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Appliquer le principe de précaution à nos finances

(Voici le chapitre que j’ai consacré à la dette dans mon ouvrage Pour une gauche efficace de l’automne 2008) Faut-il s’occuper de la dette québécoise ? Le sujet provoque un important débat à gauche où on le voit comme l’épouvantail derrière lequel se cache le programme de rétrécissement de l’État de la droite. Un soupçon plus que légitime. Jacques Parizeau estime pour sa part que la situation de l’endettement québécoise, reste sous contrôle et que les sommes qu’on peut dégager devraient être mieux investies dans le développement économique et social que dans le remboursement d’une dette dont le poids relatif, par rapport à la richesse nationale, baisse. « Répandre la hantise de la dette publique fait maintenant partie de la psychologie collective, expliquait-il aux HEC en 2007. Cela passera, on l’espère, parce qu’il pourrait y avoir là un frein aux investissements nécessaires dans l’éducation et la compétitivité des entreprises. » Je ne suis pas en position de contredire l’incarnation du savoir économique qu’est M. Parizeau. Mais si on pouvait faire les deux ? Investir dans l’éducation et la compétitivité, tout en réduisant la dette ? Un second débat, très chiffré celui-là, porte sur le poids supplémentaire réel qu’imposera au Québec le défi démographique et le vieillissement de la population. Pour leur livre de 2006 Agir maintenant pour le Québec de demain, l’économiste Pierre Fortin et le fiscaliste Luc Godbout ont calculé que si le Québec avait, aujourd’hui, la population vieillie que l’on connaîtra dans quelques années à peine, soit en 2030, il manquerait au budget du Québec 15 milliards de dollars pour couvrir ses coûts supplémentaires. Soit un trou de 25% du budget. Ils en concluent que la constitution d’un Fonds de secours est essentielle pour assumer ce choc. L’économiste de gauche Louis Gill, de l’UQAM, leur a répondu avec aplomb que ce calcul est fautif, car il ne prend pas en compte l’hypothèse d’une augmentation plus rapide de la productivité, donc de la richesse nationale, d’ici là. Un changement mineur dans les prédictions donnerait, sur 25 ans, des résultats complètement différents. Rembourser la dette, note-t-il, est d’un coût prohibitif. Mieux vaux investir les marges disponibles dans les infrastructures et les autres déterminants de la richesse pour s’assurer les moyens d’assumer, en 2030, les défis supplémentaires. Tout cela est vrai. Mais l’édifice semble fragile. Une montée soudaine des taux d’intérêts serait nuisible à nos finances : une hausse d’1% nous couterait immédiatement 330 millions de plus par an, 1,2 milliards par an à terme. Multipliez par 2, 4, 6…. De plus, il y a ces dépenses imprévues qu’on ne saurait chiffrer : les coûts du choc énergétique et du choc écologique. Il me semble que les tempêtes qui s’annoncent devraient nous conduire à adopter le principe de précaution, un principe cher à la gauche, face à nos dépenses publiques. Mais je me rends : il ne faut pas rembourser la dette. Du moins pas tout de suite. Mais il faut en relativiser le poids en constituant un fonds de réserve. Pour deux raisons, en plus de celles déjà évoquées. Parce que ceux qui proposent un démantèlement de l’État et se font les apôtres des privatisations et PPPs généralisées s’appuient sur la lourdeur de la dette québécoise pour faire assumer par le privé, plutôt que par l’État, l’endettement nécessité par les immobilisations. Un État moins endetté, ou un État qui détient un important fonds de réserve, n’a pas à céder aux PPPs ses grands travaux, pour déporter l’endettement supplémentaire sur ses partenaires et éroder ainsi la force et la cohésion de son service public. Finalement, parce que je suis indépendantiste. Ce n’est pas l’endettement du Québec/province qui le rend vulnérable. C’est en héritant de sa part de la dette canadienne que le Québec deviendrait financièrement un des cancres de l’OCDE. Après un Oui, le Québec doit s’engager sur les eaux internationales en ayant solidifié sa coque financière, ou en ayant démontré une ferme volonté de le faire. Mieux nous serons engagés dans la constitution d’un fonds de précaution qui contrebalancera l’existence de notre dette, mieux nous pourrons réussir la transition économique vers la souveraineté. Le Fonds doit être conçu de façon à constituer une réserve en cas de coup dur. Le gouvernement devrait pouvoir y puiser, selon des critères précis, pour préserver le filet social en cas de récession ou parer à une augmentation rapide des coûts de santé. Il pourrait également choisir de rembourser une portion de la dette en cas de hausse subite des taux d’intérêts. Mais il agirait comme une assurance. Donnons 2010 comme date de départ. J’ai déjà réduit de 32 milliards la dette québécoise par la vente de 25% des actions d’Hydro-Québec[1]. Ce paiement a libéré, chaque année pour toujours, près de deux milliards de dollars annuels supplémentaires pour les efforts d’éducation et sociaux dont j’ai déjà parlé. Mais il a déjà réduit considérablement la dette québécoise. Il n’a cependant pas créé de fonds de réserve : appelons-le, pourquoi pas, le Fonds des générations, le nom déjà choisi pour le Fonds existant. En 2010, le Fonds aura déjà cumulé 2 milliards 745 millions. Voici comment un gouvernement de la gauche efficace pourrait procéder pour la suite. Le Fonds des générations : une idée de gauche Le Fonds des générations mis sur pied par le ministre des Finances, Michel Audet, est intéressant dans sa forme. Mais sait-on qu’il reprend une idée venue de la gauche ? Elle fut avancée lors du sommet économique de 1996 par le Fonds de solidarité de la FTQ, reprenant lui-même une proposition de l’ancien président de la CSN, M. Norbert Rodrigue. (Ils l’appelaient « Fonds du patrimoine »). Si le gouvernement Bouchard avait, à l’époque, accédé à la proposition syndicale, nous disposerions aujourd’hui dans le fonds d’une somme de plus de 4 milliards, donc davantage que ce qu’on compte actuellement dans le Fonds créé par le gouvernement Charest. Or chacun a vu que la proposition Charest est à la fois trop timide et fondée sur une entourloupe. Beaucoup de Québécois ont peine à comprendre comment une ponction de 500 millions par an peut-être opérée sur le budget d’Hydro-Québec sans que cela se traduise par une augmentation