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L’état de la démocratie en Amérique

On trouvera ici une conférence donnée à l’été 2008 sur l’état de la démocratie aux États-Unis avant l’élection présidentielle américaine. On peut la visionner ici. (Il faut appuyer sur le carré blanc – arrêter — puis sur play.)

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Les malades imaginaires

Pour les commissaires Bouchard et Taylor, il n’y a pas de doute. Le patient – qu’ils désignent comme les « Québécois d’ascendance canadienne-française » ou plus inclusivement « le noyau francophone » — se croit malade. Ils savent pourquoi il se croit malade. Leur malaise, expliquent-ils, vient de leur situation minoritaire en Amérique du nord, d’une histoire difficile, d’un chambardement de leurs repères depuis la Révolution tranquille. Leur trouble fut alimenté ces trois dernières années par une peur irraisonnée de l’autre, fondée sur des faits exagérés devenues fausses perceptions. Jouant de malchance, le mal fut avivé par des faits nouveaux sur le recul de la proportion de francophones à Montréal dont il serait, je cite, « prématuré » de s’inquiéter. Voici un cas où le principe de précaution ne s’applique pas. Attendons l’irrémédiable. MM. Bouchard et Taylor savent donc pourquoi une majorité de francophones (à plus de 70% et parfois une majorité de non-francophones) ont exprimé, dans les sondages et devant eux, une vive inquiétude quant au principe même de certains accommodements et un sentiment de perte de contrôle identitaire. Que les citoyens inquiets se rassurent donc. Ils ont été entendus. C’est simplement, jugent les commissaires, qu’ils ont tort d’être inquiets. MM Bouchard et Taylor expliquent (déplorent ?) qu’il y aura toujours cette « tension » provenant des canadiens-français. C’est comme ça. On n’y peut rien. Ils sont (je dirais Nous sommes) génétiquement hypocondriaques. L’intelligence supérieure et la capacité conceptuelle des deux commissaires sont indiscutables. C’est sans doute pourquoi de simples mortels ont rempli les salles et forcé des prolongations dans les régions et à Montréal, exprimant de mille manières un appel : imaginez pour nous des façons de réaffirmer les repères collectifs dans lesquels nous pourrions nous reconnaître et accueillir les autres. C’est non. MM. Bouchard et Taylor n’ont pas essayé. Ils n’ont pas voulu. Ce n’est pas leur tasse de thé. Chers lecteurs, je vous propose un test simple. Voyez la définition suivante : L’identité québécoise se définit par les valeurs, le cheminement et les repères historiques de la majorité canadienne-française et plus largement francophone, auxquelles s’ajoutent et se combinent les apports anglophones, autochtones et celles de toute la diversité qui vit en son sein. Si vous êtes grosso modo d’accord avec cette phrase – et j’ai la conviction que l’immense majorité des Québécois de toutes origines le sont – vous êtes en désaccord avec MM Bouchard et Taylor. Le libre-marché identitaire Dans leur rapport, ils dénoncent explicitement toute volonté de mettre le noyau francophone en quelque position centrale. Hiérarchie, prédominance, prééminence, centre de convergence, tout cela est honni, dénoncé comme « une forme d’assimilation douce à la culture canadienne-française ». Au contraire, dans leur modèle identitaire, écrivent-ils, ceux qui convergent sont « à parité entre eux ». Mis à part le français langue commune, rien de formel de doit donner un supplément d’énergie à la majorité francophone. Canadiens-français, sikhs et juifs hassidiques sont des acteurs égaux du libre-marché identitaire auquel on nous convie. Le noyau francophone détient l’avantage du nombre, cela devra – et aurait du – lui suffire. Attention : la lecture de la citation suivante du rapport peut nécessiter l’ingestion préalable de caféine. « La promotion de valeurs communes ne doit en aucun cas porter atteinte à la nécessaire diversité des individus et des groupes. Ce qu’il faut avoir à l’esprit, ce sont quelques valeurs historisées qui recoupent les expériences singulières des principaux acteurs collectifs ou groupes ethniques. » N’ayez crainte, je traduis. En clair, s’il fallait qu’on veuille inscrire dans un texte les valeurs qui nous ressemblent, il faudrait en exclure celles qui ne sont pas partagées par les autres groupes. Pas étonnant que les commissaires nous mettent en garde contre toute volonté de coucher des valeurs communes québécoises sur papier, car le plus petit dénominateur commun est leur règle. Les chartes, le droit froid, leur suffisent donc amplement. La chasse aux crucifix Ce simple décodage montre à quel point le rapport énonce l’exact contraire de ce que la plupart des Québécois attendaient d’eux : une façon ouverte, moderne, conciliante d’affirmer la spécificité québécoise et d’en établir des repères. Même Jean Charest l’a compris, lui qui a immédiatement dégainé sa déclaration ministérielle pour proposer au moins des demi-mesures dont le rapport ne fait aucune mention et les enrober dans un discours identitaire québécois introuvable dans le texte de ses commissaires. Ce n’est donc pas par surdité mais par volonté d’aller à contre-courant de la majorité québécoise que MM. Bouchard et Taylor ont jugé le moment superbement choisi de faire la chasse aux crucifix. Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas loin, sur le principe, de penser comme eux. Cette croix est dans un lieu de pouvoir — celle du Mont Royal est un énorme bibelot, il y a une différence. Le déplacement du crucifix de l’Assemblée nationale dans le musée du Parlement me semble envisageable le jour où les Québécois auraient (auront ?) des assises identitaires telles que ce symbole perde de sa valeur. Mais jamais je n’aurais songé que les commissaires soient à ce point déconnectés du sentiment populaire qu’ils puissent dire simultanément aux Québécois 1) qu’il n’est pas question qu’on les réconforte en leur offrant les repères qu’ils demandent ; 2) qu’ils peuvent se passer des quelques symboles qu’ils détiennent encore. Le Nous dénaturé Pas étonnant que les commissaires soient allergiques au Nous, qu’ils dénaturent brièvement dans le rapport. Selon eux, on peut nommer le « noyau francophone » en le regardant de l’extérieur, mais les membres du noyau ne devraient pas se nommer en disant Nous et en dialoguant avec les autres Nous – qui eux se nomment sans inhibition. La démarche du Nous est donc contraire à celle proposée par les commissaires. Elle propose d’affirmer les valeurs communes des Québécois en prenant soin de faire en sorte que la majorité s’y reconnaisse (prédominance du français, patrimoine historique et culturel québécois, égalité des sexes, laïcité des institutions) et que la diversité et les futurs immigrants puissent y adhérer. Elle part du principe que toute politique inclusive est vouée à l’échec si elle dévalorise – comme le fait le rapport – les contributions et responsabilités centrales de la majorité, pire encore si elle la culpabilise, ce qui est clairement le cas, quoiqu’en dise M. Bouchard, qui reproche à ses concitoyens leur « braquage identitaire » et leur récent flirt avec le « dérapage ». Plutôt qu’une « vigoureuse campagne sur l’interculturalisme », prioritaire selon le rapport, l’approche du Nous propose d’inscrire ces repères dans des textes fondateurs – une constitution, la charte québécoise des droits – pour baliser les décisions à venir des législateurs et des juges. Elle veut incarner ces repères dans une institution qui les rendent concrètes – une citoyenneté interne, exactement aussi inclusive et exigeante que les citoyennetés de toutes les nations démocratiques détenant pourtant, elles, des socles identitaires plus forts que le nôtre1. Le rapport fait état d’un grand nombre de sondages mais reste étrangement silencieux sur celui révélant que les Québécois appuient massivement cette approche (63% pour la constitution, 72% pour la citoyenneté, dont 54% de non francophones). Voici pourtant le genre de gestes forts, refondateurs, structurants, qui peuvent donner aux Québécois le supplément d’identité qu’ils attendaient des commissaires. La déception est à la hauteur de leurs attentes. L’absence de remède ne fera rien contre la résurgence du malaise, dès le prochain accommodement controversé venu – et il viendra, le rapport signalant clairement que la voie est libre. En choisissant de tourner le dos à la volonté québécoise majoritaire, les commissaires la renvoie, avec son malaise, vers le seul recours possible : le champ électoral. La où même les malades imaginaires ont droit de vote. ———————– M. Lisée était conseiller de Pauline Marois lorsqu’elle a présenté son projet de loi sur l’identité. Il est l’auteur de « Nous », publié chez Boréal. (Version intégrale d’une opinion d’abord publiée dans La Presse, du 27 mai 2008)

