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La chanson des élections

Le ministre fédéral Jean-Pierre Blackburn joue du violon au Bloc québécois. Il veut le convaincre d’empêcher les libéraux de défaire le gouvernement au début d’octobre. Sa raison : le danger de voir les élections fédérales suivre d’une semaine à peine les élections municipales au Québec. Il y a peu de chance que cela suffise à faire taire les tambours électoraux. En vertu de l’accord conclu entre Stephen Harper et Michael Ignatieff, le gouvernement doit, le 28 septembre, faire rapport sur l’assurance-emploi et l’économie et accorder une journée d’opposition aux libéraux entre le 30 septembre et le 6 octobre. Durant une journée d’opposition, le parti qui pilote le débat met aux voix une motion. Les libéraux pourraient décider d’en présenter une invitant la Chambre à retirer sa confiance au gouvernement. Si les néo-démocrates et les bloquistes les suivaient, le gouvernement serait défait. Cela voudrait dire des élections le 9 ou le 16 novembre. Le NPD a déjà dit qu’il ne donnerait jamais sa confiance aux conservateurs et le Bloc répète que ce n’est pas le calendrier mais la teneur de la motion qui dictera son vote. Jean-Pierre Blackburn chante qu’il serait mieux d’attendre au printemps et le prochain budget. C’est pourtant le même ministre qui défend la décision du gouvernement de lancer une campagne publicitaire tous azimuts pour un de ses programmes les mieux connus, le crédit pour la rénovation domiciliaire. Il prétend que cette publicité, qui sera envoyée dans 3,5 millions de foyers en septembre, n’a rien à voir avec de possibles élections. Ça tombe drôlement bien cependant. On connaît la chanson et elle a des airs d’élections.

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Le déficit, comme un moustique

Un moustique tenace rend l’été irritant pour Stephen Harper. Il s’agit du directeur parlementaire du budget, Kevin Page, qui a publié un rapport d’étape mettant en doute les prévisions de déficit des conservateurs. Si ces derniers pensaient que le moustique ne les embêterait que durant une journée ou deux, ils se sont bien trompés. Les libéraux se sont assurés d’ébruiter l’affaire dès qu’ils l’ont pu, brisant même l’embargo qu’ils avaient eux-mêmes demandé. La tactique est connue et fréquente en été. Quand le gouvernement risque de dominer les nouvelles, grâce, entre autres, à un voyage du premier ministre à l’étranger, l’opposition déploie des trésors d’imagination pour détourner l’attention et le faire mal paraître. Il faut savoir que Kevin Page s’est battu pendant des mois pour avoir le droit de publier ses rapports dès qu’ils sont prêts. Mais le directeur de la bibliothèque du Parlement, de qui il relève, lui imposait de respecter la tradition et de remettre d’abord le rapport aux députés qui en avaient fait la demande – dans ce cas-ci, le comité des finances. Un comité parlementaire s’est penché sur la question et a conclu, il y a seulement trois semaines, qu’il en demeurerait ainsi. Or, même si le porte-parole libéral en matière de Finances, John McCallum, a demandé un délai de deux jours entre la remise du rapport au comité des finances et la publication du rapport par M. Page, le bureau de son chef a coulé le document à plusieurs journalistes dès qu’il l’a obtenu la semaine dernière. Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a été forcé d’y réagir. Puis, quand le document est devenu officiellement public, 48 heures plus tard, ce fut au tour du premier ministre d’être interrogé sur ses conclusions. En procédant ainsi, le bureau de Michael Ignatieff porte atteinte au privilège des députés membres du comité, le même privilège que son parti prétendait défendre en juin. Il a réussi par contre à attirer l’attention sur le rapport de M. Page et de l’y maintenir pendant une semaine. En été, c’est un cadeau pour l’opposition. Le comité des finances pourrait officiellement se plaindre, mais en aura-t-il la chance ? On en doute si des élections ont lieu cet automne. Les libéraux pourraient s’en sauver, comme les conservateurs, avec leur abus du « 10% ».

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Ignatieff rabroué par ses partisans

