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La fuite en avant des partis progressistes

C’est difficile à imaginer aujourd’hui, alors que ce sont les verts qui défendent un projet de revenu annuel garanti et les libéraux qui défendent une taxe sur le carbone, mais de 1960 à 1984, le NPD a été la source à laquelle les gouvernements en mal de politiques progressistes allaient régulièrement s’abreuver. Pendant le règne de Jean Chrétien, c’est plutôt à la droite que le PLC est allé piquer les politiques qui ont fait son succès. Le déficit zéro, la loi sur la clarté étaient autant de concepts d’abord dénigrés par les libéraux, puis plagiés à même le programme réformiste de Preston Manning (et assimilés par la suite par le NPD). À défaut de se voler des idées, le NPD et le PLC se chipent désormais des candidats. Au Québec, la grande offensive néo-démocrate de la campagne électorale est pilotée par l’ancien ministre libéral Thomas Mulcair. Et la circonscription québécoise la plus susceptible d’aller rejoindre Outremont dans le camp néo-démocrate le 14 octobre est celle de Gatineau, où la députée libérale fédérale Françoise Boivin, défaite en 2006, brigue cette fois les suffrages sous la bannière de Jack Layton. À l’inverse, le Parti libéral compte deux ex-premiers ministres néo-démocrates, le Britanno-Colombien Ujjal Dosanjh et l’Ontarien Bob Rae, parmi ses candidats-vedettes. L’ancien premier ministre de la Saskatchewan Roy Romanow est lui-même passé à un cheveu de sauter la clôture pour rejoindre son ami Jean Chrétien sur les barricades électorales en 2000. Une fois la présente campagne électorale passée, il n’est pas exclu que Bob Rae, néo-démocrate repenti, soit de nouveau partant pour prendre la tête des libéraux fédéraux, pendant que Thomas Mulcair, libéral de carrière, se retrouverait favori pour la succession de Jack Layton ! C’est en présumant que leurs formations d’adoption respectives seront encore debout le 15 octobre au matin. En effet, la campagne électorale en cours risque davantage de passer à l’histoire pour l’âpre lutte qui se livre à la gauche des conservateurs que pour un débat de fond entre les visions progressiste et conservatrice du Canada de demain. Cette lutte fratricide consterne les milieux progressistes, qui savent de moins en moins à quel saint se vouer. À leurs yeux, tout est en place pour une répétition du scénario de 1988. Néo-démocrates et libéraux avaient alors divisé le vote anti-libre-échange, ouvrant la voie au second mandat majoritaire de Brian Mulroney. Mais à l’époque, il y avait seulement deux partis à la gauche des conservateurs. Aujourd’hui, ils sont quatre. À l’extérieur du Québec, les verts menacent davantage le NPD, et au moins autant les libéraux, que les conservateurs. Au Québec, néo-démocrates et libéraux ont les yeux rivés sur le flanc gauche du Bloc québécois plutôt que sur l’électorat bleu de Stephen Harper. Quant au duel plus classique que se livrent le NPD et le PLC, il a autant de chances de produire un vainqueur que la guerre d’usure qui a si longtemps et si inutilement opposé progressistes-conservateurs et réformistes. Le seul gagnant avait été Jean Chrétien. Il y a 20 ans, le NPD avait misé sur la représentation proportionnelle pour contrer les effets pervers de la division du vote progressiste. Depuis, on a assisté à la multiplication des partis qui courtisent l’électorat de centre gauche, sans que la réforme du mode de scrutin progresse d’un iota. Au cours de la dernière législature, Jack Layton n’est même pas parvenu à faire accepter la création d’une commission parlementaire sur la question. L’idée d’un nouveau mode de scrutin n’a plus d’élan depuis que des projets en ce sens se sont enlisés en Colombie-Britannique, en Ontario et à l’Île-du-Prince-Édouard. Stephen Harper est vraisemblablement le chef le plus à droite qu’aura jamais le Parti conservateur fédéral et il ratisse tout de même suffisamment large pour espérer un second mandat, possiblement majoritaire. Pendant ce temps, ses adversaires s’arrachent le même carré de pelouse. Si la tendance se maintient, au lendemain du prochain scrutin, les partis progressistes ne pourront plus se soustraire à un examen de conscience, qu’ils auront le loisir de faire dans l’opposition.