de tarif. Le PDG d’Hydro, M. Thierry Vandal, nous assure qu’il n’en est rien et que les profits globaux d’Hydro allaient se gonfler de cette somme, que l’État pourra alors utiliser. Il n’y a pas de raison d’en douter. Mais les consommateurs peuvent en conclure que ce 500 millions aurait pu être utilisé pour réduire, ou freiner la hausse, des tarifs. Comme beaucoup de choses entreprises par le gouvernement Charest, ce n’est pas net. Or un effort collectif pour une cause aussi importante et difficile que la constitution d’un fonds de réserve ou de précaution doit être fondé sur la clarté, pas sur le doute. L’effort doit également être correctement réparti. Ce Fonds a pour objectif de protéger et de profiter à tous les Québécois. Il est donc normal que tous y participent. J’estime qu’on devrait proposer d’alimenter ce Fonds à partir de trois bassins : 1) Pour un tiers, des citoyens en général : Le gouvernement Harper a réduit de 2% le niveau de la TPS, ce qui fut la mesure la moins efficace possible pour donner du tonus à l’économie. Cette baisse a-t-elle été répercutée aux consommateurs ? Difficile à dire. La Banque du Canada et Statscan posent l’hypothèse que la baisse de 2% a fait diminuer les prix de 1,12%. Un autre économiste avance 0,8%. Les commerçants ont-ils gardé pour eux une partie de la baisse (le billet de cinéma à 12 ou 14$ n’a pas bougé) ? Ont-ils anticipé une augmentation de prix de 2% déjà prévue ? Mystère. Une baisse d’impôt aurait été claire, nette et précise, comme l’ont dit tous les économistes. Le gouvernement Charest, en tous cas, a manqué l’occasion d’occuper ce champ fiscal en augmentant de 2% la TVQ. Mieux vaudrait tard que jamais. En s’y engageant, le Québec récolterait 2,6 milliards de dollars de plus par an. La gauche efficace le partagerait en trois parts : Il mettrait un peu plus de 15% de la somme (400 millions par an, indexés) au Fonds des générations. Il contribuerait environ 40% de la somme (1,1 milliards) en réduction l’impôt des particuliers, car c’est la meilleure façon de réduire le fardeau fiscal et de contribuer à la maîtrise de coûts de production compétitifs. Il corrigerait donc l’erreur économique (électoraliste) des conservateurs fédéraux en réduisant mieux le fardeau fiscal. Il investirait la portion restante (1,1 milliards, indexée) en éducation, selon les priorités déjà mentionnées. (Notons que la hausse de TVQ nécessitera un ajustement correspondant au remboursement de TPS-TVQ aux contribuables à faibles revenus, pour un effet nul sur eux[2].) 2) Pour un tiers, de l’entreprise : La constitution du Fonds, en réduisant la pression sur la disponibilité du capital, aura un léger effet bénéfique sur les taux d’intérêt, donc sur la capacité d’emprunt, donc sur les coûts de production des entreprises. Il est de toutes façons normal que les entreprises – nullement touchées par cette opération TVQ, mais dont les salariés profiteront d’une baisse d’impôts qui permettra une progression plus lente des salaires, donc un second effet bénéfique sur les coûts de production – participent à l’effort, elles qui le réclament avec force. Une seconde somme de 400 millions par an, indexée, serait donc à percevoir du milieu des affaires. Comment concilier cela avec l’objectif, discuté plus tôt, de mieux favoriser la compétitivité des entreprises exposées à la concurrence internationale ? D’abord en soulignant qu’il est une erreur de faire disparaître la taxe sur le capital sur les institutions financières, qui n’en n’ont nullement besoin. Maintenant que cette abolition est en cours, il est intéressant de lire ce qu’avait à dire la FTQ en 1996 au sujet du financement du fonds proposé : Nous croyons que les institutions financières devraient faire l’objet [d’une] taxe dédiée. En effet, les institutions financières et les grands portefeuilles détenteurs d’obligations gouvernementales, grâce aux rendements élevés générés par les hauts taux d’intérêt en vigueur pendant les années quatre-vingt, ont largement bénéficié de l’accroissement de la dette. Pendant ce temps, les Québécois et les Québécoises contribuaient Compte tenu des profits déjà faramineux, à l’époque, de l’ensemble des institutions financières, la FTQ proposait une taxe dédiée qui à la hauteur de 200 millions, par an, en 1996, ce qui ne mettrait, disait-elle avec raison, « nullement en danger la compétitivité » de ces institutions. Pendant la campagne électorale de 2007, André Boisclair, qui ne fut pas le plus gauchiste des chefs du PQ, proposait certes d’abolir la taxe sur le capital, mais pas sur les institutions financières : ce don qu’il estimait à 350 millions par an aux institutions financières lui paraissait, à bon droit, inacceptable. Depuis, la crise des subprimes a fragilisé certaines de nos institutions financières, alors que la hausse des prix pétroliers a fait exploser les profits des compagnies pétrolières. Je proposerais donc de couvrir les 400 millions venant de l’entreprise à partir de trois sources : une ponction sur les secteurs financiers et pétroliers pour compenser l’abolition de la taxe sur le capital les concernant, puis une augmentation de la tarification des services gouvernementaux aux entreprises, pour en refléter le coût réel, avec un léger profit pour l’État. 3) Pour un tiers, de l’État et des syndiqués du secteur public J’ai décrit dans un chapitre précédent comment les artisans du service public peuvent être mobilisés pour augmenter le rendement et la productivité de leurs services, tout en en empochant une partie du bénéfice. L’État en serait le principal bénéficiaire et ce sont de ces gains qu’on devrait viser à dégager une troisième somme de 400 millions de dollars, donc d’environ 0,7% du budget de dépenses du Québec, pour la verser également au Fonds. Comme les deux autres, la somme serait indexée. 4) Un « quatrième tiers » (difficilement quantifiable) proviendrait d’un effort accru de lutte contre le travail au noir et l’évasion fiscale. Lier le paiement de ces sommes à la réduction de la dette est doublement efficace : symboliquement, et pour lever les dernières inhibitions dans la lutte contre les fraudeurs. Pour les fins de notre calcul, j’établirai à 100 millions le revenu supplémentaire provenant de cette source pour l’an un et l’indexerai par la suite. Il s’agit d’un objectif timide. La lutte contre le travail au noir mené par Revenu Québec a cru de 100 millions par an au cours des trois dernières années, soit de 1,7 milliard en 2005/06 à 2 milliards en 2007/08. Il s’agirait, ici, d’ajouter 100 millions à cette tendance. Le financement équitable du Fonds des générations Contribution Montant Mesure Le tiers des citoyens 400 millions Le Québec reprendrait, via la TVQ, les 2 points de TPS réduits par Ottawa, soit 2,6 milliards. 