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Cégeps en français : un peu d’ambition, que diable !

Le débat est relancé, avec une fougue nouvelle. Il dominera le grand colloque qu’organise le PQ en fin de semaine prochaine. Une seule proposition viable est sur la table: prolonger au niveau collégial la loi 101. En clair: enlever aux allophones arrivés après la loi 101 (en 1977) et à tous les francophones le droit d’envoyer leurs ados aux Cégeps anglophones. Les anglos et les allos pré-1977 continueraient de se collégialiser dans la langue de Shakespeare sans jamais avoir mis les pieds dans un établissement scolaire francophone. Ce n’est pas anodin. Les cégeps sont l’endroit où se forment et transitent toutes nos élites de demain: futurs leaders, ingénieurs, médecins, professionnels, techniciens et tutti quanti. A l’heure actuelle, presque 100% des cégépiens anglophones, 50% des allophones et 4% des francophones sont formés dans les institutions de la minorité. Voilà le problème que l’extension de la loi 101 ne réglerait nullement. Il y a une autre option. 1. Fusionnons les cégeps en un seul réseau de la prédominance du français. Partout où c’est possible, et totalement dans la région montréalaise, faisons en sorte que tous les cégépiens reçoivent les trois-quarts de leurs formation en français et le quart, en anglais. Ainsi, on donnerait un coup de barre structurel majeur, osons dire historique, un bain francophone réel pour la totalité de nos élites de demain et on répondrait simultanément à la demande massive des parents francophones et allophones de voir leurs enfants bien connaître leur langue seconde, l’anglais. 2. En détails: tous les étudiants, de toutes origines, auraient accès à tout le réseau. À la filière générale, menant à l’université, les francophones suivraient leurs cours en français pendant les trois premières sessions (avec leurs cours d’anglais hebdomadaire, déjà obligatoire), puis auraient un enseignement intensif en anglais dans la dernière session, y compris sur leurs sujets d’étude. Même topo pour les techniques, mais réparti sur trois ans. Les anglophones et allophones anglicisés auraient également les trois-quart de leur enseignement en français, mais on pourrait moduler pour que leur quart en anglais se donne pendant leur première année de cégep, étant entendu qu’ils continuent de prendre leur cours de français hebdomadaire, obligatoire, pendant tout le parcours. Résultat: des cohortes ayant vécu une expérience francophone, avec des profs et des collègues francophones, un accès aux réseaux de travail francophones. En prime, une acquisition opérationnelle de la seconde langue pour tous. 3. La marche linguistique serait-elle trop haute pour les étudiants? Elle suppose en effet qu’on devienne sérieux pour l’apprentissage de la langue seconde au secondaire, en introduisant ce qui fait consensus chez les pédagogues: des sessions intensives de langue seconde en fin de secondaire III et V dans les deux réseaux, anglais et français. 4. Quel impact en termes de nombre ? Voyons simplement le cas du plus gros cégep au Québec. Vous pouvez le nommer ? C’est Dawson, anglophone à 100%, dont les inscriptions sont en hausse de 12% par an, le triple de la moyenne, comme le signale Pierre Dubuc, dans L’aut’Journal. À Dawson, 59% des étudiants sont anglos, 25% allos et 16% francos. Avec la réforme proposée ici, tous auront leur enseignement principalement en français. Voyons maintenant les chiffres globaux: une fois en place, la simple extension de la loi 101 au collégial n’intégrerait au système francophone que 3 à 4000 cégépiens. Le cégep de la prédominance du français en intégrerait dix fois plus: environ 30 000. 