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Une poigne de velours

On cherchera en vain le croustillant dans Québécoise !, l’autobiographie de Pauline Marois, qui paraîtra ce printemps aux éditions Fides. Ni épanchements, ni révélations-chocs, ni règlements de comptes, rien pour exciter les chroniqueurs politiques ou faire les manchettes. « C’est une vie sans histoires », prévient la chef du Parti québécois. Mais elle voulait tout de même la raconter, cette vie, ne serait-ce que pour « laisser des traces ». Pauline Marois dresse dans ce livre le bilan de ses principales réalisations politiques, de la création des centres de la petite enfance à l’instauration des commissions scolaires linguistiques. Elle s’attarde sur ses passages remarqués à la tête des ministères des Finances, de l’Éducation et de la Santé. Avec une certaine retenue, elle raconte aussi son histoire d’amour et son mariage heureux avec l’homme d’affaires Claude Blanchet, avec qui elle a eu quatre enfants. Un an après son élection à la tête du Parti québécois, Pauline Marois fait montre d’une grande sérénité et prend manifestement goût à cette fonction à laquelle elle se préparait, presque malgré elle, depuis longtemps. « J’ai découvert que j’aime être la première responsable », avoue-t-elle. Son prochain cheval de bataille ? La défense de la langue française. « Pour les Québécois, c’est une question de survie », juge-t-elle. L’actualité l’a rencontrée à son bureau de l’Assemblée nationale. — Quand on lit le chapitre consacré à votre courte, mais si heureuse retraite, on se demande : pourquoi est-elle revenue ? D’autant que le mouvement souverainiste et le Parti québécois ont connu des périodes plus effervescentes… — C’est beaucoup plus difficile qu’à une certaine époque. Mais c’est quand ça va moins bien qu’on appelle les femmes au secours. Pourquoi suis-je revenue ? Parce qu’on ne peut pas, pendant 30 ans, mettre son énergie, son cœur et ses convictions pour faire avancer le Québec et refuser de relever le défi quand arrive un moment où on peut encore être utile. J’étais bien, loin de la politique ; mais l’engagement est profond. Un an plus tard, vous ne regrettez pas ce retour ? — Au contraire. J’ai découvert que j’aime être la responsable, la première responsable. Et je suis prête à assumer les bons coups comme les mauvais. J’aime ça et je ne m’en cache pas. C’est la première fois que ça m’arrive en politique. J’ai toujours eu des chefs, envers lesquels j’ai été loyale (même si certains ont cru que je pouvais ne pas l’avoir été). J’ai décidé que je serais moi-même, que je ne m’inventerais pas un personnage de leader. Je suis ce que je suis : Pauline Marois, avec 59 ans dans le corps, une belle vie sur le plan personnel, de beaux moments politiques, d’autres plus difficiles, plus déchirants. Je ne vais pas essayer de faire de l’esbroufe avec mon équipe. Avez-vous « dompté » la faction plus radicale du PQ ? En vous libérant du carcan du référendum obligatoire dans le premier mandat, avez-vous réussi là où vos prédécesseurs ont échoué ? — Je n’ai pas joué les matamores et je n’ai pas « dompté » le parti. Je l’aime, ce parti. J’ai cheminé avec lui, j’y suis enracinée. Ce que je souhaite, c’est que la stratégie qu’on a choisie soit la bonne. Si, dans 10 ans, on met à jour votre biographie, quelle serait la grande réalisation que vous souhaiteriez que l’on rajoute ? — Que le Québec est un État social-démocrate riche, à l’image de l’Irlande, de la Norvège, de la Suède, du Danemark, dont le modèle a évolué et où le PIB par habitant est le plus élevé du monde. Mon rêve est que le Québec soit indépendant. La route est semée d’embûches. Alors, ce qu’on propose, c’est de faire avancer le Québec le plus loin possible, sur tous les fronts. Si on va chercher des pouvoirs, si on se définit mieux, peut-être que le Québec aura envie d’aller au bout de son rêve. Pourquoi parlez-vous tant d’identité ? — L’ADQ avait tiré le tapis sous nos pieds parce qu’on avait renoncé à cette priorité. On en était à l’« approche citoyenne ». Or, pourquoi fait-on un pays ? Il faut revenir à l’origine de ce projet : l’identité, la langue, la culture, notre histoire commune. La capacité aussi d’accueillir à notre façon ceux qui viennent de partout. Ce n’est pas un nationalisme de repli sur