1,1 milliard reviendrait en baisse d’impôt, 1,1 en investissement en éducation, le reste, 400 millions, au fonds Le tiers des entreprises 400 millions Le Québec reprendrait à hauteur de 350 millions le cadeau fait aux institutions financières et pétrolières en abolition de la taxe sur le capital. Le 50 millions restant viendrait de la tarification à coût réel des services gouvernementaux aux entreprises. Le tiers de l’État et de ses artisans 400 millions En partageant avec les artisans du secteur public les fruits des gains de productivité, cette contribution équivaudrait à 0,7% des dépenses de programme de l’État La contribution des fraudeurs 100 millions La lutte contre la fraude fiscale génère 2 milliards par an, en hausse annuelle de 100 millions. On vise ici une autre 100 millions supplémentaire. Total 1,3 milliard Cela signifierait donc un dépôt annuel de 1,3 milliard par an dans le Fonds. Une évaluation fondée sur une prédiction de rendement de la CDP conservatrice à 9,4 % (rendement moyen des dix dernières années de la CDP, utilisé par le budget Charest), un taux d’inflation de 2% permet de prévoir un actif cumulé, 20 ans après sa constitution, de 104 milliards de dollars, contre une dette qui serait alors de 175 milliards. Il faut appliquer à la dette québécoise et à son PIB les prévisions à long terme émises en 2002 par le Conference Board (et qu’on les prolonge, suivant la tendance indiquée), on constate que le remboursement (même théorique), après 20 ans, d’une part de la dette avec le Fonds réduirait le ratio dette/PIB du Québec de 32% sans le Fonds à 13 % avec le Fonds – en supposant qu’on n’ait fait aucun retrait dans l’intervalle pour protéger le filet social. Sans pouvoir présumer de l’évolution à long terme des ratios dette/PIB des autres provinces et autres nations de l’OCDE, les mesures actuelles montrent qu’au niveau de 13%, le ratio québécois serait parmi les plus faibles au Canada (la moyenne est de 25%) et le deuxième plus faible des pays de l’OCDE (où la moyenne est de 48%). Ce serait presque trop ! Mais nous n’avons pas encore monté toute la côte. Nous n’avons calculé que la dette de la province de Québec. Il faut y ajouter la part québécoise de la dette québécoise pour avoir une idée complète de notre niveau d’endettement. Quelle est notre part de la dette canadienne ? 18,2% selon les calculs des Finances du Québec souverain (reprenant ceux de la Commission Bélanger-Campeau). Une fois cette addition faite, le rapport dette/PIB d’un Québec souverain passerait, dans 20 ans, de 45 % sans le Fonds à 26 % avec le Fonds. À 26 %, le rapport dette/PIB d’un Québec souverain en ferait, aux niveaux actuels, le 7e pays le moins endetté de l’OCDE, (sur 30, après le Luxembourg (2%) et l’Australie (8%)) la moyenne étant de 48%. Cela en ferait également un pays moins endetté que n’importe lequel des pays du G7 (sauf peut-être le Canada à ce moment-là), dont le niveau moyen du rapport dette/PIB est en ce moment de 63 %. Comme l’a noté le ministère québécois des finances, la constitution d’un Fonds a un effet bénéfique bien avant son échéance. La cote de crédit du Québec s’en trouverait améliorée, ce qui diminuerait les coûts de financement de la dette (et des autres dettes publiques québécoises : Hydro, villes, commissions scolaires) dans l’intervalle, générant au bas mot des dizaines de millions de dollars d’économie pour l’État. Impact des dépôts au Fonds des générations, après 20 ans Dette totale du Québec Richesse totale (PIB) Ratio dette/richesse Actifs du Fonds Ratio dette/richesse avec le Fonds Dette du Québec province 176 milliards 543 milliards 32,4% 104 milliards 13,2% Dette Québec+sa part du Canada 244 milliards 543 milliards 45% 104 milliards 25,8 % Maintenant que ce calcul est fait, on voit bien que l’augmentation de la solidité économique du Québec est faisable, sur un délai relativement court : 20 ans. Les sommes en jeu sont telles que, dans la mesure où on retient la proposition du dépôt de 32 milliards venant de la privatisation partielle d’Hydro, on peut concevoir une ponction moins forte des trois bassins visés (200 ou 300 millions par an plutôt que 400), ou une période d’effort plus brève (10 ans plutôt que 20) pour ne viser qu’un ratio de 30 ou 35%, plutôt que le 26% qui ferait du Québec une étoile financière[3]. Mais on chipote. Ce sera un vrai débat de riches. Mon intention ici est de démontrer comment la chose est possible et comment on peut rendre le Québec complètement solide, pour le maintenir aussi solidaire qu’on le souhaite. Dans cette formule, chacun contribue, chacun gagne, la maison fiscale du Québec est remise en ordre pour des générations et prête à subir les chocs à venir et à relever le plus grand de ses défis : la souveraineté. (Ajout: dans un autre chapitre du livre, Mieux harnacher nos énergies, je montre comment un changement de tarification de l’électricité, sans appauvrir un seul Québécois, provoquerait une explosion de la valeur d’Hydro Québec, qui passerait de 35 à 130 milliards. Cela aurait pour effet de réduire d’autant la dette nette du Québec et, si on l’ajoutait aux mesures proposées ici, de la faire complètement disparaître.) [1] Voir le chapitre V : Mieux harnacher nos énergies [2] Bizarrerie, les gouvernements fédéral et québécois n’ont pas modifié à la baisse le remboursement de TPS/TVQ au moment de la baisse de 2 points. Les revenus faibles ont donc, théoriquement, davantage de remboursement qu’auparavant. La difficulté tient au niveau fixé pour ce remboursement, qui est contestable et contesté. [3] Pour les intéressés : si on réduisait la contribution de chacun des trois bassins à 300 plutôt que 400 millions, le résultat sur 20 ans serait un rapport dette/PIB de 17% pour la province et de 29,5% pour un Québec souverain. A 200 millions, le résultat serait de 18% pour la province et 29,5% pour le pays. Je suis plutôt favorable à un effort plus important (400), quitte à ce qu’il soit plus court dans le temps.

