdg de la Heart and Stroke Foundation de l’Ontario, où il avait fait sa marque en amassant des sommes record, souvent grâce à des prouesses athlétiques personnelles. Il a, par exemple, passé une fin de semaine à grimper les marches d’édifices à bureau de Toronto, jusqu’à atteindre l’équivalent du Mont Everest. Mais il le faisait pour une cause qui, pour dire le moins, tient à cœur à beaucoup de gens. Mais le Parti libéral ?

Victoire épique de Shawn Atleo Politique

Victoire épique de Shawn Atleo

Le nouveau chef national a été élu, jeudi, à Calgary, au terme de la plus longue élection de l’histoire de l’Assemblée des Premières Nations du Canada. Il s’agit de Shawn A-in-chut Atleo, chef régional de l’APN de la Colombie-Britannique et chef héréditaire de la Première Nation Ahousaht.

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Où est Michael ?

Depuis son passage à Londres, le 8 juillet, pour prononcer un discours sur le libéralisme qui a eu très peu d’écho au Canada, on n’a plus vu le chef libéral Michael Ignatieff en public. Et au Québec, on en a entendu parler pour la dernière fois le 10 juillet, après que le premier ministre Stephen Harper l’eut attaqué en marge du sommet du G8. La seule réaction du chef libéral : un communiqué et une réplique de son député Bob Rae. Cela contraste avec le scénario du début de l’été. Entre la fin de la session parlementaire, le 19 juin, et son discours à Londres, Michael Ignatieff était beaucoup plus facile à trouver. Célébrant la Fête nationale à Québec et à Saint-Georges. Participant au défilé de la fierté gaie à Toronto. Servant des crêpes au Stampede de Calgary. Puis il y a eu Londres. Puis rien. À part deux brefs messages sans conséquence sur le site Twitter, le chef libéral est invisible depuis deux semaines. Son bureau affirme pourtant que depuis son retour, Michael Ignatieff n’a cessé de travailler, d’assister à des réunions et de rencontrer des gens. C’est qu’il a un programme à peaufiner, M.Ignatieff. L’attitude de Michael Ignatieff tranche avec celle déjà adoptée par d’autres chefs de l’opposition sur le point d’affronter l’électorat. Après s’être effacé durant l’été 2004, ce qui lui avait valu un flot de critiques, Stephen Harper était sorti de sa réserve l’été suivant pour sillonner le pays et rencontrer les Canadiens. Cela ne l’avait pas empêché de préparer son programme, son organisation et la campagne de 2005-2006, d’où il était d’ailleurs sorti gagnant. Jean Chrétien avait fait le même pari avant lui. Le retrait de Michael Ignatieff de l’arène publique, pour un temps aussi court soit-il, n’est pas sans conséquence. Le chef libéral n’est pas accessible pour répondre aux questions des médias. Ses députés se démènent pour réagir aux dossiers de l’heure, faire des tournées, participer à des fêtes locales, mais ça ne remplace pas le chef. Faire le tour des fêtes estivales et des barbecues n’est pas, pour un chef de l’opposition, une occasion pour s’empiffrer, mais pour être sur le terrain en vue d’une éventuelle élection. À une période de l’année où le gouvernement a toute l’attention des médias. Les conservateurs, eux, en profitent. Non seulement ils s’offrent des conférences de presse pour annoncer un même projet plusieurs fois mais ils convoquent aussi les médias pour «célébrer les progrès accomplis dans le cadre de projets». C’est exactement ce que fera aujourd¹hui le ministre de l’Industrie, Tony Clement, au collège de Red Deer, en Alberta, collège qui a reçu des fonds du programme d’infrastructure du savoir. L’entourage de Michael Ignatieff assure que le chef libéral sera sur le terrain dès le début d’août, avec une visite à Matane et Gaspé, suivie d’une tournée du pays. Il n’arrêtera plus jusqu’à la reprise des travaux parlementaires. On saura où le trouver, le défi sera de le suivre.

