Les leçons du Bloc québécois s’appliquent-elles au PQ ?

À 28% des intentions de vote, le PQ est à mi-chemin entre le 23% du Bloc version 2011, et le 32% du PQ version 2012. Et la tendance ne semble pas haussière.

Photo: Ryan Remiorz/La presse canadienne
Photo: Ryan Remiorz/La presse canadienne

Politique

Le 2 mai 2011, le Bloc québécois a subi une raclée électorale dont il ne s’est jamais remis. Le parti vivote dans les limbes de la politique fédérale depuis cette date. À moins d’une transformation soudaine et radicale du contexte politique canadien, on voit mal comment il pourrait revivre ses beaux jours.

Pourtant, la campagne du Bloc avait commencé comme les précédentes, avec l’assurance d’une quarantaine de sièges et d’un appui massif — presque automatique — de l’électorat francophone. On connaît la suite.

Alors que s’achève la présente campagne électorale au Québec, il est difficile de ne pas voir — en surface du moins — des parallèles entre la débâcle du Bloc et l’apparente dégringolade de son jumeau du Parti québécois.

Il va de soi que le PQ ne se réveillera pas avec seulement quatre sièges mardi prochain — les projections les plus pessimistes lui en donnent près de 40 — mais le fait est que le parti a entrepris la campagne confiant de former un gouvernement majoritaire, et que 30 jours plus tard les sondages lui prédisent l’opposition. À 28% des intentions de vote dans le dernier coup de sonde, le parti est à mi-chemin entre le 23% du Bloc version 2011, et le 32% du PQ version 2012. Et la tendance ne semble pas haussière.

Que s’est-il passé? Quelles leçons du Bloc sont applicables au PQ et lesquelles ne le sont pas? Les analyses ne manqueront pas; voici quelques idées.

En 2011, il semble que le Bloc québécois, installé depuis deux décennies dans son rôle de défenseur exclusif des intérêts du Québec à Ottawa, ait été pris de court par un électorat qui souhaitait soudain du changement. Depuis quelques années déjà, le Bloc savait qu’il était déconnecté d’une bonne partie de la population, mais il n’avait rien fait pour se réinventer. (Était-ce possible? C’est une autre question.)

Quand Jack Layton et le NPD sont apparus comme alternative sympathique et inattendue, au beau milieu de la campagne de 2011, bien des Québécois en ont profité pour sauter la clôture. Si l’on en croit les plus récents sondages, cet électorat «débloqué» se sent aujourd’hui libre d’aller voir ailleurs (incluant ailleurs qu’au NPD). Mais il ne semble pas prêt à retourner au Bloc, qui obtenait 23% des voix en 2011 et à qui les sondages donnent aujourd’hui 21% — bien moins que le pourcentage de Québécois se disant souverainistes. Le divorce semble durable.

Contrairement au Bloc, qui n’a jamais tenté de se réinventer avant de frapper le mur, le Parti québécois, lui, a bien changé au cours des dernières années. Après sa courte victoire de 2012 — arrachée dans un contexte qui lui était par ailleurs favorable — le parti a multiplié les virages, déroutant plusieurs de ses militants au passage. Si le PQ a évité de s’endormir au volant comme son jumeau fédéral, il semble toutefois avoir perdu le respect de plusieurs électeurs qui l’ont vu troquer son âme pour le mirage d’une majorité. Tous les principes ont foutu le camp au profit d’un indigeste fourre-tout nationaliste.

Au cours des derniers 18 mois, le Parti québécois a ainsi trahi les carrés rouges qu’il avait ostentatoirement soutenus en 2012. Il a inventé une crise pour compléter son virage vers le conservatisme identitaire que ses propres députés dénonçaient il y a quelques années. Avec son feu vert au pétrole d’Anticosti et sa timide réforme de la loi sur les mines, il a laissé tomber les écologistes. Le recrutement retentissant de M. Péladeau — applaudi par Gérald Larose et Marc Laviolette — a scié les jambes de son aile syndicale et laissé entrevoir un futur caucus impossible à unir sur autre chose que la souveraineté. (Le tout en fermant les yeux sur l’évidente berlusconisation du Québec que le PQ aurait férocement dénoncée si elle avait été l’oeuvre d’un autre parti.)

