Politique

Politique

Obama, l’an 1: ce qui A marché

« Voilà pourquoi les ignorants et les incapables et les gens négatifs et la droite gagnent toujours » rageait un président démocrate, Bill Clinton, au micro d’un journaliste progressiste qui lui reprochait son inaction, un an après son élection. « Ils jouent sur le cynisme des médias. Et ils vont continuer de gagner jusqu’à ce que quelqu’un dise la vérité. Que nous nous tuons à la tâche chaque jour pour aider les gens et progresser. Mais vous nous mesurez à un idéal impossible, et vous ne nous donnez jamais de crédit pour nos actions. » La tirade, qu’on peut lire — et entendre — ici, me revient en tête au moment de tracer le bilan, globalement positif, de seulement 9 mois de pouvoir de Barack Obama. Voici ce pour quoi il faut l’applaudir : 1) Il a changé la réputation des États-Unis dans le monde, dénonçant l’utilisation de la torture, promettant de fermer Guantanamo (ce qui est difficile à faire), reprenant le dialogue multilatéral, parlant avec respect au monde musulman. Il a changé la tonalité du débat. 2) Il a fait faire à son pays un virage écologique majeur. Il participe activement aux discussions sur le changement climatique, il a redonné des dents à l’Environment Policy Agency, il a investi massivement dans le transport public, la rénovation énergétique, les trains rapides. Il a relevé les normes d’efficacité énergétique des voitures et a couvert les SUV. Son projet de loi pour l’établissement d’un marché du carbone progresse, même s’il n’est pas parfait. 3) Il a protégé les consommateurs contre les banques en réprimant les abus dans la gestion des cartes de crédit, il a prolongé la couverture d’assurance des chômeurs de longue durée, il a protégé les petits propriétaires contre la perte de leur résidence, il a sauvé (à grand prix) des dizaines de milliers d’emplois dans l’industrie de l’automobile. 4) Il a utilisé son pouvoir exécutif pour permettre la recherche sur les cellules souche et permettre les subventions à des cliniques de contrôle des naissances qui parlent d’avortement. Il a augmenté le budget culturel du National Endowment for the Arts. 5) Il a, même selon son principal critique de gauche, l’économiste/Nobel Paul Krugman du NYTimes, réussi à empêcher l’économie américaine de tomber dans l’abîme qui la menaçait en début d’année. Ce qui n’est pas peu dire. Ce serait déjà considérable pour quelques mois de travail. (Pour les pointilleux, le site Politifact.com calcule 49 promesses remplies, 129 en cours de réalisation, 7 promesses brisées.) Mais il est en train de réussir là où aucun président n’a réussi avant lui: faire entrer les États-Unis dans le XXè siècle (pas le XXIe, le XXe) en donnant au pays une couverture médicale décente. Aussi dans les tuyaux: une réforme du code du travail qui permettrait d’effacer 30 ans de pratique patronale outrageusement anti-syndicale, avec la complicité active de l’État. Je donne à Obama un B. Ce qui est une très bonne note: 80%. On aimerait qu’il soit encore meilleur, c’est sûr. Mais Clinton avait raison. Il faut reconnaître l’action concrète et applaudir lorsque cela est justifié. Avec Obama, ce l’est assurément.