Le succès que Barack Obama a eu sur la Toile en 2008 a inspiré de nombreux politiciens partout sur la planète, Canada inclus. Plusieurs élus fédéraux ont fait leur entrée sur le réseau social Facebook. Pour s’y faire voir ou y diffuser leur message. Le chef libéral Michael Ignatieff est un de ceux-là. Il y a démarré un «fan club» qui lui permet de rejoindre des gens qui n’iraient peut-être pas sur le site officiel du Parti libéral du Canada. Ses fidèles n’ont pas besoin d’être membres de Facebook pour y adhérer. Pour combattre la torpeur estivale, son équipe a invité les fans, jeudi, à afficher sur leur page Facebook un message disant qu’ils appuient Ignatieff «parce que le monde entier veut le Canada à son meilleur». L’appel a fait rapidement réagir les fans anglophones, et pas toujours favorablement. (L’absence de commentaires en français soulève d’ailleurs un doute sur l’efficacité d’un fan club du genre. Les francophones y seraient-il rébarbatifs ? Le député libéral Denis Coderre a pourtant du succès sur Facebook. Et il est difficile de croire qu’il n’y ait aucun francophone parmi ses 15 383 fans de Michael Ignatieff.) La critique la plus fréquente des fans a trait à la raison invoquée pour appuyer le chef libéral, raison qualifiée de superficielle. On veut des politiques, des idées, un programme. Matthew écrit : « Michael, I’m a fan of yours and everything, but what’s with this? Seems kind of shady and somewhat forced. There isn’t even an election going on.» Steve renchérit : «Obnoxious request. Create some inspiring liberal platforms and we’ll go from there.» Kevin en rajoute : « I can’t support a political party when I have no idea where it stands on the issues. And no, being Anti-Harper is not a policy position.» Ces critiques reflètent ce qu’on entend de plus en plus souvent dans les médias traditionnels où chroniqueurs et éditorialistes exigent du chef libéral qu’il abandonne les généralités et expose ses solutions de rechange. Michael Ignatieff a bien fait deux discours cet été. Au Stampede de Calgary, il a pris la défense des sables bitumineux, sans dire toutefois comment il comptait assurer une exploitation respectueuse de l’environnement. Mercredi, à Londres, il a profité d’une conférence sur le libéralisme pour expliquer ce qu’être libéral signifiait pour lui. Malgré la profondeur du propos, ce dernier discours n’a eu à peu près aucun écho dans la presse. Comme quoi il est difficile d’attirer l’attention quand on est dans l’opposition, quand le Parlement est en vacances et que trop de gens croient que les idées n’ont pas la cote. Le PLC n’aide pas beaucoup son chef non plus. Aucun de ces deux discours n’était encore sur le site officiel du parti ce matin.

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Une photo vaut-elle mille mots ?

Chaque été, le premier ministre canadien a un avantage sur ses adversaires politiques, celui de se faire voir sur la scène internationale, entouré des grands de ce monde réunis pour le traditionnel sommet du G8. Ces sommets sont autant affaire d’images que de contenu. Et au-delà de l’éternelle photo de famille prise à L’Aquila, en Italie, et que Stephen Harper n’a pas ratée cette fois-ci, les chefs d’État et de gouvernement tentent tous, durant ces sommets, de se mettre en valeur par médias interposés. Comme leur cible est leur électorat, ils cajolent avant tout leur presse nationale. Stephen Harper n’a jamais brillé à ce jeu. Il participe volontiers aux conférences de presse de clôture, mais ses autres contacts avec la presse sont rares ou inexistants. Les séances d’informations sont irrégulières. Il n’est pas rare que les journalistes canadiens doivent s’en remettre aux séances offertes par les Américains ou d’autres gouvernements pour avoir une idée de ce qui s’est dit. Depuis plusieurs mois cependant, le bureau du premier ministre a adopté une nouvelle approche. Que les journalistes soient du voyage ou non, ils sont abreuvés de communiqués sur les activités du premier ministre. Le hic est que la plupart de ces « communiqués » ne sont, en fait, que des photos prises par le photographe de M. Harper. Le passage de Stephen Harper à L’Aquila n’échappe pas à la règle. Le premier « communiqué » reçu après son départ, mardi, était une photo prise à l’intérieur de l’avion. On a également eu droit à une photo avec Barack Obama… … puis à une autre, avec le premier ministre suédois qui assure la présidence de l’Union européenne. Elle était assortie d’un court résumé de la conversation, mais seulement en anglais. Un seul communiqué de facture traditionnelle a été émis. Il annonçait une aide canadienne pour la reconstruction d’un centre pour jeunes dans la région de L’Aquila, touchée par un tremblement de terre l’hiver dernier. Et il était accompagné de photos. L’image l’a emporté haut la main. Et si on se fie à l’expérience des derniers mois, on peut prédire que le ratio en faveur des photos ira en augmentant d’ici la fin du sommet. Les reporters sur place ont aussi eu droit à une séance d’information, tôt en journée mercredi, pour dissiper une controverse naissante au Canada. Un haut membre du clergé du Nouveau-Brunswick a insinué que Stephen Harper avait mis dans sa poche l’hostie lors de la communion aux funérailles de l’ex-gouverneur général Roméo Leblanc. Le porte-parole du premier ministre a affirmé que non, que M. Harper l’avait bien avalée. Et il tenait à ce qu’on le sache. Il faut dire qu’il serait malvenu, à la veille de possibles élections, de se mettre les fidèles catholiques à dos. Il y a assez des conservateurs religieux qui sont furieux que le gouvernement ait accepté de subventionner le défilé de la fierté gaie à Toronto. La ministre d’État au Tourisme, Diane Ablonczy, se serait d’ailleurs fait taper sur les doigts pour cette décision et pour avoir accepté de se faire photographier avec des travestis. Qui oserait dire maintenant que l’image n’a pas le dessus en politique ?