4. N’est-ce pas bilingualiser les cégeps ? Non. L’institution est et reste francophone. Elle répond simplement, en augmentant la dose, au besoin d’enseignement de la langue seconde. L’anglais et le français sont des matières obligatoires. On prend les moyens de les enseigner correctement aux cohortes d’études supérieures. On vise une connaissance fonctionnelle de la langue seconde, pas un bilinguisme parfait. Et cela se fait dans un réseau qui affirme clairement la prédominance du français pour tous, dans une réforme qui est un gain linguistique net pour le français. 5. Comment réagiraient les francophones ? On le sait déjà, grâce à un sondage Léger Marketing publié après la sortie de mon livre Nous, qui abordait la question. 76% des francophones sont favorables à la proposition. 6. La communauté anglophone ne serait-t-elle pas en furie ? The Gazette et Alliance Québec, oui, c’est dans leur code génétique. Mais 61% des non-francophones y sont favorables, selon Léger Marketing, ce qui est considérable. Les parents anglophones sont aussi intéressés que leurs voisins francophones à voir leurs enfants bien maîtriser leur langue seconde. 7. La constitution le permettrait-elle ? Au point de vue constitutionnel, rien n’interdit cette réforme. Rien n’empêche non plus qu’au point de vue institutionnel, les établissements collégiaux anglophones soient toujours gérés par la communauté anglo. Cependant, comme le soulignait Christian Rioux dans Le Devoir, l’idée qu’une minorité linguistique puisse faire tout son parcours dans la langue minoritaire est simplement sans équivalent en Europe (et, pourrais-t-on ajouter, aux États-Unis). 8. N’y aurait-t-il pas de grands problèmes de mise en oeuvre ? Il y en aurait 10 000, comme pour toute grande réforme. Qu’on fasse un projet pilote, qu’on échelonne l’implantation sur 10 ans. 9. Quel réel impact linguistique ? Le mathématicien de la langue Charles Castonguay écrit très justement , non au sujet de cette proposition mais en général, que: Pour un allophone, étudier en français prépare à travailler en français. Et travailler en français dispose à adopter le français plutôt que l’anglais comme nouvelle langue d’usage à la maison. Et à élever ses enfants éventuels dans la même langue, contribution insigne à l’avenir du français au Québec. J’ajoute que cette réforme permettrait la création de réseaux réels entre Québécois de toutes origines, réseaux forgés sur les bancs d’école, à une période essentielle de la jeune vie adulte. Elle induirait également une saine exogamie. Elle dirigerait davantage d’allophones, ensuite, vers les universités francophones. Il s’agirait d’un pas important, à la fois pour la prédominance du français et pour le nationalisme civique, sans compter une augmentation de la rétention des jeunes non-francophones québécois, mieux préparés à réussir, en français, au Québec. La proposition d’étendre la loi 101 aux cégeps est compréhensive. Mais elle me semble frileuse et défensive. Pour relancer le français au Québec maintenant, il faut être audacieux et offensifs.

