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Qu’est-ce qui fait courir Mario Dumont ?

Le nouveau pouvoir de Mario Les relations fédérales-provinciales, l’économie, la famille: les priorités de Mario Dumont ont déjà commencé à alimenter le débat public. publié dans L’actualité du 15 mai 2007 Dumont d’une campagne à une autre Cette fois, c’est vrai, le fermier du Petit Rang 2 de Cacouna devra ranger son tracteur. Mais pour le reste, le Mario d’aujourd’hui est animé des mêmes convictions qu’à ses débuts. publié dans L’actualité du 15 mai 2007 L’effet Dumont On ne mesure pas encore bien les capacités de Mario Dumont et de son équipe de diriger le Québec. Mais une chose est sûre: il a su chasser la morosité politique…publié dans L’actualité de janvier 2003 Une onde de choc nommée Mario Qu’on soit pour ou contre ses idées, le chef de l’Action démocratique du Québec a profondément marqué l’année 2002. publié dans L’actualité de janvier 2003 La médecine de Mario L’ADQ convie le Québec à un nouveau « patriotisme responsable ». Et cela comprend des chambres d’hôpital où on peut suivre les cours de la Bourse grâce à des branchements Internet à haute vitesse. publié dans L’actualité d’octobre 2002 La nouvelle cuisine de Mario L’été a apporté à l’ADQ près de 7 000 nouveaux membres. Cet automne, les adversaires du jeune chef feront tout pour gâter la sauce. publié dans L’actualité de septembre 2002 Comment freiner l’ADQ ? C’est la question que L’actualité a posée à deux ex-conseillers politiques. À l’heure où l’Action démocratique de Mario Dumont bouleverse l’échiquier politique, comment le PQ et le PLQ peuvent-ils réagir ? Jean-François Lisée et John Parisella se prononcent. publié dans L’actualité de septembre 2002 Le résistant de Cacouna Sa popularité inquiète autant les péquistes que les libéraux. Et le désir de changement des Québécois pourrait donner à Mario Dumont la balance du pouvoir. Qu’en ferait-il ? publié dans L’actualité de mai 2002 Quatre ans de solitude Malgré un demi-million de votes pour l’Action démocratique, Mario Dumont se retrouve de nouveau seul de son camp à l’Assemblée nationale. Son plus grand défi: faire survivre son parti. publié dans L’actualité du 15 avril 1999 L’option Dumont Super Mario est-il le leader d’une nouvelle génération politique ou surfe-t-il sur une mode passagère? publié dans L’actualité du 1er mai 1995

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Les bonnes raisons de voter

Stéphane Dion en a certainement surpris beaucoup en suggérant aux Québécois qui ne voudraient pas voter pour Jean Charest de favoriser un candidat de l’Action démocratique ou du Parti vert. Venant du chef du Parti libéral du Canada, cela avait de quoi déconcerter, en effet. Soyons charitable: Stéphane Dion voulait seulement dire de ne pas voter pour le Parti québécois, en aucune circonstance. Il n’en demeure pas moins que l’élection qui se déroule en ce moment au Québec est en voie de se transformer en vague de protestation contre les deux grands partis, PLQ et PQ, qui sont les seuls capables de former un gouvernement. Selon les sondages de CROP ou de Léger Marketing, ces deux partis ne recueillent que 70% des intentions de vote. C’est dire qu’au moins un quart des électeurs ne sont pas désireux de voter pour un gouvernement libéral ou péquiste. Ces électeurs s’ajoutent à l’autre quart de citoyens inscrits sur les listes électorales, mais qui n’iront pas voter le 26 mars prochain. En 2003, par exemple, seulement 70,4% des électeurs inscrits ont voté. C’était le plus faible taux de participation depuis 1927. On pourrait même passer sous la barre des 70% cette année, car la participation n’est forte que lors d’élections déterminantes, comme ce fut le cas en 1960 (Jean Lesage), 1970 (Robert Bourassa) et 1976 (René Lévesque), où les taux dépassaient les 80%. Remarquez qu’il n’y a rien de mal à voter pour l’Action démocratique, Québec solidaire ou les verts. Bon nombre de Québécois le font même par conviction. Un vote pour les candidats de l’un ou l’autre de ces trois partis — mais surtout de l’Action démocratique — a des chances de devenir «utile». En 2003, avec 18% des suffrages exprimés, l’ADQ ne faisait élire que cinq députés et ne pouvait même pas prétendre à la reconnaissance officielle. Cette année, avec des intentions de vote de 20% à 25%, on dit que le parti est entré dans «la zone payante», celle où il pourrait faire élire deux dizaines de députés au moins. Quant à Québec solidaire et au Parti vert du Québec, ils peuvent espérer sortir de la marginalité. Il y a quatre ans, l’Union des forces progressistes (UFP), ancêtre de Québec solidaire, arrivait en quatrième position, avec… 1,06% des suffrages. Et le Parti vert, avec 0,44% des suffrages, se classait derrière… le Bloc Pot! Justement, le Bloc Pot est le modèle du parti inutile — sa seule revendication étant la légalisation de la marijuana — qui sert de refuge à ceux qui trouvent qu’annuler son vote (il suffit de griffonner quelque chose sur le bulletin) manque de panache. Il est tellement cool de se vanter, le lendemain d’un jour de scrutin, d’avoir voté pour le candidat du Bloc Pot (s’il y en a un dans votre circonscription!). Il existe une douzaine de partis politiques reconnus au Québec. Il y a aussi tous les autres électeurs, ceux que vous entendez répéter: «Cette année, je ne suis pas capable de voter pour Charest! Ni pour Boisclair!» Les noms de ces deux chefs, dont l’un sera forcément premier ministre et l’autre sans doute chef de l’opposition, sont généralement accompagnés des pires sobriquets. Le nombre de votes de protestation sera ainsi plus élevé que d’habitude et on pourra le mesurer en additionnant le taux d’abstention et les maigres pourcentages obtenus par les partis marginaux. Mais comment peut-on donner son vote au Bloc Pot, par exemple, ou le gaspiller, simplement parce que la tête d’un chef ne nous revient pas? Nous ne sommes pas en régime présidentiel, ici, et la personnalité du chef n’est pas le seul critère en jeu. L’importance de la télévision a donné plus de poids à l’image du chef. Dans le langage populaire, on dit aujourd’hui «je vote Charest» ou «je vote Boisclair». On dit aussi «l’Action démocratique de Mario Dumont». Mais dans un système où les deux principaux partis sont également les porte-étendards de deux options aussi fondamentales que l’appartenance au Canada ou l’indépendance du Québec, leur programme devrait être aussi déterminant que leur chef. Enfin, se peut-il que tous les candidats, libéraux ou péquistes, soient mauvais du simple fait qu’on n’aime pas leurs chefs? La prochaine fois que vous entendrez quelqu’un dire haut et fort «j’annule mon vote» ou «je vote pour le Bloc Pot», rappelez-lui qu’il reste encore une cinquantaine de pays dans le monde où le principe des élections libres et régulières n’est pas reconnu…

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La valse des promesses

AVENIR CONSTITUTIONNEL PLQ «Nous affirmons, à l’heure de la concurrence internationale et de l’émergence d’enjeux planétaires, que la fédération canadienne demeure le meilleur choix pour le développement culturel, économique et social du Québec.» PQ «Pour notre plein épanouissement national et identitaire, nous proposons aux Québécois de faire du Québec un pays.» ADQ «S’affirmer sans se séparer: plus d’autonomie politique, économique et culturelle, et ce, dans l’ensemble canadien.» ÉDUCATION PLQ • Dégeler les droits de scolarité: les élever de 50 dollars par trimestre, tout en améliorant le programme des prêts et bourses et en réinvestissant 200 millions de dollars dans les universités. • Embaucher 1 000 spécialistes de plus pour les élèves en difficulté. • Mettre en place un système permettant aux écoles primaires et secondaires d’offrir une heure d’activités après l’école. PQ • Maintenir le gel des droits de scolarité (sans encadrer les frais afférents). • Investir 400 millions de dollars dans le financement des cégeps et des universités. • Embaucher 1 500 spécialistes pour les enfants présentant des difficultés d’apprentissage. ADQ • Abolir les commissions scolaires afin de donner la priorité aux services directs aux élèves. • Faire adopter un bulletin universel, explicatif et chiffré. • Augmenter le nombre d’établissements à vocation particulière parmi les écoles secondaires publiques. SANTÉ PLQ • Accroître de 1 500 le nombre de médecins en exercice au Québec d’ici 2012. • Garantir que les opérations seront pratiquées dans un délai de moins de six mois. • Augmenter le nombre d’infirmières. Intensifier les mesures d’attraction vers cette profession et celles permettant de maintenir l’effectif. PQ • Porter à 300 le nombre de groupes de médecine familiale (GMF). • Mettre en place une politique de soins à domicile. • Garantir à chaque Québécois «l’accès à une intervention chirurgicale à l’intérieur d’un délai vraiment acceptable sur le plan médical». ADQ • Abolir le monopole d’État et favoriser la création d’un véritable système de santé mixte (secteur public et privé, milieu coopératif). • Mettre en place 150 nouvelles cliniques sans rendez-vous au cours d’un premier mandat. • Garantir que les soins seront fournis dans un délai médicalement acceptable. Lorsque la période d’attente dépasse le délai maximal, le patient pourra se faire traiter, aux frais de l’État, dans l’établissement de son choix, que celui-ci soit public ou privé. ENVIRONNEMENT PLQ • Lutter contre les changements climatiques, en atteignant les cibles du protocole de Kyoto. Augmenter de 8% l’utilisation des transports en commun. • Augmenter le recyclage et le compostage partout au Québec, et encourager une utilisation responsable de l’eau. • Soutenir le développement des technologies vertes. PQ • Abolir la loi 23, qui privatise le mont Orford. • Adopter une loi sur les changements climatiques avec des cibles précises. • Favoriser la création d’une Bourse du carbone à Montréal. ADQ • Revoir le rôle du ministère de l’Environnement, qui «passera d’un rôle d’outil d’interdiction à un rôle d’agent d’innovation et d’intégration des nouvelles technologies en matière de développement durable». • Faire du Québec un leader mondial dans le domaine de l’énergie propre, en misant sur «le développement maximal de notre potentiel hydroélectrique». • Déclarer l’eau «ressource nationale». ÉCONOMIE ET FINANCES PUBLIQUES PLQ • Accélérer le plan d’élimination de la taxe sur le capital. • Ouvrir de nouveaux marchés, notamment en faisant la promotion d’un accord de libre-échange transatlantique avec l’Europe. • Réduire les impôts de 1,25 milliard en cinq ans. PQ • Abolir la taxe sur le capital pour toutes les entreprises, à l’exclusion de celles du secteur financier. • Augmenter les incitations fiscales pour encourager les nouveaux investissements. • Lors des années de forte croissance économique (au-delà d’une croissance réelle du PIB de 2,5%), réduire l’impôt des particuliers de l’équivalent de 50% des revenus excédentaires. ADQ • «Réduire concrètement la taille des structures bureaucratiques et leur nombre, et éliminer tout organisme qui ne saurait justifier son existence sur la base d’un réel service à rendre à la population.» • Constituer un fonds d’autonomie régional pour chacune des régions du Québec. • Alléger la réglementation du travail, particulièrement les règlements qui constituent une contrainte à l’emploi et à la productivité. FAMILLE PLQ • Créer 20 000 places en services de garde, notamment en milieu de travail. PQ • Créer 20 000 places supplémentaires dans les CPE et maintenir le tarif de sept dollars par jour. ADQ • Offrir à toutes les familles une allocation familiale importante (100 dollars par semaine) pour chaque enfant d’âge préscolaire ne fréquentant pas le réseau de garderies subventionnées. QUÉBEC SOLIDAIRE Faisons payer les riches! Québec solidaire met l’accent sur la justice sociale et la protection de l’environnement. Voici quelques éléments du programme que propose le parti de Françoise David et Amir Khadir: • Augmenter la contribution des entreprises au financement de l’État. • Élever le taux d’imposition des contribuables ayant un revenu personnel de plus de 84 000 dollars. • Taxer davantage les biens de luxe et les produits polluants. • Lutter contre la pauvreté en augmentant progressivement le salaire minimum à 10 dollars l’heure. • Accroître les prestations d’aide sociale. • Adopter une politique de lutte contre l’homophobie. • Réaliser la souveraineté. Pour le programme complet: www.quebecsolidaire.net/plate-forme-politique PARTI VERT DU QUÉBEC La gouvernance écologique Scott McKay, chef du Parti vert du Québec, n’aspire pas à diriger le gouvernement. Son parti s’est tout de même doté d’un programme qui va au-delà des questions environnementales. En voici quelques points saillants: • Réduire de 30% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020. • Investir 1% du PIB (2,7 milliards de dollars) dans la lutte contre le réchauffement de la planète. • Augmenter les taxes à la consommation sur les véhicules énergivores pour subventionner l’achat de voitures hybrides ou électriques. • Tenir des élections à date fixe. • Élire le premier ministre au suffrage universel direct. Pour consulter le programme du Parti vert du Québec: www.pvq.qc.ca/fr/plateforme