Publicité
Politique

Obama, l’an 1 : ce qui n’A PAS marché

Obama avait livré une promesse qu’il ne pouvait pas remplir — et il aurait dû le savoir : le rassemblement. Obama a bâti une organisation populaire gigantesque qu’il n’a pas utilisée — et qu’il aurait dû mettre au service du changement. Prenons-les un à un : 1) Une ère de rassemblement. Ce n’était pas qu’un slogan de fin de campagne. Dès 2004, dans le discours qui l’a révélé à la nation, il répétait comme un mantra les mots: les États-UNIS d’Amérique. Dans son excellent second livre, The Audacity of Hope, il soulignait, avec raison, le fait que les Américains et leurs élus partagent davantage d’opinions communes qu’ils n’ont de divergences. Dans tout son parcours vers la présidence, il a semblé croire et a certainement fait croire qu’avec lui, l’ère des vicieuses batailles partisanes dont l’Amérique moderne souffre — plus que beaucoup d’autres démocraties occidentales — allait cesser. C’était impossible. C’était naîf. Obama a certes tendu la main avec une constance qui force l’admiration — et il a au moins la satisfaction de voir que l’opinion reconnaît ses efforts. Mais les républicains ont développé depuis la montée du stratège Lee Atwater en 1988, sous Bush père, et son successeur Karl Rove, sous Bush fils, une culture de brutes politiques. Et, comme ils l’ont fait avec Clinton en 1992, ils veulent affaiblir Obama en 2009. Aucun républicain ne traverse la ligne partisane pour aider Obama. Et ceux qui voudraient le faire se feraient exclure de leur parti, comme l’a compris le sénateur Arlen Specter, passant aux démocrates pour la simple raison de garder son poste. Les États-Unis d’Obama sont donc aussi désunis que ceux de Bush ou de Clinton. 2) La plus grande organisation politique de masse jamais vue. Il y a un an, au soir de la victoire électorale, l’opération Obama détenait 13 millions d’adresses courriel, des centaines de milliers de citoyens actifs, engagés, volontaires pour que le président réussisse le changement promis. La Maison-Blanche a décidé de maintenir cette organisation active. À quelle date les 13 millions ont-ils reçu un avis d’envoyer un courriel à leurs élus pour les pousser à voter pour le changement ? 11 mois plus tard, le 30 octobre 2009. Cet article du New Republic (intitulé Disorganised) révèle les problèmes organisationnels qui expliquent partiellement ce fiasco. Mais le problème est d’abord politique. Le président a choisi de jouer, seule, la carte du compromis parlementaire, des ententes avec certains lobbies, de la main tendue jusqu’au risque du ridicule. Cela a été fait sous le drapeau du pragmatisme. Mais il aurait été plus réaliste d’asseoir ce pragmatisme sur une démonstration continue de force politique, la force des réseaux laissés en jachère.

Politique

Après cette crise, la vraie crise…

Résumons-nous : si on réussit à réduire d’au moins 50% nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 — ce qui est gigantesque — nous aurons une chance sur deux d’éviter un réchauffement de plus de 2 degrés, au delà duquel le coût humain du réchauffement deviendra catastrophique. Un chiffre: un milliard de réfugiés climatiques dans le siècle. Et si ce n’était que ça. Au cours des 20 prochaines années, les terriens extraieront du sol autant de matières premières que pendant toute l’existence de l’espèce. En ce moment, nous consommons 30 % de ressources de la planète de plus que le maximum permettant d’assurer un développement durable. D’ici 2030, ce sera 100% de plus. Donc 100% de trop. Pour faire en sorte que le Titanic collectif sur lequel nous voguons évite le gigantesque iceberg qui bouche presque tout notre horizon, aucune demi-mesure ne suffira. Il faut mettre en cause le mécanisme même de l’organisation de notre société: le capitalisme. Ce n’est pas une mince affaire. Faut-il le quitter, le dompter ou le dépasser ? C’est la question à laquelle je m’attaque dans ma contribution au livre collectif Imaginer l’après-crise, qui vient d’arriver, tout frais, en librairie. Un thème auquel je reviendrai régulièrement dans ce blogue, c’est promis. Les mordus peuvent consulter la Table des matières ou lire l’Avant-propos. C’est pas pour nous vanter, mais un de nos coauteurs s’appelle Lionel Jospin !