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Une invitation secrète aux seuls lecteurs de ce blogue

Personne d’autre que vous ne peut lire sur votre écran ? Très bien. Alors je vous invite à la table ronde/lancement de notre livre Imaginer l’après-crise, ce mercredi 18 novembre. À 16h, table ronde avec plusieurs des coauteurs, dont votre humble serviteur. À 18h, rencontre amicale. Le livre sera disponible à prix de lancement. Mais: chhhhut ! (où ?3200 Jean-Brillant, Salle B-2215 — il y aura du fléchage — Métro UdeM) (autres détails ici)

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Le Courrier des internautes (2)

En vrac, donc, quelques réponses à vous, fidèles et néanmoins critiques lecteurs du web: Au sujet de Une psy montréalaise présidente de l’Europe ?, sur l’ex-prof de l’UdeM devenue présidente de Lettonie et aujourd’hui en lice pour la présidence européenne, Sylvain offre ce témoignage: Je suis un ancien étudiant de Madame (Veira Vike-Freiberga), elle enseignait un cours sur la psychopharmacologie à U de M. Le matin du 9 nov 89, c’est elle qui apprenait à ses élèves la chute du mur de berlin. La psychopharmacologie fut mis de coté pendant 3 heures pour laisser la place à cet événement. J’amais je n’oublierai cette grande Dame. François 1 me demande si je suis un « idiot utile », citant un texte de la plus jolie économiste de droite en Amérique, Nathalie Elgrably-Lévy, de l’Institut économique de Montréal, qui assimile les tenants de la gauche, comme je suis, aux compagnons de route du communisme ainsi nommés par Lénine. L’argument de Mme l’économiste de droite est très fin et peut-être retourné. Est-elle une de ces personnes de droite qui ont accompagné la montée du fascisme en Europe, pour s’en trouver fort penaud ensuite. On voit l’utilité de ce genre d’argument: nul. Mais je réponds directement à la question: oui à 50%. Je tente d’être utile. Pour le reste, je serais idiot de m’ériger en mon propre juge. Les commentaires sur les blogues ne sont pas exempts, dans leurs critiques envers le blogueur et envers les autres intervenants, de mauvaise foi et de mauvaise humeur. Cela m’intéresse peu. Mais j’aime bien lorsque la critique, même infondée, est bien tournée. Ainsi je souligne le commentaire aussi bref que vif de J.L Vaillancourt au sujet de mon billet sur le Prince Charles intitulé La visite de M. Rien: Cette analyse de M. Rien par M. Nul est inutile et ne mène nulle part. Merci aux internautes qui m’ont signalé des coquilles ou fautes dès la mise en ligne de textes qu’il m’arrive d’écrire avant d’aller au dodo.