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Denis Coderre dans le firmament de Laflaque

Le libéral Denis Coderre sait y faire pour ne pas passer inaperçu, même en été. Lieutenant québécois de Michael Ignatieff, il est de toutes les assemblées de mise en candidature qui ont lieu cet été, ce qui lui vaut quelques lignes dans les médias locaux. Il est celui qu’on appelle en renfort pour commenter l’actualité, ce qui lui permet de se faire voir et entendre dans les médias nationaux. Sur Facebook, il trouve le temps, même s’il est en ce moment en voyage au Moyen-Orient, de suivre ce qui se passe au Canada, de transmettre ses vœux d’anniversaire à ses amis et même de prendre connaissance du cadeau inestimable que vient de lui faire le caricaturiste Serge Chapleau : devenir un nouveau personnage de Et Dieu créa… Laflaque. Chapleau en a fait l’annonce, hier soir, à l’émission Bons baisers de France, et a décrit avec une grande justesse le député de Bourassa. P.S. Je le croyais en vacances, mais le conservateur Jacques Gourde a récidivé sur Facebook, hier après-midi, avec d’autres photos de sa participation à des annonces faites au nom du gouvernement.

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Les marmottes politiques

La possibilité d’élections à l’automne fouette les ardeurs de quelques députés fédéraux. Certains, qui avaient cessé de se manifester dans le réseau Facebook une fois les élections 2008 passées, y font un retour. Un exemple ? La ministre des Ressources naturelles, Lisa Raitt. Après un silence qui durait depuis le 10 octobre 2008, voilà qu’elle ne cesse, depuis mardi, d’alimenter sa page Facebook. Pour nous dire qu’elle a participé au lancement de Caribana, à Toronto, ou surveillé ses enfants jouer au parc. Hier, elle évoquait brièvement deux annonces qu’elle a faites au nom du gouvernement. Et aujourd’hui, elle lançait une invitation à un BBQ, organisé au profit de la société de protection des animaux de sa circonscription. On se demande si ce genre de présence sur Facebook en vaut la chandelle, et j’y reviendrai à une autre occasion, mais certains semblent vraiment y croire. Le libéral Denis Coderre y est omniprésent. Il y mitraille souvent plusieurs messages par jour. Le bloquiste Claude Bachand, lui, tient ses « amis » fidèlement informés de ses allées et venues. La scène politique «facebookienne» est toutefois relativement tranquille depuis deux semaines, l’été restant l’été. La plupart des députés membres ont visiblement décidé de recharger leurs batteries. Ainsi, le site du député bloquiste Bernard Bigras est silencieux depuis le 5 juillet. Celui du conservateur Jacques Gourde l’est depuis le 7 juillet. En fait, depuis qu’il a affiché des photos de la coupe Stanley, et de lui, de passage à une fête à Saint-Apollinaire. Ah, la politique…

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La chanson des élections

Le ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn joue du violon au Bloc québécois. Il veut le convaincre d’empêcher les libéraux de défaire le gouvernement au début d’octobre. Sa raison : le danger de voir les élections fédérales suivre d’une semaine à peine les élections municipales au Québec. Il y a peu de chance que cela suffise à faire taire les tambours électoraux. En vertu de l’accord conclu entre Stephen Harper et Michael Ignatieff, le gouvernement doit, le 28 septembre, faire rapport sur l’assurance-emploi et l’économie et accorder une journée d’opposition aux libéraux entre le 30 septembre et le 6 octobre. Durant une journée d’opposition, le parti qui pilote le débat met aux voix une motion. Les libéraux pourraient décider d’en présenter une invitant la Chambre à retirer sa confiance au gouvernement. Si les néo-démocrates et les bloquistes les suivaient, le gouvernement serait défait. Cela voudrait dire des élections le 9 ou le 16 novembre. Le NPD a déjà dit qu’il ne donnerait jamais sa confiance aux conservateurs et le Bloc répète que ce n’est pas le calendrier mais la teneur de la motion qui dictera son vote. Jean-Pierre Blackburn chante qu’il serait mieux d’attendre au printemps et le prochain budget. C’est pourtant le même ministre qui défend la décision du gouvernement de lancer une campagne publicitaire tous azimuts pour un de ses programmes les mieux connus, le crédit pour la rénovation domiciliaire. Il prétend que cette publicité, qui sera envoyée dans 3,5 millions de foyers en septembre, n’a rien à voir avec de possibles élections. Ça tombe drôlement bien cependant. On connaît la chanson et elle a des airs d’élections.