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La fuite en avant des partis progressistes

C’est difficile à imaginer aujourd’hui, alors que ce sont les verts qui défendent un projet de revenu annuel garanti et les libéraux qui défendent une taxe sur le carbone, mais de 1960 à 1984, le NPD a été la source à laquelle les gouvernements en mal de politiques progressistes allaient régulièrement s’abreuver. Pendant le règne de Jean Chrétien, c’est plutôt à la droite que le PLC est allé piquer les politiques qui ont fait son succès. Le déficit zéro, la loi sur la clarté étaient autant de concepts d’abord dénigrés par les libéraux, puis plagiés à même le programme réformiste de Preston Manning (et assimilés par la suite par le NPD). À défaut de se voler des idées, le NPD et le PLC se chipent désormais des candidats. Au Québec, la grande offensive néo-démocrate de la campagne électorale est pilotée par l’ancien ministre libéral Thomas Mulcair. Et la circonscription québécoise la plus susceptible d’aller rejoindre Outremont dans le camp néo-démocrate le 14 octobre est celle de Gatineau, où la députée libérale fédérale Françoise Boivin, défaite en 2006, brigue cette fois les suffrages sous la bannière de Jack Layton. À l’inverse, le Parti libéral compte deux ex-premiers ministres néo-démocrates, le Britanno-Colombien Ujjal Dosanjh et l’Ontarien Bob Rae, parmi ses candidats-vedettes. L’ancien premier ministre de la Saskatchewan Roy Romanow est lui-même passé à un cheveu de sauter la clôture pour rejoindre son ami Jean Chrétien sur les barricades électorales en 2000. Une fois la présente campagne électorale passée, il n’est pas exclu que Bob Rae, néo-démocrate repenti, soit de nouveau partant pour prendre la tête des libéraux fédéraux, pendant que Thomas Mulcair, libéral de carrière, se retrouverait favori pour la succession de Jack Layton ! C’est en présumant que leurs formations d’adoption respectives seront encore debout le 15 octobre au matin. En effet, la campagne électorale en cours risque davantage de passer à l’histoire pour l’âpre lutte qui se livre à la gauche des conservateurs que pour un débat de fond entre les visions progressiste et conservatrice du Canada de demain. Cette lutte fratricide consterne les milieux progressistes, qui savent de moins en moins à quel saint se vouer. À leurs yeux, tout est en place pour une répétition du scénario de 1988. Néo-démocrates et libéraux avaient alors divisé le vote anti-libre-échange, ouvrant la voie au second mandat majoritaire de Brian Mulroney. Mais à l’époque, il y avait seulement deux partis à la gauche des conservateurs. Aujourd’hui, ils sont quatre. À l’extérieur du Québec, les verts menacent davantage le NPD, et au moins autant les libéraux, que les conservateurs. Au Québec, néo-démocrates et libéraux ont les yeux rivés sur le flanc gauche du Bloc québécois plutôt que sur l’électorat bleu de Stephen Harper. Quant au duel plus classique que se livrent le NPD et le PLC, il a autant de chances de produire un vainqueur que la guerre d’usure qui a si longtemps et si inutilement opposé progressistes-conservateurs et réformistes. Le seul gagnant avait été Jean Chrétien. Il y a 20 ans, le NPD avait misé sur la représentation proportionnelle pour contrer les effets pervers de la division du vote progressiste. Depuis, on a assisté à la multiplication des partis qui courtisent l’électorat de centre gauche, sans que la réforme du mode de scrutin progresse d’un iota. Au cours de la dernière législature, Jack Layton n’est même pas parvenu à faire accepter la création d’une commission parlementaire sur la question. L’idée d’un nouveau mode de scrutin n’a plus d’élan depuis que des projets en ce sens se sont enlisés en Colombie-Britannique, en Ontario et à l’Île-du-Prince-Édouard. Stephen Harper est vraisemblablement le chef le plus à droite qu’aura jamais le Parti conservateur fédéral et il ratisse tout de même suffisamment large pour espérer un second mandat, possiblement majoritaire. Pendant ce temps, ses adversaires s’arrachent le même carré de pelouse. Si la tendance se maintient, au lendemain du prochain scrutin, les partis progressistes ne pourront plus se soustraire à un examen de conscience, qu’ils auront le loisir de faire dans l’opposition.

L'arme secrète de Harper Politique

L’arme secrète de Harper

Homme de main de Stephen Harper et général des guerres électorales du Parti conservateur, Doug Finley est l’une des personnalités politiques les plus puissantes du Canada. Et l’une des moins connues.

Le Tournant vert pour les nuls Politique

Le Tournant vert pour les nuls

Propulsé sur la scène fédérale à titre d’expert de la Constitution, le chef libéral, Stéphane Dion, mise son avenir politique sur l’environnement. La complexité de son Tournant vert donne toutefois le tournis à bien des Canadiens. Petit guide pour s’y retrouver.