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L'arme secrète de Harper Politique

L’arme secrète de Harper

Homme de main de Stephen Harper et général des guerres électorales du Parti conservateur, Doug Finley est l’une des personnalités politiques les plus puissantes du Canada. Et l’une des moins connues.

Le Tournant vert pour les nuls Politique

Le Tournant vert pour les nuls

Propulsé sur la scène fédérale à titre d’expert de la Constitution, le chef libéral, Stéphane Dion, mise son avenir politique sur l’environnement. La complexité de son Tournant vert donne toutefois le tournis à bien des Canadiens. Petit guide pour s’y retrouver.

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Portraits de chefs

Harper le converti Stephen Harper a tourné le dos trois fois à Ottawa. Par dépit. Il a même milité pour la séparation de l’Alberta avant de finalement se réconcilier avec un pays qu’il entend aujourd’hui redéfinir. Son Canada à lui sera-t-il plus attrayant? Par Michel Vastel P ublié dans L’actualité du 1er mars 2006 Harper le justicier Il a serré la vis aux criminels, modifié le processus de nomination des juges et fait augmenter le nombre de policiers. Jusqu’où ira-t-il? Par Alec Castonguay Publié dans L’actualité le 15 avril 2007 Dion Quichotte mission impossible Pour sauver le Canada, le prof de science politique est monté à l’assaut des moulins à vent d’Ottawa, de Québec et d’ailleurs. Les Sancho Pança ne suivent pas… Le samedi 25 novembre 1995, le téléphone sonne chez les Dion… Par Michel Vastel Publié dans L’actualité du 15 avril 1997 Le pays de Stéphane Dion Les Québécois oublient trop vite les gestes inexcusables, affirme Jean-François Lisée. Avant de réhabiliter Stéphane Dion, ils devraient relire la loi sur la clarté! Par Jean-François Lisée Publié dans L’actualité de février 2007 Il fait bouger le Canada Le mariage gai, le scandale des commandites, le protocole de Kyoto… tous ces dossiers chauds n’auraient pas connu le même dénouement sans Gilles Duceppe et son Bloc Québécois. Confidences d’un indépendantiste qui veut rester à Ottawa. Par Micheline Lachance Publié dans L’actualité du 1 novembre 2005 Le Bloc a-t-il sauvé le Canada? Dans un essai, la journaliste politique Chantal Hébert affirme que la présence du Bloc québécois à Ottawa a eu l’effet contraire à celui que ses fondateurs souhaitaient… Par Chantal Hébert Publié dans L’actualité du 15 mars 2007 Jack la menace On le verra beaucoup cet été au Québec. Car pour redonner vie au NPD, Jack Layton a entrepris de faire la cour aux militants du Bloc québécois. Son but: devenir le leader de l’opposition officielle à Ottawa. Par Michel Vastel Publié dans L’actualité le 1er juillet 2003