Politique

Harel a gagné… dans le Montréal pré-fusions

Rien ne fait plus mal, en politique, que les boomerangs qui vous fracassent le crâne. Vous regrettez de les avoir lancés avec autant de force. Si Louise Harel avait été, dimanche, candidate dans la ville de Montréal telle qu’elle existait avant les fusions qu’elle a elle-même menées, elle serait aujourd’hui mairesse. Selon mes calculs, elle aurait triomphé dimanche avec 39% des voix, contre 33,5% à Gérald Tremblay et 27,5 % à Richard Bergeron. Montréal aurait la première femme, ouvertement souverainiste, pas complètement bilingue, à diriger la ville. Comme mairesse de la principale ville de la région, elle présiderait la Communauté urbaine de Montréal, l’organisme supra-municipal qui dirigeait, cahin-caha, la métropole. Le calcul est simple:Il suffit de prendre le total des voix obtenues par les trois principaux candidats et d’en soustraire celles comptabilisées dans les arrondissements qui n’étaient pas montréalais en 2001. Tremblay perd près de 70 000 votes, et sa majorité. Harel et Bergeron en perdent chacun 35 000. Au final: Harel a une majorité de 13 500 voix sur Tremblay. Comment cela s’explique-t-il ? L’argent ? Des votes ethniques? La corrélation avec la langue est majeure. Dans l’ex-Montréal, je l’ai dit, Harel a fait 39%. Elle n’atteint cette proportion dans aucune des anciennes villes fusionnées. Dans presque tous les nouveaux arrondissements massivement francophones, elle fait tout de même bonne figure. Jugez vous même. Voici les nouveaux arrondissements, leur taux de francophones, puis leur taux d’appui à Harel Anjou, 90% franco: 35% Harel Montréal-Nord, 82% franco: 35% Harel Outremont, 80% franco: 34% Harel Verdun, 74% franco: 34% Harel Ste-Geneviève/Bizard: 72% franco: 27% Harel St-Léonard, 56% franco: 18% Harel Lasalle, 52% franco: 26% Harel St-Laurent, 42% franco: 18% Harel Pierrefonds/Roxboro, 40% franco: 17% Harel Le seul résultat qui n’est pas sur cette courbe descendante est Lachine, francophone à 71%, mais qui n’a donné que 17% à Harel. Le paradoxe est que Louise Harel (que j’adore, soit dit en passant) aurait passé une encore plus mauvaise soirée dimanche soir si son rêve initial d’une île une ville s’était réalisé. Imaginez l’hécatombe qu’elle aurait subi à Westmount, Kirkland, Hampstead, Beaconsfield et les autres villes défusionnées grâce à Jean Charest. Ceux qui s’attendent à ce que je ne critique jamais le Parti québécois dans ce blogue en seront pour leurs frais. J’ai toujours pensé et pense encore que l’opération fusion fut, à Montréal, une faute politique majeure. Lorsqu’on dirige une nation dont la majorité est minoritaire sur le continent, dont la proportion se marginalise dans la fédération, dont le poids linguistique se fragilise dans sa métropole, on n’introduit pas de réformes institutionnelles qui affaiblissent son pouvoir dans sa principale ville. Pour la petite histoire, quand j’ai quitté le cabinet du premier ministre en septembre 1999, il n’était pas question d’appuyer une île une ville, mais de maintenir les villes existantes en renforçant les pouvoirs d’équité fiscale et de planification industrielle, de la communauté urbaine. Ce n’était pas mon dossier, mais je considérais que cette proposition gardait intacte la ville de Montréal, où les francophones étaient nettement majoritaires. Elle préservait aussi, ce que je considérais non négligeable, l’identité municipale des villes anglophones et bilingues. Il faut être cohérent. Ou bien on est sensible aux questions identitaires, et alors on reconnaît son importance dans les institutions de nos minorités, ou bien on ne l’est pas. Lorsque le gouvernement s’est engagé sur la voie de la fusion de toute l’île, j’ai demandé directement pourquoi un gouvernement du Parti québécois oeuvrait pour miner le pouvoir politique des francophones dans la métropole. Je n’ai jamais eu de réponse convaincante. Dimanche soir, le boomerang est revenu. C’est triste pour Louise. Mais pas seulement…

Les solutions de Madame Net Politique

Les solutions de Madame Net

La corruption, Huguette Labelle, chancelière de l’Université d’Ottawa, connaît bien ! Elle est présidente du conseil de Transparency International, organisme qui publie depuis 1995 un classement annuel des pays en fonction de leur degré de corruption ou de transparence. Voici ses solutions pour nettoyer la politique municipale québécoise.