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Portraits de chefs

Harper le converti Stephen Harper a tourné le dos trois fois à Ottawa. Par dépit. Il a même milité pour la séparation de l’Alberta avant de finalement se réconcilier avec un pays qu’il entend aujourd’hui redéfinir. Son Canada à lui sera-t-il plus attrayant? Par Michel Vastel P ublié dans L’actualité du 1er mars 2006 Harper le justicier Il a serré la vis aux criminels, modifié le processus de nomination des juges et fait augmenter le nombre de policiers. Jusqu’où ira-t-il? Par Alec Castonguay Publié dans L’actualité le 15 avril 2007 Dion Quichotte mission impossible Pour sauver le Canada, le prof de science politique est monté à l’assaut des moulins à vent d’Ottawa, de Québec et d’ailleurs. Les Sancho Pança ne suivent pas… Le samedi 25 novembre 1995, le téléphone sonne chez les Dion… Par Michel Vastel Publié dans L’actualité du 15 avril 1997 Le pays de Stéphane Dion Les Québécois oublient trop vite les gestes inexcusables, affirme Jean-François Lisée. Avant de réhabiliter Stéphane Dion, ils devraient relire la loi sur la clarté! Par Jean-François Lisée Publié dans L’actualité de février 2007 Il fait bouger le Canada Le mariage gai, le scandale des commandites, le protocole de Kyoto… tous ces dossiers chauds n’auraient pas connu le même dénouement sans Gilles Duceppe et son Bloc Québécois. Confidences d’un indépendantiste qui veut rester à Ottawa. Par Micheline Lachance Publié dans L’actualité du 1 novembre 2005 Le Bloc a-t-il sauvé le Canada? Dans un essai, la journaliste politique Chantal Hébert affirme que la présence du Bloc québécois à Ottawa a eu l’effet contraire à celui que ses fondateurs souhaitaient… Par Chantal Hébert Publié dans L’actualité du 15 mars 2007 Jack la menace On le verra beaucoup cet été au Québec. Car pour redonner vie au NPD, Jack Layton a entrepris de faire la cour aux militants du Bloc québécois. Son but: devenir le leader de l’opposition officielle à Ottawa. Par Michel Vastel Publié dans L’actualité le 1er juillet 2003

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Les grands enjeux

Cliquez sur l’un des grands enjeux : Environnement Arctique Énergie Culture Économie Afghanistan Gaz à effet de serre Course contre la montre… avec obstacles Contrôler les émissions de gaz à effet de serre est urgent. Et possible. Toutefois, la résistance politique sera très forte. Par Pierre Fortin Publié dans L’actualité le 15 avril 2007 La menace bitumineuse C’est un secret bien gardé: l’extraction des sables bitumineux est trois fois plus polluante que celle des sources de pétrole traditionnelles. En misant sur cette nouvelle source d’énergie, le Canada sera-t-il un des fossoyeurs de la planète? Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 15 octobre 2006 Réchauffement du Pôle Nord Danger, pergélisloche ! Il fait jusqu’à 31°C l’été au Nunavik. Le pergélisol fond, les caribous s’égarent, des rivières sont contaminées. Incursion dans un pôle qui a perdu le nord. Par Daniel Chrétien Publié dans L’actualité du 1er décembre 2007 Le boom du Grand Nord Au cours des décennies qui viennent, l’Arctique canadien connaîtra un essor sans précédent. Portrait de cinq villes du nord. Par Daniel Chrétien Publié dans L’actualité du 1er mars 2007 Ça gaze à Inuvik! Trente ans après son abandon dans la controverse, un mégaprojet de gazoduc dans les Territoires du Nord-Ouest renaît avec l’appui des autochtones. Et promet de métamorphoser la région. Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 1er mars 2007 Recherche scientifique en Arctique La réponse est… en Arctique! Russes, Américains et Chinois fouillent régulièrement l’Arctique canadien. Et ils explorent l’Antarctique l’hiver, pendant que notre Amundsen, lui, déglace bêtement le Saguenay. Pourquoi investissons-nous si peu dans la recherche nordique? Par Valérie Borde Publié dans L’actualité le 1er novembre 2006 Pétrole : l’erreur canadienne Dans 50 ans, quand les réserves de l’Alberta seront épuisées, aucun pays ne sera en mesure de fournir du pétrole au Canada. Pour éviter le cul-de-sac, il faut cesser d’exporter du brut, affirme le géophysicien suédois Kjell Aleklett. Par Jean-Benoît Nadeau Publié dans L’actualité le 1er juillet 2008 Bienvenue en Alberta saoudite Les sables bitumineux de l’Alberta ont propulsé le Canada au deuxième rang mondial au chapitre des réserves de pétrole. Une révolution dont on ne mesure pas encore toute la portée. Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 1er octobre 2006 Trois blogueurs, trois points de vue Tout au long de la campagne électorale, nos blogueurs s’intéressent à la question de la culture. Lisez ce qu’en disent: – Pierre Cayouette – Chantal Hébert – Pierre Duhamel Loi C-10 Non à la censure ! Au 19e siècle, les grands écrivains français Gustave Flaubert et Charles Baudelaire ont été traînés devant les tribunaux. La société accusait l’auteur de Madame Bovary et celui des Fleurs du mal « d’outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Leurs livres figurent pourtant sur la liste des chefs-d’œuvre universels. Par Pierre Cayouette Publié dans L’actualité le 1er août 2008 Est-ce la fin du rêve nord-américain ? Pendant que les frontières tombent en Europe, des murs s’élèvent entre le Canada, les États-Unis et le Mexique. Legrand rêve d’un continent où biens et personnes circuleraient librement est-il mort ? Par Jonathan Trudel Publié dans L’actualité du 1er avril 2008 Comprendre le prix de l’essence D’où vient le prix de l’essence? Du prix mondial du pétrole, du taux de change, des marges de raffinage et de distribution ainsi que des taxes. Par Pierre Fortin Publié dans L’actualité le 1er novembre 2006 La face cachée de la guerre Qu’arrive-t-il aux soldats canadiens blessés en Afghanistan ? L’actualité a appris que 130 d’entre eux avaient été soignés à l’hôpital militaire américain de Landstuhl, en Allemagne. Visite exclusive d’un centre médical ultra-discret… Par Michel Arseneault Publié dans L’actualité le 15 mars 2008 Afghanistan: mission impossible ? Comment le Canada peut-il atteindre ses objectifs en Afghanistan ? Paul Tellier, membre du Groupe d’experts indépendant sur le rôle futur du Canada en Afghanistan, répond à nos questions. Par Alec Castonguay Publié dans L’actualité.com le 20 février 2008 Naissance d’une armée Beaucoup de volonté, mais bien peu d’équipement et si peu de temps… Notre journaliste revient d’un camp où Canadiens, Américains, Français forment les recrues afghanes. À quand une armée nationale digne de ce nom ? Par Alec Castonguay Publié dans L’actualité le 1er octobre 2007

Diviser pour régner Politique

Diviser pour régner

En abolissant certains programmes culturels, Stephen Harper pratique la politique de la division, méconnue au Canada mais populaire aux États-Unis. Pour la contrer, il faut la comprendre, dit la professeure D. Sunshine Hillygus, de Harvard. En voici les clés.