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Les grands enjeux

Cliquez sur l’un des grands enjeux : Environnement Arctique Énergie Culture Économie Afghanistan Gaz à effet de serre Course contre la montre… avec obstacles Contrôler les émissions de gaz à effet de serre est urgent. Et possible. Toutefois, la résistance politique sera très forte. Par Pierre Fortin Publié dans L’actualité le 15 avril 2007 La menace bitumineuse C’est un secret bien gardé: l’extraction des sables bitumineux est trois fois plus polluante que celle des sources de pétrole traditionnelles. En misant sur cette nouvelle source d’énergie, le Canada sera-t-il un des fossoyeurs de la planète? Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 15 octobre 2006 Réchauffement du Pôle Nord Danger, pergélisloche ! Il fait jusqu’à 31°C l’été au Nunavik. Le pergélisol fond, les caribous s’égarent, des rivières sont contaminées. Incursion dans un pôle qui a perdu le nord. Par Daniel Chrétien Publié dans L’actualité du 1er décembre 2007 Le boom du Grand Nord Au cours des décennies qui viennent, l’Arctique canadien connaîtra un essor sans précédent. Portrait de cinq villes du nord. Par Daniel Chrétien Publié dans L’actualité du 1er mars 2007 Ça gaze à Inuvik! Trente ans après son abandon dans la controverse, un mégaprojet de gazoduc dans les Territoires du Nord-Ouest renaît avec l’appui des autochtones. Et promet de métamorphoser la région. Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 1er mars 2007 Recherche scientifique en Arctique La réponse est… en Arctique! Russes, Américains et Chinois fouillent régulièrement l’Arctique canadien. Et ils explorent l’Antarctique l’hiver, pendant que notre Amundsen, lui, déglace bêtement le Saguenay. Pourquoi investissons-nous si peu dans la recherche nordique? Par Valérie Borde Publié dans L’actualité le 1er novembre 2006 Pétrole : l’erreur canadienne Dans 50 ans, quand les réserves de l’Alberta seront épuisées, aucun pays ne sera en mesure de fournir du pétrole au Canada. Pour éviter le cul-de-sac, il faut cesser d’exporter du brut, affirme le géophysicien suédois Kjell Aleklett. Par Jean-Benoît Nadeau Publié dans L’actualité le 1er juillet 2008 Bienvenue en Alberta saoudite Les sables bitumineux de l’Alberta ont propulsé le Canada au deuxième rang mondial au chapitre des réserves de pétrole. Une révolution dont on ne mesure pas encore toute la portée. Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 1er octobre 2006 Trois blogueurs, trois points de vue Tout au long de la campagne électorale, nos blogueurs s’intéressent à la question de la culture. Lisez ce qu’en disent: – Pierre Cayouette – Chantal Hébert – Pierre Duhamel Loi C-10 Non à la censure ! Au 19e siècle, les grands écrivains français Gustave Flaubert et Charles Baudelaire ont été traînés devant les tribunaux. La société accusait l’auteur de Madame Bovary et celui des Fleurs du mal « d’outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Leurs livres figurent pourtant sur la liste des chefs-d’œuvre universels. Par Pierre Cayouette Publié dans L’actualité le 1er août 2008 Est-ce la fin du rêve nord-américain ? Pendant que les frontières tombent en Europe, des murs s’élèvent entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Legrand rêve d’un continent où biens et personnes circuleraient librement est-il mort ? Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 1er avril 2008 Comprendre le prix de l’essence D’où vient le prix de l’essence? Du prix mondial du pétrole, du taux de change, des marges de raffinage et de distribution ainsi que des taxes. Par Pierre Fortin Publié dans L’actualité le 1er novembre 2006 La face cachée de la guerre Qu’arrive-t-il aux soldats canadiens blessés en Afghanistan ? L’actualité a appris que 130 d’entre eux avaient été soignés à l’hôpital militaire américain de Landstuhl, en Allemagne. Visite exclusive d’un centre médical ultra-discret… Par Michel Arseneault Publié dans L’actualité le 15 mars 2008 Afghanistan: mission impossible ? Comment le Canada peut-il atteindre ses objectifs en Afghanistan ? Paul Tellier, membre du Groupe d’experts indépendant sur le rôle futur du Canada en Afghanistan, répond à nos questions. Par Alec Castonguay Publié dans L’actualité.com le 20 février 2008 Naissance d’une armée Beaucoup de volonté, mais bien peu d’équipement et si peu de temps… Notre journaliste revient d’un camp où Canadiens, Américains, Français forment les recrues afghanes. À quand une armée nationale digne de ce nom ? Par Alec Castonguay Publié dans L’actualité le 1er octobre 2007

Diviser pour régner Politique

Diviser pour régner

En abolissant certains programmes culturels, Stephen Harper pratique la politique de la division, méconnue au Canada mais populaire aux États-Unis. Pour la contrer, il faut la comprendre, dit la professeure D. Sunshine Hillygus, de Harvard. En voici les clés.