Harper le justicier Politique

Harper le justicier

Il a serré la vis aux criminels, modifié le processus de nomination des juges et fait augmenter le nombre de policiers. Jusqu’où ira-t-il?

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11 questions à cinq chefs

ANDRÉ BOISCLAIR — PARTI QUÉBÉCOIS Une seule phrase pour vanter le Québec à un étranger? Venez nous voir, vous aurez le goût d’y demeurer. Un proverbe qui guide votre vie? Le bavardage est l’écume de l’eau, l’action est une goutte d’or (proverbe chinois). Le mot le plus beau de la langue française? Oui. Votre personnage historique préféré? Winston Churchill. Votre principale qualité? La générosité. Votre plus vilain défaut? La tendance à être sec. Le plus grand défi pour le Québec? Se faire confiance. Un pays qui vous inspire en matière d’environnement? La Suède. Complétez la phrase: Dans 10 ans, le Québec sera… souverain. Le conseil que vous donneriez à un jeune qui s’apprête à entrer sur le marché du travail? Envisager de retourner aux études pendant sa carrière! L’épitaphe que vous aimeriez voir inscrite sur votre pierre tombale? Ma famille décidera… JEAN CHAREST — PARTI LIBÉRAL Une seule phrase pour vanter le Québec à un étranger? C’est l’endroit où vous rêveriez de voir grandir vos enfants. Un proverbe qui guide votre vie? Plutôt trois mots, fréquemment répétés par mon père et qui m’ont toujours bien servi: travail, travail, travail. Et une citation de Saint-Exupéry: «Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants.» Le mot le plus beau de la langue française? Liberté et certaines de ses déclinaisons, comme libéral! Votre personnage historique préféré? Dans le monde, Benjamin Disraeli (premier ministre de la Grande-Bretagne au 19e siècle); au Québec, Jean Lesage (premier ministre dans les années 1960). Votre principale qualité? La détermination. Votre plus vilain défaut? Les bons repas! Le plus grand défi pour le Québec? Créer plus de richesse pour faire face au vieillissement de la population dans un contexte de développement durable et de concurrence internationale. Un pays qui vous inspire en matière d’environnement? Nous-mêmes. Complétez la phrase: L’immigration, c’est… une richesse. L’éducation, c’est…la meilleure arme contre la pauvreté et le plus sûr chemin vers la prospérité. Dans 10 ans, le Québec sera… plus prospère, plus vert, plus solidaire et plus influent au Canada et dans le monde. Le conseil que vous donneriez à un jeune qui s’apprête à entrer sur le marché du travail? Ne crois surtout pas que tu en as fini avec l’école. Tu devras y retourner souvent pour mettre tes connaissances à jour. L’épitaphe que vous aimeriez voir inscrite sur votre pierre tombale? Il n’a jamais cru aux sondages. FRANÇOISE DAVID — QUÉBEC SOLIDAIRE Une seule phrase pour vanter le Québec à un étranger? Un «pays» où coule un fleuve majestueux et des rivières somptueuses, et où un peuple parlant français veut construire une société plus juste et plus écologique. Un proverbe qui guide votre vie? «L’utopie d’aujourd’hui est la réalité de demain.» (Victor Hugo) Le mot le plus beau de la langue française? Amour. Votre personnage historique préféré? Flora Tristan (écrivaine, militante et féministe du début du 19e siècle). Votre principale qualité? La capacité de rassembler les gens autour d’une cause, la patience et la persévérance nécessaires pour y arriver. Votre plus vilain défaut? Parfois impatiente. Le plus grand défi pour le Québec? Un développement écologique et un partage réel de la richesse ainsi créée. Un pays qui vous inspire en matière d’environnement? La Suède. Complétez la phrase: L’immigration, c’est… accueillir des milliers de nouveaux Québécois qui nous apportent leur compétence, leur richesse culturelle et leur désir de vivre en harmonie au sein de la société d’accueil. L’éducation, c’est… donner aux jeunes des outils pour devenir des citoyens informés et critiques, avides d’apprendre et de mieux comprendre le monde actuel afin de mieux le transformer. Dans 10 ans, le Québec sera… à l’avant-garde d’un développement écologique et d’une société fondée sur l’équité et la solidarité. Le conseil que vous donneriez à un jeune qui s’apprête à entrer sur le marché du travail? De garder chevillé au cœur le désir de réaliser ses rêves. L’épitaphe que vous aimeriez voir inscrite sur votre pierre tombale? «Elle a combattu pour du pain et des roses.» MARIO DUMONT — ACTION DÉMOCRATIQUE DU QUÉBEC Une seule phrase pour vanter le Québec à un étranger? Un peuple tenace et entreprenant. Un proverbe qui guide votre vie? Les chiens aboient, la caravane passe. Le mot le plus beau de la langue française? Action. Votre personnage historique préféré? Abraham Lincoln. Votre principale qualité? La persévérance. Votre plus vilain défaut? Têtu. Le plus grand défi pour le Québec? Bâtir une société plus riche, plus humaine et plus autonome. Un pays qui vous inspire en matière d’environnement? Les pays scandinaves. Complétez la phrase: L’immigration, c’est… de nouveaux visages et de nouveaux talents qui viennent enrichir notre société en s’y intégrant. L’éducation, c’est… outiller nos jeunes pour bâtir leur avenir individuel et notre avenir collectif. Dans 10 ans, le Québec sera… plus riche, plus humain et plus autonome! Le conseil que vous donneriez à un jeune qui s’apprête à entrer sur le marché du travail? Fais ta place, n’attends pas après les autres. L’épitaphe que vous aimeriez voir inscrite sur votre pierre tombale? Ci-gît grand-papa. SCOTT MCKAY — PARTI VERT DU QUÉBEC Une seule phrase pour vanter le Québec à un étranger? C’est un des endroits les plus le fun au monde! Un proverbe qui guide votre vie? Labor omnia vincit improbus (un travail acharné vient à bout de tout); pour cette élection, Audi alteram partem (écoute aussi l’autre partie). Le mot le plus beau de la langue française? Vie. Votre personnage historique préféré? Nelson Mandela. Votre principale qualité? Visionnaire pragmatique. Votre plus vilain défaut? Très exigeant. Le plus grand défi pour le Québec? Une véritable direction écologique. Un pays qui vous inspire en matière d’environnement? La Suède. Complétez la phrase L’immigration, c’est… des humains qui quittent un pays pour vivre avec nous. L’éducation, c’est… la clé pour s’assurer des relations heureuses et un épanouissement fructueux. Dans 10 ans, le Québec sera… un modèle écologique admiré dans le monde entier. Le conseil que vous donneriez à un jeune qui s’apprête à entrer sur le marché du travail? Donne toujours le meilleur de toi-même et fais ce qui est juste. L’épitaphe que vous aimeriez voir inscrite sur votre pierre tombale? Il n’a jamais baissé les bras.

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Petites questions pour un grand chef

«Dans les petits pots, les meilleurs onguents», dit-on. La valeur d’un chef politique ne se mesure pas seulement à la complexité des problèmes qu’il doit résoudre. Parlez-en à Jean Charest: modifier le profil d’une station de ski secondaire pour la rentabiliser, et en privatiser une petite partie tout en agrandissant le domaine public, cela peut devenir un drame national menaçant la survie du gouvernement! Mais soyons sérieux. Certains chefs évoqueront le déclin du Québec — ou sa force dans le Canada —, d’autres annonceront sa disparition si son déficit démographique n’est pas comblé, d’autres prédiront l’appauvrissement d’une société vieillissante et sans nouvelles ressources. C’est vrai que ce sont là de grands défis, mais ce n’est pas un seul chef de gouvernement ni un seul parti qui trouveront la solution. Il est probable que tous ces problèmes seront résolus avant qu’on atteigne le point de non-retour, mais cela se fera sur une période de 50 ans, et sous la gouverne de divers partis et chefs. Par contre, de petites questions se posent qu’il est du pouvoir d’un seul homme de régler le temps de le dire… Attaquons-nous donc d’abord à cela. Prenons la réforme démocratique, qui revient sur le tapis à chaque campagne électorale et que les chefs s’empressent d’oublier dès que leur parti est porté au pouvoir. Dans notre régime, le choix de la date des élections est le privilège du chef du gouvernement, mais d’aucuns considèrent que cela conduit à des abus. On a vu comment Jean Charest a joué avec les nerfs de ses adversaires, pour finalement les prendre par surprise au retour d’un voyage en Europe. Commençons donc par la date des élections, un domaine où le Québec ne ferait même pas figure de pionnier, puisque la Colombie-Britannique, Terre-Neuve, l’Ontario, et peut-être bientôt Ottawa l’auront devancé. Question simple, réponse par oui ou non: modifierez-vous la Loi électorale pour imposer la tenue d’élections à date fixe? Et quelle sera cette date? Une autre question, dont on reparlera certainement après le 26 mars, en constatant la disproportion entre le nombre de sièges à l’Assemblée nationale et le nombre de suffrages obtenus par chaque parti. Oui ou non, vous engagez-vous à proposer l’adoption d’un régime de scrutin proportionnel? Ne me dites pas qu’il faut étudier diverses formules, envoyer des députés voir ce qui se fait ailleurs… On a déjà fait tout ça! Je remarque que ce sont de jeunes étudiants — libéraux — qui ont libéré leur chef de sa promesse de maintenir le gel des droits de scolarité… Comme quoi les jeunes peuvent donner l’exemple à leurs aînés. Jean Charest tiendra-t-il jusqu’au bout de la campagne? Ou André Boisclair sera-t-il le dernier chef à se rallier à cette idée? Mais le plus important: promettez-vous d’affecter la totalité des revenus supplémentaires perçus en droits de scolarité aux universités et collèges, sans réduire d’un dollar les subventions déjà versées par l’État? Vous engagez-vous à ne pas profiter de la réduction de la taxe de vente fédérale sur les produits et services (TPS) pour augmenter d’autant la taxe de vente du Québec (TVQ)? L’historien Gérard Bouchard et le philosophe Charles Taylor se penchent actuellement, à la demande du gouvernement du Québec, sur la question des accommodements raisonnables. Vous engagez-vous à soumettre leurs recommandations à un vote libre des membres de l’Assemblée nationale et à mettre immédiatement en vigueur celles qui seront approuvées par une majorité des deux tiers des députés? Vous engagez-vous, à l’occasion du 400e anniversaire, en 2008, de l’établissement des francophones au Canada, qui fait d’eux le premier peuple fondateur du pays, à exiger l’application sans accommodements — raisonnables ou non! — de la Charte de la langue française? Allez-vous, pour souligner l’importance historique de l’événement aux yeux des visiteurs étrangers, décréter que, pendant tout 2008, Québec sera une ville exclusivement française? Et si besoin est, utiliserez-vous la «clause dérogatoire» de la Charte canadienne des droits et libertés pour interdire, cette année-là, tout affichage public dans une langue autre que le français sur le territoire de la capitale nationale du Québec? Pour les grandes questions, je fais confiance à l’imagination des chefs. Les baisses d’impôts, par exemple, pourquoi en feraient-ils une promesse électorale alors que, cela va de soi, ils s’empresseront de s’exécuter pour assurer leur réélection!