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Politique

L’état de la démocratie en Amérique

On trouvera ici une conférence donnée à l’été 2008 sur l’état de la démocratie aux États-Unis avant l’élection présidentielle américaine. On peut la visionner ici. (Il faut appuyer sur le carré blanc – arrêter — puis sur play.)

Politique

Les malades imaginaires

Pour les commissaires Bouchard et Taylor, il n’y a pas de doute. Le patient – qu’ils désignent comme les « Québécois d’ascendance canadienne-française » ou plus inclusivement « le noyau francophone » — se croit malade. Ils savent pourquoi il se croit malade. Leur malaise, expliquent-ils, vient de leur situation minoritaire en Amérique du nord, d’une histoire difficile, d’un chambardement de leurs repères depuis la Révolution tranquille. Leur trouble fut alimenté ces trois dernières années par une peur irraisonnée de l’autre, fondée sur des faits exagérés devenues fausses perceptions. Jouant de malchance, le mal fut avivé par des faits nouveaux sur le recul de la proportion de francophones à Montréal dont il serait, je cite, « prématuré » de s’inquiéter. Voici un cas où le principe de précaution ne s’applique pas. Attendons l’irrémédiable. MM. Bouchard et Taylor savent donc pourquoi une majorité de francophones (à plus de 70% et parfois une majorité de non-francophones) ont exprimé, dans les sondages et devant eux, une vive inquiétude quant au principe même de certains accommodements et un sentiment de perte de contrôle identitaire. Que les citoyens inquiets se rassurent donc. Ils ont été entendus. C’est simplement, jugent les commissaires, qu’ils ont tort d’être inquiets. MM Bouchard et Taylor expliquent (déplorent ?) qu’il y aura toujours cette « tension » provenant des canadiens-français. C’est comme ça. On n’y peut rien. Ils sont (je dirais Nous sommes) génétiquement hypocondriaques. L’intelligence supérieure et la capacité conceptuelle des deux commissaires sont indiscutables. C’est sans doute pourquoi de simples mortels ont rempli les salles et forcé des prolongations dans les régions et à Montréal, exprimant de mille manières un appel : imaginez pour nous des façons de réaffirmer les repères collectifs dans lesquels nous pourrions nous reconnaître et accueillir les autres. C’est non. MM. Bouchard et Taylor n’ont pas essayé. Ils n’ont pas voulu. Ce n’est pas leur tasse de thé. Chers lecteurs, je vous propose un test simple. Voyez la définition suivante : L’identité québécoise se définit par les valeurs, le cheminement et les repères historiques de la majorité canadienne-française et plus largement francophone, auxquelles s’ajoutent et se combinent les apports anglophones, autochtones et celles de toute la diversité qui vit en son sein. Si vous êtes grosso modo d’accord avec cette phrase – et j’ai la conviction que l’immense majorité des Québécois de toutes origines le sont – vous êtes en désaccord avec MM Bouchard et Taylor. Le libre-marché identitaire Dans leur rapport, ils dénoncent explicitement toute volonté de mettre le noyau francophone en quelque position centrale. Hiérarchie, prédominance, prééminence, centre de convergence, tout cela est honni, dénoncé comme « une forme d’assimilation douce à la culture canadienne-française ». Au contraire, dans leur modèle identitaire, écrivent-ils, ceux qui convergent sont « à parité entre eux ». Mis à part le français langue commune, rien de formel de doit donner un supplément d’énergie à la majorité francophone. Canadiens-français, sikhs et juifs hassidiques sont des acteurs égaux du libre-marché identitaire auquel on nous convie. Le noyau francophone détient l’avantage du nombre, cela devra – et aurait du – lui suffire. Attention : la lecture de la citation suivante du rapport peut nécessiter l’ingestion préalable de caféine. « La promotion de valeurs communes ne doit en aucun cas porter atteinte à la nécessaire diversité des individus et des groupes. Ce qu’il faut avoir à l’esprit, ce sont quelques valeurs historisées qui recoupent les expériences singulières des principaux acteurs collectifs ou groupes ethniques. » N’ayez crainte, je traduis. En clair, s’il fallait qu’on veuille inscrire dans un texte les valeurs qui nous ressemblent, il faudrait en exclure celles qui ne sont pas partagées par les autres groupes. Pas étonnant que les commissaires nous mettent en garde contre toute volonté de coucher des valeurs communes québécoises sur papier, car le plus petit dénominateur commun est leur règle. Les chartes, le droit froid, leur suffisent donc amplement. La chasse aux crucifix Ce simple décodage montre à quel point le rapport énonce l’exact contraire de ce que la plupart des Québécois attendaient d’eux : une façon ouverte, moderne, conciliante d’affirmer la spécificité québécoise et d’en établir des repères. Même Jean Charest l’a compris, lui qui a immédiatement dégainé sa déclaration ministérielle pour proposer au moins des demi-mesures dont le rapport ne fait aucune mention et les enrober dans un discours identitaire québécois introuvable dans le texte de ses commissaires. Ce n’est donc pas par surdité mais par volonté d’aller à contre-courant de la majorité québécoise que MM. Bouchard et Taylor ont jugé le moment superbement choisi de faire la chasse aux crucifix. Qu’on me comprenne bien : je ne suis pas loin, sur le principe, de penser comme eux. Cette croix est dans un lieu de pouvoir — celle du Mont Royal est un énorme bibelot, il y a une différence. Le déplacement du crucifix de l’Assemblée nationale dans le musée du Parlement me semble envisageable le jour où les Québécois auraient (auront ?) des assises identitaires telles que ce symbole perde de sa valeur. Mais jamais je n’aurais songé que les commissaires soient à ce point déconnectés du sentiment populaire qu’ils puissent dire simultanément aux Québécois 1) qu’il n’est pas question qu’on les réconforte en leur offrant les repères qu’ils demandent ; 2) qu’ils peuvent se passer des quelques symboles qu’ils détiennent encore. Le Nous dénaturé Pas étonnant que les commissaires soient allergiques au Nous, qu’ils dénaturent brièvement dans le rapport. Selon eux, on peut nommer le « noyau francophone » en le regardant de l’extérieur, mais les membres du noyau ne devraient pas se nommer en disant Nous et en dialoguant avec les autres Nous – qui eux se nomment sans inhibition. La démarche du Nous est donc contraire à celle proposée par les commissaires. Elle propose d’affirmer les valeurs communes des Québécois en prenant soin de faire en sorte que la majorité s’y reconnaisse (prédominance du français, patrimoine historique et culturel québécois, égalité des sexes, laïcité des institutions) et que la diversité et les futurs immigrants puissent y adhérer. Elle part du principe que toute politique inclusive est vouée à l’échec si elle dévalorise – comme le fait le rapport – les contributions et responsabilités centrales de la majorité, pire encore si elle la culpabilise, ce qui est clairement le cas, quoiqu’en dise M. Bouchard, qui reproche à ses concitoyens leur « braquage identitaire » et leur récent flirt avec le « dérapage ». Plutôt qu’une « vigoureuse campagne sur l’interculturalisme », prioritaire selon le rapport, l’approche du Nous propose d’inscrire ces repères dans des textes fondateurs – une constitution, la charte québécoise des droits – pour baliser les décisions à venir des législateurs et des juges. Elle veut incarner ces repères dans une institution qui les rendent concrètes – une citoyenneté interne, exactement aussi inclusive et exigeante que les citoyennetés de toutes les nations démocratiques détenant pourtant, elles, des socles identitaires plus forts que le nôtre1. Le rapport fait état d’un grand nombre de sondages mais reste étrangement silencieux sur celui révélant que les Québécois appuient massivement cette approche (63% pour la constitution, 72% pour la citoyenneté, dont 54% de non francophones). Voici pourtant le genre de gestes forts, refondateurs, structurants, qui peuvent donner aux Québécois le supplément d’identité qu’ils attendaient des commissaires. La déception est à la hauteur de leurs attentes. L’absence de remède ne fera rien contre la résurgence du malaise, dès le prochain accommodement controversé venu – et il viendra, le rapport signalant clairement que la voie est libre. En choisissant de tourner le dos à la volonté québécoise majoritaire, les commissaires la renvoie, avec son malaise, vers le seul recours possible : le champ électoral. La où même les malades imaginaires ont droit de vote. ———————– M. Lisée était conseiller de Pauline Marois lorsqu’elle a présenté son projet de loi sur l’identité. Il est l’auteur de « Nous », publié chez Boréal. (Version intégrale d’une opinion d’abord publiée dans La Presse, du 27 mai 2008)