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L’état de la démocratie en Amérique

On trouvera ici une conférence donnée à l’été 2008 sur l’état de la démocratie aux États-Unis avant l’élection présidentielle américaine. On peut la visionner ici. (Il faut appuyer sur le carré blanc – arrêter — puis sur play.)

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Les malades imaginaires

Pour les commissaires Bouchard et Taylor, il n’y a pas de doute. Le patient – qu’ils désignent comme les « Québécois d’ascendance canadienne-française » ou plus inclusivement « le noyau francophone » — se croit malade. Ils savent pourquoi il se croit malade. Leur malaise, expliquent-ils, vient de leur situation minoritaire en Amérique du nord, d’une histoire difficile, d’un chambardement de leurs repères depuis la Révolution tranquille. Leur trouble fut alimenté ces trois dernières années par une peur irraisonnée de l’autre, fondée sur des faits exagérés devenues fausses perceptions. Jouant de malchance, le mal fut avivé par des faits nouveaux sur le recul de la proportion de francophones à Montréal dont il serait, je cite, « prématuré » de s’inquiéter. Voici un cas où le principe de précaution ne s’applique pas. Attendons l’irrémédiable. MM. Bouchard et Taylor savent donc pourquoi une majorité de francophones (à plus de 70% et parfois une majorité de non-francophones) ont exprimé, dans les sondages et devant eux, une vive inquiétude quant au principe même de certains accommodements et un sentiment de perte de contrôle identitaire. Que les citoyens inquiets se rassurent donc. Ils ont été entendus. C’est simplement, jugent les commissaires, qu’ils ont tort d’être inquiets. MM Bouchard et Taylor expliquent (déplorent ?) qu’il y aura toujours cette « tension » provenant des canadiens-français. C’est comme ça. On n’y peut rien. Ils sont (je dirais Nous sommes) génétiquement hypocondriaques. L’intelligence supérieure et la capacité conceptuelle des deux commissaires sont indiscutables. C’est sans doute pourquoi de simples mortels ont rempli les salles et forcé des prolongations dans les régions et à Montréal, exprimant de mille manières un appel : imaginez pour nous des façons de réaffirmer les repères collectifs dans lesquels nous pourrions nous reconnaître et accueillir les autres. C’est non. MM. Bouchard et Taylor n’ont pas essayé. Ils n’ont pas voulu. Ce n’est pas leur tasse de thé. Chers lecteurs, je vous propose un test simple. Voyez la définition suivante : L’identité québécoise se définit par les valeurs, le cheminement et les repères historiques de la majorité canadienne-française et plus largement francophone, auxquelles s’ajoutent et se combinent les apports anglophones, autochtones et celles de toute la diversité qui vit en son sein. Si vous êtes grosso modo d’accord avec cette phrase – et j’ai la conviction que l’immense majorité des Québécois de toutes origines le sont – vous êtes en désaccord avec MM Bouchard et Taylor. Le libre-marché identitaire Dans leur rapport, ils dénoncent explicitement toute volonté de mettre le noyau francophone en quelque position centrale. Hiérarchie, prédominance, prééminence, centre de convergence, tout cela est honni, dénoncé comme « une forme d’assimilation douce à la culture canadienne-française ». Au contraire, dans leur modèle identitaire, écrivent-ils, ceux qui convergent sont « à parité entre eux ». Mis à part le français langue commune, rien de formel de doit donner un supplément d’énergie à la majorité francophone. Canadiens-français, sikhs et juifs hassidiques sont des acteurs égaux du libre-marché identitaire auquel on nous convie. Le noyau francophone détient l’avantage du nombre, cela devra – et aurait du – lui suffire. Attention : la lecture de la citation suivante du rapport peut nécessiter l’ingestion préalable de caféine. « La promotion de valeurs communes ne doit en aucun cas porter atteinte à la nécessaire diversité des individus et des groupes. Ce qu’il faut avoir à l’esprit, ce sont quelques valeurs historisées qui recoupent les expériences singulières des principaux acteurs collectifs ou groupes ethniques. » N’ayez crainte, je traduis. En clair, s’il fallait qu’on veuille inscrire dans un texte les valeurs qui nous ressemblent, il faudrait en exclure celles qui ne sont pas partagées par les autres groupes. Pas étonnant que les commissaires nous mettent en garde contre toute volonté de coucher