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Feu le rapport de force Québec-Canada ?

Ce n’est pas exclusivement une question de priorités. Ces jours-ci, chaque fois que Jean Charest se présente sur une tribune à l’extérieur du Québec, le moulin à rumeurs, qui lui prête l’ambition de remplacer Stephen Harper à la tête du Parti conservateur, repart de plus belle, et avec lui les tensions entre sa garde rapprochée et celle de son partenaire fédéral. Surtout, le premier ministre du Québec a perdu l’essentiel de son avantage politique sur la scène fédérale-provinciale le jour où il a pris l’argent encore chaud du règlement du déséquilibre fiscal pour le transformer en baisses d’impôt, à la fin de la campagne électorale de 2007. C’est tout l’argumentaire du déséquilibre fiscal que le premier ministre a alors bousillé pour sauver sa mise électorale. Intellectuellement défendable, l’argument selon lequel les Québécois ont longtemps payé de leur poche pour le manque à gagner entre les revenus d’Ottawa et les dépenses sociales du Québec n’a pas passé la rampe. Même au Québec, une majorité s’est opposée à ces baisses d’impôt, largement perçues par l’opinion publique comme un détournement de l’argent du déséquilibre fiscal et de la péréquation. Pour autant, il serait faux de dire que Jean Charest s’est réfugié dans ses terres. Il a reporté son énergie sur l’Europe en matière de main-d’œuvre, sur Queen’s Park pour aménager une zone économique Ontario-Québec, sur les voisins américains et canadiens du Québec pour mettre en place une Bourse du carbone. Dans les faits, le premier ministre se dépense partout sauf à la table fédérale-provinciale. Résultat : aux prochaines élections, le Parti québécois pourrait avoir un programme constitutionnel plus ambitieux que le PLQ. Pour la première fois de son histoire, le PQ se propose d’inscrire une refonte du fédéralisme à son programme. Car ce que Pauline Marois appelle de « la souveraineté à la pièce » est finalement un copier-coller de l’autonomisme de Mario Dumont et du fédéralisme renouvelé de Robert Bourassa. Mais en précisant que, quoi qu’elle obtienne à la table canadienne, la coupe ne sera jamais assez pleine, Pauline Marois s’est assurée d’avance d’être reçue avec une brique et un fanal. Les relations fédérales-provinciales sont beaucoup une affaire d’avantage politique, et cela rarement autant que quand le Québec est en cause. À l’époque de Meech, les principaux premiers ministres des autres provinces qui avaient épaulé Robert Bourassa sont rapidement passés à la moulinette électorale. Ce que le reste du Canada ne peut ou ne veut pas faire pour un premier ministre fédéraliste, il est encore moins susceptible de le faire pour une première ministre péquiste qui présente ses revendications comme un moyen d’arriver à la souveraineté. Si la souveraineté carburait à ce genre de fin de non-recevoir, le Québec serait déjà un pays. Si le passé est garant de l’avenir, un sentiment de rejet collectif est un accélérateur du nationalisme nettement plus puissant que les guerres de compétences récurrentes entre les deux ordres de gouvernement. Au Canada, le droit d’initiative constitutionnelle n’est pas réservé au seul gouvernement fédéral. N’importe quelle province peut ouvrir le bal en faisant adopter une modification constitutionnelle par son assemblée législative. Commence alors un compte à rebours de trois ans pour que le projet rallie le nombre d’adhérents requis afin de devenir réalité. Rien n’empêcherait un gouvernement dirigé par Pauline Marois de faire adopter par l’Assemblée nationale une modification visant à intégrer le statut national des Québécois dans la Constitution. La balle, ou plutôt la « patate chaude », serait alors dans le camp du reste du Canada. À l’époque de Meech, il était généralement convenu qu’il fallait l’adhésion du Parlement et de sept provinces comptant pour 50 % de la population afin de constitutionnaliser le caractère distinct du Québec. Mais depuis, des experts, comme le constitutionnaliste José Woehrling, ont suggéré que la pratique récente du fédéralisme constitutionnel pourrait ouvrir la voie à une modification bilatérale sur la question entre Ottawa et Québec. La reconnaissance du statut national du Québec est de loin la question constitutionnelle la plus porteuse pour un éventuel gouvernement péquiste. Mais personne ne peut exclure que, à l’instar de Stephen Harper à l’époque de la résolution sur la nation, le premier ministre du Canada de l’heure saisisse le ballon au vol pour compter un but décisif dans le filet souverainiste.