Politique

Enquête publique: être Eliot Ness ou Al Capone ?

La partie est risquée. D’un côté, l’opinion réclame,à 80%, la tenue d’une enquête publique sur la construction. De l’autre, le premier ministre, ses ministres et le chef de la FTQ n’en veulent pas. Jean Charest et Michel Arseneault ne sont pas fous. Ils savent à quoi ils s’exposent en s’opposant à la volonté populaire. Ils donnent l’impression de refuser que toute la vérité soit faite. Alors que l’opinion veut qu’ils se transforment en Eliot Ness, ils prêtent flanc à l’accusation de protéger Al Capone. Pire, d’être de mèche avec lui. Car, vous pouvez vérifier, la vérité historique est qu’Al Capone avait de très grandes réserves sur l’opportunité de tenir une enquête publique à Chicago sur le trafic d’alcool dans les années 1920. Eliot Ness était d’avis divergent et il a eu le dernier mot, mettant Capone derrière les barreaux en 1929. Le coût du refus de l’enquête, en perception publique, est élevé. Il faut donc croire que MM Charest et Arseneault estiment beaucoup plus élevé le coût de la création de la commission. A mon avis, leur problème n’est pas lié à ce qu’ils savent, sur les Al Capone québécois actuels, ou si peu. Il est lié à ce qu’ils ne savent pas. La beauté de la commission d’enquête est le caractère public d’une multitude de pistes suivies pour débusquer la vérité et l’environnement dans lequel la fraude a été commise. L’enquête policière, elle, débouche sur une accusation précise. Pire, si l’accusé plaide coupable, le public obtient très peu de détails sur ce qui s’est vraiment produit. Mais avec l’enquête publique, on sait d’où on part, on ne sait pas où on atterrit. Dans le passé d’anciens chefs du parti, de la centrale ? Dans des complicités, des dons, des invitations ? Dans la perte de mairies amies, de partenaires rentables ? Le très regretté secrétaire américain à la défense Donald Rumsfeld (hum!) avait énuméré deux degrés de difficulté devant l’inconnu. Il y a ce qu’on sait qu’on ne sait pas (ex: on ne sait pas combien l’ennemi a de missiles). Puis il y a ce qu’on ne sait pas qu’on ne sait pas (ex: on n’avait même pas pensé à demander s’ils avaient des missiles.) MM Arseneault et Charest ne savent pas ce qu’ils ne savent pas. C’est ce qui les tétanise. Michel Arseneault a la tâche ingrate d’hériter d’une situation qu’il n’a pas créée et qu’il a tenté de rectifier depuis son arrivée à la FTQ. Et il a raison d’évoquer la présomption d’innocence, toujours malmenée en ces affaires. Mais alors que sa centrale était dans la mire des enquêtes au printemps, l’extension du débat aux milieux municipaux et d’affaires relativise sa situation. Lorsqu’on parle des « fabulous fourteen » qui se partagent les contrats à Montréal, il n’est pas question d’un front commun intersyndical. (Quoiqu’on pense bien qu’aux réunions des Forteen, ils doivent entonner leur version de so-so-so-solidarité!). De plus, la diffusion, par Enquête de Radio-Canada, de la conversation bien épicée de jurons de son bras droit Richard Goyette affirmant que la mafia n’allait pas réussir à déloger Arseneault lui donnait le beau rôle, celui de l’Eliot Ness syndical tenant le fort contre les barbares. En rejetant la tenue d’une enquête publique, il a perdu ce crédit. La situation du premier ministre est cependant plus ardue que celle d’un chef de centrale. Il avait le choix, depuis cinq mois, de jouer les Eliot Charest et de réclamer lui-même cette commission, donc de se présenter comme l’homme qui allait faire place nette. Il aurait empoché, dans un premier temps, un grand crédit dans l’opinion et aurait pu, lorsque les témoignages et le rapport écorcheraient — potentiellement — certains de ses alliés, affirmer que c’est quand même lui qui avait fait le ménage. Ce moment est passé. Pour que son refus d’une commission soit payante, elle doit maintenant tenir dans le temps. C’est-à-dire qu’il doit être prêt à voir chuter sa popularité et celle de son gouvernement, à être perçu comme Al Charest, si cette question reste centrale — et il y a fort à parier qu’elle le restera, car la presse et l’opposition ont un os et les langues se délient. Il devra donc traverser cette tempête jusqu’à ce que plusieurs accusations émergent des enquêtes policières, lui donnant ainsi un argument: voyez, ça marche même sans commission. Cela ne marchera qu’à moitié, mais il calcule n’avoir besoin que de la moitié d’un argument.