Politique

Une poigne de velours

On cherchera en vain le croustillant dans Québécoise !, l’autobiographie de Pauline Marois, qui paraîtra ce printemps aux éditions Fides. Ni épanchements, ni révélations-chocs, ni règlements de comptes, rien pour exciter les chroniqueurs politiques ou faire les manchettes. « C’est une vie sans histoires », prévient la chef du Parti québécois. Mais elle voulait tout de même la raconter, cette vie, ne serait-ce que pour « laisser des traces ». Pauline Marois dresse dans ce livre le bilan de ses principales réalisations politiques, de la création des centres de la petite enfance à l’instauration des commissions scolaires linguistiques. Elle s’attarde sur ses passages remarqués à la tête des ministères des Finances, de l’Éducation et de la Santé. Avec une certaine retenue, elle raconte aussi son histoire d’amour et son mariage heureux avec l’homme d’affaires Claude Blanchet, avec qui elle a eu quatre enfants. Un an après son élection à la tête du Parti québécois, Pauline Marois fait montre d’une grande sérénité et prend manifestement goût à cette fonction à laquelle elle se préparait, presque malgré elle, depuis longtemps. « J’ai découvert que j’aime être la première responsable », avoue-t-elle. Son prochain cheval de bataille ? La défense de la langue française. « Pour les Québécois, c’est une question de survie », juge-t-elle. L’actualité l’a rencontrée à son bureau de l’Assemblée nationale. — Quand on lit le chapitre consacré à votre courte, mais si heureuse retraite, on se demande : pourquoi est-elle revenue ? D’autant que le mouvement souverainiste et le Parti québécois ont connu des périodes plus effervescentes… — C’est beaucoup plus difficile qu’à une certaine époque. Mais c’est quand ça va moins bien qu’on appelle les femmes au secours. Pourquoi suis-je revenue ? Parce qu’on ne peut pas, pendant 30 ans, mettre son énergie, son cœur et ses convictions pour faire avancer le Québec et refuser de relever le défi quand arrive un moment où on peut encore être utile. J’étais bien, loin de la politique ; mais l’engagement est profond. Un an plus tard, vous ne regrettez pas ce retour ? — Au contraire. J’ai découvert que j’aime être la responsable, la première responsable. Et je suis prête à assumer les bons coups comme les mauvais. J’aime ça et je ne m’en cache pas. C’est la première fois que ça m’arrive en politique. J’ai toujours eu des chefs, envers lesquels j’ai été loyale (même si certains ont cru que je pouvais ne pas l’avoir été). J’ai décidé que je serais moi-même, que je ne m’inventerais pas un personnage de leader. Je suis ce que je suis : Pauline Marois, avec 59 ans dans le corps, une belle vie sur le plan personnel, de beaux moments politiques, d’autres plus difficiles, plus déchirants. Je ne vais pas essayer de faire de l’esbroufe avec mon équipe. Avez-vous « dompté » la faction plus radicale du PQ ? En vous libérant du carcan du référendum obligatoire dans le premier mandat, avez-vous réussi là où vos prédécesseurs ont échoué ? — Je n’ai pas joué les matamores et je n’ai pas « dompté » le parti. Je l’aime, ce parti. J’ai cheminé avec lui, j’y suis enracinée. Ce que je souhaite, c’est que la stratégie qu’on a choisie soit la bonne. Si, dans 10 ans, on met à jour votre biographie, quelle serait la grande réalisation que vous souhaiteriez que l’on rajoute ? — Que le Québec est un État social-démocrate riche, à l’image de l’Irlande, de la Norvège, de la Suède, du Danemark, dont le modèle a évolué et où le PIB par habitant est le plus élevé du monde. Mon rêve est que le Québec soit indépendant. La route est semée d’embûches. Alors, ce qu’on propose, c’est de faire avancer le Québec le plus loin possible, sur tous les fronts. Si on va chercher des pouvoirs, si on se définit mieux, peut-être que le Québec aura envie d’aller au bout de son rêve. Pourquoi parlez-vous tant d’identité ? — L’ADQ avait tiré le tapis sous nos pieds parce qu’on avait renoncé à cette priorité. On en était à l’« approche citoyenne ». Or, pourquoi fait-on un pays ? Il faut revenir à l’origine de ce projet : l’identité, la langue, la culture, notre histoire commune. La capacité aussi d’accueillir à notre façon ceux qui viennent de partout. Ce n’est pas un nationalisme de repli sur soi, mais d’ouverture. Nous sommes des démocrates, des progressistes, ouverts sur le monde. Il faut être capable de se tenir debout, d’accueillir les nouveaux