Toutes ces volte-faces ont certainement contribué à favoriser l’exode des jeunes du PQ vers d’autres formations politiques, quand ce n’était pas vers le désoeuvrement cynique. Selon le dernier sondage Léger, les libéraux ont maintenant 15 points d’avance sur le PQ chez les 25-44 ans. La terre promise du Parti québécois ressemble de plus en plus à un CHSLD, aqua-gym inclus.

Mais il y a plus, voire plus grave. De son ex-candidat ouvertement sympathique au Front national à sa candidate qui assimile le baptême à un viol et qui parle de taxe cachère, en passant par le cautionnement de foutaises délirantes dans un risible «brunch de la laïcité», le Parti québécois a fait honte à bien des Québécois, incluant plusieurs qui auraient autrement pu l’appuyer.

Au-delà du calcul stratégique de «re-centrer» le parti à droite — quitte à le dénaturer dans le processus — le PQ a fait le choix délibéré de la démagogie, quand ce n’était pas celui des épouvantails. Dégoûtés, plusieurs électeurs nationalistes, de droite ou de gauche, en sont venus à croire que leurs idées seraient plus dignement véhiculées par d’autres partis politiques — Québec solidaire, la CAQ ou Option nationale.

Ainsi, si le Bloc a souffert d’une certaine sclérose, le PQ semble plutôt payer le prix de son inconstance.

Dans les deux cas, par contre, il est clair que l’option souverainiste a eu l’effet d’un boulet. Le projet d’indépendance n’a pas le vent dans les voiles. Depuis des années, le PQ ressort ses discours enflammés pour les assemblées militantes, mais il balaie généralement son article 1 sous le tapis quand il s’adresse à un auditoire plus large.

À certains égards, le poids de l’indépendantisme était plus lourd à porter pour le Bloc. Vingt ans après l’échec de Meech, il pouvait sembler absurde de continuer à se battre pour la souveraineté à Ottawa, surtout pour un parti qui, selon Lucien Bouchard, devait «mesurer son succès à la brièveté de son mandat». Tant que le Québec fait partie du Canada, il était difficile de voir en quoi ses intérêts étaient concrètement avancés par l’envoi périodique à Ottawa de dizaines de députés volontairement marginalisés et exclus du pouvoir. À long terme, la seule conséquence de la présence du Bloc à la Chambre des communes était d’affaiblir le Québec au sein du Canada. Pour ou contre, le combat de la souveraineté se joue au Québec.

Or le Parti québécois cherche à diriger le Québec. Quoiqu’on pense de son programme ou de la question nationale, le PQ a au moins le mérite de se présenter dans la bonne juridiction. C’est sans doute pourquoi plusieurs électeurs sont demeurés fidèles — ou au pire indifférents — au PQ, même après avoir largué le Bloc.

Mais cette fidélité ou cette indifférence a ses limites. Si plusieurs électeurs tolèrent l’option souverainiste tant qu’elle est en dormance, ils rejettent par ailleurs la perspective d’un nationalisme obstructionniste, provocateur et chicanier.

Sans contredit, l’entrée en scène de M. Péladeau, poing en l’air, aura braqué les projecteurs sur cet enjeu et détourné le plan de match péquiste de manière indélébile. Son parachutage dans la campagne a immédiatement — et légitimement — remis la souveraineté et le troisième référendum à l’ordre du jour. À tel point que Mme Marois elle-même s’est mise à parler de passeport, de monnaie et de frontières. L’élection est devenue référendaire, et elle le demeure.

M. Péladeau cherchait la bataille. Les stratèges péquistes rêvaient du «grand timonier» qui pourrait fonder le pays. Pratiquement tous les commentateurs — de Chantal Hébert à Michel David, en passant par Gilbert Lavoie — ne voyaient pas comment un prochain gouvernement péquiste pourrait éviter le branle-bas référendaire. Jacques Parizeau et Victor-Lévy Beaulieu étaient d’accord. Même Jean-François Lisée en parlait ouvertement.