Politique

Jacques Chirac accusé

Il avait tout trafiqué pour que ça n’arrive jamais. Mais une juge d’instruction — cette race très française d’enquêteurs/procureurs que Nicolas Sarkozy veut faire disparaître — en a décidé autrement. Mais ce vendredi, pour la première fois dans l’histoire de la Ve république, un ancien président est renvoyé devant le tribunal pour « abus de confiance » et « détournement de fonds publics ». Il aurait commis ces actes alors qu’il était maire de Paris, en inventant des emplois fictifs pour y caser des amis du régime et du parti. Aussi inculpés: le petit-fils de de Gaulle, l’ancien secrétaire général de Force Ouvrière Marc Blondel, et plusieurs autres.Au pouvoir, Chirac a tiré toutes les ficelles pour nommer à des postes-clé à la justice des personnes soucieuses de fermer le dossier. Mais la juge d’instruction Xavière Simeoni, en fin de mandat, a décidé de partir avec un grand coup. Intéressant: les magistrats qui ont d’abord voulu fermer le dossier ont conclu qu’il y avait bien eu des irrégularités, mais que les faits étaient prescrits. Les autres, non-prescrits, trop difficiles à prouver. Ce n’est pas l’avis de la juge Simeoni. Ce sera maintenant au tribunal de juger. Pour plus d’infos, voir le texte du Monde.

Publicité
Politique

Lectures canadiennes: Trudeau au lit

Pour un vendredi après-midi, je vais parfois vous suggérer des sujets plus légers (avis aux visiteurs occasionnels: je vais les cacher sous la trompeuse catégorie « Choses sérieuses »). Pour ouvrir cette section, quoi de mieux qu’un retour sur les exploits sexuels du leader canadien le plus fascinant du dernier siècle: Pierre Trudeau. Une récente biographie, Just Watch Me, écrite par John English, comporte, selon Margaret Wente du Globe and Mail, « le récit le plus complet qu’on aura de la vie sexuelle de Pierre Trudeau ». Parmi ses conquêtes, Barbra Streisand, mais on le savait, Margot Kidder, la blonde de Superman, et, ce qui est plus impressionnant: Kim Cattrall. Ceux qui se sont tapés la récente série télé Trudeau en avait eu un avant-goût et furent sûrement révulsé d’apprendre qu’après avoir partagé le lit d’une femme mariée (interprétée par Suzanne Clément, au charme non négligeable), il refusa ensuite de la fréquenter durablement lorsqu’elle décida de quitter son mari. La raison ? Il était personnellement, fondamentalement opposé au divorce. Mais pas au batifolage. Margaret Wente, elle, aurait voulu, mais n’a pas consommé, comme elle l’écrit ici, dans un texte qui relate les morceaux les plus juteux du livre. .

Politique

Jean Charest, le bâtisseur ?