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Madame: Cachez cette intolérance, que nous ne saurions voir!

On l’aurait manquée n’eut été de l’indispensable site Rue Frontenac, puis de la chronique de Michel David de ce samedi dans Le Devoir. Quoi ? La réplique de la ministre Christine Saint-Pierre, généralement mieux inspirée, au critique péquiste Pierre Curzi qui tentait de savoir ce que le gouvernement ferait pour protéger la loi 101 de la dernière décision de la Cour suprême. Curzi avait posé sa question à la ministre de la justice, Kathleen Weil, soulignant son silence sur la question. Mais en l’absence de cette dernière, Mme St-Pierre a du répondre. Embêtée par le fait que le gouvernement (lire: le cabinet du PM) n’a pas encore fait son lit en la matière, la pauvre ministre n’avait rien à répondre. Or le vide, en politique, créée toujours les conditions gagnantes de la gaffe. « Je n’ose pas croire ce que le député de Borduas (Curzi) sous-entend, lui-même un fils d’immigrant », a-t-elle dit. Euh… Rapport ? St-Pierre se défendit ensuite en affirmant: « Qu’il [Curzi] aille relire le préambule et la question. Tout le monde a compris qu’il attaquait les origines de ma collègue, la ministre de la Justice ». J’invite les internautes à lire l’échange complet ici, et il ne trouvera rien de tel. La réponse de Mme St-Pierre mérite d’être déconstruite, tellement elle cumule en quelques mots plusieurs problèmes: 1. La présomption d’intolérance. Puisque Curzi soulignait le silence de la ministre Weil, Saint-Pierre a présumé qu’il attaquait l’origine anglophone de la ministre, et en fait, a-t-on compris un peu plus tard tant la chose n’était pas évidente, son origine juive. Une paranoïa qui serait jugée exagérée, même par les membres fondateurs du B’nai Brith. 2. Le politically correct. Curzi n’a en rien relevé, à cette occasion, que Weil était anglophone, et surtout directrice des affaires juridiques d’Alliance Québec, le lobby anglophone, de 1984 à 1989. Il aurait été légitime de demander si cette appartenance linguistique et ce parcours professionnel prédisposait vraiment Weil à une défense pleine et entière du français. Mais la ministre de la culture laisse entendre que toute question à cet égard est Verboten. 3. L’intolérance elle-même. En quoi un « fils d’immigrant » aurait moins de droit à poser des questions qu’un autre, y compris sur la langue? En ce cas, le leader du gouvernement, Jacques Dupuis, conscient de la bourde de sa collègue, est intervenu le lendemain, avec cette phrase qui a du demander au moins 10 minutes de travail à trois conseillers pour passer entre les gouttes de cette légère averse politique: « Ce que la ministre de la Culture a affirmé , c’est ce que le gouvernement affirme tous les jours : de quelque origine soit-on au Québec, le fait français demeure une valeur fondamentale du Québec. » C’est ce qu’on dit quand on ne peut rien dire. Songeons maintenant à la charge qui aurait été contenue dans la phrase de M Dupuis si un député péquiste avait utilisé les propos de Mme St-Pierre à l’égard d’un député libéral, fils d’immigrant. La tornade ! Je refais ce constat, presque banal, des deux poids deux mesures utilisés en matière d’intolérance au Québec. Les souverainistes (qui comprennent quelques intolérants, je puis en témoigner) sont systématiquement victimes de présomption d’intolérance. Les fédéralistes, qui en comptent aussi beaucoup, sont systématiquement présumés blancs comme neige à cet égard. Permettez-moi de creuser dans mes archives pour illustrer mon propos. J’écrivais ce qui suit dans le chapitre Compagnons de l’erreur (en ligne ici) de mon livre Sortie de secours, en 2000: En mai 1996, alors que des questions sont posées en chambre sur l’étrange accélération du processus d’acquisition de la citoyenneté pendant les mois précédant le référendum, le ministre libéral fédéral Doug Young affirme avec un aplomb de débardeur qu’il n’est pas « normal » que des néo-québécois, comme le député bloquiste d’origine chilienne Oswaldo Nunez, prônent la souveraineté. « Je vais vous dire ce que je pense, dit Young : s’il (Nunez) n’aime pas le pays, qu’il s’en trouve un autre. Absolument.» Appelé à rabrouer son ministre, Jean Chrétien a eu la décence d’indiquer que M. Nunez avait « le droit d’épouser n’importe quelle cause », mais a ensuité abondé dans le sens de son ministre qui s’indigne que le vote, disons, « ethnique », ne soit pas totalement favorable au Canada. « On trouve, a dit le premier ministre et auteur de la Charte des droits, que ce ne sont pas des gens qui devraient normalement agir comme cela (ndlr : en appuyant la souveraineté) parce qu’ils ont obtenu la liberté qu’ils avaient perdue dans leur pays en devenant citoyens de tout le Canada ». CQFD. (On peut voir le reportage de Radio-Can à ce sujet ici- merci à l’internaute Alexandra de l’avoir déniché pour nous.) Sept mois plus tôt, lorsque Jacques Parizeau avait attribué à « des votes ethniques » la défaite du Oui, il avait dû, le lendemain, expliquer que les « mots étaient trop forts », remettre sa démission et subir les remontrances de la quasi-totalité de ses alliés souverainistes. Doug Young, mettant en cause les droits démocratiques des nouveaux citoyens québécois, garde son poste et, loin d’être contredit par son patron, est conforté dans son opinion : le vote ethnique doit être pro-canadien, sinon, ce n’est pas normal. Un dernier mot. Ce genre de controverse se déroule dans un Québec qui est, en fait, et dans toutes ses familles politiques, un modèle d’intégration. Un Québec où un fils d’immigrant, Pierre Curzi, est tout naturellement chargé du délicat dossier identitaire par le principal parti d’opposition, alors qu’une fille d’immigrant (Kathleen Weil, vous ne le saviez pas? Voir le texte de Stephane Baillargeon dans Le Devoir), est portée à l’important ministère de la justice. Deux preuves tangibles d’ouverture des Québécois. Sur le fond, maintenant, on aimerait seulement entendre Mme Weil répondre aux questions. On pourrait alors juger sur pièces de la qualité de ses réponses et de sa compétence. Point final.