Et c’est alors que bien des Québécois ont décroché.

Peu importe qu’un gouvernement péquiste tienne ou non un référendum dans son prochain mandat (tout dépendant des conditions gagnantes, évidemment), un grand nombre d’électeurs semblent avoir tourné le dos à l’idée même d’un régime qui s’emploierait à «préparer les Québécois à être prêts» via des confrontations volontaires avec Ottawa, des consultations publiques aux conclusions prédéterminées, des politiques de division sociale ou le soutien à la propagande identitaire.

Une majorité d’électeurs n’en peuvent plus des tracasseries insignifiantes et des fausses crises de la gouvernance souverainiste. Ils veulent un gouvernement efficace et constructif, qui ne détourne plus des ressources, du temps et des énergies vers un combat qui figure loin dans leur liste de priorités. En 2011, ils ont choisi d’arrêter de bouder à Ottawa; trois ans plus tard, ils ne semblent pas prêts à déclencher les hostilités à partir de Québec.

Si une nouvelle aventure constitutionnelle s’impose un jour, ce sera parce que le contexte politique canadien et québécois aura changé de manière importante — fort probablement pour des raisons qui échappent actuellement au contrôle du gouvernement du Québec — et qu’il existera soudain un momentum incontournable en faveur de l’indépendance ou de l’adhésion enthousiaste au Canada. D’ici là, visiblement, les gens ne veulent pas entendre parler d’un référendum, ni même de sa préparation.

Pendant des années, le PQ a répliqué en citant Jacques Parizeau, qui disait qu’on pouvait «marcher et mâcher de la gomme en même temps». Il fallait ainsi comprendre qu’on pouvait gouverner de manière responsable tout en préparant activement la souveraineté, à Québec ou à Ottawa.

Si le résultat du 7 avril est conforme aux pronostics, il semble qu’une majorité de Québécois s’apprêtent à dire au PQ — comme ils l’ont signifié au Bloc — qu’ils ne suivent plus.

* * *

À propos de Jérôme Lussier

Jérôme Lussier est juriste et journaliste. Au cours des dernières années, il a notamment travaillé à Radio-Canada et tenu un blogue au journal Voir, en plus d’avoir été conseiller politique à la Coalition Avenir Québec. Il blogue sur les enjeux sociaux et politiques contemporains à L’actualité depuis 2013. On peut le suivre sur Twitter : @jeromelussier.

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« Si le résultat du 7 avril est conforme aux pronostics, il semble qu’une majorité de Québécois s’apprêtent à dire au PQ — comme ils l’ont signifié au Bloc — qu’ils ne suivent plus. »

J’ose espérer qu’on en est enfin là.

Je pense que dès 2007, le PQ aurait dû entendre le message de la population lorsque ce parti se trouvait relégué à la deuxième opposition. Si ce n’avait été le retour en force de madame Marois et toute son habileté pour maintenir les forces vives au sein de son caucus, regarder le départ de Jean-Martin Aussant, de Lisette Lapointe et de Pierre Curzi ; la descente aux enfers aurait commencée plus tôt.

Aux premières heures de cette campagne électorale on a vu (une nouvelle considérée comme secondaire), le retrait de la députée de Taillon, Marie Malavoy. Lorsqu’on connait l’extraordinaire loyauté de cette femme envers son parti et encore envers Pauline Marois, on pouvait se demander pourquoi laisser sa place lorsque Taillon, qui fut la circonscription tant de René Levesque que de madame Marois n’est pas un château fort péquiste mais plutôt une citadelle imprenable (ou presque).

Hors, elle a accepté de laisser sa place en toute abnégations, sans aucune compensation, sans doute — on le voyait dans ses yeux — parce que le feu sacré n’y est plus. Quand les souverainistes authentiques n’y croient plus ou à peine. On devrait se poser quelques questions.