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Le déficit, comme un moustique

Un moustique tenace rend l’été irritant pour Stephen Harper. Il s’agit du directeur parlementaire du budget, Kevin Page, qui a publié un rapport d’étape mettant en doute les prévisions de déficit des conservateurs. Si ces derniers pensaient que le moustique ne les embêterait que durant une journée ou deux, ils se sont bien trompés. Les libéraux se sont assurés d’ébruiter l’affaire dès qu’ils l’ont pu, brisant même l’embargo qu’ils avaient eux-mêmes demandé. La tactique est connue et fréquente en été. Quand le gouvernement risque de dominer les nouvelles, grâce, entre autres, à un voyage du premier ministre à l’étranger, l’opposition déploie des trésors d’imagination pour détourner l’attention et le faire mal paraître. Il faut savoir que Kevin Page s’est battu pendant des mois pour avoir le droit de publier ses rapports dès qu’ils sont prêts. Mais le directeur de la bibliothèque du Parlement, de qui il relève, lui imposait de respecter la tradition et de remettre d’abord le rapport aux députés qui en avaient fait la demande – dans ce cas-ci, le comité des finances. Un comité parlementaire s’est penché sur la question et a conclu, il y a seulement trois semaines, qu’il en demeurerait ainsi. Or, même si le porte-parole libéral en matière de Finances, John McCallum, a demandé un délai de deux jours entre la remise du rapport au comité des finances et la publication du rapport par M. Page, le bureau de son chef a coulé le document à plusieurs journalistes dès qu’il l’a obtenu la semaine dernière. Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a été forcé d’y réagir. Puis, quand le document est devenu officiellement public, 48 heures plus tard, ce fut au tour du premier ministre d’être interrogé sur ses conclusions. En procédant ainsi, le bureau de Michael Ignatieff porte atteinte au privilège des députés membres du comité, le même privilège que son parti prétendait défendre en juin. Il a réussi par contre à attirer l’attention sur le rapport de M. Page et de l’y maintenir pendant une semaine. En été, c’est un cadeau pour l’opposition. Le comité des finances pourrait officiellement se plaindre, mais en aura-t-il la chance ? On en doute si des élections ont lieu cet automne. Les libéraux pourraient s’en sauver, comme les conservateurs, avec leur abus du « 10% ».

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Ignatieff rabroué par ses partisans

Le succès que Barack Obama a eu sur la Toile en 2008 a inspiré de nombreux politiciens partout sur la planète, Canada inclus. Plusieurs élus fédéraux ont fait leur entrée sur le réseau social Facebook. Pour s’y faire voir ou y diffuser leur message. Le chef libéral Michael Ignatieff est un de ceux-là. Il y a démarré un «fan club» qui lui permet de rejoindre des gens qui n’iraient peut-être pas sur le site officiel du Parti libéral du Canada. Ses fidèles n’ont pas besoin d’être membres de Facebook pour y adhérer. Pour combattre la torpeur estivale, son équipe a invité les fans, jeudi, à afficher sur leur page Facebook un message disant qu’ils appuient Ignatieff «parce que le monde entier veut le Canada à son meilleur». L’appel a fait rapidement réagir les fans anglophones, et pas toujours favorablement. (L’absence de commentaires en français soulève d’ailleurs un doute sur l’efficacité d’un fan club du genre. Les francophones y seraient-il rébarbatifs ? Le député libéral Denis Coderre a pourtant du succès sur Facebook. Et il est difficile de croire qu’il n’y ait aucun francophone parmi ses 15 383 fans de Michael Ignatieff.) La critique la plus fréquente des fans a trait à la raison invoquée pour appuyer le chef libéral, raison qualifiée de superficielle. On veut des politiques, des idées, un programme. Matthew écrit : « Michael, I’m a fan of yours and everything, but what’s with this? Seems kind of shady and somewhat forced. There isn’t even an election going on.» Steve renchérit : «Obnoxious request. Create some inspiring liberal platforms and we’ll go from there.» Kevin en rajoute : « I can’t support a political party when I have no idea where it stands on the issues. And no, being Anti-Harper is not a policy position.» Ces critiques reflètent ce qu’on entend de plus en plus souvent dans les médias traditionnels où chroniqueurs et éditorialistes exigent du chef libéral qu’il abandonne les généralités et expose ses solutions de rechange. Michael Ignatieff a bien fait deux discours cet été. Au Stampede de Calgary, il a pris la défense des sables bitumineux, sans dire toutefois comment il comptait assurer une exploitation respectueuse de l’environnement. Mercredi, à Londres, il a profité d’une conférence sur le libéralisme pour expliquer ce qu’être libéral signifiait pour lui. Malgré la profondeur du propos, ce dernier discours n’a eu à peu près aucun écho dans la presse. Comme quoi il est difficile d’attirer l’attention quand on est dans l’opposition, quand le Parlement est en vacances et que trop de gens croient que les idées n’ont pas la cote. Le PLC n’aide pas beaucoup son chef non plus. Aucun de ces deux discours n’était encore sur le site officiel du parti ce matin.