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Votre opinion ShamWow

Plusieurs internautes ont répondu avec enthousiasme à mon billet sur l’invasion des noms de marques dans l’espace public (Mon opinion Head and Shoulders). Je donne d’abord ma médaille pour les meilleurs idées de commandites, à celles proposées par Gébé Tremblay : Le Pont Jacques tic tac Cartier Grande Bibliothèque IKEA Prix Viagra du premier rôle masculin Les Prix Félix Biscuits Leclerc Grand prix du livre de Montréal New York Fries Prix Gémeaux Société du Cancer Du Maurier Grand Prix Metropolis bleu Red Bull Yellow Shoes Sur le fond, plusieurs ont alimenté le débat: Michael Laughrea, qui suit ces choses de près, m’a fait un peu peur en écrivant: Je n’ai jamais entendu de gens se désoler de ce que Paul Krugman ait reçu le « prix Sveriges Riksbank Prize en Sciences Economiques à la mémoire d’ Alfred Nobel » en 2008. La plupart des gens abbrévient en disant qu’il a obtenu le prix Nobel d’économie. Puis passent à autre chose. Le Nobel ? Commandité par une banque ? C’est pire que je pensais alors. Vérification faite, la Sveriges Riksbank est le nom de la banque centrale suédoise, donc un organisme public. Elle n’a rien à vendre, elle ne fait qu’imprimer sagement des billets. En 1968, elle a pris l’initiative de créer le prix, que Nobel n’avait pas prévu. Le choix du Nobel revient aux membres de l’Académie royale suédoise des sciences. Je maintiens cependant que le nom du Nobel serait plus pur sans cette référence à la banque centrale dans son intitulé même. Stéphane Éthier frappe encore plus fort: Dans la catégorie des prix littéraires commandités, le Scotiabank Giller Prize n’est pas seul, loin s’en faut. En effet, l’un des prix les plus prestigieux de l’anglophonie mondiale, le Booker Prize, s’est lui aussi “vendu” à une institution financière, le Man Group. D’où le nom du prix depuis 2002: le Man Booker Prize. Wikipedia nous apprend cependant que même le nom original du prix était attribuable à un commanditaire, le détaillant et groupe d’alimentation britannique Booker-McConnell! Ouch ! Cela signifie que je suis en retard en disant qu’une frontière vient d’être franchie. Elle le fut depuis longtemps. Cela m’attriste encore davantage. Yannick ajoute heureusement un argument à ma charge: Je serais quand même assez scandalisé que le nom de l’hypothétique nouveau colisée de Québec soit vendu à une société en échange de 5-10 millions alors qu’on demanderait aux citoyens via les 3 paliers de gouvernement de financer quasiment 100% du projet. En fait, pour toute infrastructure payée par les fonds publics, cela devrait être interdit de refiler le nom à une société privée. J’apprends finalement qu’il n’y a pas que de mauvaises nouvelles. Bertrand note avec justesse que: La bonne nouvelle GM est devenue la bonne nouvelle TVA, le gala Métro Star est devenu le gala Artis.

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Lou Dobbs, candidat présidentiel en 2012 ?

Mon père n’était pas de gauche, loin de là, mais chaque fois qu’il voyait passer à la télé le très regretté chef communiste français Georges Marchais, il écoutait attentivement, avec un grand sourire aux lèvres. Marchais était roublard, agressif, sans-gêne et d’une spectaculaire mauvaise foi. Il n’ennuyait jamais. Depuis hier, les États-Unis ont perdu leur équivalent télévisuel de Georges Marchais. Lou Dobbs, animateur à CNN d’une émission pseudo-économique, a perdu son perchoir médiatique. Simultanément, la qualité moyenne de l’information aux États-Unis a augmenté. Depuis six ans, Lou Dobbs Tonight enrobait ses reportages de phrases chocs: presque toutes les nouvelles économiques étaient encadrées du slogan War on the middle class, toutes les informations sur l’immigration — une plaie, selon Dobbs — étaient préfacées par Broken Borders, etc. La première fois que je suis tombé dessus, je croyais que c’était un pastiche. Mais l’homme était sérieux, tapant avec force et constance sur les clous de l’anti-immigration et de l’anti-gouvernement. Il s’est rendu célèbre en affirmant que les immigrants apportaient avec eux aux USA une remontée de la lèpre, ce qui est factuellement sans aucun fondement. Que fera-t-il maintenant ? Certains pensent que cet ex-républicain devenu populiste indépendant auto-déclaré pourrait être candidat indépendant lors des présidentielles de 2012. C’est ce qu’il laisse lui-même entendre, dans une intervention radio au lendemain de son départ de CNN et selon des sources proches de lui. Certains à droite souhaitent sa candidature, mais stratégiquement elle pourrait nuire aux républicains et aider la réélection d’Obama — comme la candidature du populiste Ross Perrot avait ouvert la porte de la Maison Blanche à Bill Clinton en 1992. D’autres estiment que, dans quelques mois, on le verra de retour à la télé, à la chaîne économique de Fox News, plus fort que jamais. L’autre, peut-on ajouter, n’empêche pas l’un, au contraire. Dans le merveilleux monde de la politique/spectacle américain, toute cette agitation peut être aussi une stratégie de Dobbs pour rehausser son profil, vendre davantage de livres, avoir davantage d’auditeurs (il a toujours son émission radio quotidienne). Tiens, cela me donne une idée: pour augmenter le nombre de visites sur mon blogue, je pourrais laisser flotter l’idée que la chefferie de l’ADQ, tiens, pourquoi pas ? Humm…. Après mûre réflexion (5 secondes) j’y renonce !

