Pandas, féminisme et députés qui se chicanent

Malgré toutes les dissensions, il y a tout de même une chose sur laquelle tous les députés s’entendent: les députés «des autres partis» manquent vraiment de respect.

trudeau-pandas-grand
Photo: Twitter/Justin Trudeau

La semaine s’est ouverte avec le plus grand événement qui puisse arriver à un pays du G7: on a baptisé non pas un, mais bien DEUX PANDAS.

Au Canada, on ne niaise pas avec ça: Justin Trudeau était sur place, et Radio-Canada a fait vibrer les téléphones d’un océan à l’autre avec cette alerte de la première importance:

alerte

Le Canada vient d’entrer dans l’ère Jia PanPan et Yueyue. Rien ne sera plus jamais pareil.

Deux nouveaux pandas, c’est bien, mais est-ce que ce sera assez pour affronter l’armée de dauphins russes ?

dauphins

Le sujet sera sans doute au cœur des discussions entre Trudeau et Obama, et les journalistes nous en parleront… quand ils auront fini de jouer aux touristes et aux foodies.

* * *

Mardi, c’était la Journée internationale des droits des femmes et Gaétan Barrette a célébré ça de la façon la plus Gaétan-Barrettesque possible: en commençant par mépriser une femme.

Ainsi donc, Gaétan Barrette se dit féministe, «Mais pas comme Lise Payette», s’est-il empressé d’ajouter. «En tant qu’homme, je ne me sens pas vraiment apprécié par Mme Payette, mais ça, c’est une perception, évidemment, je ne veux pas lui mettre des mots dans la bouche», a-t-il précisé, en lui mettant des mots dans la bouche.

Son chef Philippe Couillard, lui, s’est indigné qu’on cherche à savoir où se situe la ministre de la Condition féminine sur les questions féministes. Parce que ce sera quoi après ? On va vouloir savoir si le ministre de l’Environnement recycle? S’il occupe ses fins de semaine à vider de vieux pots de peinture dans les égouts ? Inacceptable.

Le premier ministre a donc déclaré que tout ça, «ça fait un peu inquisition». L’inquisition, rien de moins, parce qu’on connaît tous l’importance que les Papes du 15e siècle accordaient au droit des femmes et à l’égalité des sexes.

Monsieur Couillard n’a malheureusement pas pu étoffer sa réponse, puisqu’il a été interrompu brusquement par des hommes en rouges, que personne n’attendait.

«Personne ne s’attend à l’inquisition espagnole !»
«Personne ne s’attend à l’inquisition espagnole!»

Et parlant de gens qui utilisent des référents d’un autre siècle: Gilles Proulx.

L’animateur, auteur et vieillard qui a probablement hué des suffragettes dans sa jeunesse s’est entretenu avec CHOI Radio X, à Québec. Il était au téléphone, en direct de l’année 1932.

Profitant du 8 mars, Gilles Proulx a offert au monde son opinion sur la féminisation de la société, sur les «hommes qui portent le nom de leur bonne-femme au bout de leur nom», sur les «féministes à voix d’hommes» qui «peuvent aller manger du foin dans le champ» et sur ces pauvres femmes qui perdent leur belle féminité en allant travailler là où elles n’ont pas d’affaire, parce qu’elles sont lesbiennes ou il sait pas trop. (Vraiment, ça vaut l’écoute.)

Bref, un discours éclairant venant d’un gentleman qui ouvre la porte aux dames non pas parce qu’il est poli, mais parce qu’il croit que le mécanisme d’une porte est trop complexe pour le cerveau d’une femme.

Une création de la fantastique page Facebook Dérapages poétiques.
Une création de la fantastique page Facebook Dérapages poétiques.

* * *

Mercredi, on discutait des nouvelles cibles d’immigration à l’Assemblée nationale.

Alors que le nombre d’immigrants que le Québec accueille chaque année va passer de 50 000 à 60 000, la CAQ s’inquiète de problèmes d’intégration. Les troupes de Legault ont donc fouillé leur bac de recyclage et ils ont ressorti ce qu’ils disaient déjà à la même époque l’an dernier: ça prendrait des cours de français et de valeurs québécoises obligatoires pour tous les immigrants. Ceux qui échoueraient des tests après trois ans devraient retourner d’où ils viennent.