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Une photo vaut-elle mille mots ?

Chaque été, le premier ministre canadien a un avantage sur ses adversaires politiques, celui de se faire voir sur la scène internationale, entouré des grands de ce monde réunis pour le traditionnel sommet du G8. Ces sommets sont autant affaire d’images que de contenu. Et au-delà de l’éternelle photo de famille prise à L’Aquila, en Italie, et que Stephen Harper n’a pas ratée cette fois-ci, les chefs d’État et de gouvernement tentent tous, durant ces sommets, de se mettre en valeur par médias interposés. Comme leur cible est leur électorat, ils cajolent avant tout leur presse nationale. Stephen Harper n’a jamais brillé à ce jeu. Il participe volontiers aux conférences de presse de clôture, mais ses autres contacts avec la presse sont rares ou inexistants. Les séances d’informations sont irrégulières. Il n’est pas rare que les journalistes canadiens doivent s’en remettre aux séances offertes par les Américains ou d’autres gouvernements pour avoir une idée de ce qui s’est dit. Depuis plusieurs mois cependant, le bureau du premier ministre a adopté une nouvelle approche. Que les journalistes soient du voyage ou non, ils sont abreuvés de communiqués sur les activités du premier ministre. Le hic est que la plupart de ces « communiqués » ne sont, en fait, que des photos prises par le photographe de M. Harper. Le passage de Stephen Harper à L’Aquila n’échappe pas à la règle. Le premier « communiqué » reçu après son départ, mardi, était une photo prise à l’intérieur de l’avion. On a également eu droit à une photo avec Barack Obama… … puis à une autre, avec le premier ministre suédois qui assure la présidence de l’Union européenne. Elle était assortie d’un court résumé de la conversation, mais seulement en anglais. Un seul communiqué de facture traditionnelle a été émis. Il annonçait une aide canadienne pour la reconstruction d’un centre pour jeunes dans la région de L’Aquila, touchée par un tremblement de terre l’hiver dernier. Et il était accompagné de photos. L’image l’a emporté haut la main. Et si on se fie à l’expérience des derniers mois, on peut prédire que le ratio en faveur des photos ira en augmentant d’ici la fin du sommet. Les reporters sur place ont aussi eu droit à une séance d’information, tôt en journée mercredi, pour dissiper une controverse naissante au Canada. Un haut membre du clergé du Nouveau-Brunswick a insinué que Stephen Harper avait mis dans sa poche l’hostie lors de la communion aux funérailles de l’ex-gouverneur général Roméo Leblanc. Le porte-parole du premier ministre a affirmé que non, que M. Harper l’avait bien avalée. Et il tenait à ce qu’on le sache. Il faut dire qu’il serait malvenu, à la veille de possibles élections, de se mettre les fidèles catholiques à dos. Il y a assez des conservateurs religieux qui sont furieux que le gouvernement ait accepté de subventionner le défilé de la fierté gaie à Toronto. La ministre d’État au Tourisme, Diane Ablonczy, se serait d’ailleurs fait taper sur les doigts pour cette décision et pour avoir accepté de se faire photographier avec des travestis. Qui oserait dire maintenant que l’image n’a pas le dessus en politique ?

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Feu le rapport de force Québec-Canada ?