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Une psy montréalaise présidente de l’Europe ?

Si vous avez étudié la psychologie à l’Université de Montréal entre 1965 et 1998, vous l’avez sans doute eu comme prof. Veira Vike-Freiberga, lettone d’origine, a occupé sa retraite de l’UdeM à diriger le nouvel État letton avec un tel éclat, qu’elle est maintenant en lice pour devenir, jeudi le 19 novembre, la première personne à président le Conseil européen, bref le premier Président de l’Europe. Elle a, disent les analystes, beaucoup plus de chances d’y arriver que Tony Blair, partant pourtant favori l’an dernier. Son choix tomberait à pic pour le projet de Jean Charest — qui lui a d’ailleurs remis l’Ordre national du Québec en 2006, le ratoureux — de faire aboutir la négociation d’un nouvel accord de libre échange Canada/Union européenne, dont le Québec est le principal fer de lance. Si vous voulez donner un micro-coup de pouce à cette fine psychologue, allez voter pour elle sur le site de la fondation Robert Schumann. Elle mène déjà dans ce vote indicatif à 48,5%, contre l’ex-premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Junker, 26%, et Tony Blair, 11%.

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Mon opinion Head and Shoulders

Je suis très content pour Linden MacIntyre, le mordant journaliste d’enquête de la CBC grand pourfendeur de corporations sans scrupules. Il vient de gagner, pour son dernier roman, le plus prestigieux prix littéraire canadien, le Giller Prize. Pardon, c’était le Giller Prize, nommé en l’honneur de la critique littéraire Doris Giller par son riche mari, en 1994. Depuis 2005 — cela m’avait échappé — il s’appelle le Scotiabank Giller Prize. La banque Scotia, qui a doublé la bourse associée au prix, célèbre ainsi, dit son pdg Rick Waugh, «les réalisations et les idéaux des auteurs canadiens». Il faut applaudir l’appui de la banque à cette noble cause. Mais pourquoi faut-il que son altruisme soit si égoïste qu’il aille jusqu’à défigurer l’intitulé même du prix pour y accoler le nom de l’entreprise ? Déjà, j’étais aux anges que Dany Lafferrière ait remporté le prix Médicis. Mais je suis aujourd’hui doublement ravi qu’il n’ait pas remporté, à la place, le prix Société Générale Médicis ou encore Yoplait Médicis. Et je suis triplement content que Barak Obama ait remporté le Nobel de la paix, et non le Volvo Nobel de la paix. Vous me direz que la commandite n’est pas née hier et vous auriez raison de noter que dans mon emploi, au Cérium, des entreprises et associations financent des activités et que nous mentionnons ces dons. J’ai cependant toujours résisté à l’idée de nommer une Chaire de recherche au nom d’un contributeur (une pratique courante), par exemple. Et les Prix du Cérium ne seront jamais, tant que j’y suis, les Prix Gâteaux Vachon du Cérium. (Non, ce n’est pas un débat.) Mais l’arrivée de la commandite dans le titre d’un prix littéraire marque, à mon avis, le passage d’une nouvelle frontière. D’autres innovations récentes font aussi tiquer. Scotia, encore elle, a «acheté» le nom du plus grand cinéma de Montréal, sur la Catherine. L »ancien Paramount se nomme maintenant le Cinéma Banque Scotia. Quoi ? On va au cinéma ou à la banque ? Nous sommes, là, dans le strict monde commercial et il est normal que MM. Guzzo, Odéon ou Famous Players puissent donner leurs noms à leurs salles. (Quoiqu’un peu de français n’aurait pas fait de tort dans ce dernier cas et, pendant que j’y suis, que fait l’OLF pour faire changer le nom des Fabulous Fourteen ? Mais je m’égare.) Louer le nom d’une salle à une autre entreprise qui oeuvre dans un autre domaine est d’après moi une mauvaise décision d’affaires, mais c’est aussi le signe d’une dangereuse