des valeurs communes québécoises sur papier, car le plus petit dénominateur commun est leur règle. Les chartes, le droit froid, leur suffisent donc amplement. La chasse aux crucifix Ce simple décodage montre à quel point le rapport énonce l’exact contraire de ce que la plupart des Québécois attendaient d’eux : une façon ouverte, moderne, conciliante d’affirmer la spécificité québécoise et d’en établir des repères. Même Jean Charest l’a compris, lui qui a immédiatement dégainé sa déclaration ministérielle pour proposer au moins des demi-mesures dont le rapport ne fait aucune mention et les enrober dans un discours identitaire québécois introuvable dans le texte de ses commissaires. Ce n’est donc pas par surdité mais par volonté d’aller à contre-courant de la majorité québécoise que MM. Bouchard et Taylor ont jugé le moment superbement choisi de faire la chasse aux crucifix. Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas loin, sur le principe, de penser comme eux. Cette croix est dans un lieu de pouvoir — celle du Mont Royal est un énorme bibelot, il y a une différence. Le déplacement du crucifix de l’Assemblée nationale dans le musée du Parlement me semble envisageable le jour où les Québécois auraient (auront ?) des assises identitaires telles que ce symbole perde de sa valeur. Mais jamais je n’aurais songé que les commissaires soient à ce point déconnectés du sentiment populaire qu’ils puissent dire simultanément aux Québécois 1) qu’il n’est pas question qu’on les réconforte en leur offrant les repères qu’ils demandent ; 2) qu’ils peuvent se passer des quelques symboles qu’ils détiennent encore. Le Nous dénaturé Pas étonnant que les commissaires soient allergiques au Nous, qu’ils dénaturent brièvement dans le rapport. Selon eux, on peut nommer le « noyau francophone » en le regardant de l’extérieur, mais les membres du noyau ne devraient pas se nommer en disant Nous et en dialoguant avec les autres Nous – qui eux se nomment sans inhibition. La démarche du Nous est donc contraire à celle proposée par les commissaires. Elle propose d’affirmer les valeurs communes des Québécois en prenant soin de faire en sorte que la majorité s’y reconnaisse (prédominance du français, patrimoine historique et culturel québécois, égalité des sexes, laïcité des institutions) et que la diversité et les futurs immigrants puissent y adhérer. Elle part du principe que toute politique inclusive est vouée à l’échec si elle dévalorise – comme le fait le rapport – les contributions et responsabilités centrales de la majorité, pire encore si elle la culpabilise, ce qui est clairement le cas, quoiqu’en dise M. Bouchard, qui reproche à ses concitoyens leur « braquage identitaire » et leur récent flirt avec le « dérapage ». Plutôt qu’une « vigoureuse campagne sur l’interculturalisme », prioritaire selon le rapport, l’approche du Nous propose d’inscrire ces repères dans des textes fondateurs – une constitution, la charte québécoise des droits – pour baliser les décisions à venir des législateurs et des juges. Elle veut incarner ces repères dans une institution qui les rendent concrètes – une citoyenneté interne, exactement aussi inclusive et exigeante que les citoyennetés de toutes les nations démocratiques détenant pourtant, elles, des socles identitaires plus forts que le nôtre1. Le rapport fait état d’un grand nombre de sondages mais reste étrangement silencieux sur celui révélant que les Québécois appuient massivement cette approche (63% pour la constitution, 72% pour la citoyenneté, dont 54% de non francophones). Voici pourtant le genre de gestes forts, refondateurs, structurants, qui peuvent donner aux Québécois le supplément d’identité qu’ils attendaient des commissaires. La déception est à la hauteur de leurs attentes. L’absence de remède ne fera rien contre la résurgence du malaise, dès le prochain accommodement controversé venu – et il viendra, le rapport signalant clairement que la voie est libre. En choisissant de tourner le dos à la volonté québécoise majoritaire, les commissaires la renvoie, avec son malaise, vers le seul recours possible : le champ électoral. La où même les malades imaginaires ont droit de vote. ———————– M. Lisée était conseiller de Pauline Marois lorsqu’elle a présenté son projet de loi sur l’identité. Il est l’auteur de « Nous », publié chez Boréal. (Version intégrale d’une opinion d’abord publiée dans La Presse, du 27 mai 2008)