soi, mais d’ouverture. Nous sommes des démocrates, des progressistes, ouverts sur le monde. Il faut être capable de se tenir debout, d’accueillir les nouveaux arrivants en français. Ailleurs dans le monde, les États ont des contrats d’intégration. Ici, tout le monde s’énerve parce qu’on parle d’en avoir un. Ce virage a-t-il repositionné le PQ ? — Oui. On a remis le PQ sur ses bases. On a présenté deux projets de loi, qui ont été décriés. On n’a pas pu en débattre. Mais sur le terrain, les gens en général étaient contents. Ils disaient qu’il faut s’affirmer. Quand nous accueillons des gens dans notre maison, il faut leur dire qui nous sommes, quelles sont nos valeurs. L’ambiguïté, dans notre réalité sociopolitique, c’est que nous constituons une partie du Canada. Quand quelqu’un vient ici, il vient au Québec, mais il vient aussi dans l’ensemble canadien. Nous lui adressons un double message, celui du bilinguisme et celui du multiculturalisme. Il faut être fort en maudit pour y résister. Si les Québécois vous élisent, quelle sera votre priorité ? — Les questions d’identité. Les gestes de « gouvernance nationale » que nous proposons tournent autour de la langue et de l’identité. Nous allons ramener nos lois, que M. Charest ne veut pas étudier. Cela va nous « reconnecter » avec les Québécois. Je me promène beaucoup au Québec et bien des gens, pas toujours des souverainistes, me disent : « Madame Marois, n’oubliez jamais de défendre notre langue. » Vous croyez rallier les Québécois autour de cette question ? — La langue, c’est dans les tripes, dans l’inconscient collectif. Tout le monde a l’impression que c’est dépassé. Ce n’est pas vrai ! Communiquer, créer, participer au monde dans sa langue, c’est mobilisateur, ça permet de se dépasser. Les peuples qui s’assimilent sont des peuples qui meurent. On n’a pas envie de vivre ça. Quelle est votre plus grande crainte pour l’avenir du Québec ? — Voir les Québécois baisser la garde au sujet de la question de la langue. Si on la baisse, c’est la « louisianisation » du Québec ! Quand on veut prendre les moyens de protéger la langue française, en proposant par exemple une loi sur l’identité, les bien-pensants protestent : « On ne peut pas faire ça. » Pourquoi tous les autres peuples le font-ils et pas nous ? Est-ce encore vrai, comme l’écrivait Françoise Giroud, qu’une « femme en politique n’a pas le droit d’être ambitieuse » ? — J’ai connu bien des situations difficiles parce que j’étais une femme. On scrute notre habillement, notre allure. On m’a caricaturée avec des bijoux clinquants, de grosses écharpes. Je ne me pose pas en victime, dans ce livre. Ce n’est pas un essai féministe. Je voulais montrer ce qu’est la vie d’une femme en politique. Une femme ambitieuse, c’est péjoratif, négatif. Mais un homme ambitieux, c’est valable ! Quand on veut faire un pays, il faut de l’ambition. C’est vrai que je suis ambitieuse. Mais être ambitieuse, c’est vouloir réussir, progresser. Pourquoi cette biographie ? Pourquoi maintenant ? — J’y tenais, pour laisser des traces, dire aux gens : « Voilà, il est possible de concilier famille et politique, bonheur et engagement. » Ce travail d’écriture a été entamé pendant ma courte retraite. Je croyais que les gens me connaissaient puisque ça fait 30 ans que je suis dans le paysage. Mais j’ai compris que la mémoire collective est courte. Je me suis dit : « Tu veux être chef du Parti, chef du gouvernement, il faut que les gens aient quelque chose qui leur permette de voir ton parcours, ce n’est pas inintéressant. Surtout que tu vas pouvoir faire tomber quelques mythes ou préjugés qui te concernent. » Votre vie est l’histoire d’une réconciliation entre le social et l’économique, qu’il s’agisse de votre vie privée (la travailleuse sociale a épousé un homme d’affaires) ou de votre carrière. — Sur le plan personnel et sur celui de l’engagement, j’ai toujours tenté de réconcilier ces deux pôles. Je me définis comme une sociale-démocrate. Quand j’ai été ministre des Finances, les mesures que j’ai mises en place s’inscrivaient dans la trame de la lutte contre la pauvreté. Je suis constante dans mon engagement. Je vous jure, j’ai retrouvé des articles de 1982 dans lesquels j’explique que mon rêve est qu’il y ait des services de garde pour les familles, des congés parentaux…