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Petit guide de l’électeur branché

Les partis politiques Mis à part les plates-formes électorales et les communiqués officiels, qu’ont à offrir les sites des partis? Le Parti québécois (http://campagne.pq.org/) Dans son nouveau site de campagne, le parti propose aux péquistes de devenir « militants Web ». Le PQ les incite à prendre la parole sur les forums et les blogues pour promouvoir la cause souverainiste. Il dresse aussi la liste des différentes tribunes (radio, presse écrite, télé) où les militants peuvent se faire entendre. Le parti possède un blogue de campagne, où l’on peut lire divers candidats et les commentaires des internautes. Ceux-ci peuvent aussi suivre les dernières actualités à la radio PQ. Le Parti libéral du Québec (www.plq.org/) Le parti a mis en ligne six blogues, qui ont pour thème les priorités libérales : santé, éducation, aide aux familles, création de richesse, développement durable et environnement ainsi que culture et identité. Un septième portera sur les dernières actualités de la campagne. Périodiquement, des ministres répondent aux commentaires des internautes par l’entremise de la vidéo. L’Action démocratique du Québec (http://www.adqaction.com/ ) «Devenez membre», «Devenez bénévole», «Contribuez», «Abonnez-vous [à la lettre adéquiste]»… L’ADQ, qui n’a pas les moyens de ses adversaires, sollicite plutôt les militants! Le parti vient tout juste de lancer un site de campagne où l’on peut visionner des vidéos. Québec solidaire (www.quebecsolidaire.net/) Le site du parti comporte ses 25 engagements, les actualités nationales et les événements locaux dans les diverses circonscriptions. Québec Solidaire compte sur ses militants pour alimenter le site. À suivre. Le Parti vert du Québec (http://www.pvq.qc.ca/) Le parti a mis en ligne les « blogues de campagne » du chef Scott McKay et de divers candidats. Des vidéos peuvent être visionnées sur le site. 100% vidéo YouTube.com Leader des sites de partage de vidéos en ligne, YouTube constitue une menace pour les politiciens. Mais aussi une arme! Lorsqu’on tape «Jean Charest» dans le moteur de recherche du site, on trouve plusieurs montages vidéo comiques et satiriques. L’un d’entre eux, intitulé « Le rap des libéraux », a toutefois été retiré à la demande du Directeur général des élections du Québec, qui le jugeait contraire à la loi électorale. Voici la réponse des « Alarmistes », les auteurs du clip, à cette décision : Tontuyau.com (http://www.tontuyau.com) Un site de partage de vidéos dont la devise est : «Si c’est pas Québécois, on le veut pas!» Moins garni que YouTube, il comporte notamment une vidéo qui attaque de bout en bout André Boisclair. Le montage, fait d’extraits de bulletins et d’émissions télévisés, traite amplement de l’affaire de la cocaïne et de son apparition dans la parodie de Brokeback Moutain des Justiciers masqués. Informatifs Le Directeur général des élections du Québec (http://www.electionsquebec.qc.ca/) On peut y trouver, entre autres, des statistiques sur les dernières élections. Polarité (http://www.polarite.umontreal.ca/apropos.html) Ce site, développé par le département de science politique de l’Université de Montréal, répertorie des bases de données, des revues, des thèses et plusieurs autres sites en ligne, qui portent sur la politique québécoise et canadienne. Wikipédia L’encyclopédie en ligne, rédigée par ses utilisateurs, possède une nouvelle section sur la politique québécoise : http://fr.wikipedia.org/wiki/Projet:Politique_qu%C3%A9b%C3%A9coise . À vos claviers! Une sélection de sites « indépendants » pour échanger et débattre. Échanges musclées entre militants adverses à prévoir. Vigile.Net (http://www.vigile.net/spip/) Ce site indépendantiste, qui effectue une revue de presse des médias québécois, traite des différents enjeux électoraux. Le blogue de David Chrétien, adéquiste (http://www.davidchretien.blogspot.com) L’étudiant à l’UQTR suit de jour en jour les dernières actualités de l’ADQ. Le blogue de Vincent Robidas, membre du PLQ (http://lebloguedevincent.blogspot.com/) Il répertorie les blogues conservateurs, libéraux et nationalistes. L’un de ses coups de cœur? Le blogue DemocraticSPACE, de Greg D. Morrow, un étudiant au doctorat en Californie, qui a développé une méthode de prévision de résultats électoraux. Sa prévision : le prochain gouvernement sera péquiste et minoritaire : http://www.democraticspace.com/blog/ . Le blogue de Jonathan Hamel, partagé entre l’ADQ et le PLQ (http://ideesjh.blogspot.com/) Cent papiers (http://www.centpapiers.com/) Média citoyen, ce wiki permet à ceux qui le veulent de publier une nouvelle, une information ou une idée. Le carnet électoral de QuébecPolitique.com (http://www.quebecpolitique.com/blog/) Un site où l’on diffuse les derniers événements et analyses de la campagne électorale. Québec-Politique.com. Ce site, qui permet à des citoyens de publier des chroniques sur des enjeux politiques et sociaux, offre un forum, notamment sur les élections provinciales 2007. Le forum des Loco Locass (http://www.locolocass.net/locoforum/) Le groupe de musique indépendantiste invite ses fans à débattre de divers sujets, dont l’actualité politique et sociale. Le forum de Politiquebec (http://www.politiquebec.com/forum/ ) Ce site non partisan permet aux internautes de débattre de la politique québécoise. Tous les partis y passent! Suggérez votre site! Proposez-nous votre site coup de coeur pour suivre la campagne électorale à l’aide du formulaire ci-dessous.

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Gros plan sur les chefs

Charest prise 2 Jean Charest a probablement raison sur le fond. Il est temps de revoir le fonctionnement de l’État québécois. Mais les Québécois, dissipés et rebelles, ne l’écoutent pas. Pourquoi? Un futé à l’école des «smattes» Il n’a jamais confirmé publiquement son désir de diriger un jour le Québec. Après sa maîtrise à Harvard, l’ancien «jeune ministre» péquiste André Boisclair s’installe même à Toronto! L’effet Dumont On me mesure pas encore bien les capacités de Mario Dumont et de son équipe de diriger le Québec. Mais une chose est sûre: il a su chasser la morosité politique… Rêveurs ou visionnaires? Au moment où les conservateurs récoltent 25% des voix au Québec, un parti de gauche y fait son apparition et recueille 20% d’appuis! Les «saumons» de la politique québécoise sont-ils vraiment à contre-courant?

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Rêveurs ou visionnaires?