S’il y a une chose que les Québécois détestent (non, hagissent), c’est la prétention et les prétentieux. C’est pourquoi ils ont transformé en saint homme l’homme politique le plus intelligent du dernier demi-siècle, René Lévesque, homme qui, conscient du penchant des Québécois et de sa propre intelligence, préfaçait presque toutes ses phrases des mots: « à mon humble avis ». (Et notez tous les mots de dégonflage insérés dans sa phrase célèbre: « on est peut-être quelque chose comme un grand peuple » !) Alors lorsque, en mai dernier, les communicateurs du premier ministre libéral ont décidé de le présenter comme un « grand bâtisseur » du Québec, ils ont rendu leur chef vulnérable au pire des fléaux politiques: le ridicule. Mais hier, en annonçant l’achat d’Énergie Nouveau Brunswick par Hydro, il vient de poser le socle de ce qui pourrait supporter, s’il continue, sa propre statue. Un bon début mais, M Charest, un conseil: Cet achat, structurant pour toutes sortes de bonnes raisons expliquées par les analystes, est un signe d’audace et d’ambition. Si HQ pouvait devenir le grand joueur en électricité du Nord-nord-est américain, cela ouvrirait le champ des possibles pour notre économie et pour l’environnement. Maintenant, si Jean Charest veut vraiment nous épater, qu’il complète cette ambition par une autre, parfaitement réalisable, de réduire presque à néant la dépendance québécoise au pétrole en quelques décennies. Equiterre a publié à la mi-octobre Pour un Québec libéré du pétrole en 2030, (pdf ici) document fort bien documenté, qui montre comment les Québécois exportent à l’étranger, chaque année, 15 milliards de dollars d’achat pétrolier, plutôt que d’investir une partie de cette somme dans des sources locales d’énergie et de transport, donc dans l’emploi et la technologie d’ici. Le complément à la stratégie de production et d’exportation d’énergie électrique verte est la réduction, chez nous, de la consommation d’énergie noire. Alors épatez nous, M. le premier ministre ! (Post-scriptum: au sujet des « grands bâtisseurs », il vaut la peine d’aller voir le vidéo, toujours sur le site du PLQ, qui réussit le tour de force de raconter l’histoire de l’hydro-électricité au Québec sans même mentionner le nom de René Lévesque et en laissant entendre que Bernard Landry n’a rien fait en matière hydro-électrique. Ici encore, les communicateurs n’ont pas vu la frontière entre être partisan et être grotesque.)

Politique

Comment survivre à l’échec de Copenhague

C’est la chronique d’un échec annoncé. La proportion d’experts (ou de négociateurs) qui estime que les nations sortiront de Copenhague, début décembre, avec un nouveau traité, un Kyoto II, approche du zéro absolu. Pourtant, la conscience du problème écologique progresse, y compris dans les États-clé. Pékin et de Washington sont beaucoup plus engagés dans le débat qu’à la même date l’an dernier. Ottawa ? Ne m’en parlez pas. Le nombre de sujets à régler est cependant trop grand pour n’en faire qu’une bouchée à Copenhague. Eloi Laurent, économiste senior de l’Observatoire Français des Conjonctures économiques, et auteur de La nouvelle écologie politique, explique pourquoi il ne faut qu’être modérément pessimiste, dans cette entrevue de 15 minutes qu’il m’a accordée pour Planète Terre