arrivants en français. Ailleurs dans le monde, les États ont des contrats d’intégration. Ici, tout le monde s’énerve parce qu’on parle d’en avoir un. Ce virage a-t-il repositionné le PQ ? — Oui. On a remis le PQ sur ses bases. On a présenté deux projets de loi, qui ont été décriés. On n’a pas pu en débattre. Mais sur le terrain, les gens en général étaient contents. Ils disaient qu’il faut s’affirmer. Quand nous accueillons des gens dans notre maison, il faut leur dire qui nous sommes, quelles sont nos valeurs. L’ambiguïté, dans notre réalité sociopolitique, c’est que nous constituons une partie du Canada. Quand quelqu’un vient ici, il vient au Québec, mais il vient aussi dans l’ensemble canadien. Nous lui adressons un double message, celui du bilinguisme et celui du multiculturalisme. Il faut être fort en maudit pour y résister. Si les Québécois vous élisent, quelle sera votre priorité ? — Les questions d’identité. Les gestes de « gouvernance nationale » que nous proposons tournent autour de la langue et de l’identité. Nous allons ramener nos lois, que M. Charest ne veut pas étudier. Cela va nous « reconnecter » avec les Québécois. Je me promène beaucoup au Québec et bien des gens, pas toujours des souverainistes, me disent : « Madame Marois, n’oubliez jamais de défendre notre langue. » Vous croyez rallier les Québécois autour de cette question ? — La langue, c’est dans les tripes, dans l’inconscient collectif. Tout le monde a l’impression que c’est dépassé. Ce n’est pas vrai ! Communiquer, créer, participer au monde dans sa langue, c’est mobilisateur, ça permet de se dépasser. Les peuples qui s’assimilent sont des peuples qui meurent. On n’a pas envie de vivre ça. Quelle est votre plus grande crainte pour l’avenir du Québec ? — Voir les Québécois baisser la garde au sujet de la question de la langue. Si on la baisse, c’est la « louisianisation » du Québec ! Quand on veut prendre les moyens de protéger la langue française, en proposant par exemple une loi sur l’identité, les bien-pensants protestent : « On ne peut pas faire ça. » Pourquoi tous les autres peuples le font-ils et pas nous ? Est-ce encore vrai, comme l’écrivait Françoise Giroud, qu’une « femme en politique n’a pas le droit d’être ambitieuse » ? — J’ai connu bien des situations difficiles parce que j’étais une femme. On scrute notre habillement, notre allure. On m’a caricaturée avec des bijoux clinquants, de grosses écharpes. Je ne me pose pas en victime, dans ce livre. Ce n’est pas un essai féministe. Je voulais montrer ce qu’est la vie d’une femme en politique. Une femme ambitieuse, c’est péjoratif, négatif. Mais un homme ambitieux, c’est valable ! Quand on veut faire un pays, il faut de l’ambition. C’est vrai que je suis ambitieuse. Mais être ambitieuse, c’est vouloir réussir, progresser. Pourquoi cette biographie ? Pourquoi maintenant ? — J’y tenais, pour laisser des traces, dire aux gens : « Voilà, il est possible de concilier famille et politique, bonheur et engagement. » Ce travail d’écriture a été entamé pendant ma courte retraite. Je croyais que les gens me connaissaient puisque ça fait 30 ans que je suis dans le paysage. Mais j’ai compris que la mémoire collective est courte. Je me suis dit : « Tu veux être chef du Parti, chef du gouvernement, il faut que les gens aient quelque chose qui leur permette de voir ton parcours, ce n’est pas inintéressant. Surtout que tu vas pouvoir faire tomber quelques mythes ou préjugés qui te concernent. » Votre vie est l’histoire d’une réconciliation entre le social et l’économique, qu’il s’agisse de votre vie privée (la travailleuse sociale a épousé un homme d’affaires) ou de votre carrière. — Sur le plan personnel et sur celui de l’engagement, j’ai toujours tenté de réconcilier ces deux pôles. Je me définis comme une sociale-démocrate. Quand j’ai été ministre des Finances, les mesures que j’ai mises en place s’inscrivaient dans la trame de la lutte contre la pauvreté. Je suis constante dans mon engagement. Je vous jure, j’ai retrouvé des articles de 1982 dans lesquels j’explique que mon rêve est qu’il y ait des services de garde pour les familles, des congés parentaux…

« Cessons ce cirque… » Politique

« Cessons ce cirque… »

La période de questions, la ligne de parti, le bâillon : ces trois pratiques nuisent à la crédibilité de notre institution parlementaire, croit un ancien président de l’Assemblée nationale. Qui propose ses solutions…