Françoise David n’a rien d’une star. Et pourtant, dans le petit café montréalais où nous avons rendez-vous en ce matin de janvier, trois personnes viendront la saluer et l’encourager. Dont l’écrivain Robert Lalonde. «Bravo, continuez, lui dit-il. Beaucoup de gens du milieu artistique sont derrière vous.» «Je ne peux plus mettre les pieds quelque part sans que ça arrive», me confie-t-elle, à la fois ravie et touchée. «Je ne prends pas ça comme un compliment personnel, mais comme le signe qu’il se passe quelque chose pour la gauche au Québec. Reste à savoir si ça va se traduire par des votes.» Françoise David est co-porte-parole de Québec solidaire, ce parti de gauche qui vient de naître au Québec. Un parti issu de la fusion du mouvement Option citoyenne, qu’elle a fondé en 2004, et du parti de l’Union des forces progressistes (UFP). Présidente de la Fédération des femmes du Québec de 1994 à 2001, auteure de Bien commun recherché (Écosociété, 2004), devenu un best-seller, Françoise David a longuement hésité avant de se lancer dans l’arène politique. Elle espère aujourd’hui convaincre les Québécois que son parti représente une «solution de rechange au néolibéralisme». Selon un sondage CROP-L’actualité, un Québécois sur quatre penche à gauche, un sur six à droite, un sur quatre est au centre et un sur trois ne sait pas trop où se situer. «La conjoncture n’a jamais été aussi favorable à l’émergence d’un parti de gauche, croit Jean-Herman Guay, politologue à l’Université de Sherbrooke. Une part importante des électeurs québécois est mécontente du gouvernement et ne se retrouve dans aucun des partis existants.» Il faut souvent au moins deux ou trois élections pour qu’un nouveau parti fasse sentir sa présence de façon significative, observe toutefois le politologue. Ainsi, l’Action démocratique du Québec (ADQ), née en 1994, a mis du temps à s’imposer. «Construire un parti demande beaucoup d’enthousiasme et d’investissement en temps de la part des militants. Quant aux ressources financières, elles viennent généralement avec!» De l’enthousiasme, il n’en manque pas: à la veille de son congrès de fondation, début février, à Montréal, le parti comptait déjà 4 000 membres, en additionnant les 2 600 d’Option citoyenne et les 1 400 de l’UFP (elle-même née de la fusion, en 2002, du Rassemblement pour une alternative progressiste, du Parti communiste du Québec et du Parti de la démocratie socialiste, entre autres). C’est plus que l’ADQ de Mario Dumont. L’élection de Stephen Harper et la poussée des conservateurs au Québec, lors du scrutin fédéral de janvier dernier, changent-elles la donne? «À eux deux, le Nouveau Parti démocratique et le Parti vert du Canada ont récolté près de 12% des votes au Québec, répond Jean-Herman Guay. Si la gauche réussissait à obtenir ne serait-ce que la moitié de ces votes, ça pourrait faire mal au Parti québécois. Au prochain scrutin provincial, le PQ pourrait se faire gruger des votes à gauche comme le Bloc québécois vient de le vivre à droite.» Au-delà de l’apparent recul des idées progressistes, le vote du 23 janvier dernier démontre d’abord une volonté de changement, croit le Dr Amir Khadir, co-porte-parole de l’UFP et maintenant du nouveau parti. «Cela traduit aussi un ressentiment de la classe moyenne modeste vis-à-vis de l’élite sociale et économique. Il n’est pas exclu que la gauche puisse convaincre ces électeurs qu’une autre voie est possible.» Si elle rêve déjà d’avoir «une couple de députés» à l’Assemblée nationale, Françoise David n’en est pas moins consciente de l’«énorme travail» qui reste à accomplir. «Il va falloir quitter les discussions théoriques et se mouiller. On ne pourra pas juste dire: “On est contre!”» La formation politique ratisse large. Travailleurs communautaires, syndicalistes, étudiants, féministes, militants pour la justice sociale, l’environnement, la solidarité internationale, le droit au statut de réfugié, l’aide aux sans-abri… toutes les sensibilités de gauche du Québec s’y rejoignent. Autour d’un ennemi commun: la mondialisation néolibérale – dénoncée comme la source de tous les maux de notre époque. Avec Jean Charest, André Boisclair et George W. Bush, jetés allégrement dans le même panier. Sans oublier Stephen Harper! Le nouveau premier ministre du Canada n’était pas encore élu, mais les oreilles ont dû lui tinter le 18 janvier dernier, lors de la soirée organisée par le Centre justice et foi, à Montréal. Malgré le verglas, une centaine de personnes se sont pressées au Centre Saint-Pierre pour entendre Françoise David, Amir Khadir et Jean-Marc Piotte, professeur de sciences politiques à l’UQAM, discuter des méfaits du néolibéralisme et des dangers du «virage à droite» à la sauce Harper. Barbes et cheveux longs, lunettes d’intello, grosses tuques de laine, t-shirts et chandails informes, foulards grano… Ce soir-là, on se serait presque cru à une assemblée de cégépiens des années 1970. Sauf que bien des barbes et des chevelures étaient grises ou même blanches. Jeunes et vieux carburent aux mêmes espoirs de changer le monde. «Des citoyens engagés qui croient qu’un autre Québec est possible, résume Françoise David. Tout en sachant qu’on ne nous fera pas de cadeaux: nous allons devoir faire des saumons et des «saumones» de nous pour remonter à contre-courant la rivière du néolibéralisme – qui coule dru et vite.» Il est temps que la gauche se mobilise et réactualise son discours, dit le sociologue Pierre Mouterde, auteur de Repenser l’action politique de gauche (Écosociété, 2005). «En ces temps où règnent le libéralisme et l’intégrisme, elle se doit de rétablir un rapport de force sur la scène sociale et politique.» Ce n’est pas la première fois qu’on essaie de créer un parti de gauche au Québec, rappelle Jacques Pelletier, professeur à l’UQAM et auteur de La gauche a-t-elle un avenir? (Nota bene, 2000). Le nouveau parti devra éviter les écueils auxquels s’est heurtée la gauche québécoise jusqu’à maintenant, à commencer par les «querelles d’écoles» et le dogmatisme. «La plupart des membres d’Option citoyenne et de l’UFP semblent convaincus qu’il faut faire des compromis», observe-t-il. Ces militants assurent aussi vouloir faire table rase des erreurs du passé. «Nous mettons en place une nouvelle gauche, explique Amir Khadir. Une gauche démocratique, qui offre une représentation égale aux femmes, intègre la pluralité des opinions, a une conscience aiguë de l’environnement, n’entretient pas de délire de grandeur et ne promet pas le bonheur garanti à l’humanité!» Résolue à faire de la politique différemment, la formation n’aura pas de chef, mais une «direction collégiale» et deux porte-parole: un homme et une femme. S’il se veut écologiste, le parti n’a toutefois pas réussi à rallier le Parti vert du Québec. «À l’heure où la planète est menacée, le clivage droite-gauche nous paraît dépassé, explique Claude Sabourin, son président. Et nous ne sommes pas souverainistes.» Les syndicats aussi sont réservés. «Ce parti est un peu trop à gauche et ses idées sont utopiques», dit Henri Massé, président de la FTQ, la plus grande centrale syndicale du Québec. «Parmi nos membres, il y a bien sûr des insatisfaits des vieux partis, mais ils attendent des choses plus pragmatiques.» Cette «nouvelle gauche», qui s’inspirera probablement à la fois des pays scandinaves et des expériences tentées dans différents pays d’Amérique latine, ne fera pas de copier-coller, dit Françoise David. «On a encore beaucoup à imaginer en vue de créer un nouveau modèle de société.» Le groupe se donne un an pour élaborer son programme. Il y a un chemin à trouver entre l’extrême gauche et la social-démocratie, croit Jacques Pelletier. «C’est dans cette recherche que sont engagés ces militants. S’ils réussissent, ils créeront quelque chose de tout à fait nouveau.» La gauche d’aujourd’hui ne se compare plus à celle des années 1970, ajoute Gordon Lefebvre, conseiller politique de l’UFP. «Elle se caractérise par une sensibilité altermondialiste, éveillée par les manifestations autour de la réunion de l’OMC à Seattle, en 1999, et du Sommet des Amériques de Québec, en 2001.» Barbichette et casquette à la Lénine, Éric Martin, 23 ans, militant de l’UFP, se présente comme un «enfant du Sommet des Amériques». Cette rencontre fut, dit-il, l’occasion de voir le vrai visage de la mondialisation, «de comprendre que les décisions se prenaient en secret, alors que le reste de la population était confiné derrière des clôtures». Étudiant à la maîtrise en sciences politiques à l’UQAM, Éric Martin s’est fait connaître comme porte-parole de la Coalition de l’association pour une solidarité syndicale étudiante élargie (CASSÉÉ) lors de la grève étudiante du printemps 2005. Il est aussi l’un des coauteurs du Manifeste pour un Québec solidaire, rendu public fin octobre dernier par des personnalités de différents courants de la gauche – comme Françoise David, Amir Khadir, le chanteur Luck Mervil ou Steven Guilbault, de Greenpeace. Une réplique au Manifeste pour un Québec lucide, signé notamment par l’ex-premier ministre Lucien Bouchard. «Notre société n’a jamais produit autant de richesses, dit Éric Martin. Il est indécent qu’on demande aux petits salariés de se serrer la ceinture alors que la grande industrie et ses capitaines touchent des salaires et des profits astronomiques.» Selon lui, la dimension politique de l’économie est complètement évacuée par les «lucides». «On nous invite à nous soumettre à des fatalités sur lesquelles nous n’aurions soi-disant pas de pouvoir, comme le choc démographique ou le remboursement de la dette. Or, l’avenir n’est pas figé et c’est collectivement que nous arriverons à le définir.» Il est vrai que l’on demande aux gens de se serrer la ceinture, avec des hausses de tarifs et des prélèvements plus importants, «mais toujours avec le souci de protéger les moins nantis et les jeunes de demain», rétorque Pierre Fortin, professeur à l’UQAM et l’un des signataires du manifeste des «lucides». L’économiste relève «15 erreurs manifestes» dans le Manifeste pour un Québec solidaire. Le taux de pauvreté n’a jamais été aussi bas au Québec, dit-il, s’appuyant sur les plus récentes données de Statistique Canada. Il rectifie aussi le credo selon lequel le problème n’est pas de créer de la richesse, mais de la répartir. «Créer et répartir de la richesse sont des tâches simultanées et indissociables.» Les chiffres avancés par les «solidaires» à ce propos sont, dit-il, «inexacts». «Les solidaires déclarent que la hausse du revenu intérieur par habitant, au Québec, a été de 132% de 1982 à 2000. Or, les trois quarts ont été mangés par l’inflation! La vraie hausse de la richesse correspond à la progression du pouvoir d’achat réel, qui n’a été que de 33% en 18 ans – 1,5% par an en moyenne. C’est très lent merci.» Cristallisées depuis l’automne par les divergences entre «lucides» et «solidaires», les notions de droite et de gauche commencent à émerger dans le discours politique québécois. La question nationale brouille cependant toujours les cartes. «Le nouveau parti ne fait pas l’unité de la gauche, seulement de la gauche souverainiste», déplore le politologue François Grégoire, candidat du Nouveau Parti démocratique (NPD) dans Laurier-Sainte-Marie aux dernières élections fédérales. «La plus grande partie du projet de société de Françoise David est tout à fait réalisable dans le cadre du fédéralisme. En étant souverainiste, son parti se met à la remorque du Parti québécois. Il ne s’en démarque pas assez pour pouvoir percer.» Pierre Dubuc, lui, croit qu’il est possible de «gauchiser» le PQ de l’intérieur. Directeur de L’Aut’Journal, mensuel de gauche qu’il a fondé voilà 21 ans, il a été candidat à la direction de ce parti cet automne (1,1% des voix). Il a eu l’idée, en 2004, de créer au sein du PQ un «club politique» de gauche, qui compte 500 membres – Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre), présidé par Marc Laviolette, ancien président de la CSN. «En raison de notre mode de scrutin uninominal à un tour, les tiers partis sont marginalisés ou divisent le vote, dit Pierre Dubuc. Tout ce que risque d’accomplir le nouveau parti de gauche, c’est de faire battre les souverainistes et de reporter Charest au pouvoir!» Un argument que les militants de l’UFP et d’Option citoyenne entendent régulièrement. «Lors de l’élection partielle dans Outremont, en décembre dernier, beaucoup de gens nous disaient que leur coeur était avec nous, mais qu’ils voteraient pour le PQ, afin de ne pas favoriser le candidat libéral», dit Amir Khadir. (Le candidat de l’UFP, Omar Aktouf, a récolté 7,2% des voix.) Cela ne remet toutefois pas en question leur volonté de faire bande à part. Aux yeux de nombre d’entre eux, le PQ est «irrécupérable», surtout depuis l’arrivée à sa tête d’André Boisclair, perçu comme un chantre des valeurs de droite. N’a-t-il pas annoncé que, s’il devient premier ministre, il ne reviendra pas sur la loi spéciale adoptée à la mi-décembre par le gouvernement Charest, qui fixe les conditions de travail dans le secteur public jusqu’en 2010? Dans le cas d’un référendum sur la souveraineté, le nouveau parti appellerait néanmoins la population à voter oui. «Pas pour que le Québec devienne membre d’un G9! dit Amir Khadir. Mais pour lui permettre d’être un rempart contre la toute-puissance du marché et des multinationales.» Ce qui, selon lui, séduit même des anglophones et des immigrants pas du tout souverainistes. Reste que la souveraineté n’est pas une fin en soi pour le parti, mais un tremplin pour réaliser une société plus juste. La réforme du système électoral est l’un des chevaux de bataille du parti. «Notre objectif est de convaincre les gens de voter selon leurs convictions, sans se laisser culpabiliser par ceux qui les accusent de diviser le vote, dit Amir Khadir. Nous sommes persuadés qu’il est possible de percer, même si nous n’obtenons pas un scrutin à la proportionnelle: sinon, le Parti québécois n’aurait jamais pu exister!» Pour l’historien Éric Bédard, professeur à la Télé-université de l’UQAM, la naissance de ce parti de gauche n’est cependant en rien comparable à celle du PQ. «Dès son premier test électoral, en 1970, le PQ a récolté 23% des voix, rappelle-t-il. Il proposait une redéfinition importante du nationalisme – plutôt à gauche, dans le prolongement de la Révolution tranquille. Et surtout, il avait à sa tête René Lévesque, homme très crédible et populaire, qui avait déjà été ministre et avait l’expérience du pouvoir. Il n’y a aucun personnage d’un tel calibre dans la gauche actuelle.» Les idées politiques doivent être incarnées par un visage, une voix, ajoute le politologue Jean-Herman Guay. «C’est seulement ainsi qu’un message peut passer.» Selon lui, le nouveau parti commet une erreur en présentant deux porte-parole plutôt qu’un leader unique, connu et apprécié du public. À ses yeux, Françoise David, qui jouit d’une certaine notoriété, a plusieurs qualités d’un chef, tout en passant plutôt bien dans les médias. Cela suffirait-il à séduire ceux – les jeunes surtout – qui ne croient plus en la politique? «On a l’intuition, dit Françoise David, que bon nombre d’entre eux iraient voter si on leur proposait un choix emballant.» C’est le cas d’Alexandre Warnet, Montréalais de 22 ans qui n’était guère intéressé par la politique avant de découvrir Françoise David à la télé, en 2004. «Je me suis dit: «Wow! Enfin des idées rafraîchissantes.» Et j’ai acheté son livre Bien commun recherché dès le lendemain.» Depuis, il a converti ses parents, devenus membres d’Option citoyenne et du nouveau parti. Et cet étudiant en communication, politique et société à l’UQAM a maintenant l’ambition de faire de la politique…

