Paris, la peur et une montagne de doutes

Alors: on envoie des bombes ou pas? Et si on choisit «ou pas», que fait-on à la place? On bombarde le quartier général de l’EI avec des signes de peace et des chansons d’Harmonium?

Photo: Steve Parsons/PA Photos Limited

Photo: Steve Parsons/PA Photos Limited

PolitiqueDès la première alerte sur mon téléphone, j’ai tout fermé. Les événements de Paris, je les ai suivis à distance, avec lenteur. Je savais trop bien que les morts n’allaient pas s’enfuir si je ne connaissais pas leur décompte à la seconde près. Moi, l’homme agité qui parle tout le temps, j’avais besoin de calme.

Ma minute de silence aura duré quatre jours.

De retour sur Facebook après mon exil, j’ai de la difficulté à suivre les conversations, alors que Drapeau-de-la-France répond au commentaire de Drapeau-de-la-France sous un message de Drapeau-de-la-France. La solidarité rend perplexe, mais elle fait du bien à voir.

Je reviens donc dans le monde, mais pour écrire quoi?

Pour pointer les idiots, comme à mon habitude? Il y en a une belle pelletée, j’aurais le choix. Je pourrais parler des gens de PEGIDA Québec, qui ont peur que l’immigration leur fasse perdre leur culture. Pourtant, à lire ce qu’ils écrivent et comment ils l’écrivent, ils n’en ont pas tant que ça à perdre…

Écrire pour faire la morale, alors? Pour rappeler qu’on meurt partout dans le monde, tous les jours? Gros bof. Aussi bien entrer dans un salon funéraire pour dire aux membres d’une famille en pleurs que des grands-papas, il en décède tout le temps et qu’on ne les voit pas verser des larmes chaque fois. Bien sûr que nous ignorons régulièrement des horreurs venant de pays lointains (pas «les médias»: «nous»), mais personne n’a le droit de nous dire quel deuil porter ou non.

Ne sachant pas trop comment réagir eux non plus, plusieurs ont simplement joué La Marseillaise, ce qui a fait dire à quelques personnes peu cultivées: «Ils ont une chanson des Beatles comme hymne national? C’est spécial.»

Allez! Tous ensemble!

Entendez-vous dans nos campagnes
Mugir ces féroces soldats?
Ils viennent jusque dans vos bras.
Égorger vos fils, vos compagnes!

Aux armes citoyens
Formez vos bataillons
Marchons, marchons
Qu’un sang impur
Abreuve nos sillons

Ouin ben… C’est pas la joie, hein?

Et si on le prenait comme une métaphore? Des armes d’amour envers tous les humains, laissant exsangues ceux qui voudraient faire mourir l’espoir. Haaaa… Si seulement la vie était un épisode des Calinours

Aux armes, citoyens? Après une période «Aux larmes, citoyens», c’est généralement ce qui arrive, oui. Mais après 15 ans de guerre au terrorisme, qui sait si on est en train de gagner ou de perdre? Ou même ce qu’on gagne ou perd, exactement? Vous sentez-vous plus en sécurité que le 12 septembre 2001? Du fond de mon bunker, je réponds que, personnellement, pas tellement, non.

Alors: on envoie des bombes ou pas? Et si on choisit «ou pas», que fait-on à la place? On bombarde le quartier général de l’EI avec des signes de peace et des chansons d’Harmonium?

Allez, hop! Un doute de plus dans le panier. Allez-y fort, ils sont en solde cette semaine.

Je n’ai que ça depuis vendredi, des doutes. Des doutes. Partout. Peut-être que vous aussi.

La terreur que voulaient insuffler les assassins de Paris, c’était justement celle-là: le doute. L’incertitude quant à savoir ce qui nous attend demain, ou même ce soir. L’incertitude qui mène à la peur, à la division et au rejet. Ça servirait leur cause et ils s’en frottent assurément les mains en ce moment.

Sauf que…

L’incertitude peut aussi mener à vouloir embrasser la vie, à la célébrer. Si je ne sais pas si je vais être là demain, je peux vivre en reclus et tout refuser, paralysé par la peur. Ou alors je peux décider de vivre dans la lumière et d’étreindre l’humanité, parce que chaque minute passée à haïr et détester est une minute que je gaspille.

Oublions PEGIDA. Oublions les idiots. Oublions même les tueurs. Rappelons-nous le Requiem de Mozart, les poèmes de Baudelaire, les sculptures de David Altmejd, les chansons de Brassens, la tarte au sucre de notre grand-mère, la joke plate que notre père fait depuis avant notre naissance et les inconnus qui chantent en chœur le lendemain d’une tuerie.

Comment ne pas vouloir les aimer, les humains?

Comment laisser tomber cet enfant à qui on a dit que les pistolets, ce n’est pas grave, parce que nous, on a les fleurs?

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Soyons humains. L’humanité sera toujours le meilleur des points de départ dans la lutte contre les barbares.

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