Politique

Torture: le film

Voici un documentaire qui a une date de péremption: le 19 décembre. C’est rare. Torture made in USA: Le film, est un remarquable documentaire de 85 minutes qui ne peut-être vu que sur le Web, et que pour une période limitée ? Pourquoi ? J’y viens. Mais d’abord, pourquoi le voir ? Parce qu’il démonte avec sobriété et intelligence la mécanique qui a conduit les États-Unis à utiliser la torture à Guantanamo et en Irak (et ailleurs) sous l’administration Bush. Généralement, je me méfie quand les Français veulent raconter l’Amérique. Raccourcis et généralisations abondent. Cette fois, non.Marie-Claude Robin, qui avait fait l’excellent Le Monde Selon Monsanto, a réussi à interviewer plusieurs membres de l’administration Bush directement impliqués dans la chaîne de commandement ou témoins impuissants (autour du secrétaire d’Etat Colin Powell) de la dérive venue de haut, c’est-à-dire de Dick Cheney et George W. Bush. Le documentaire ne peut être diffusé sur les écrans ou à la télé parce qu’une partie reprend des témoignages livrés devant le Congrès américain et diffusés par la chaîne parlementaire C-Span. Or C-Span demande maintenant des droits de rediffusion, qui font exploser les coûts (de 9000 euros initialement à 130 000 maintenant). Le site indépendant Médiapart (animé notamment par l’ex-journaliste d’enquête du Monde Edwy Plenel), avec l’aide d’Attac-France, d’Amnesty International et d’Human Rights Watch ont payé pour la diffusion Internet pendant deux mois. Alors courez-y…

Politique

A la défense de Sylvie Roy

D’accord, elle n’est ni ne sera notre Hillary Clinton (dommage) notre Margaret Thatcher (heureusement) ou notre Ségolène Royal (?!?). Si elle quitte la politique le canal V lui offrira peut-être d’animer Sylvie Roy 26 ou 47, mais certainement pas 360. N’empêche. Elle est aujourd’hui victime d’une stratégie politique que les auditeurs de l’excellente ex-série américaine The Practice connaissent sous le nom de « Plan B ». Les protagonistes, avocats de la défense, utilisaient cette technique lorsqu’ils savaient que leur client était sur le point d’être condamné (souvent à mort). Alors, avec toute la mauvaise foi dont ils étaient capables, ils choisissaient un des témoins et l’accusaient, lui, sans la moindre preuve, d’être une crapule. Le but: insérer un doute dans l’esprit d’au moins un membre du jury. Ça marche à Québec aussi.Englué dans un contexte de scandales de collusion et de corruption, complètement réfractaire à l’idée de tenir une commission d’enquête publique, assommé par une jugement surréaliste de la Cour suprême sur la langue, en chute dans les sondages, l’équipe Charest choisit de changer le sujet. Le prétexte, la question que la chef intérimaire de l’ADQ a posée en chambre. La voici: «Est-ce que le ministre de la Sécurité publique, dans ses vérifications, a appris que le premier ministre sait qu’il y a trois ministres qui ont été sur le bateau d’Accurso?» Maintenant, les faits avérés: Benoit Labonté croyait savoir que trois ministres y étaient allés et en a informé Jean Charest. Sylvie Roy n’a pas nommé les ministres, mais Labonté l’avait fait dans sa conversation à Charest. Ce dernier a vérifié auprès des ministres, qui ont nié. Puis, M Charest a révélé leurs noms. Sylvie Roy, jamais. Pourtant, le gouvernement veut adopter une motion de blâme contre Mme Roy, ce qui ne s’est pas fait en vingt ans. Vous le savez peut-être, j’ai été de 1994 à 1999 au cabinet du premier ministre et ai pu entendre des milliers de questions posées par l’opposition — en l’occurence libérale. Eut-elle été péquiste que je tirerais la même conclusion. Sur une échelle de 0 à 10, zéro étant une question de bonne foi et 10 étant une question de mauvaise foi, tordant les faits pour atteindre un but partisan, la moyenne des questions se situent, à mon avis, à 7,5, soit précisément la note que je donne à celle de la député Roy. (Je dois dire que la note 10 était le domaine quasi exclusif de Thomas Mulcair et Pierre Paradis.) Dernier commentaire sur cette triste affaire: on a entendu hier le ministre Jacques Dupuis affirmer qu’un des ministres (je répète: non nommés par Roy) avait eu les « larmes aux yeux » d’être ainsi injustement accusés. S’ils ont si peur qu’on puisse penser qu’ils aient fréquenté un grand entrepreneur québécois comme Tony Accurso, est-ce parce qu’ils savent des choses sur son compte que même Alain Gravel ne nous a pas révélées ? Ok, j’avoue, c’est une question qui atteint 8 sur 10.