Si vous vous dites «c’est peut-être un peu raide, mais sur le fond, ça a du sens», sachez que, tel le scout fermé d’esprit apprenant à partir un feu de camp xénophobe dans une activité de camping raciste, vous «soufflez sur les braises de l’intolérance». Oui oui! C’est le premier ministre qui le dit:

«J’émets une crainte qu’on enfourche, du côté de la deuxième opposition, le mouvement de ressac anti-immigration qu’on observe au sud de notre frontière et en Europe. (…) Je crains fort que la deuxième opposition souffle encore une fois, comme ils l’ont déjà fait, sur les braises de l’intolérance».

Donald Trump, Pegida, le monde qui fait des graffitis avec des fautes dedans à Drummondville, François Legault: toute la même affaire, selon notre premier ministre, qui n’a visiblement pas peur de souffler sur les braises de l’exagération.

Remarquez, c’est probablement plus facile de trouver que l’intégration des immigrants se passe super bien quand ceux-ci votent tous pour toi.

* * *

Et pour le reste de la semaine, nos élus ont essayé de jouer à «Avez-vous plus de classe qu’un enfant de 5e année?»… et ils ont perdu.

Gaétan Barrette a accusé la péquiste Diane Lamarre d’avoir cautionné un stratagème qui aurait rapporté quelque 350 millions de dollars aux pharmaciens, du temps où elle était présidente de leur ordre professionnel.

Le ministre de la Santé assure néanmoins qu’il ne s’attaque pas à l’intégrité de madame Lamarre, ce qui serait plus facile à croire s’il n’avait pas lancé du même souffle: «Je suis convaincu que c’est la personne la plus intègre du Parti québécois.»

detecteur-de-sarcasme

Sommé de s’excuser par Pierre Karl Péladeau, Barrette a préféré y aller d’un «c’est pas moi qui ai commencé!», en reprochant au chef péquiste de l’avoir traité de «Tartuffe». PKP l’a effectivement fait dans un tweet, prouvant que ce n’est pas parce que tu cites Molière que tu élèves pour autant le niveau.

Mais malgré toutes les dissensions, il y a tout de même une chose sur laquelle tous les députés s’entendent: les députés «des autres partis» manquent vraiment de respect.

* * *

Et pendant ce temps, malgré tous les médias canadiens rassemblés à Washington en ce moment, on ne sait toujours pas quelle est la marque des bobettes de Justin Trudeau. Vraiment, y a des journalistes qui dorment au gaz.

state-dinner

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie

5 commentaires
Les commentaires sont fermés.

Je trouve que les propos de Monsieur Proulx sont caricaturaux et sans nuances. Tenez, il me vient à l’esprit qu’il existe une certaine parenté philosophique, pour ne pas dire une parenté philosophique certaine, entre Monsieur Proulx et un certain milliardaire américain qui s’est lancé en politique aux États-Unis.

Suite. Il semble que proférer, pour ne pas employer « éructer », des propos caricaturaux, pour ne pas dire « grossiers », soit l’apanage de la réussite de certains tribuns, qui, à ma stupéfaction, demeurent ou deviennent populaires. On aura tout entendu !

Les bobettes de Trudeau? Probablement des Stanfield de Truro, Nouvelle-Écosse…. du nom de l’ancien chef conservateur!

Mais ce n’est qu’une supposition, tout-à-fait gratuite… On veut des preuves ! Les selfies, c’est pas suffisant… Un peu de sérieux, voyons. Après tout, on est dans le « plus meilleur pays au monde », c’est Jean Chrétien qui me l’a écrit, dans mon courriel, lors de la dernière campagne électorale fédérale… Paul Martin aussi, il m’a écrit… Et puis le p’tit Justin itou… J’étais tellement content !… Mais, depuis ce temps-là, j’ai un paquet de troubles avec mon ordinateur : si j’avais su, je n’aurais jamais « accepté » ces « appels à la raison » totalement désintéressés…

Bravo M. Charlebois,
C’est la 2ie fois que je ris-à-gorge-déployée (LOL) aujourd’hui. La premiere était en me rendant au travail ce matin en entendant les commentaires hilarants du maire La-La Tremblay sur les nudistes (prostitués-voyeurs-exhibitionistes-pédophiles, tous dans le même sac parce qu’ils sont dévêtus!). J’ai presque honte d’être natif de là-là. Ce populisme rampant n’est pas sans m’inquiéter toutefois et je crois qu’il y a des stratèges vraiment tordus chez les républicains (et les libéraux? vraiment?) qui sacrifient des clowns (Barrette, Trump) pour le pouvoir.
Bref un excellent papier, merci!

GravlaxBob