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La pratique du «10%», une tentation trop forte

L’arrivée de l’été est l’occasion pour bien des députés de se lancer dans des envois postaux à des électeurs d’autres circonscriptions, surtout quand elles sont représentées par un député d’un autre parti. Certains députés dénoncent cette pratique, dont le libéral Mauril Bélanger, mais tous les partis le font puisque les règles de la Chambre des communes le permettent. Chaque année, la Chambre paient à tous les députés quatre envois à leurs électeurs, mais elle leur permet aussi d’utiliser une partie de leur budget de comté pour faire des envois multiples à 10% de leurs électeurs ou à un nombre équivalent à l’extérieur de leur comté. La pratique du « 10 % », comme on l’appelle à Ottawa, est ancienne. Elle est encadrée par certaines règles. L’envoi doit porter sur des affaires parlementaires et éviter la partisanerie outrancière. Il ne peut servir à recruter des membres pour le parti ou à solliciter des fonds. Les conservateurs sont friands de ces envois et ont souvent été rappelés à l’ordre par le passé pour leur ton trop partisan. Cela ne les a pas empêchés, ce printemps, de reprendre dans leur envoi les slogans de leur campagne publicitaire contre le chef libéral Michael Ignatieff. Plus récemment, ils ont lancé une charge virulente contre le Bloc québécois, l’accusant de s’opposer à la protection des enfants. Toutes les circonscriptions bloquistes ont été ciblées avec l’aide financière de députés conservateurs du Québec et du reste du pays. Les conservateurs semblent calculer que le bureau de régie interne, qui est responsable, entre autres, de garder l’œil sur les abus possibles du « 10% », n’aura pas la chance de sévir avant le déclenchement des élections. Pourquoi s’en priver alors ?

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Gagnez Ignatieff à la loterie

Avis aux intéressés. Si vous rêvez voir le chef libéral Michael Ignatieff atterrir dans votre voisinage, vous n’avez plus que quelques heures pour participer à une loterie toute particulière. C’est la dernière trouvaille du Parti libéral pour mousser le recrutement de nouveaux membres. Le fonctionnement est simple. Toute personne qui devient membre du parti ou qui en recrute un avant minuit aujourd’hui pourra participer au tirage, qui devrait avoir lieu à la fin de cette semaine. Depuis le début du concours, à la fin mai, le parti a recruté entre 30 000 et 40 000 nouveaux membres. Le prix qu’ils se disputent est la participation du chef libéral à une activité de leur association locale, cet été, et la possibilité pour chacun d’avoir un tête-à-tête avec M. Ignatieff. C’est original, mais ça illustre combien on mise sur la popularité du chef, plutôt que sur ses idées, pour relancer le parti. Selon le directeur général du parti, Rocco Rossi, le parti aurait aussi engrangé cinq millions de dollars depuis le début de l’année 2009, presque autant que durant toute l’année 2008. Il a tenu à le faire savoir à au moins deux quotidiens, hier, question d’atténuer l’impact négatif que pourrait avoir le dévoilement prochain par Élections Canada du rapport financier 2008 des différents partis. M. Rossi avait fait à peu près la même chose à la veille du congrès du PLC, à la fin mai. Il avait dévoilé les résultats financiers du parti pour les trois premiers mois de 2009 avant qu’Élections Canada ne publie ceux de tous les partis. Il avait ainsi attiré l’attention sur les progrès du PLC et récolté quelques bonnes manchettes, avant que la presse puisse comparer sa performance à celle toujours plus reluisante des conservateurs. De leur côté, les conservateurs prévoient se réunir à la fin juillet pour se préparer pour une possible élection à l’automne. La tactique est simple : offrir une démonstration de force pour intimider l’adversaire avant un éventuel duel. Tous ces préparatifs électoraux montrent bien que l’entente Harper-Ignatieff au sujet d’un groupe de travail sur l’assurance-emploi avait bien peu à voir avec le sort des chômeurs, mais tout à voir avec une trêve avant le véritable affrontement, celui de l’automne.

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Et une autre tournée pour le Bloc !