« Cessons ce cirque… » Politique

« Cessons ce cirque… »

La période de questions, la ligne de parti, le bâillon : ces trois pratiques nuisent à la crédibilité de notre institution parlementaire, croit un ancien président de l’Assemblée nationale. Qui propose ses solutions…

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Trois accélérateurs des travaux parlementaires

• La suspension des règles de procédure (le véritable bâillon) C’est la forme la plus connue et la plus utilisée. Le temps de parole accordé aux députés est réduit à presque rien. L’urgence d’agir doit être invoquée… mais nul besoin de la démontrer. Propre à l’Assemblée nationale du Québec. • La mise aux voix immédiate Mieux connue sous l’appellation de « question préalable ». Permet de mettre fin prématurément à un débat et de passer au vote. Peut aussi être utilisée par l’opposition (mais l’est surtout par le côté ministériel). Le président peut rejeter d’office la motion. Dernière utilisation à Québec : 1993. Présente dans de nombreux Parlements de type britannique et présidentiel. • La motion de clôture Utilisée surtout pour dessaisir une commission parlementaire d’un projet de loi, afin d’en ressaisir l’Assemblée. Cette motion impose une date limite pour le dépôt du rapport de la commission. Dernière utilisation : 1996. Dans les autres Parlements de type britannique :cette motion peut être utilisée pour toute affaire, pas seulement les projets de loi, et le président peut refuser sa mise aux voix.

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Lois adoptées sous le bâillon

Législature et gouvernement Parti au pouvoir Lois adoptées sous le bâillon 37e — d’avril 2003 à mars 2007 PLQ 24 36e — de nov. 1998 à avril 2003 PQ 26 35e — de sept. 1994 à nov. 1998 PQ 40 34e — de sept. 1989 à sept. 1994 PLQ 41

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L’habit fait-il le PM ?

1. Éviter les chaussures trop massives. Choisir plutôt un modèle un peu plus effilé sans être pointu. Ses chaussures devraient toujours être bien astiquées. 2. En plus d’ajouter une touche de couleur, une pochette à la poche poitrine du veston permettrait d’attirer le regard vers la carrure plutôt que vers le ventre. 3. Ses pantalons sont souvent trop courts et trop étroits à l’ourlet. Un pantalon plus droit équilibrerait sa silhouette. Ourlet étroit + veston court = silhouette en cône (ou en cornet de crème glacée). 4. Pour une allure décontractée, privilégier des matières ayant plus de corps (comme le suède ou le cachemire). 5. Éviter de remplir les poches du pantalon. 6. Attention à l’ajustement du col de la chemise décontractée : on remarque qu’il a tendance à bâiller, ce qui contribue à créer une apparence négligée. 7. Éviter les plis disgracieux qui mettent l’accent sur son ventre en optant pour des boutonnages légèrement plus bas. 8. Même si la tendance est au veston un peu plus court, il aurait avantage à adopter une longueur classique. 9. Vu son visage carré, il devrait éviter les pointes de col très espacées et les noeuds de cravate trop volumineux. 10. Amincir sa silhouette avec des couleurs foncées. 11. Moderniser son allure en osant la couleur (préférablement les tons de la saison) pour les cravates. 12. Oublier le cheveu plat et la raie sur le côté (qui le vieillit et lui donne un air sévère), et porter ses cheveux légèrement relevés et texturés afin d’équilibrer son visage. Leur constat : – Stephen Harper a une image trop traditionnelle. – Il a l’air coincé. – Il manque de dynamisme. – Il semble plus à l’aise dans ses tenues habillées qu’en tenues décontractées. – Bref, il donne l’impression de mener une vie bien rangée comportant peu de loisirs et de fantaisie. Ce qui les amène à ces conclusions : – Le style des vêtements choisis et les détails (tels que les revers, le type de chaussures, les couleurs) le vieillissent et lui donnent une image dépassée. – Les longueurs et les coupes ne conviennent pas à sa silhouette. Ses vestons tirent beaucoup au niveau du ventre.

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Nordiques : opération résurrection