contagion de la commandite. La frontière du prix littéraire — par nature dédié à l’excellence, à l’oeuvre qui se détache de l’ordinaire — maintenant franchie, la frontière du bon sens étant franchie avec une salle de cinéma/banque, que l’avenir nous réserve-t-il ? Comme ne le disait pas Confucius: passées les bornes, il n’y a plus de limites ! Faisons quelques tests: Les Nouvelles TVA Banque Scotia Le Boulevard René-Lévesque Lactantia Le Muslix Vieux Montréal Le blogue Head and Shoulders Jean-François Lisée Je vous invite, chers internautes, à compléter la liste. Ce n’est pas que l’avenir qui fait peur. C’est le passé récent et le présent. On en a eu l’écho, en juin dernier, avec l’ouverture de la Maison du Festival Rio Tinto. Un festival Rio Tinto, dites-vous ? Est-ce un festival de la rivière rouge (traduction littérale) ? Un festival de l’aluminium (ce que produit la Compagnie Rio Tinto) ? Non. C’est une maison du Jazz. Encore une fois, il faut applaudir le citoyen corporatif Rio Tinto de soutenir ainsi le Festival de Jazz. Mais si c’est du soutien, pourquoi faut-il que le nom de la Maison du Jazz ne porte pas le nom de Maison du Jazz ? Pourquoi Rio Tinto n’achète-t-il pas le nom de la Maison pour le redonner, tout propre, au Festival ? Ça, c’est un don. Il y a ainsi tout un patrimoine commun, à la limite de la propriété privée et de l’utilisation collective, où le mercantilisme est en train de progresser, sans rencontrer beaucoup de résistance. Naguère, le grand lieu de rassemblement du hockey était le Forum. Ensuite ce fut le Centre Molson, puis le Centre Bell, qui aurait bien pu devenir le Centre Quebecor ou Péladeau. De même on apprenait récemment que le futur nouveau Colisée de Québec pourrait s’appeler le Colisée Labatt. On comprend la logique économique. Mais on peut s’en désoler. Vendre son identité au plus offrant est déjà condamnable, que l’identité vendue soit revendue ensuite et relabellisée est un avilissement supplémentaire. Une chute de dignité. Les grands lieux de rassemblement collectifs, fussent-ils privés, devraient incarner, dans leurs noms, non la volonté d’une entreprise d’augmenter sa visibilité, donc ses ventes, mais l’expression de la raison même de se rassembler. Le Yankee Stadium indique exactement pourquoi, principalement, on y va. Que le Centre Bell devienne le Centre des Canadiens tomberait sous le sens. Et ce serait un énorme cadeau de Bell aux fans. On aimerait aussi se rendre, fébriles, au Centre Maurice Richard (il y a déjà l’aréna, mais il mérite encore mieux). Et qu’on garde le nom de Bell là où il va à merveille: au Musée du téléphone. (Pour une autre de mes tirades anti-pubs, voir ma chronique: Les nouvelles frontières du mensonge.)

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Thatcher décédée, sauvons Kyoto !

Vous verrez peut-être dans vos gazettes que le monde conservateur canadien a subi une chute de pression, ce mercredi soir, quand les iPhone et les Blackberry, dont ceux de l’entourage du premier ministre, ont annoncé le décès de Lady Thatcher. Le fantôme de la dame de fer a occupé les conversations jusqu’à ce qu’un conseiller de Harper se heurte à des interlocuteurs incrédules à Londres où, on le pense bien, la nouvelle aurait fait quelques vagues. On s’est aperçu qu’il s’agissait de la chatte du ministre John Baird, chatte qui, après 16 ans de loyaux services affublée du nom de l’idole politique du ministre, a rendu l’âme. A quelques jours de la grande rencontre de Copenhague sur les changements climatiques, quelqu’un pourrait-il nous aviser à l’avance de l’état de santé du chien de Stéphane Dion, appelé Kyoto, pour qu’il n’y ait pas de fausse joie dans les rangs conservateurs si leurs Blackberry affichent: Kyoto décédé !