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Une poigne de velours

On cherchera en vain le croustillant dans Québécoise !, l’autobiographie de Pauline Marois, qui paraîtra ce printemps aux éditions Fides. Ni épanchements, ni révélations-chocs, ni règlements de comptes, rien pour exciter les chroniqueurs politiques ou faire les manchettes. « C’est une vie sans histoires », prévient la chef du Parti québécois. Mais elle voulait tout de même la raconter, cette vie, ne serait-ce que pour « laisser des traces ». Pauline Marois dresse dans ce livre le bilan de ses principales réalisations politiques, de la création des centres de la petite enfance à l’instauration des commissions scolaires linguistiques. Elle s’attarde sur ses passages remarqués à la tête des ministères des Finances, de l’Éducation et de la Santé. Avec une certaine retenue, elle raconte aussi son histoire d’amour et son mariage heureux avec l’homme d’affaires Claude Blanchet, avec qui elle a eu quatre enfants. Un an après son élection à la tête du Parti québécois, Pauline Marois fait montre d’une grande sérénité et prend manifestement goût à cette fonction à laquelle elle se préparait, presque malgré elle, depuis longtemps. « J’ai découvert que j’aime être la première responsable », avoue-t-elle. Son prochain cheval de bataille ? La défense de la langue française. « Pour les Québécois, c’est une question de survie », juge-t-elle. L’actualité l’a rencontrée à son bureau de l’Assemblée nationale. — Quand on lit le chapitre consacré à votre courte, mais si heureuse retraite, on se demande : pourquoi est-elle revenue ? D’autant que le mouvement souverainiste et le Parti québécois ont connu des périodes plus effervescentes… — C’est beaucoup plus difficile qu’à une certaine époque. Mais c’est quand ça va moins bien qu’on appelle les femmes au secours. Pourquoi suis-je revenue ? Parce qu’on ne peut pas, pendant 30 ans, mettre son énergie, son cœur et ses convictions pour faire avancer le Québec et refuser de relever le défi quand arrive un moment où on peut encore être utile. J’étais bien, loin de la politique ; mais l’engagement est profond. Un an plus tard, vous ne regrettez pas ce retour ? — Au contraire. J’ai découvert que j’aime être la responsable, la première responsable. Et je suis prête à assumer les bons coups comme les mauvais. J’aime ça et je ne m’en cache pas. C’est la première fois que ça m’arrive en politique. J’ai toujours eu des chefs, envers lesquels j’ai été loyale (même si certains ont cru que je pouvais ne pas l’avoir été). J’ai décidé que je serais moi-même, que je ne m’inventerais pas un personnage de leader. Je suis ce que je suis : Pauline Marois, avec 59 ans dans le corps, une belle vie sur le plan personnel, de beaux moments politiques, d’autres plus difficiles, plus déchirants. Je ne vais pas essayer de faire de l’esbroufe avec mon équipe. Avez-vous « dompté » la faction plus radicale du PQ ? En vous libérant du carcan du référendum obligatoire dans le premier mandat, avez-vous réussi là où vos prédécesseurs ont échoué ? — Je n’ai pas joué les matamores et je n’ai pas « dompté » le parti. Je l’aime, ce parti. J’ai cheminé avec lui, j’y suis enracinée. Ce que je souhaite, c’est que la stratégie qu’on a choisie soit la bonne. Si, dans 10 ans, on met à jour votre biographie, quelle serait la grande réalisation que vous souhaiteriez que l’on rajoute ? — Que le Québec est un État social-démocrate riche, à l’image de l’Irlande, de la Norvège, de la Suède, du Danemark, dont le modèle a évolué et où le PIB par habitant est le plus élevé du monde. Mon rêve est que le Québec soit indépendant. La route est semée d’embûches. Alors, ce qu’on propose, c’est de faire avancer le Québec le plus loin possible, sur tous les fronts. Si on va chercher des pouvoirs, si on se définit mieux, peut-être que le Québec aura envie d’aller au bout de son rêve. Pourquoi parlez-vous tant d’identité ? — L’ADQ avait tiré le tapis sous nos pieds parce qu’on avait renoncé à cette priorité. On en était à l’« approche citoyenne ». Or, pourquoi fait-on un pays ? Il faut revenir à l’origine de ce projet : l’identité, la langue, la culture, notre histoire commune. La capacité aussi d’accueillir à notre façon ceux qui viennent de partout. Ce n’est pas un nationalisme de repli sur