Je suis tombé l’autre jour, par hasard, sur un chandail des Nordiques. Je l’ai acheté, pour les séances d’entraînement de hockey de mon fils, qui aura bientôt six ans. Mais bon, il m’a donné une bouffée de nostalgie, ce chandail avec le grand « N » et les fleurs de lys. Et un peu de remords, aussi. J’étais au cabinet du premier ministre quand la tentative de sauvetage des Nordiques par Marcel Aubut a échoué. Je n’étais pas chargé du dossier. J’avais suivi la chose de loin. Jacques Parizeau avait fait un effort louable, mais chacun sentait l’échec inévitable. Et fallait-il vraiment, après son départ de Québec pour Denver, en 1995, que l’équipe se venge en remportant, dès l’année suivante, la coupe Stanley ? Pour les plus jeunes, sachez que pendant près de 20 ans les matchs Canadien-Nordiques ponctuaient nos hivers comme autant de tempêtes du siècle. Chacun retenait son souffle. Pendant les retransmissions, les rues étaient désertes. Les billets, hors de prix. Cela attisait la rivalité Québec-Montréal ? Pas du tout, cette rivalité gît dans le code génétique des deux villes. Mais cela la canalisait, lui offrait un exutoire. Et au moins, sur la glace, en fin de troisième période ou de prolongation, on savait clairement qui avait gagné, qui avait perdu, jusqu’à la prochaine fois. Les Nordiques ont survécu de façon subreptice sous la forme de l’équipe fictive du National, dans l’inépuisable série de Réjean Tremblay, Lance et compte (dont la prochaine saison porte sur un affrontement National-Canadien). Les tentatives d’entrepreneurs de Québec pour faire revivre la vraie équipe disent aussi combien elle nous manque, comme un membre qu’on nous aurait coupé, mais que l’on sent encore, dans les moments de grande émotion. On parle beaucoup d’identité ces temps-ci au Québec. De langue, de culture, d’efforts à déployer pour ne pas, comment dire ? dégénérationner. De respect pour le patrimoine culturel, historique, religieux du Québec. Et cela me frappe qu’on ait si peu compris combien l’existence d’une équipe de hockey dans chacune des deux grandes villes québécoises constituait, non seulement pour les gens de Québec, mais pour tous les Québécois, un élément structurant de la vie collective. Cela tenait à la fois du divertissement, de la présence de notre sport national dans nos vies et même de l’aiguisement de notre esprit compétitif. Et du respect de notre langue. Car avez-vous remarqué que le départ des Nordiques a signifié le déclin du français au hockey, même au sein du Canadien ? Il est d’ailleurs intéressant de noter qu’au moment où le climat se réchauffe et restreint la période où on peut patiner sur les ronds de glace extérieurs (imaginez, il y a maintenant des patinoires extérieures réfrigérées à Montréal !) l’attachement à ce sport se raffermit, plutôt que de fondre au soleil. Le film sur Maurice Richard a contribué à raviver cette flamme (et il est scandaleux que si peu soit fait, à Montréal, pour commémorer le « Rocket », un des seuls grands héros modernes du Québec). L’État québécois dépense à lui seul plus de 600 millions de dollars par an pour la culture, les artistes, les musées, l’opéra. Je suis pour. La culture ne peut pas s’autofinancer. Même nos films les plus courus seraient déficitaires sans aides publiques, car notre marché est trop petit pour absorber tous les coûts. Idem pour les Nordiques. L’État va investir 105 millions dans la construction d’une nouvelle salle pour l’Orchestre symphonique de Montréal. Quelque 1 900 mélomanes pourront y prendre place. Bravo. C’est de la culture avec un grand « C ». Mais pourquoi les 14 000 partisans des Nordiques (l’assistance moyenne à leurs matchs, à l’époque) n’ont-ils pas droit à une somme équivalente pour construire l’aréna qui pourrait faire revenir leur équipe ? (Le Colisée actuel, désuet, fut construit en 1930.) Pourquoi est-il interdit d’investir dans la culture populaire avec un grand « P » — ou avec un grand « H » ou un grand « N », en l’espèce ? Maintenant que le dollar canadien vaut davantage que l’américain, réduisant les coûts, je crois le temps venu de faire un effort collectif pour retrouver le tandem Canadien-Nordiques. La somme totale nécessaire : 260 millions. Que le gouvernement du Québec s’engage à investir, dollar pour dollar, ce que la Ville de Québec y mettra. Que la Ville, de son côté, demande par référendum à sa population si elle désire verser une contribution spéciale pour ramener l’équipe. Qu’une campagne de financement générale soit lancée en plus des aides publiques. Retrouverons-nous la magie des matchs d’autrefois ? Pas du tout. Ce sera mieux. Parce qu’avec les nouvelles règles de la LNH, les Nordiques et le Canadien pourront s’affronter en demi-finale de la Coupe Stanley. Jamais nous n’aurons vécu ce niveau d’intensité. Jusqu’au jour dit, on en rêvera. Lorsqu’il arrivera, on sera en transe. Après, il entrera dans la légende. Divisés pendant cette étape cruciale, les Québécois s’uniront ensuite derrière le vainqueur pour la finale, contre la meilleure équipe du reste de l’Amérique. Pour donner du tonus à l’identité québécoise, la résurrection des Nordiques serait la plus belle mise au jeu.

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Éloge de la richesse et du Canada