Garder la trace des députés quand le Parlement fait relâche n’est peut-être pas évident, mais à l’inverse, le défi de l’été pour les élus est de ne pas disparaître. Pour y remédier, le Bloc québécois a adopté, il y a longtemps, une recette éprouvée : les tournées. Dans ce parti, il y a toujours quelqu’un en tournée sur un sujet ou un autre, mais durant l’été, on accentue la cadence. Chaque année, un groupe de trois ou quatre députés sillonnent la province durant tout le mois de juillet et le chef Gilles Duceppe prend le relais en août. À chaque fois, le parti se donne un thème. Celui de cette année, odeur d’élections oblige, est la «coalition Harper-Ignatieff» que les bloquistes accusent, sans surprise, d’agir à l’encontre des intérêts du Québec. La façon d’opérer est bien établie. Pendant quatre semaines, l’équipe de députés visitent une quinzaine de villes et régions où elle est reçue par les députés locaux et où elle rencontre les médias régionaux. Le but, évidemment, est de ne pas être totalement éclipsé par les conservateurs qui se maintiennent dans les nouvelles grâce aux annonces gouvernementales. L’an dernier, le Bloc s’en est bien tiré, mais parce qu’il avait choisi un thème accrocheur, le prix de l’essence. Près d’une quinzaine d’hebdos et de quotidiens régionaux, en plus des radios locales, ont fait état de leurs propositions. On peut se demander cependant si la cuvée 2009 sera aussi bonne. Le sujet annoncé ce matin est bien loin des préoccupations immédiates des citoyens et manque définitivement de concret. Au parti, on précise que les députés aborderont des thèmes plus précis, de région en région, que ce soit l’économie, l’assurance-emploi, l’environnement ou la culture. On verra, d’ici à la fin du mois, s’ils trouvent l’écho recherché. Au jeu des tournées estivales, les députés bloquistes, et en particulier leur chef, ont quand même un grand avantage sur leurs adversaires et ils l’exploitent à fond. Ils n’ont pas le Canada à arpenter, mais seulement le Québec, ce qui permet de concentrer les efforts et, surtout, de réduire les coûts. En plus, ils sont plus nombreux et ont une solide organisation. Les libéraux, qui espèrent reprendre solidement pied au Québec, n’entendent toutefois pas leur laisser le champ libre cette année, prévient le lieutenant québécois de Michael Ignatieff, Denis Coderre, qui promet une tournée de son cru. Un match à surveiller.

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Feu le progressisme du mouvement conservateur canadien

Elle a été à la clé de son succès électoral et des tenants de la mouvance progressiste, les Red Tories, se sont succédés à la tête du Parti progressiste-conservateur aussi bien au niveau fédéral que dans des provinces centrales pour cette formation.John Diefenbaker, Robert Stanfield, Joe Clark, Brian Mulnoney, Kim Campbell et Jean Charest étaient tous issus de l’aile progressiste du mouvement conservateur. John Robarts et William Davis aussi et, à eux deux, ils ont gouverné l’Ontario pendant le quart de siècle au cours duquel cette province a accédé à la modernité. Peter Lougheed, considéré comme le premier ministre qui a fait entrer l’Alberta dans les ligues majeures de la politique canadienne, était également un progressiste. L’arrivée en force en 1993 du Parti réformiste au Parlement fédéral et la quasi-élimination du Parti progressiste-conservateur du paysage canadien ont mis fin à cette époque. Aujourd’hui, le Canada est gouverné pour la première fois de son histoire moderne par un premier ministre conservateur qui est fier de ne pas être un progressiste. En fin de semaine, le dernier vrai château-fort des Red Tories est également tombé. À l’instar du mouvement conservateur canadien, le parti ontarien a rompu pour la première fois avec sa tradition progressiste au milieu des années 90, avec l’arrivée au pouvoir de Mike Harris. Sa « Révolution du bon sens » allait à l’encontre des moeurs centristes de sa province et de l’héritage de sa formation. Depuis le départ de Mike Harris, les conservateurs ontariens étaient revenus au centre, s’en remettant à deux chefs progressistes, Ernie Eves et John Tory, pour continuer sur la lancée électorale de l’ex-premier ministre. Leurs échecs respectifs ont mené ce weekend au retour en force de l’aile plus pure et dure du mouvement conservateur ontarien. Avec Tim Hudak comme chef, le parti conservateur ontarien sera désormais sur la même longueur d’ondes idéologique que son pendant fédéral. M. Hudak s’est notamment distingué pendant la course au leadership en proposant l’abolition du tribunal ontarien des droits de la personne. (Sur le plan plus politique, il prévoit néanmoins lutter contre le projet de taxe harmonisée mis en place par ses cousins fédéraux avec le gouvernement libéral de Dalton McGuinty.) Comme Stephen Harper, le nouveau chef devra composer avec une aile progressiste marginalisée – dont les éléments risquent de dériver vers le Parti libéral – et un fort courant de conservatisme social qui a propulsé son champion, Frank Klees, en deuxième place ce weekend. (La dynamique de ce vote devrait d’ailleurs inciter ceux qui imaginent un retour du balancier vers le centre au sein du parti fédéral à l’occasion de la succession de Stephen Harper à y penser à deux fois. Les événements du weekend ont mis en évidence un déficit croissant de rapport de forces entre les Red Tories et la droite religieuse.) Il se peut que le résultat de ce vote au leadership soit une meilleure nouvelle pour le premier ministre Dalton McGuinty que pour l’avenir immédiat du Parti progressiste- conservateur de l’Ontario et que ce dernier en vienne à regretter d’avoir jeter une autre pelletée de terre sur son passé progressiste. Ce résultat s’inscrit néanmoins dans une tendance lourde qui est en voie de transformer la culture politique du Canada. Il fut un temps où la force de l’aile progressiste du mouvement conservateur combinée à la vigueur intellectuelle de ses pendants libéraux et néo-démocrates étaient largement garantes de ce que le débat politique canadien soit nettement plus centriste qu’aux États-Unis. Mais aujourd’hui, la droite domine à la fois le débat politico-intellectuel canadien et le mouvement conservateur et certains des premiers ministres libéraux les plus influents – comme Gordon Campbell en Colombie-Britannique et Jean Charest au Québec – sont issus d’une mouvance plus conservatrice que libérale. Il y a même des jours où on a l’impression que Michael Ignatieff est finalement le Red Tory le plus influent de la scène fédérale.