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L’opinion mondiale (et canadienne) tourne le dos au capitalisme actuel

La BBC a mis en ligne hier un sondage passionnant, réalisé dans 27 pays, et allant au coeur du sujet. Voici la question-clé: Laquelle de ces trois affirmations reflète le mieux votre opinion au sujet du capitalisme de libre marché: a) Le capitalisme est fondamentalement vicié et un il nous faut un autre système économique b) Le capitalisme a quelques problèmes, mais ils peuvent être réglés avec davantage de réglementation et de réformes c) Le capitalisme fonctionne bien et toute augmentation de la réglementation va le rendre beaucoup moins efficace Cette dernière réponse ne reçoit de majorité dans aucun des pays, les principaux au monde, interrogés. Les plus grands tenants du capitalisme actuels se trouvent aux États-Unis, mais ils ne sont que 25% à y adhérer. Ils sont suivis des 21% de procapitalistes pakistanais, puis de 19% de tchèques. Les pro-capitalistes canadiens sont 15%. L’opinion mondiale est massivement favorable à la réforme et au retour de la règlementation, y compris 55% des Américains et 53% des Canadiens. Ce qui retient cependant l’attention est l’importance, relative, du groupe qui rejette le système:Un Canadien sur cinq et 13% des Américains sont de ce nombre, mais 43% des Français et 37% des Mexicains sont dans ce camp. Une curiosité: seulement 18% des Chinois rejettent le capitalisme. Si Mao était vivant, il se retournerait dans sa tombe… Le sondage de la BBC n’en reste pas là. Il interroge l’opinion sur: Le rôle de leur gouvernement dans la distribution des richesse au niveau national 56% des Canadiens et 41% des Américains, ce qui est déjà beaucoup, sont à la traîne des autres pays du G7 dans leur appui à une augmentation de la redistribution de la richesse: de 67% au Royaume-Uni jusqu’à 87% en France et 89% en Italie. Il y a là un énorme ressac contre l’augmentation des inégalités de revenus observés depuis un quart de siècle. (Voir le Tableau ici.) Le rôle de leur gouvernement dans la réglementation des entreprises Les pluralités favorables à une augmentation du rôle de l’État passe de 48% au Canada (33% ne veulent pas de changement) et 44% aux USA, jusqu’à des majorités allant de 56 à 76% en Europe de l’Ouest. Le discours de la dérèglementation est à l’agonie dans l’opinion. (Voir le Tableau ici.) L’importance d’un accord à Copenhague vs protéger l’économie nationale La même firme, GlobeScan, a publié le 2 novembre un autre sondage, portant sur 12 pays, dont le Canada, avec une autre question dure: «La tâche d’aider l’économie nationale pendant la récession est-elle une priorité plus importante, aussi importante ou moins importante que la lutte contre les changements climatiques?» M. Harper, vous écoutez ? 72% des Canadiens croient que l’économie est une priorité égale (51%) ou moins importante (38%) que le changement climatique. J’ai gardé le meilleur pour la fin: les répondants nord-américains — canadiens et américains confondus — sont 3% à penser que leurs gouvernements ne doivent pas tenter de réduire les émissions de gaz à effet de serre, 10% qu’ils devraient les réduire graduellement, sans tenir compte des objectifs internationaux (la position d’Ottawa), 35% qu’ils devraient s’engager à respecter les objectifs internationaux de réduction et — cymbales — 44% qu’ils devraient dépasser les objectifs de réduction internationaux. (Voir le rapport pdf ici.) CONCLUSION 1: les dirigeants du G20 sont beaucoup plus timides que leurs opinions nationales dans leurs efforts de réforme en profondeur du capitalisme et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. CONCLUSION 2: l’opinion doit trouver une façon de se faire entendre de ses dirigeants politiques à brève échéance.