Les Cahiers du 27 juin – L’ouvrage compte 335 pages. Son sous-titre : Des idées pour donner au Québec les moyens de ses ambitions. Après quelques chapitres, au moment d’aborder son aspect programmatique, son auteur, Alain Dubuc, nous avise qu’il s’agira de « la partie la plus faible du livre ». Il tient parole. Il faut attendre la page 250 avant de trouver une proposition concrète. Pour alléger la réglementation des entreprises, pourquoi le gouvernement québécois n’harmonise-t-il pas l’administration et la comptabilité de la TPS et de la TVQ, puisqu’il les perçoit tous les deux ? Pourquoi pas en effet ? Des milliers d’heures de tracasseries inutiles disparaîtraient. Le lecteur est-il preneur d’une seconde proposition ? Il n’en trouvera pas. Et c’est l’extraordinaire légèreté de ce livre, écrit par un journaliste/chroniqueur/éditorialiste ayant cumulé des décennies d’observation quotidienne de la société québécoise sous l’angle économique, ayant ingurgité une multitude de budgets, mémoires et rapports, ayant rencontré et interrogé tous les acteurs de notre activité industrielle, commerciale et financière, ayant pu comparer, in situ, les expériences d’autres nations comparables, proches et lointaines, qu’il ne puisse mettre dans la balance plus qu’une idée immédiatement utilisable par un ministre des Finances ou de l’Industrie. Si Alain Dubuc n’a pas de propositions, il a des opinions. Les frais de scolarité devraient être relevés quitte à mieux financer les étudiants pauvres – mais il ne propose pas de formule pour étayer ce principe connu. Il faut davantage investir en éducation et en innovation, en réduisant les dépenses ailleurs – sans toutefois identifier les victimes des coupes à venir. Il ne faut pas avoir peur du privé et des PPPs, sans toutefois réduire la vigueur d’un État qui doit accompagner la création de richesse – rien de neuf. Les villes sont importantes, il faut les appuyer et, là, Dubuc a le courage d’aviser les régions en difficulté qu’elles doivent se résigner au déclin, comme c’est le cas ailleurs en Occident. Le Québec gagnerait à moins insister sur la défense du français, pour moins effaroucher les investisseurs – malheureusement il ne nous indique pas précisément à quel renoncement il nous convie. Surtout, il faut « faire disparaître » nos politiques économiques « qui ont l’effet d’un repoussoir ». Lesquelles ? Il a bien mentionné l’équité salariale et le 1% pour la formation, la loi anti-scab et les « cycles référendaires » comme des contre signaux envoyés aux investisseurs, mais il s’agit plutôt d’une plainte que d’un plan d’action. Une chose semble nette : lui ministre, les employés de Wal-Mart ou d’ailleurs ne pourraient se syndiquer par simple signature de carte, procédé qu’il juge désastreux et auquel il préfère le vote en bonne et due forme. Cela se défend, mais au global c’est un peu court pour quelqu’un qui nous appelle à une Nouvelle révolution tranquille. Éloge de la Richesse constitue pour l’essentiel une mise en ordre (mais non une synthèse, le tout est un peu longuet) des opinions émises par le scribe ces dernières années, pour ceux qui auraient pu vivre au Québec sans en être informés. Sa thèse centrale pourrait se résumer en une courte chronique : il serait hautement préférable que le Québec produise davantage de richesse, non pour le cumul de richesse en soi, mais pour mieux financer ses choix sociaux-démocrates. Quelques temps après la publication de son livre, M. Dubuc se félicitait dans La Presse d’un changement d’attitude face à la richesse au Québec et prenait à témoin le peu d’opposition que son ouvrage avait suscité. Il arrive en effet que le défonçage de porte ouverte ne provoque pas de tollé. Aurait-il été plus audacieux dans ses propositions, plus précis dans ses choix, qu’un débat plus animé aurait pu surgir. Il faut, pour se disputer un peu avec lui, se replier sur les passages portant sur le diagnostic. Comme plusieurs autres commentateurs économiques (et comme André Pratte dans son livre dont je parle plus loin), Alain Dubuc utilise à mauvais escient l’expression niveau de vie. Certes, les chiffres du Produit intérieur brut démontrent que la société québécoise, en son ensemble, est moins riche que ses voisins – quoique l’écart se rétrécisse, contrairement à ce qu’il affirme. Mais il ne s’agit pas d’une comparaison de niveau de vie, mais de richesse collective. Lorsqu’on veut parler du Niveau de vie des citoyens, donc de la capacité des Québécois de se procurer des biens et des services, ce qui est la richesse réelle, on constate que les coûts significativement plus faibles au Québec font en sorte que, même avec un revenu moindre, la grande majorité des Québécois ont un niveau de vie égal ou supérieur à la grande majorité de leurs voisins de l’Ontario. J’ai un peu écrit à ce sujet et M. Dubuc conteste mes démonstrations (enfin, je suppose qu’il parle de moi, bien qu’il me nomme toujours Lizée, avec un z). Cependant je note avec plaisir qu’est venue à ma rescousse sur ce point précis Mme Norma Kozhaya, économiste de l’Institut Économie de Montréal, think tank néo-conservateur, dans La Presse du 9 mai 2006. Elle écrit ce qui suit, et qu’on ne retrouve nulle part dans Éloge de la richesse : « Un autre indicateur du niveau de vie est le revenu personnel disponible per capita (revenus totaux des individus moins les impôts personnels directs). En 2004, le revenu disponible per capita était de 21 631 $ au Québec, soit 7% inférieur à la moyenne canadienne, et 12% en dessous de l’Ontario. Si l’on ajuste selon le coût de la vie dans les grandes villes, on se retrouve de nouveau avec un portrait relativement plus favorable pour le Québec, puisque l’écart avec l’Ontario semble disparaître complètement. » L’économiste Pierre Fortin, de l’UQAM, a de son côté calculé que le niveau de vie des Québécois de classe moyenne est équivalent à celui de leurs pendants étasuniens (à – 5% seulement), sans même prendre en compte le fait qu’ils travaillent en moyenne trois heures de moins que les Ricains par semaine et prennent davantage de vacances. Les riches québécois, eux, sont moins riches et proportionnellement moins nombreux que les riches ontariens ou étasuniens – tout le monde s’entend. Je propose une trêve dans ce combat des diagnostics : admettons que le niveau de vie des citoyens québécois est, grosso modo, équivalent à celui de ses voisins, mais que la richesse collective du Québec est toujours en retrait et mériterait de s’accélérer. Ensuite, on pourrait