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Les deux nations de Michael Ignatieff

Le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, faisait récemment la tournée des médias pour la promotion de son nouveau livre, Terre de nos aïeux . À chaque entrevue, on lui a posé cette question : comment voit-il le Canada, le Québec et la dualité nationale de notre curieux de pays ? Et on a mis en doute sa sincérité en ce qui concerne la reconnaissance du Québec comme nation et sa compréhension du problème de la dualité. Voici quelques phrases tirées d’un de ses livres précédents, sur les nationalismes, paru en 1994 (qui, celui-là, n’a pas été traduit en français : Blood and Belonging, Penguin Books). « Ce qui est pour le Canada anglais un beau roman est pour son partenaire un mariage sans amour. » « Le Québec, en tant que nation, n’a jamais eu besoin du Canada. » « Les Canadiens anglais se demandent avec angoisse et perplexité quel est le grief du Canada français qui pourrait justifier la sécession. Mais c’est peut-être la mauvaise question. Le nationalisme québécois a depuis longtemps cessé d’être celui du ressentiment. […] C’est un nationalisme d’affirmation de soi. » « Le pays est toujours ensemble, mais le coût pour concilier les deux nationalismes a été 30 ans d’impasses au cœur des institutions de la nation. » Mais les indépendantistes aimeront moins celle-ci : « Voici […] une question fondamentale, qui vaut aussi pour l’Écosse et la Catalogne : si vous êtes déjà une nation avec une autonomie substantielle, pourquoi avez-vous besoin d’un État indépendant ? »

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Élus par les élus !