Politique

L’effet Dumont

Nous sommes huit à table. Quatre couples de la banlieue sud de Montréal qui se réunissent parfois le samedi soir autour d’une bouteille de vin et d’un bon repas. Jusqu’à juin dernier, nous parlions d’enfants, de cinéma, de lecture, d’éducation, de voyage, de cuisine, de l’après-11 septembre ou de sport. Bref, nous causions de tout sauf de politique québécoise. C’était comme ça depuis le référendum de 1995: la question était obsolète. Cette année, tout a changé. Depuis la montée en flèche dans les sondages de l’Action démocratique du Québec (ADQ), les derniers repas sont marqués par de franches et vives discussions au sujet des bons d’éducation, du régime d’impôt unique, de la sécurité d’emploi des fonctionnaires, de l’apport du privé dans la santé ou de la personne même du chef Mario Dumont. Nous connaissions ce jeune homme depuis 10 ans, mais ce n’est que tout récemment qu’il est vraiment entré dans nos vies et a commencé à animer nos conversations. L’effet Dumont, c’est avant tout le regain d’intérêt pour la politique québécoise. Un adulte sur trois (34%) affirme que le succès récent de l’ADQ dans les sondages et aux élections partielles a ranimé son intérêt pour la politique du Québec, selon le sondage CROP réalisé pour L’actualité du 19 au 24 novembre 2002. Comme aux beaux jours de l’ascension du Parti québécois, dans les années 1970, partout, dans les familles, les bureaux, on s’est remis à parler de programmes politiques, du «modèle québécois», d’élections, de sondages. «C’est indéniable. Dumont, cette année, a ravivé la passion des gens pour la chose politique. On m’en parle partout où je vais», dit Pierre Bourque. L’ex-maire de Montréal fera savoir en janvier s’il monte à son tour dans le train adéquiste. On l’imagine déjà ministre des Affaires municipales dans un premier gouvernement Dumont et il ne fait rien pour mettre fin aux rumeurs… Le vice-président de la maison de sondage CROP, Claude Gauthier, qui suit les humeurs politiques des Québécois depuis une trentaine d’années, a été frappé par la montée spectaculaire de l’ADQ. «Il y a eu une sorte de cassure entre le gouvernement du Parti québécois et les citoyens. Cette fracture, qui explique en partie les bouleversements dans les intentions de vote des Québécois, remonte aux fusions municipales «forcées» de 2001», soutient-il. Au Parti libéral du Québec (PLQ), l’ampleur de la déroute n’a d’égale que la poussée de l’ADQ. En novembre 2001, le PLQ recueillait 41% des intentions de vote et voguait paisiblement vers une victoire facile. Un an plus tard, les troupes de Jean Charest se retrouvent loin derrière celles de Dumont. Même si celui-ci a perdu quelques points dans les sondages depuis les sommets de juin dernier, l’ADQ continue d’être le parti le plus populaire au Québec, particulièrement chez les francophones et en région, selon la plus récente enquête de CROP. Après répartition des «discrets» et des indécis, elle obtient 39% des intentions de vote, contre 34% pour le PLQ et 28% pour le PQ. «Les électeurs nous disent qu’ils veulent du changement, sans plus de précision. C’est un peu court comme explication, mais c’est vraiment ce qu’ils nous disent!» souligne Claude Gauthier. Mario Dumont constate, lui, que les Québécois sont entrés collectivement dans une nouvelle ère. Qu’ils sont “rendus ailleurs”. Et, dit-il, ses idées se sont naturellement arrimées aux leurs. «Un sondage nous apprenait cet automne que 63% des Québécois de 45 ans et moins refusaient d’être étiquetés comme fédéralistes ou souverainistes. L’ADQ, c’est l’expression populaire de “passer à autre chose” », résume-t-il. Il y a près de 10 ans que le plus jeune des chefs de parti du Québec répète le même credo, défend les mêmes idées, avec le même sens de la formule. Pourquoi, soudainement, son message a-t-il passé? Le jeune leader politique s’en étonne encore et a peine à retenir un fou rire: «En février dernier, quand je répondais que je n’étais ni fédéraliste ni souverainiste, les journalistes me pressaient de questions et me forçaient à “patiner”. Quatre mois plus tard, on me disait que j’avais bien raison, que le temps des déchirements entre fédéralistes et souverainistes était révolu. Allez y comprendre quelque chose! C’est ça, la politique.» Cet automne, le système informatique de l’ADQ a flanché: enregistrant habituellement de 7 000 à 8 000 nouveaux membres par année, il a connu des ratés quand, en moins de trois mois, 30 000 Québécois ont voulu une carte de membre du parti! Pour écrire la petite histoire de cette spectaculaire ascension, il faut remonter à décembre 2001, raconte Mario Dumont. «Il y a un an, dans une réunion de planification, on a écrit sur le tableau la première des priorités pour 2002: “Remporter les élections complémentaires dans Saguenay”. On savait qu’une autre victoire pouvait nous mener loin.» Jusque-là, poursuit le chef, les gens sympathisaient avec les idées du parti, mais considéraient qu’un vote pour l’ADQ était un vote perdu. «Rafler Saguenay pouvait nous faire grimper de 18% à 25% dans les sondages. Personne n’avait toutefois prévu qu’on dépasserait les 40% d’intentions de vote», se souvient le chef. La suite relève du conte de fées politique. Le 15 avril 2002, François Corriveau remportait la victoire dans Saguenay, jusqu’alors bastion péquiste: le vent adéquiste a soufflé la majorité de 10 000 voix du Parti québécois. Le 17 juin, l’ADQ savourait les victoires éclatantes de Marie Grégoire (Berthier), Sylvie Lespérance (Joliette) et François Gaudreau (Vimont). À partir de ce jour, fait remarquer le sondeur Grégoire Golin, président de Créatec, «l’ADQ est devenue assurément plus que le parking des dissidents des deux partis traditionnels». Depuis, l’un après l’autre, les sondages font de Mario Dumont le prochain premier ministre du Québec. C’est aussi ce que prévoit le sociologue Maurice Pinard, retraité de l’Université McGill. Selon lui, on observe une «tendance lourde» en faveur de l’ADQ. Tout au long de cette année bénie, Mario Dumont est demeuré le même, bien qu’il ait souffert, en septembre, de boulimie médiatique. Il était partout: au Grand blond… et à Deux filles le matin, à la télé, à Indicatif présent, à la radio… Sa «limousine» est demeurée une Jetta bleue. Ses allures juvéniles font toujours que, dans la rue, les gens le tutoient et lui donnent du «Mario» comme on donnait du «Ti-Poil» à René Lévesque à une autre époque. Ce qui a changé, entre autres, c’est que les milieux d’affaires se sont soudainement intéressés à lui et à son parti. De grands noms, dont l’économiste Léon Courville et Marcel Dutil (de Canam Manac), l’appuient officiellement. Conférencier à la Chambre de commerce de Montréal à la fin de novembre, Mario Dumont a attiré une foule record, plus de 750 convives, le jour même de la démission de son proche conseiller Marc Snyder, forcé de quitter l’ADQ à la suite de révélations sur son passé. Jean Charest, à sa dernière présence à la même tribune, avait recueilli des applaudissements plus nourris mais n’avait pas rassemblé tant de monde. Dumont attire, fascine, séduit. Il irrite et inquiète aussi… Des artistes se sont d’ailleurs mobilisés. Longtemps victimes de «campagnes de peur», les souverainistes utilisent à leur tour cet argument. Gilles Vigneault, moins présent dans le débat politique depuis la défaite référendaire de 1995, a repris du service. «Pour moi, Mario Dumont, c’est la montée de Caouette au temps du Crédit social, une éruption cutanée qui peut avoir des suites très mauvaises», dit le poète. Les syndicats aussi s’unissent contre l’ADQ, «une menace pour nos acquis sociaux des 40 dernières années», clame haut et fort le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Henri Massé. Depuis octobre dernier, les syndicats préparent une vaste offensive contre l’Action démocratique. «Le discours populiste de Dumont attire certains syndiqués, dit Massé. Il faut prendre le temps de leur faire connaître le programme de l’ADQ. Ils comprennent alors très rapidement qu’ils seraient perdants.» Le conseil confédéral de la CSN, ces jours-ci, est largement consacré au sujet. «Jamais un parti ne s’est attaqué aussi directement aux acquis syndicaux», dit la présidente, Claudette Carbonneau. Essentiellement, a expliqué la députée Marie Grégoire, l’ADQ prône «davantage de flexibilité dans les conventions collectives pour faciliter une plus grande mobilité de la main-d’oeuvre et une révision du principe de la sécurité d’emploi à vie». De toute évidence, les syndicats auront fort à faire: l’enquête CROP-L’actualité montre que, aux yeux de 62% des Québécois – y compris une majorité de péquistes! -, l’ADQ «ne représente pas un grave danger pour la société québécoise». Les caricaturistes, eux, se délectent, comme aux belles années des Trudeau et Lévesque. «C’était au point mort du côté des politiciens. Et ce p’tit pit-là est arrivé… J’ai presque envie de remettre 10% de mon salaire à Mario Dumont», dit avec une pointe d’ironie le caricaturiste de La Presse, Serge Chapleau. Il y a plus de 15 ans que des humoristes remplissent les salles en parlant de couple, de cul ou de la vie quotidienne; de tout, bref, sauf de politique. Voilà maintenant que l’humour politique et engagé reprend ses lettres de noblesse. Les Zapartistes – les comédiens Denis Trudel, François Parenteau, Christian Vanasse, Frédéric Savard et Geneviève Rochette – se moquent allégrement de Jean Chrétien, de Bernard Landry, de Mario Dumont et ses chemises «Ralph Klein» ainsi que des médias. Début novembre, un des membres du collectif, François Parenteau, chroniqueur à la radio de Radio-Canada, s’est payé la tête – sur l’air du «Bon gars», de Richard Desjardins – de Mario Dumont, qui allait être «personnalité de l’année» de L’actualité. Tiens, tiens…! Pierre-Paul Gagné, responsable de la «Boîte aux lettres» et des pages «Forum» du quotidien La Presse, est une sorte de sismographe qui, grâce au volume de courrier reçu, enregistre chaque soubresaut de l’opinion publique. À partir de juin, dit-il, c’est-à-dire après les trois victoires adéquistes aux élections complémentaires, le journal a recommencé à être inondé de lettres à caractère politique. «En deux mois, cet automne, on en a publié 400, souligne Gagné. Ça ne s’était pas vu depuis le référendum de 1995.» Au cours des années qui ont suivi, les lecteurs n’étaient que quelques-uns par semaine à écrire sur ce sujet. Le sondeur Claude Gauthier a parfois l’impression de retrouver l’effervescence d’il y a 30 ans. «La montée de l’ADQ se compare en un sens à celle du PQ au milieu des années 1970», dit-il. Elle est tout aussi fulgurante. «Quand mes premiers sondages se sont mis à donner l’ADQ gagnante, en juin, je me suis senti comme en octobre 1975. À l’époque, j’étais dans une pièce avec Marc Laurendeau, alors éditorialiste au Montréal-Matin, et le jeune reporter Benoît Aubin, et je revérifiais mes chiffres: le PQ était en avance dans les intentions de vote. Je me demandais, en mon for intérieur, si je ne m’étais pas gouré dans mes calculs. J’ai fait la même chose quand mes sondages donnaient la victoire à l’ADQ, cet automne. La tendance s’est confirmée de sondage en sondage.» Pourquoi le discours de Dumont a-t-il tant de prise sur les Québécois cette année? «C’est comme si le Québec avait été “enceint” de l’ADQ depuis des années et qu’il avait enfin accouché, dit Jean-Herman Guay, politologue à l’Université de Sherbrooke. Les vrais débats sur les choix de société ont été longtemps occultés par le combat entre fédéralistes et souverainistes. C’est comme si les Québécois avaient dit: “Assez! Parlons des vraies affaires.”» Pour le politologue, 2002 a été une année charnière, aussi importante, dans l’histoire du Québec, que le fut 1960. «Dans la vie des sociétés, explique-t-il, il y a des cycles au cours desquels l’intérêt collectif prime; les années 1960 et 1970, par exemple. Il y en a d’autres où c’est l’intérêt individuel qui prime: les années 1980 et 1990, avec la consommation à outrance, le chacun pour soi, le bodybuilding, l’obsession de la santé. Nous revenons à un cycle collectif.» Dans la foulée de la mondialisation, des jeunes recommencent à croire à l’action politique, estime par ailleurs Jean-Herman Guay: «La science politique, que je pensais menacée, connaît un regain. Je ne crains plus pour ma profession!» Si les Québécois se sont tournés à ce point vers Mario Dumont, affirment de nombreuses voix, c’est en raison des scandales qui ont éclaboussé les gouvernements, à Québec comme à Ottawa. Françoise David, ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec, partage cette vision des choses. Selon elle, les scandales à Ottawa – notamment au sujet des contrats attribués à Groupaction – ont fait mal à l’ensemble des libéraux. Et à Québec, les révélations à propos du réseau de lobbyisme d’Oxygène 9, qui ont mené à la démission du ministre Gilles Baril et du directeur général du Parti québécois, Raymond Bréard, ont nui au Parti québécois. «Cela a fait dire à certains que l’image de pur du PQ ne tenait plus, comme si l’héritage de René Lévesque avait été dilapidé, dit Françoise David. Je reste pourtant convaincue que ce gouvernement n’est pas corrompu. Vous ajoutez les compressions majeures dans le secteur de la santé et toutes les conséquences de la politique de déficit zéro, et ça vous mène à l’ADQ. La classe moyenne supérieure se demande si elle en a vraiment pour ses impôts.» La militante voit toutefois un aspect positif au phénomène Dumont. «Les Québécois se demanderont désormais dans quel type de société ils veulent vivre. Quelles sont les valeurs que nous voulons défendre? On connaîtra enfin le même débat gauche-droite que dans toutes les sociétés.» Mario Dumont affirme qu’il était prêt à faire face à une croissance si rapide. Il est clair pourtant que les adéquistes sont dépassés par leur succès. «Ça sent l’amateurisme à plein nez. Leurs responsables du dossier de l’éducation nous ont réunis récemment, moi et quelques collègues, raconte un directeur d’école de Montréal, qui désire garder l’anonymat. C’était patent: ils ne connaissaient rien de notre milieu et des principaux enjeux. Ils avaient peine à expliquer leurs bons d’éducation.» Certains Québécois ont sauté dans le train de l’ADQ mais en sont redescendus assez rapidement. C’est le cas d’Alexis Cossette-Trudel, ex-président du Comité national des jeunes du Parti québécois. «Je trouvais le PQ sclérosé et je me suis tourné vers Mario Dumont. Mais «l’aplaventrisme» fédéraliste de Dumont devant les Canadiens anglais de Toronto m’a fait comprendre sa vraie nature. Il est le seul à se contenter du statu quo. D’autres anciens péquistes qui ont été tentés, comme moi, par l’ADQ finiront par la quitter.» Cossette-Trudel n’est pas redevenu péquiste pour autant. La situation politique actuelle pourrait par ailleurs stimuler la gauche. L’Union des forces progressistes (UFP), née de la fusion de trois petits partis de gauche, est pour l’instant engagée dans une bataille sur la question du mode de scrutin. «La montée de la droite et de Dumont résulte principalement de notre système: les deux grands partis alternent, font chacun deux mandats, et ainsi de suite, dit Pierre Dostie, président de l’UFP. On comprend la volonté de changement de la population. Le bipartisme ne mène à rien et tout autre vote est perdu.» Il rêve d’un Parlement où la gauche et les Verts seraient représentés. La proportionnelle n’est toutefois pas pour les prochaines élections générales. Entre-temps, la ferveur pour l’ADQ se confirme. Le récent sondage CROP-L’actualité a été réalisé en partie après l’affaire Snyder et aucune baisse sensible dans les intentions de vote n’a été enregistrée. «C’est comme à l’époque de la montée du PQ. C’est un mouvement profond», conclut Claude Gauthier. Voilà pourquoi il ne doute plus de ses chiffres…