soi, mais d’ouverture. Nous sommes des démocrates, des progressistes, ouverts sur le monde. Il faut être capable de se tenir debout, d’accueillir les nouveaux arrivants en français. Ailleurs dans le monde, les États ont des contrats d’intégration. Ici, tout le monde s’énerve parce qu’on parle d’en avoir un. Ce virage a-t-il repositionné le PQ ? — Oui. On a remis le PQ sur ses bases. On a présenté deux projets de loi, qui ont été décriés. On n’a pas pu en débattre. Mais sur le terrain, les gens en général étaient contents. Ils disaient qu’il faut s’affirmer. Quand nous accueillons des gens dans notre maison, il faut leur dire qui nous sommes, quelles sont nos valeurs. L’ambiguïté, dans notre réalité sociopolitique, c’est que nous constituons une partie du Canada. Quand quelqu’un vient ici, il vient au Québec, mais il vient aussi dans l’ensemble canadien. Nous lui adressons un double message, celui du bilinguisme et celui du multiculturalisme. Il faut être fort en maudit pour y résister. Si les Québécois vous élisent, quelle sera votre priorité ? — Les questions d’identité. Les gestes de « gouvernance nationale » que nous proposons tournent autour de la langue et de l’identité. Nous allons ramener nos lois, que M. Charest ne veut pas étudier. Cela va nous « reconnecter » avec les Québécois. Je me promène beaucoup au Québec et bien des gens, pas toujours des souverainistes, me disent : « Madame Marois, n’oubliez jamais de défendre notre langue. » Vous croyez rallier les Québécois autour de cette question ? — La langue, c’est dans les tripes, dans l’inconscient collectif. Tout le monde a l’impression que c’est dépassé. Ce n’est pas vrai ! Communiquer, créer, participer au monde dans sa langue, c’est mobilisateur, ça permet de se dépasser. Les peuples qui s’assimilent sont des peuples qui meurent. On n’a pas envie de vivre ça. Quelle est votre plus grande crainte pour l’avenir du Québec ? — Voir les Québécois baisser la garde au sujet de la question de la langue. Si on la baisse, c’est la « louisianisation » du Québec ! Quand on veut prendre les moyens de protéger la langue française, en proposant par exemple une loi sur l’identité, les bien-pensants protestent : « On ne peut pas faire ça. » Pourquoi tous les autres peuples le font-ils et pas nous ? Est-ce encore vrai, comme l’écrivait Françoise Giroud, qu’une « femme en politique n’a pas le droit d’être ambitieuse » ? — J’ai connu bien des situations difficiles parce que j’étais une femme. On scrute notre habillement, notre allure. On m’a caricaturée avec des bijoux clinquants, de grosses écharpes. Je ne me pose pas en victime, dans ce livre. Ce n’est pas un essai féministe. Je voulais montrer ce qu’est la vie d’une femme en politique. Une femme ambitieuse, c’est péjoratif, négatif. Mais un homme ambitieux, c’est valable ! Quand on veut faire un pays, il faut de l’ambition. C’est vrai que je suis ambitieuse. Mais être ambitieuse, c’est vouloir réussir, progresser. Pourquoi cette biographie ? Pourquoi maintenant ? — J’y tenais, pour laisser des traces, dire aux gens : « Voilà, il est possible de concilier famille et politique, bonheur et engagement. » Ce travail d’écriture a été entamé pendant ma courte retraite. Je croyais que les gens me connaissaient puisque ça fait 30 ans que je suis dans le paysage. Mais j’ai compris que la mémoire collective est courte. Je me suis dit : « Tu veux être chef du Parti, chef du gouvernement, il faut que les gens aient quelque chose qui leur permette de voir ton parcours, ce n’est pas inintéressant. Surtout que tu vas pouvoir faire tomber quelques mythes ou préjugés qui te concernent. » Votre vie est l’histoire d’une réconciliation entre le social et l’économique, qu’il s’agisse de votre vie privée (la travailleuse sociale a épousé un homme d’affaires) ou de votre carrière. — Sur le plan personnel et sur celui de l’engagement, j’ai toujours tenté de réconcilier ces deux pôles. Je me définis comme une sociale-démocrate. Quand j’ai été ministre des Finances, les mesures que j’ai mises en place s’inscrivaient dans la trame de la lutte contre la pauvreté. Je suis constante dans mon engagement. Je vous jure, j’ai retrouvé des articles de 1982 dans lesquels j’explique que mon rêve est qu’il y ait des services de garde pour les familles, des congés parentaux…