Les parlementaires bloquistes sont peut-être des « séparatistes », mais ce sont aussi de maudits bons députés, si on en croit les nombreux votes que leur ont accordés leurs collègues des autres partis dans le cadre du troisième concours du meilleur parlementaire de l’année, organisé par les magazines L’actualité et Maclean’s. Un bloquiste – et parfois plus d’un – était finaliste dans six des sept catégories. Le chef Gilles Duceppe a même failli être élu meilleur orateur du Parlement fédéral, mais il s’est fait coiffer au poteau par le libéral Bob Rae ! « J’aime bien ce sondage, disait la députée bloquiste Meili Faille. Il nous oblige à reconnaître le bon travail de collègues d’autres partis autant que du nôtre. » Les députés qui participent (près de 70 % cette année) ne se gênent pas pour voter à contre-courant. Ce ne sont ni les grandes gueules, ni les bagarreurs, ni les plus partisans – ceux-là mêmes dont on parle souvent dans les nouvelles – qui ont marqué des points ! « Les députés passent beaucoup de temps ensemble et voient des choses que nous ne voyons pas », dit Marc Chalifoux, directeur général de l’Institut du Dominion, coorganisateur du concours. Toute l’attention médiatique est portée sur la période des questions et les activités partisanes, explique-t-il, alors que celles-ci ne représentent qu’une infime partie de leur journée. « Les députés sont les figures les mieux connues de la démocratie canadienne, mais la vraie nature de leur travail est méconnue du public », dit-il. Le gros du boulot, à Ottawa, se déroule en comités. Et une fois la semaine parlementaire terminée, le travail dans la circonscription, très accaparant, commence. « Ce travail dans la circonscription et en comités est l’essentiel de leur fonction », dit Marc Chalifoux. Cela peut expliquer que les députés aient sélectionné, pour le titre de recrue de l’année, des nouveaux venus qui, à part le libéral et ancien astronaute Marc Garneau, n’ont même jamais eu droit à une ligne dans les grands médias. C’est le cas, par exemple, de la bloquiste Josée Beaudin, députée de Saint-Lambert, qui s’est classée troisième, tout juste derrière Marc Garneau. La perception des parlementaires au sein de la population est fort différente. La désaffection à l’égard de la politique et le désintérêt croissant pour le processus démocratique en témoignent. Lors des élections d’octobre 2008, le taux de participation n’a été que de 59 %, un plancher historique. Les députés eux-mêmes ont de quoi avoir les « bleus ». Ils doivent composer avec la concentration croissante du pouvoir au cabinet du premier ministre – phénomène qui se poursuit depuis 40 ans – et l’imposition d’une ligne de parti. C’est à se demander quels sont exactement leur rôle et leur influence. Les nombreuses réformes des comités et du processus parlementaire survenues depuis la fin des années 1960 n’y ont rien changé. Et la crise parlementaire de l’automne dernier provoquée par la décision du premier ministre, Stephen Harper, de demander la prorogation de la Chambre plutôt que de devoir faire face à un vote de confiance – le pouvoir ultime du député – n’a rien arrangé. Méthodologie Ipsos Reid a demandé aux députés canadiens de suggérer, pour sept catégories, le nom de deux collègues méritants de leur formation, plus celui de deux parlementaires des autres partis. Chaque réponse était pondérée de manière à ne pas avantager les formations ayant le plus de sièges. « Pour gagner, il fallait qu’un député obtienne des appuis à l’extérieur de son propre parti », explique Mike Colledge, vice-président d’Ipsos Reid. *** Liste des élus gagnantsMEILLEUR PARLEMENTAIRE DANS L’ENSEMBLEJason Kenney (PCC)Suivi de…Michael Ignatieff (PLC)Gilles Duceppe (BQ)Paul Szabo (PLC)Peter Stoffer (NPD)Le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, Jason Kenney, a remporté la palme, mais il n’a été finaliste dans aucune autre catégorie. Par contre, le chef bloquiste, Gilles Duceppe, s’est classé troisième dans la catégorie du meilleur parlementaire, deuxième dans celle du meilleur orateur et deuxième dans celle du député qui connaît le mieux les dossiers du jour.MEILLEUR ORATEUR Bob Rae (PLC)Suivi de…Gilles Duceppe (BQ)Réal Ménard (BQ)Thomas Mulcair (NPD)Michael Ignatieff (PLC)Ancien premier ministre néo-démocrate de l’Ontario, Bob Rae ne surprend personne en remportant ce titre, lui qui a même éclipsé son nouveau chef, Michael Ignatieff, lors du dernier congrès libéral, à Vancouver. À noter : trois Québécois le suivent de près, dont deux -Gilles Duceppe et Réal Ménard – qui ne s’expriment qu’en français aux Communes. À remarquer : l’absence d’un représentant du Parti conservateur.MEILLEURE RECRUE Megan Leslie (NPD)Suivie de…Marc Garneau (PLC)Josée Beaudin (BQ)Niki Ashton (NPD)Kelly Block (PCC)La relève est féminine aux Communes, puisque tous les finalistes de cette catégorie, à l’exception de l’ancien astronaute Marc Garneau, sont des femmes. Elles ont toutes en commun d’être méconnues du grand public, mais appréciées de leurs collègues. À suivre.CELUI QUI FAIT LE PLUS PREUVE DE COLLÉGIALITÉ Peter Stoffer (NPD)Suivi de…Rodger Cuzner (PLC)Paul Crête (BQ)Nicole Demers (BQ)James Rajotte (PCC)Député de la Nouvelle-Écosse depuis 1997, Peter Stoffer est reconnu pour son esprit grégaire et son entregent. Soucieux de reconnaître le travail d’autrui, il organise chaque année une grande fête pour souligner la contribution des employés de la Chambre des communes.CELUI QUI REPRÉSENTE LE MIEUX SES ÉLECTEURS Bill Casey (indépendant)Suivi de…Charlie Angus (NPD)Cheryl Gallant (PCC)Peter Stoffer (NPD)Larry Bagnell (PLC)Bill Casey, de la Nouvelle-Écosse, est le champion des provinces atlantiques dans le dossier de la péréquation. Écarté du caucus conservateur après avoir voté contre le budget de 2007, Casey s’est représenté comme indépendant en 2008. Il a été élu avec 69 % des votes. Il vient de démissionner pour devenir représentant officiel du gouvernement de la Nouvelle-Écosse à Ottawa.CELUI QUI CONNAÎT LE MIEUX LES DOSSIERS DU JOURJoe Comartin (NPD)Suivi de…Gilles Duceppe (BQ)Stephen Harper (PCC)Bob Rae (PLC)Ralph Goodale (PLC)Porte-parole en matière de justice pour le NPD, l’Ontarien Joe Comartin, choisi pour la deuxième année de suite dans cette catégorie, se démarque par son refus de la démagogie facile. Ses positions, qu’il peut défendre dans les deux langues officielles, sont toujours réfléchies. À noter : Gilles Duceppe devance Stephen Harper dans cette catégorie.CELUI QUI TRAVAILLE AVEC LE PLUS D’ARDEUR Paul Szabo (PLC)Suivi de…Ted Menzies (PCC)Libby Davies (NPD)Paul Crête (BQ)Joe Comartin (NPD)Le libéral Paul Szabo s’est fait remarquer il y a plus d’un an lorsqu’il a présidé le comité qui se penchait sur l’affaire Mulroney-Schreiber. Député depuis 1993, il a toujours plusieurs projets de loi à l’étude. Un de ses sujets de prédilection est la procréation assistée. Il a même écrit un livre sur le sujet.Bonne nouvelle pour Pauline Marois et le Parti québécois : le député du Bloc québécois Paul Crête, qui quitte Ottawa pour se présenter dans l’ancienne circonscription de Mario Dumont, a été cité par ses pairs parmi les plus travaillants des parlementaires et ceux qui font le plus preuve de collégialité, mais aussi comme le député québécois qui représente le mieux ses commettants !