Politique

Charest prise 2

Le génie des alpages est une bande dessinée européenne qui raconte les mésaventures de Romuald, le bélier d’un troupeau ingérable. Romuald croit qu’il est le chef, le leader, le patron, mais les brebis se sont unilatéralement proclamées troupeau autogéré et l’envoient promener. Imbu de ses responsabilités, Romuald enjoint aux bêtes de son troupeau de se comporter en moutons, de rester groupées, de penser au bien commun et de le suivre. Mais les brebis, individualistes, égoïstes et têtes de cochon, en font à leur guise, dans le plus grand désordre, au désespoir de leur chef, qui en mange ses bas de frustration. C’est le Québec de Jean Charest. Le premier ministre a appris, à la dure, pendant sa première année au pouvoir, ce que René Lévesque, Robert Bourassa ou Lucien Bouchard ont découvert avant lui: les Québécois ne suivent leur chef que si celui-ci les mène là où ils veulent aller – et à leur rythme. Alors, pour ce qui est de la révision radicale de la Révolution tranquille et de la «réingénierie» totale de l’État québécois, annoncées sur toutes les tribunes il y a moins d’un an, il semble maintenant qu’on devra patienter… Poussez-le un peu, et le Québécois moyen – même péquiste ou syndiqué des Travaux publics – admettra que Jean Charest a probablement raison sur le fond et qu’il est temps de revoir le fonctionnement de l’État, de repenser le modèle québécois, que la Révolution tranquille a fait son temps et qu’il faut réviser nos attentes et nos façons de faire. Les Québécois se sont déjà «mondialisés» dans leur économie, leur culture, leur vie de quartier. Seul leur style de gouvernement semble avoir échappé à cette modernisation. Mais quand Jean Charest, fort de son «mandat de changement», a voulu s’attaquer à la «réingénierie» de l’État québécois, le troupeau autogéré s’est braqué et s’est mis à ruer dans toutes les directions. Jean Charest s’y est mal pris avec son troupeau, faut croire. Un an après son élection, le premier ministre a, de façon très publique, pris la mesure d’une des grandes différences entre la politique fédérale, où il a appris le métier, et la scène québécoise, où il l’exerce maintenant. «La balle rebondit beaucoup plus vite au provincial, dit-il. Nous sommes au niveau du terrain, beaucoup plus près des gens, et c’est vers nous qu’ils se tournent. Le fédéral ne finance que 16% des soins de santé, et c’est la source du problème, mais c’est au provincial que les contribuables protestent contre les listes d’attente.» Rompant avec la tradition, Jean Charest a quitté le building d’Hydro-Québec, repaire habituel de ses prédécesseurs, pour installer son bureau montréalais au quatrième étage d’une tour de la rue Sherbrooke, face à l’Université McGill. C’est dans ce bureau élégant, mais modeste, qu’il m’accordait une entrevue sollicitée… plus de six mois auparavant. Une autre chose qu’il comprend mieux, Jean Charest, après sa difficile première année au pouvoir: la politique québécoise est pleine de pièges qu’on ne trouve pas ailleurs. Elle baigne dans un contexte identitaire et nationaliste où, dit-il, les symboles sont plus importants et touchent les gens de façon plus personnelle. «Parfois, les réactions sont davantage liées aux personnalités qu’aux idées; on peut se draper dans le drapeau et refuser le débat parce qu’on ne veut pas adhérer à la démarche», dit-il de la stratégie des syndicats qui l’accusaient, cet hiver, de saboter le Québec et sa culture. «J’ai dû apprendre.» Jean Charest a consacré six ans de sa vie à faire la difficile transition entre le fédéral et le provincial, puis fut élu avec le slogan «Nous sommes prêts». Mais il n’était pas prêt, et son Cabinet non plus, reconnaît-il aujourd’hui. «Il n’existe pas de cours préparatoire où faire l’apprentissage de ce qui nous attend au gouvernement.» Et les Québécois, semble-t-il, n’étaient pas prêts non plus à le laisser bousiller les «acquis» de la Révolution tranquille. «C’est gros, oui, c’est gros ce que je propose et ça fait peur. On a pris des habitudes, c’est un confort qui s’est installé pour certains et qui soudainement est remis en question. Jean Charest comprend peut-être mieux les enjeux culturels des changements qu’il propose, mais le mal est fait. Les électeurs se comportent avec lui comme les gérants d’estrade au hockey quand les Canadiens de Montréal jouent mal. Les bras croisés, ils ronchonnent contre le gouvernement et prennent un malin plaisir à le voir s’enliser davantage, réalisant ainsi leurs pires prédictions. En d’autres termes, Jean Charest a complètement raté son entrée. Ses adversaires prévisibles, les syndicats du secteur public, la mouvance socioculturelle péquiste, se sont mués en ennemis farouches, hargneux, parfois violents. Ses partisans conditionnels, la banlieue, la jeune classe moyenne, sont devenus sceptiques. Les électeurs se sont rangés, à 70%, dans le camp des insatisfaits. Les attaques sont devenues personnelles. Un site Web appelé «Destituons Patapouf» fait circuler une pétition réclamant son départ; des manifestantes de la Journée internationale des femmes vilipendaient «le petit gros frisé» le 8 mars dernier. «Il a une côte à remonter», dit un de ses conseillers. L’entourage de Jean Charest a tiré la sonnette d’alarme en janvier, après qu’un sondage de Léger Marketing – coiffé d’une manchette assassine à la une du Devoir: «Charest détourne son mandat» – eut montré que plus de 60% des gens étaient mécontents du gouvernement, chiffre qui a continué de grimper depuis. Jean Charest, qui était jusque-là de toutes les tribunes, de tous les débats et à tous les téléjournaux, s’est subitement fait très discret. «Ils l’ont entré au garage pour une mise au point complète», dit un observateur chevronné du gouvernement à Québec. Le diagnostic des experts libéraux: problème de communication. Un euphémisme, très certainement. Le gouvernement a décidé de tout reprendre depuis le début: scène 1, prise 2. C’est un Jean Charest «réingénierié», si on peut dire, qui s’est remis en piste à la mi-mars, pour convoquer tout le monde à des forums régionaux et préparer l’opinion au budget du 30 mars. Voyez comme il a adouci le ton, s’efforce de sourire, ne montre plus personne du doigt, ne veut plus faire peur au monde. Avant le dépôt du budget, le premier ministre annonçait plutôt un nouveau plan de lutte contre la pauvreté, une nouvelle politique familiale. Il parlait de consulter la population, sur la base d’un nouveau programme – «Briller parmi les meilleurs», slogan un peu flagorneur flairant la rhétorique péquiste. Surtout, Jean Charest a changé de vocabulaire. Plus question de renier le modèle québécois, de défaire ou refaire la Révolution tranquille, de «réingénierier» le gouvernement. On laisse maintenant les vaches sacrées tranquilles. Sa description de la problématique québécoise s’est remarquablement simplifiée: la population vieillit, les coûts des services montent plus vite que les revenus de l’État et on ne peut augmenter les taxes. Alors que faire? Le premier ministre a raté son entrée, mais la conjoncture lui est quand même favorable. Le Parti québécois est en débandade, l’ADQ, de Mario Dumont, n’a pas vraiment repris pied après l’élection, le gouvernement fédéral est embourbé dans ses propres scandales et ne veut surtout pas de chicane avec le Québec. Et Jean Charest a au moins trois ans devant lui avant la prochaine élection. Il a «de la glace». «Je n’accepte pas la prémisse selon laquelle je n’ai pas le mandat de faire ce que je fais. Dans notre système parlementaire, on doit juger le gouvernement à la fin de son mandat sur ce qu’il a réalisé ou pas… Je n’avais aucun doute sur l’importance des changements que nous proposons et sur les résistances qu’ils susciteraient. La contestation, j’en suis certain, a influé sur l’opinion, mais je suis persuadé qu’à la fin du mandat nous arriverons avec un système de santé vraiment centré sur les soins, et non pas sur des structures.» L’actualité a consulté un certain nombre de spécialistes en stratégie, communication et marketing pour avoir une idée de ce que les experts de Jean Charest ont pu lui dire lors de son passage au garage, en février. «Sur le plan de l’image, le travail est à refaire depuis le début, parce que Jean Charest a raté l’occasion qu’il avait de faire une bonne première impression», dit Jean-Jacques Streliski, expert en publicité et communication de l’agence Taxi. Selon lui, Jean Charest a commis plusieurs erreurs dans les premiers mois. Des erreurs qui lui coûtent cher. «Il n’a pas encore émergé comme premier ministre dans l’esprit des gens. Il s’est mêlé personnellement de toutes les batailles, et les gens l’ont vu comme un problème, un facteur de division. Comme le chef de l’opposition. Ce que les Québécois cherchent dans leur premier ministre, c’est plutôt une espèce de père de la nation, qui est au-dessus de la mêlée.» Jean-Marc Léger est connu pour ses sondages d’opinion, mais il est avant tout un spécialiste de la mise en marché. «Après un an, Jean Charest est devenu un produit difficile à vendre, parce qu’il a créé un préjugé défavorable. Les gens ne voient pas de valeur ajoutée qui les ferait acheter ce produit maintenant.» La principale erreur du premier ministre? «Il a joué au Bonhomme Sept-Heures, poursuit le président de Léger Marketing. Pendant les premiers mois, il a lancé tout plein de nouvelles alarmantes: il y a un déficit budgétaire, on augmente les tarifs d’électricité et de garderie, il faut réduire la taille de l’État, il n’y aura peut-être pas de réduction d’impôts. Pas une bonne nouvelle n’est sortie de son Cabinet. Quand on fait peur aux gens, ils se braquent.» Le président de BDDS Weber Shandwick, Yves Dupré, spécialiste en communication et en politique, estime que l’erreur de Jean Charest fut d’adopter une attitude de leadership trop autoritaire et de négliger de rallier le public à ses idées, en lui expliquant son plan d’action en long et en large. «Alors, les syndicats ont défini son programme à sa place, et avec une efficacité remarquable.» Un ancien conseiller de Robert Bourassa va dans le même sens: «Jean Charest a proposé une rupture assez radicale, mais n’a pas dit en vue de quoi exactement. Il n’a pas exposé de solution de rechange crédible au modèle québécois qu’il critiquait. Il s’est même aliéné des gens pourtant d’accord avec son programme, mais qui n’aiment pas le trouble et les turbulences sociales.» Surtout si le gouvernement semble en être la source. Qu’ils aient été fédéralistes ou indépendantistes, les prédécesseurs de Jean Charest qui ont su rester en poste contre vents et marées étaient tous passés maîtres dans l’art de flatter le peuple dans le sens du poil, de comprendre les symboles qui l’émeuvent et d’en jouer avec dextérité. Robert Bourassa mettait un soin méticuleux à évaluer jusqu’où le peuple serait prêt à le suivre. Lucien Bouchard a élevé la recherche du consensus au rang des beaux-arts. Dans ce domaine extrêmement sensible de la culture politique, le gouvernement Charest a clairement manqué de finesse. On n’essaie pas d’imposer une centrale thermique aux «Hydro-Québécois». On ne balance pas la Révolution tranquille comme on le fait d’une vieille bécane. On n’arrive pas au pouvoir avec un programme idéologique qui dérange et fait peur quand on est un gouvernement libéral. On laisse l’activisme aux péquistes, aux néo-démocrates, et on gère le changement en douce. «Regardez comment Jean Chrétien gouvernait, dit Jean-Marc Léger: il en disait et en faisait toujours le moins possible, et se faisait réélire.» Mais Jean Charest, lui, insiste sur le fait qu’il est au pouvoir pour changer les choses. «Je crois à l’action politique. Je suis activiste. Je ne suis pas ici pour occuper le fauteuil, cela ne me dit rien. Je suis ici pour faire des choses. Et je vous ferai remarquer que ce n’est pas moi le conservateur, ce n’est pas nous qui nous battons pour le statu quo. Nous sommes ceux qui contestent le statu quo, ceux qui dérangent en ce moment.» Mais Jean Charest n’est pas au bout de ses peines, et il le sait. «Notre mission maintenant est de toucher et de convaincre le plus grand nombre. Il nous reste du travail à faire.»