discuter de propositions concrètes pour y arriver. *** Aux pays des merveilles – Essai sur les mythes québécois, de l’éditorialiste en chef de La Presse, André Pratte, est plus intéressant. Son ambition est de démontrer que la pensée souverainiste s’appuie sur de bien fragiles assises. On comprend que, lui qui a voté Oui en 1980 et en 1995, ne soit plus souverainiste, car il n’est nullement animé par l’essence de l’élan nationaliste, soit la conviction qu’un peuple singulier puisse déterminer seul son destin, dans son propre pays. Une fois cela évacué, tout n’est plus que profits et pertes, risques et efficacité. Assez courant chez beaucoup de québécois fédéralistes ou indécis, le raisonnement, s’il était transposé à nos vies personnelles, ferait de nous autant de Tanguy. André Pratte fait assurément le meilleur travail de démonstration actuellement en magasin de la difficulté de réaliser la souveraineté (la transition vers le Québec souverain nécessitera, estime-t-il, la somme d’énergie engloutie dans les fusions municipales, multipliée par un million). Il compare ensuite cette difficulté aux gains économiques, politiques ou d’efficacité incertains qui en résulteront pour les Québécois. On sort de la lecture de ce chapitre dans un état de relatif épuisement anticipatif. Mais l’éditorialiste équilibre la mise, dans un chapitre suivant, en expliquant ce qu’il faut faire pour assurer au Québec une place respectable dans l’ensemble canadien. Car s’il minimise, chemin faisant, l’ampleur des conflits ponctuels qui opposent le Québec et le Canada et se montre outrageusement miséricordieux envers l’irrespect de la démocratie québécoise par Ottawa au moment du référendum de 1995 et après, il ne fait pas de quartier sur la fracture essentielle : « Comment oublier 1982 (le rapatriement de la Constitution sans l’assentiment de l’assemblée nationale) et 1990 (l’échec de l’accord du lac Meech) ? En ces deux occasions, c’est la vision québécoise du Canada, celle des deux peuples fondateurs, qui a été rejetée ». Quoiqu’il feigne parfois d’ignorer que l’accord du lac Meech, adopté par toutes les assemblées provinciales sauf deux, était rejeté par la majorité de l’opinion canadienne, il est conscient de l’ampleur de la tâche. Il reprend à son compte, au sujet du Canada-anglais, cette citation de la regrettée Solange Chaput-Rolland, de retour d’une tournée du ROC : « La crise canadienne n’est pas le résultat de la grossièreté d’une minorité, mais de la mauvaise volonté de la majorité. » Or, pense André Pratte, le succès de l’expérience canadienne du Québec dépend de la reconnaissance formelle de notre différence par le pays tout entier. En soi, d’abord, car cette non-reconnaissance est malsaine. Stratégiquement, ensuite, car ce vice de fond nourrit le projet souverainiste. « Les fédéralistes québécois peuvent s’estimer chanceux que les Québécois n’aient pas encore claqué la porte » écrit-il, notant que le Canada actuel est toujours à une crise près de l’indépendance québécoise. Alors, que faire ? Comme dans plusieurs de ses éditoriaux, André Pratte se désole de la faiblesse de l’argumentaire fédéraliste, de l’absence de réflexion, d’analyse, de présence dans les Cégeps et les universités de ses camarades de combat. Gesca place des fédéralistes dans presque toutes les pages éditoriales de la province ? Les forces pro-canadiennes sont au pouvoir à Québec, Ottawa et dans les grandes mairies ? Les entreprises appuient l’unité du pays ? Rien n’y fait. Sous la plume de l’éditorialiste, les forces fédéralistes sont sur la défensive, cernées par des troupes indépendantistes supérieures en nombre et en munitions. (Notons que M. Pratte s’emploie effectivement, dans son journal, à former une relève de signatures fédéralistes. Le trio Pratte-Dubuc-Gagnon ne suffit manifestement pas à la tâche). Il en faudra, des troupes et de l’énergie, car selon lui, « pas une seule déclaration d’un député, d’un universitaire ou d’un syndicaliste souverainiste ne devrait rester sans réponse ». Mais cela ne constitue que la pointe de l’iceberg. Ce n’est pas tant l’opinion québécoise qui pose problème, mais la canadienne, car, affirme-t-il, « il est essentiel que la Constitution canadienne soit un jour amendée pour mieux refléter la vraie nature du pays ». André Pratte mesure la difficulté, mais propose de relever le défi : « Il s’agit de convaincre les Canadiens, un par un s’il le faut ». Grâce au récent débat sur la motion fédérale reconnaissant l’existence de la nation québécoise, on connaît maintenant précisément l’ampleur de la tâche. Puisque 77% des Canadiens hors Québec rejettent la notion de nation, selon un sondage Léger Marketing-TVA du 28 novembre 2006, M. Pratte et ses collègues n’ont plus qu’à convaincre, un par un, 18 819 466 Canadiens (moins les enfants, s’entend). Il avoue que, lorsqu’il enjoint ses frères d’armes fédéralistes au combat, plusieurs se défilent. Et il raconte qu’un jour où il était lui-même au front, en Alberta, à tenter de convaincre un auditoire de la nécessité d’une reconnaissance formelle du fait québécois, un homme d’affaires local lui a répondu : « Pourquoi ne pas laisser le Québec partir, tout simplement ? » Indépendantiste convaincu, pour la simple raison que je crois mon peuple digne et capable de se gouverner lui-même, je suis sans doute mal placé pour juger. J’ai du respect pour les convictions d’André Pratte et pour la fougue et l’intelligence qu’il met à les défendre. Mais j’ai l’impression qu’un certain nombre de ses lecteurs fédéralistes seront tentés de tirer la même conclusion que cet Albertain. Certes, ni le Québec souverain, ni le Canada actuel ne sont les « pays des merveilles » que les souverainistes d’une part, les trudeauistes de l’autre tentent de décrire. Mais, défi pour défi, énergie pour énergie, les chances de réussir le Québec souverain, tout imparfait soit-il, semblent plus grandes que les chances de convaincre les Canadiens, un à un s’il le faut, de reconnaître – symboliquement, juridiquement et concrètement – notre différence. Ayant vécu le rapatriement de 1982, Meech, Charlottetown et le refus de toute réforme substantielle après 1995, le pays des merveilles le plus chimérique est peut-être celui dont l’éditorialiste rêve. Dubuc, Alain, Éloge de la richesse, Éditions Voix parallèles, Montréal 2006, 335 pages Pratte, André, Aux pays des merveilles, VLB Éditeur, Montréal 2006, 153 pages. *** Article paru dans Les Cahiers du 27 juin, Automne/Hiver 2007, Vol 3, No2. Jean-François Lisée