Politique

La grande séduction conservatrice

En chute libre au Québec, le premier ministre est de plus en plus condamné à espérer que le Bloc québécois freine la montée des libéraux dans l’électorat québécois. De son côté, depuis l’automne dernier, il s’est lancé dans une vaste opération de séduction en Ontario. À son retour au pouvoir, Stephen Harper a concentré les principaux portefeuilles économiques entre les mains de ses ténors ontariens. Jim Flaherty aux Finances, Tony Clement à l’Industrie, John Baird aux Infrastructures ont été ministres à Queen’s Park. Le chef du cabinet de Harper, Guy Giorno, a occupé les mêmes fonctions pour le premier ministre Mike Harris à la fin des années 1990. Deux des rares femmes à occuper des postes de premier plan au sein du cabinet fédéral, Diane Finley, aux Ressources humaines et Développement des compétences, et Lisa Raitt, aux Richesses naturelles, sont des députées ontariennes. Cette prise en main des leviers de commande économiques du pays par l’aile ontarienne d’un gouvernement fédéral est sans précédent. Même à l’époque où Jean Chrétien faisait élire une centaine de députés en Ontario, l’influence de cette province au sein du gouvernement était plus diluée, notamment par la présence de ministres et de conseillers québécois susceptibles de faire contrepoids. Dans le cabinet actuel de Stephen Harper, même les ministres albertains jouent des rôles de soutien par rapport à leurs collègues ontariens. Au fil des mois, la forte présence ontarienne dans les postes économiques névralgiques du cabinet Harper s’est assortie d’une étourdissante valse des milliards. Depuis le début de l’année, le gouvernement fédéral a investi massivement dans un plan de sauvetage de l’industrie automobile, multiplié les annonces de projets liés aux infrastructures dans les grandes villes de l’Ontario, allongé des milliards pour aider Queen’s Park à faire une transition sans douleur à une taxe de vente harmonisée avec la TPS. Selon le Conference Board, les transferts fédéraux destinés à l’Ontario augmenteront de 15,7 % cette année et de 20 % de plus l’an prochain. La province a également commencé à recevoir des paiements de péréquation pour la première fois de son histoire. Jusqu’à présent, les résultats, sur le plan politique, ne sont pas à la hauteur de l’effort consenti. Les conservateurs sont encore dans la course pour ce qui est des intentions de vote en Ontario, mais ils s’épuisent à faire du surplace. Au scrutin d’octobre, le Parti conservateur avait remporté 39 % des suffrages en Ontario, sa meilleure performance depuis les années Mulroney. C’est un pourcentage qu’il n’a réussi ni à faire augmenter ni à maintenir au fil des coups de sonde des derniers mois, mais qui demeure encore à portée de main, dans les limites de la marge d’erreur de la plu part des sondages. Pour l’essentiel, les Ontariens qui ont voté conservateur en octobre n’ont pas déchanté ou, en tout cas, pas en grand nombre. Par contre, Stephen Harper a peut-être déjà fait le plein de votes ontariens à la faveur de la performance du mal-aimé Stéphane Dion aux dernières élections. Depuis l’arrivée de Michael Ignatieff à la tête du PLC, on assiste, en Ontario, à un déplacement de votes du NPD vers le PLC. Sans siphonner les appuis de Harper, les libéraux s’y sont taillé une avance de 5 à 10 points sur les conservateurs. Un sondage Harris-Decima réalisé au début mai faisait état d’un manque à gagner des conservateurs de 17 points par rapport aux libéraux auprès de l’électorat féminin urbain et semi-urbain. Ces chiffres semblent indiquer que les Soccer Moms, sobriquet donné par les stratèges politiques à l’influent sous-groupe des mères de famille de banlieue, pourraient faire perdre l’Ontario et le pouvoir à Stephen Harper. C’est une frange de l’électorat qui occupe souvent des emplois précaires, en deuxième ou en troisième ligne par rapport au secteur manufacturier. Ce n’est pas par hasard qu’il s’agit de la clientèle que visait Michael Ignatieff quand il a joint sa voix à celles du NPD et du Bloc québécois pour exiger que le seuil d’admissibilité à l’assurance-emploi soit revu à la baisse. C’est également la clientèle que le chef libéral courtise quand il parle de sa conjointe, Zsuzsanna Zsohar, dans chaque discours, ou qu’il se fait photographier entouré de ses députées ontariennes. Les femmes sont à peine mieux représentées que les Québécois au sein du gouvernement Harper, ce qui pourrait lui coûter cher au prochain scrutin.