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Un futé à l’école des «smattes»

Sur le campus de la John F. Kennedy School of Government, où il étudie depuis septembre, André Boisclair avance, de la neige jusqu’aux genoux, vers une fontaine fermée pour la saison. L’ex-ministre du Parti québécois déblaie le monument, dévoilant une citation du président américain assassiné en 1963. Les quatre questions au moyen desquelles, selon Kennedy, les historiens devraient juger les leaders: «Furent-ils des hommes courageux? intègres? dévoués? avisés?» André Boisclair lit à voix haute et sourit. Comme si tout était soudainement clair pour celui qui aspire à diriger, un jour peut-être, le Québec. Une autre citation de Kennedy, sur une des colonnes à l’entrée du campus, retient l’attention du «jeune vieux» ex-ministre. Elle est tirée d’un discours prononcé peu après la crise des missiles de Cuba, en 1962: «Quel genre de paix recherchons-nous? Pas une pax americana imposée au monde par des armes de guerre américaines. Pas la paix du tombeau ou la sécurité de l’esclave. Je parle de la paix authentique […] – pas seulement une paix pour les Américains, mais une paix pour tous les hommes et les femmes.» Cette citation, André Boisclair l’a remarquée pour la première fois l’été dernier. Il venait d’être admis à Harvard, dans un programme d’études d’un an – et d’environ 35 000 dollars américains – réservé à des professionnels triés sur le volet, surtout de la haute fonction publique, à mi-carrière. Et il devait décider s’il allait foncer. Foncer voulait dire quitter sa famille politique, le Parti québécois, qui l’a presque vu grandir, depuis sa première élection, dans Gouin, en 1989, à l’âge de 23 ans. Foncer signifiait aussi sortir de sa «zone de confort», remettre en question ses certitudes, se consacrer entièrement aux études et à la réflexion. Pour un homme qui n’avait connu que la vie politique, on comprend que le changement ait paru aussi intimidant qu’excitant. Que l’on ne s’y trompe pas: André Boisclair n’est pas en sabbatique. Il travaille presque aussi fort qu’au temps où il était ministre d’État aux Affaires municipales et à la Métropole, à l’Environnement et à l’Eau – de janvier 2002 jusqu’à la défaite du Parti québécois, en avril 2003. À la différence qu’il tape désormais lui-même ses devoirs (en anglais), prépare lui-même ses exposés et repasse lui-même ses chemises. «J’ai toujours évolué dans un environnement où j’ai été soutenu. Dans tout ce que j’ai fait comme député ou ministre, il y avait le Parti québécois, un caucus qui m’appuyait. Il n’y a rien, dans ce que j’ai fait, que j’ai accompli seul», explique André Boisclair, dans un restaurant du quartier chic de Beacon Hill. «Là, je suis seul avec moi-même. J’avais grandement besoin d’acquérir cette liberté.» L’écrivain et dramaturge irlandais Oscar Wilde a déjà dit: «Je ne suis pas assez jeune pour tout savoir.» André Boisclair en est une bonne illustration. Lorsqu’il est recruté par Jacques Parizeau pour être candidat dans Gouin, il quitte l’Université de Montréal, où il étudiait en sciences économiques. Sans diplôme. Sûr de lui, le jeune député se démarque vite par sa franchise et son intelligence. Trop, au goût de certains, y compris, à quelques reprises, de son chef. «J’étais le petit «smatte», avoue André Boisclair. J’avais gardé un peu de l’arrogance de l’adolescent. Je suis à découvrir la sérénité de l’homme adulte.» À 39 ans, il se retrouve à l’université et est conscient qu’il n’en sortira pas en sachant tout. Avec ses quelque 240 condisciples venant de dizaines de pays, il approfondit ses connaissances en économie, en études environnementales et en politique énergétique. Il carbure aux lectures, s’abreuve du savoir de ses profs. Les questionnements sont quotidiens à Harvard. «Un dialogue intérieur s’amorce chaque jour», dit-il. Comme lorsqu’il a entendu Natan Sharansky, le célèbre dissident soviétique et actuel ministre israélien de la Diaspora, donner une conférence cet hiver. Le discours de cet ardent défenseur de la politique de George W. Bush en Irak a quelque peu ébranlé les convictions d’André Boisclair – qui a marché avec des milliers de Montréalais, en mars 2003, pour manifester contre la guerre. «Sharansky dit de ne pas serrer la main des dictateurs, parce que ça décourage les dissidents. Voilà qui enrichit ma réflexion. Mais je demeure un fervent apôtre du multilatéralisme. Aucun pays ne peut agir seul.» En étudiant le leadership, André Boisclair découvre que celui-ci a bien peu à voir avec les certitudes. En politique comme en affaires, un bon leader doute constamment et ne se présente pas avec la solution à tous les maux, a-t-il retenu d’un séminaire avec Ronald Heifetz, sommité dans le domaine. Pour Heifetz, faire preuve de leadership consiste à «mobiliser les gens pour qu’ils affrontent les problèmes» et à «faire ressortir leurs qualités les plus nobles». Parmi les dangers qui guettent tout leader: sa marginalisation par ceux qui se refusent à affronter les problèmes sous prétexte qu’il existe une solution magique. Heifetz semble avoir eu une telle influence sur André Boisclair que ce dernier a remplacé le proverbe bouddhiste à la fin de ses courriels par une citation du professeur! Il est difficile d’aborder le sujet du leadership avec André Boisclair sans parler du Parti québécois ou de ses propres ambitions. Le chef, Bernard Landry, est actuellement coincé entre l’aile dite «orthodoxe» du parti, qui le critique pour avoir écarté la possibilité d’une élection référendaire, et l’aile plus pragmatique, qui craint que sa promesse d’un référendum sur la souveraineté «le plus tôt possible dans le mandat» ne prive un éventuel gouvernement péquiste de sa marge de manoeuvre. Cette question domine les discussions sur le leadership de Landry. André Boisclair, lui, trouve le débat quelque peu stérile: «Ce n’est pas un changement de leadership qui va régler les angoisses des souverainistes. Pourquoi ce besoin de certains militants de toujours exiger une profession de foi, d’être rassurés à chaque conseil national sur les convictions des leaders souverainistes?» André Boisclair dit faire partie de la génération des souverainistes pour qui le désir de bâtir un pays ne s’est pas manifesté en réaction au Canada anglais. S’il veut la souveraineté, dit-il, c’est parce qu’il croit que les Québécois de toutes origines sont porteurs de projets – en environnement, en social-démocratie, entre autres – qui peuvent faire une différence dans le monde. Au lieu de s’inquiéter de la date du prochain référendum, les souverainistes devraient méditer sur les erreurs du passé, soutient l’ancien ministre. Parce que, comme le dit Ronald Heifetz, «on a tous une part de responsabilité dans nos propres échecs». Et quelle serait celle des souverainistes? André Boisclair réfléchit longuement. «Combien de Lucien Bouchard faudrait-il pour faire contrepoids à un Yves Michaud?» laisse-t-il tomber. Quand la vieille garde souverainiste commence à parler d’ethnicité, comme l’a fait Michaud, les opposants à la souveraineté oublient vite les mains tendues aux anglophones et à la communauté juive. Yves Michaud, rappelons-le, est ce souverainiste de la première heure, grand ami de Bernard Landry, qui, en 2000, a traité le mouvement B’nai B’rith de «phalange extrémiste du sionisme mondial» et suggéré que le peuple juif n’avait pas été le seul à souffrir dans l’histoire de l’humanité. Blâmé par l’Assemblée nationale, celui que l’on a jadis surnommé «le Robin des banques» a vu s’évanouir ses chances d’être candidat péquiste dans Mercier. L’incident a divisé les rangs souverainistes et aurait même précipité le départ du chef du parti et premier ministre, Lucien Bouchard. André Boisclair sait qu’en évoquant «l’affaire Michaud» il risque de se faire autant d’ennemis que d’amis. Mais il n’a jamais reculé dans sa bataille pour élargir les bases du Parti québécois. Déjà, en 1993, il a subi les foudres de Jacques Parizeau pour avoir dit qu’il voulait «dépéquiciser» la souveraineté. «Nous devons continuer à tendre la main, à ouvrir nos portes et à dénoncer l’intégrisme, qui, même s’il nous garde au chaud, nous guidera droit à l’asphyxie, avait-il dit alors. Les gens qui se replient sur eux-mêmes font fausse route et il y en a pas mal au PQ.» Jacques Parizeau a réagi sèchement à l’époque. «Ce jeune Boisclair n’existe plus», a-t-il déclaré aux médias. Douze ans plus tard, enhardi par 15 années dans l’arène politique et épanoui par ses études, le «jeune Boisclair» constitue une force grandissante au sein de son parti. Après ceux de Pauline Marois, François Legault et Gilles Duceppe, son nom est le plus souvent évoqué par les militants comme éventuel successeur de Bernard Landry. André Boisclair n’a jamais, publiquement