Politique

Quelle histoire !

Savez-vous pourquoi les habitants de Hongkong ne peuvent élire leurs gouvernants au suffrage universel ? C’est, selon Ma Link, chef du parti prochinois, parce que « beaucoup d’entre eux pensent encore qu’il y a eu un massacre sur la place Tian’anmen, en 1989 ». Cela vous choque que l’État chinois se mêle de décider de la bonne version de l’histoire ? C’est que vous êtes en désaccord avec lui. S’il avait décidé au contraire qu’il fallait croire qu’il y a eu un génocide arménien, ou rwandais, ou affirmé cette vérité que l’Holocauste a bel et bien eu lieu, vous seriez moins réticent. L’État a trois rôles à jouer en ce qui concerne l’histoire. La faire, d’abord, ce qui n’est pas rien. L’enseigner, ensuite, sur la foi du consensus élaboré par les historiens. Laisser, enfin, la liberté de la découvrir — en publiant rapidement ses documents internes — et de la débattre. Nous voici à une époque où l’État se mêle de fixer l’histoire et, ce faisant, de limiter notre liberté d’expression. La pente est savonneuse. En France, pays des Lumières, les parlementaires ont soif de clarté historique. En 1992, une première loi a affirmé que c’était un délit de contester l’existence de l’Holocauste (le Canada a une loi semblable). Puis, on a décrété la reconnaissance du génocide arménien. Jusque-là, en dehors des néonazis et des Turcs, peu d’opposants. Ensuite, le Parlement a jugé « positive » l’expérience coloniale française en Afrique. Tollé, et retrait de la loi. Enfin, une loi a affirmé qu’il fallait croire que la traite des Noirs et l’esclavage avaient été un « crime contre l’humanité ». Un livre contestant cette définition fut l’objet d’une poursuite, abandonnée depuis. Sauf pour l’expérience coloniale, le consensus des historiens soutient les affirmations des élus. Je suis moi-même d’avis que la déportation des Acadiens satisfait aux critères actuels du crime contre l’humanité. Et je ne vois pas de difficulté à ce qu’un premier ministre, un ministre ou n’importe quel élu affirme ces choses dans le cadre de ses fonctions. Il peut même, comme l’a fait Jacques Chirac, assumer a posteriori la responsabilité de son État dans un événement historique — comme les rafles de citoyens juifs en France pendant la guerre — et s’en excuser. Mais que l’État, par la loi, fixe une interprétation de l’histoire, ce n’est pas son rôle, encore moins lorsqu’il interdit qu’on la conteste. Dans le dernier livre publié avant son décès, Quand l’État se mêle de l’histoire, l’éminent historien français René Rémond réclame le retrait de toutes les lois de ce genre, y compris celle sur l’Holocauste. L’avertissement est salutaire, au moment où les lobbys multiplient les pressions pour faire reconnaître leurs versions, surtout leurs versions de victimes (qui ne manquent pas, dans l’histoire). Qu’on oblige le Royaume-Uni à présenter des excuses — ou même à offrir réparation — pour la déportation des Acadiens, j’embarque. Car c’est son affaire. De même, il faudra bien un jour qu’un premier ministre québécois libéral demande pardon pour l’emprisonnement, par Robert Bourassa, en octobre 1970, de 500 citoyens, dont cinq poètes, pour délit d’opinion. Mais que Londres ou Québec ne se mêlent pas d’imposer leur interprétation comme la seule véridique et d’interdire la publication de propos la contredisant. Et je ne suivrais pas les Acadiens s’ils voulaient, comme le font les Arméniens, aller de Parlement en Parlement autour du monde pour faire reconnaître leur version de l’histoire, si juste soit-elle. Nous avons eu récemment trois affaires, chez nous, qui nous tirent vers ce marais de l’État-qui-pense-pour-vous. D’abord, l’Assemblée nationale a voté d’un bloc pour condamner le journaliste André Pratte, qui avait eu le tort d’accuser les politiciens d’être des « menteurs ». (C’est Daniel Johnson qui avait déposé la motion, lui qui venait pourtant de traiter Jacques Parizeau de « menteur ».) Ensuite, sur proposition de Jean Charest, l’Assemblée a blâmé Yves Michaud pour des propos certes condamnables, mais non pendables. Enfin, cela vous a peut-être échappé, mais sur proposition du libéral Denis Coderre, la Chambre des communes a dénoncé à l’unanimité l’article débile de Jan Wong affirmant, dans le Globe and Mail, que la fusillade de Dawson était un effet de la loi 101. Encore une fois, nos élus ont le droit de s’insurger, dans le cadre de leurs fonctions et individuellement, contre tout ce qu’ils veulent, mais pas d’engager l’État, l’Assemblée, la Chambre dans une tentative de censure (ou, dans ces cas-ci, d’intimidation) envers des particuliers ou des journalistes qui expriment une opinion, si fausse, stupide ou offensante soit-elle. Au Canada, on interdit l’appel à la haine. Haine raciale. Haine envers les homosexuels. Cela part d’un bon sentiment, le souci de défendre les victimes. C’est sans doute ma formation de journaliste qui me guide dans une quête de liberté d’expression un peu détonnante en ces heures où prime la protection des victimes. Je crois pourtant que toute entrave à la liberté d’expression, en créant un « péché », rend ce péché plus attrayant et plus fort. C’est le consensus social qui doit marginaliser et neutraliser les appels à la haine, pas la loi et les sanctions de l’État. À mon avis, sauf dans les cas de libelle ou ceux touchant les enfants, seul l’appel direct à la violence — à toute violence — devrait être prohibé. Mais là-dessus, j’interdis formellement qu’on me contredise. LE SAVIEZ-VOUS ? Au Nicaragua, le dictateur Somoza censurait allégrement. Le quotidien La Prensa remplaçait chaque article censuré — parfois en première page — par une photo d’Ava Gardner. Quand les vendeurs criaient « Ava Gardner, Ava Gardner », les gens savaient que quelque chose d’important leur était caché.