Mais qu’à cela ne tienne, on préfère mener la course avec les « vieux démons » identitaires, comme s’il existait une identité québécoise unique dans un monde en mutation où la notion d’identité est elle-même en transformation.

Les jeunes et les moins jeunes comme moi, se sentent nord-américains, sud-américains, européens ou encore africains ou même un mélange de tout cela. C’est ce brassage extraordinaire qui donne au monde sa vitalité. C’est cette vitalité qui permet de croire que l’espèce humaine a encore un très bel avenir devant elle.

Et s’il existe des pays, des nations, des groupes, des communautés, c’est pour pouvoir en réseau mieux échanger. Il en est de toutes les époques, le monde s’invente et se réinvente. Vivre sa vie c’est faire partie de tout cela. C’est identifier les humains pour ce qu’ils sont et non en fonction de diverses étiquettes qui ne sont que des parures, des apparences ou encore des masques.

Le PQ avait le pouvoir de prendre un réel virage vert, de s’ouvrir comme jamais sur les communautés, de dialoguer avec l’ensemble de ses concitoyens, de rendre les gens plus heureux, plus aimables, plus disposés à embrasser la vie et à la prendre du bon côté.

À la place de quoi, il a préféré ouvrir la porte des ténèbres pour entrainer le plus grand nombre possible d’hommes et de femmes dans sa chute.

Voilà une analyse très juste et bien documentée. Je crois toutefois qu’on en met beaucoup sur les épaules de PKP, si Mme Marois n’avait pas élaborer (divaguer) sur la monnaie, le passeport ou les frontières, les PQ n’aurait pas perdu les jours précédent le premiers débat à discourir sur le référendum, personnellement, je crois que c’est durant ces journées que la campagne s’est perdue pour le PQ. Question, cette défaite sera-t-elle aussi lourde que la défaite d’un troisième référendum?

En avril 2011, la dégringolade du Bloc s’est par ailleurs accentuée à partir de la déclaration à l’emporte-pièce de Duceppe lors du vote de confiance envers Marois : « et tout redevient possible », avait-il lancé. A posteriori, on dirait bien que ç’a été la goutte qui a marqué le point de non-retour et fait couler le navire bloquiste; l’enthousiasme de Duceppe a été tout sauf contagieux; il a comme réveillé k’électorat qui sMest précipité dans les canots de sauvetage du NPD. Le taux de confiance soviétique consenti à Marois était de toute évidence une mascarade électorale destinée à booster le Bloc et dissimuler des tensions intra-péquistes très réelles; on l’a bien vu quelques semaines plus tard quand des défections sont venues plomber le leadership de Marois.

Effectivement! Une bonne partie de la population est ailleurs voire même en avant du PQ qui lui vit toujours au passé. On l’a vu lors de cette campagne s’enfoncer un peu plus davantage avec des révélations chocs autant sur le congédiement pour non respect de se soumettre aux diktats de la Charte ou sur l’adoption de la monnaie, de frontières et j’en passe. Jamais le PQ n’avait osé, mais je crois que QS a contribué d’une certaine façon à nous révéler la vraie nature du PQ. Depuis le dernier référendum, ils se sont transformés au gré des sondages faisant fi des signaux et en martelant toujours le même thème sans trop y croire, Ce parti, est déconnecté complètement des réalités mondiales,l’immigration est présente pas seulement ici mais partout sur la planète. La génération de mes enfants est habitué de cotoyer des jeunes provenant de toutes les communautés ethniques et ceux et celles qui les suivent le sont encore plus, alors ils n’en ont rien à cirer des précopcupations du PQ qui ont une fixation sur certaines communauités. F. Legault qui s’apprête à reléguer au 3e rang le PQ, son ancien parti, faut le faire.

M.Lussier le candidat Jean Carrière est sympathique à Mme Marine Le pen, pas à son parti. Aimer une femme qui a un discourt patriotique pour un nationaliste est normale. Ceci ne dit pas qu’il approuve tous ce qu’elle dit. Mais mme Le pen est tout de même respectable.

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