du moins, déclaré son intérêt pour le poste. Mais ses ambitions, et ses compétences, sont bien connues à Québec. «J’ai toujours dit à André, même quand il avait 20 ans, qu’il allait occuper toutes les fonctions au Parlement, rappelle l’ex-ministre Louise Harel, la doyenne de l’Assemblée nationale. Quand? Je ne sais pas. Mais ça se produira.» À la différence, par exemple, d’une Pauline Marois, âgée de 56 ans, André Boisclair sait que la prochaine course à la direction ne sera pas celle de la dernière chance. Il n’est d’ailleurs même pas certain d’assister au congrès du parti, en juin, qui décidera du sort de Bernard Landry. Quelques jours après le vote de confiance, il recevra son diplôme de Harvard – une maîtrise en administration publique. Puis il s’envolera vers Paris, à l’invitation du ministère français des Affaires étrangères, dans le cadre d’un programme de deux semaines réunissant des «personnalités d’avenir». Il entend par la suite passer une partie de son été dans le Nord québécois, notamment chez les Cris, avant de s’installer à… Toronto! Fin août, André Boisclair entrera chez McKinsey & Company, une des plus importantes sociétés de consultants de la planète. «J’ai fait une demande d’emploi pour la première fois de ma vie», rigole Boisclair. McKinsey a un petit bureau à Montréal, mais lorsqu’on a offert à l’ex-ministre de travailler à Toronto, il n’a pas hésité. «Oui, un souverainiste québécois peut aller travailler à Bay Street!» Pari risqué? Après tout, il s’agit d’une culture des affaires qui lui est étrangère. La perspective d’un échec ne lui fait pas peur. «Ça vient de notre père», explique Philippe, son frère cadet, associé dans une entreprise pancanadienne de courtage de bois dont le siège est à Montréal. «Notre père a connu un échec financier et s’est repris. Il a toujours parlé de ça de façon très philosophique. Nous ne craignons donc pas de sortir de notre zone de confort, de ne pas toujours avoir du succès.» Les frères Boisclair ont grandi à Outremont. L’actuelle présidente du Conseil du Trésor, la libérale Monique Jérôme-Forget, et son mari, Claude, ministre sous Robert Bourassa, étaient des proches de la famille. André Boisclair se trouvait au Centre Paul-Sauvé, en 1980, lorsque le premier ministre du Canada, Pierre Elliott Trudeau, a déclaré qu’un Non au référendum sur la souveraineté du Québec était un Oui au renouvellement du fédéralisme. Il a fait du porte-à-porte avec Monique Ryan, la fille du chef du camp du Non, Claude Ryan. Celle-ci a depuis épousé le meilleur ami d’André Boisclair, Marc-André Blanchard… l’actuel président du Parti libéral du Québec! «J’avais 14 ans en 1980, raconte André Boisclair. Si j’avais pu voter, j’aurais voté non.» Jacques Parizeau dit être devenu souverainiste lors d’un voyage en train vers l’Ouest canadien. André Boisclair, lui, le serait devenu à l’occasion d’un voyage dans l’est du Québec. «J’ai découvert une tout autre réalité», dit-il. Un Québec plus pauvre, où des gens brillants ne pouvaient développer leurs talents faute de moyens ou d’accès à l’éducation. Il dit avoir constaté à quel point l’éducation devait devenir un projet de société pour les Québécois. Pendant ce voyage, il est tombé amoureux d’un Québec qu’il ne connaissait pas jusque-là. Son implication au sein du mouvement étudiant, qui grouille alors de souverainistes, y est sans doute pour quelque chose aussi (en 1984, il préside la Fédération des associations étudiantes collégiales du Québec). Peu après, il achète sa première carte de membre du Parti québécois… à Bernard Landry – qu’il a appuyé lors de la course à la direction de 1985. «Bernard Landry m’a le premier fait comprendre que souveraineté et mondialisation n’étaient pas incompatibles. Avant ça, j’avais toujours craint que la souveraineté ne soit une occasion de repli.» C’est cependant Jacques Parizeau, récemment élu à la direction du parti, qui remarquera le nouveau président du Comité national des jeunes, en 1988. Et qui le convaincra de se présenter dans Gouin l’année suivante. À l’époque, Louise Harel et son mari, le député Michel Bourdon (aujourd’hui décédé), ont milité en sa faveur. «André, c’est un gagnant. Jeune, déjà, il avait du leadership, du courage. Et il était capable de sortir des rangs pour critiquer son parti. Je me retrouvais un peu en lui. Je lui ai souvent dit pour blaguer que j’aurais pu être sa mère!» Destin ou hasard, André Boisclair a souvent marché dans les pas de la députée d’Hochelaga-Maisonneuve. Il lui a succédé comme ministre de l’Immigration, puis ministre délégué aux Relations avec les citoyens (autrefois l’Immigration et les Communautés culturelles) – de 1996 à 1998, période où il est en psychanalyse. Enfin, il lui succède à la Solidarité sociale, puis aux Affaires municipales et à la Métropole. C’est à l’Environnement, de 2001 à 2003, qu’il se fera le plus remarquer. Moratoire sur les nouvelles porcheries, politique nationale de l’eau, campagne pour la ratification du protocole de Kyoto, augmentation des aires protégées de 2% à 5%, enquête sur la forêt, fin du programme des petites centrales hydroélectriques… Si dans le milieu de l’agriculture on ne le regrette pas, en environnement, les militants ont gardé de beaux souvenirs. «C’était un bon ministre, dit Steven Guilbeault, directeur de Greenpeace au Québec. L’un de ses grands mérites aura été de donner au ministère de l’Environnement un prestige qu’il n’avait pas. Ce ministère a pris de l’importance grâce à lui.» Le poste permettra au politicien de se faire remarquer à l’extérieur du Québec. Lors du débat sur la ratification du protocole de Kyoto, relatif à la réduction des gaz à effet de serre, il est l’instigateur d’une coalition des provinces. Celle-ci poussera le fédéral à respecter ses engagements dans ce dossier, malgré l’opposition farouche de l’Alberta et l’appui mitigé de l’Ontario. Ses pairs canadiens seront impressionnés, ses collègues au Conseil des ministres aussi. C’est en effet au cours de cette période qu’on commence à le considérer comme un candidat sérieux à la succession de Landry. «C’est phénoménal, la capacité d’André de se saisir d’un dossier complexe et d’en connaître les tenants et les aboutissants quasiment mieux que les sous-ministres, affirme Louise Harel. Mais c’est à la fois une qualité et un défaut en politique. La population en général n’est pas portée vers les premiers de classe. La politique est un métier de généraliste.» Il n’y a pas que dans le monde de l’agriculture qu’André Boisclair ne fait pas l’unanimité. D’aucuns, dans le milieu gai, n’acceptent pas son manque d’enthousiasme, voire son indifférence, dans leur lutte contre la discrimination. André Boisclair n’a jamais caché son homosexualité, mais n’en a parlé publiquement qu’en 2000, dans l’hebdomadaire montréalais Voir. «Je ne retire aucune fierté de mon orientation sexuelle», a-t-il martelé alors pour expliquer sa non-participation au défilé de la Fierté gaie. «Je ne le redirais pas aujourd’hui», concède-t-il. L’homme n’a jamais voulu être le «politicien gai» de service. Son orientation sexuelle n’a jamais posé problème non plus. Mais à Harvard, il côtoie des étudiants venant de pays où l’homosexualité demeure un crime. L’un d’eux l’a même qualifié d’«immoral». «Je n’avais jamais vécu ça au Québec de façon aussi directe ou crue.» André Boisclair est un amateur de sports. Son corps svelte en témoigne. À Boston, il est devenu un adepte du cardio-vélo (spinning) – ces exercices en groupe sur vélos stationnaires, avec entraîneur vociférant et musique à l’avenant! En attendant bien sûr sa prochaine escalade. Il a déjà conquis le Kilimandjaro, avec son frère et trois amis. Il aurait voulu être de la partie lorsque Philippe a gravi l’Aconcagua, le plus haut sommet d’Amérique du Sud, en début d’année, au profit de la Société Alzheimer – maladie dont souffre leur père. Les frères parlent maintenant d’escalader le mont Vinson, en Antarctique, ou le Denali (McKinley), en Alaska. Quels autres sommets vise André Boisclair? «Je n’ai pas besoin d’être premier ministre dans ma vie, insiste-t-il. Je reviendrai en politique si je sens que je peux servir. Il y a une prudence, une sagesse dans mes choix, ce qui n’est pas incompatible avec la capacité de prendre des risques.» Risques. Et calculs. Deux ingrédients dont est faite la politique. On peut penser qu’André Boisclair fait un calcul en s’exilant temporairement du Québec. Qu’il fait le pari que le poste convoité se libérera au bon moment. Il court cependant le risque de regarder passer le train. Si, au printemps, la fronde contre Bernard Landry semblait s’être calmée, le Parti québécois pourrait se retrouver en pleine course à la direction dès juin. Le troisième ingrédient de la politique n’est-il pas l’imprévisibilité?