« Cessons ce cirque… » Politique

« Cessons ce cirque… »

La période de questions, la ligne de parti, le bâillon : ces trois pratiques nuisent à la crédibilité de notre institution parlementaire, croit un ancien président de l’Assemblée nationale. Qui propose ses solutions…

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Trois accélérateurs des travaux parlementaires

• La suspension des règles de procédure (le véritable bâillon) C’est la forme la plus connue et la plus utilisée. Le temps de parole accordé aux députés est réduit à presque rien. L’urgence d’agir doit être invoquée… mais nul besoin de la démontrer. Propre à l’Assemblée nationale du Québec. • La mise aux voix immédiate Mieux connue sous l’appellation de « question préalable ». Permet de mettre fin prématurément à un débat et de passer au vote. Peut aussi être utilisée par l’opposition (mais l’est surtout par le côté ministériel). Le président peut rejeter d’office la motion. Dernière utilisation à Québec : 1993. Présente dans de nombreux Parlements de type britannique et présidentiel. • La motion de clôture Utilisée surtout pour dessaisir une commission parlementaire d’un projet de loi, afin d’en ressaisir l’Assemblée. Cette motion impose une date limite pour le dépôt du rapport de la commission. Dernière utilisation : 1996. Dans les autres Parlements de type britannique :cette motion peut être utilisée pour toute affaire, pas seulement les projets de loi, et le président peut refuser sa mise aux voix.