Ce n’est pas exclusivement une question de priorités. Ces jours-ci, chaque fois que Jean Charest se présente sur une tribune à l’extérieur du Québec, le moulin à rumeurs, qui lui prête l’ambition de remplacer Stephen Harper à la tête du Parti conservateur, repart de plus belle, et avec lui les tensions entre sa garde rapprochée et celle de son partenaire fédéral. Surtout, le premier ministre du Québec a perdu l’essentiel de son avantage politique sur la scène fédérale-provinciale le jour où il a pris l’argent encore chaud du règlement du déséquilibre fiscal pour le transformer en baisses d’impôt, à la fin de la campagne électorale de 2007. C’est tout l’argumentaire du déséquilibre fiscal que le premier ministre a alors bousillé pour sauver sa mise électorale. Intellectuellement défendable, l’argument selon lequel les Québécois ont longtemps payé de leur poche pour le manque à gagner entre les revenus d’Ottawa et les dépenses sociales du Québec n’a pas passé la rampe. Même au Québec, une majorité s’est opposée à ces baisses d’impôt, largement perçues par l’opinion publique comme un détournement de l’argent du déséquilibre fiscal et de la péréquation. Pour autant, il serait faux de dire que Jean Charest s’est réfugié dans ses terres. Il a reporté son énergie sur l’Europe en matière de main-d’œuvre, sur Queen’s Park pour aménager une zone économique Ontario-Québec, sur les voisins américains et canadiens du Québec pour mettre en place une Bourse du carbone. Dans les faits, le premier ministre se dépense partout sauf à la table fédérale-provinciale. Résultat : aux prochaines élections, le Parti québécois pourrait avoir un programme constitutionnel plus ambitieux que le PLQ. Pour la première fois de son histoire, le PQ se propose d’inscrire une refonte du fédéralisme à son programme. Car ce que Pauline Marois appelle de « la souveraineté à la pièce » est finalement un copier-coller de l’autonomisme de Mario Dumont et du fédéralisme renouvelé de Robert Bourassa. Mais en précisant que, quoi qu’elle obtienne à la table canadienne, la coupe ne sera jamais assez pleine, Pauline Marois s’est assurée d’avance d’être reçue avec une brique et un fanal. Les relations fédérales-provinciales sont beaucoup une affaire d’avantage politique, et cela rarement autant que quand le Québec est en cause. À l’époque de Meech, les principaux premiers ministres des autres provinces qui avaient épaulé Robert Bourassa sont rapidement passés à la moulinette électorale. Ce que le reste du Canada ne peut ou ne veut pas faire pour un premier ministre fédéraliste, il est encore moins susceptible de le faire pour une première ministre péquiste qui présente ses revendications comme un moyen d’arriver à la souveraineté. Si la souveraineté carburait à ce genre de fin de non-recevoir, le Québec serait déjà un pays. Si le passé est garant de l’avenir, un sentiment de rejet collectif est un accélérateur du nationalisme nettement plus puissant que les guerres de compétences récurrentes entre les deux ordres de gouvernement. Au Canada, le droit d’initiative constitutionnelle n’est pas réservé au seul gouvernement fédéral. N’importe quelle province peut ouvrir le bal en faisant adopter une modification constitutionnelle par son assemblée législative. Commence alors un compte à rebours de trois ans pour que le projet rallie le nombre d’adhérents requis afin de devenir réalité. Rien n’empêcherait un gouvernement dirigé par Pauline Marois de faire adopter par l’Assemblée nationale une modification visant à intégrer le statut national des Québécois dans la Constitution. La balle, ou plutôt la « patate chaude », serait alors dans le camp du reste du Canada. À l’époque de Meech, il était généralement convenu qu’il fallait l’adhésion du Parlement et de sept provinces comptant pour 50 % de la population afin de constitutionnaliser le caractère distinct du Québec. Mais depuis, des experts, comme le constitutionnaliste José Woehrling, ont suggéré que la pratique récente du fédéralisme constitutionnel pourrait ouvrir la voie à une modification bilatérale sur la question entre Ottawa et Québec. La reconnaissance du statut national du Québec est de loin la question constitutionnelle la plus porteuse pour un éventuel gouvernement péquiste. Mais personne ne peut exclure que, à l’instar de Stephen Harper à l’époque de la résolution sur la nation, le premier ministre du Canada de l’heure saisisse le ballon au vol pour compter un but décisif dans le filet souverainiste.