Pas d’élections fédérales ce printemps. Rendez-vous cet été ?

La stratégie de campagne était prête et le déclenchement des élections était prévu pour bientôt. Mais l’évolution de la pandémie vient de contrecarrer les plans de Justin Trudeau, qui se prépare maintenant pour le mois d’août, explique Alec Castonguay.

Calendrier : Getty Images ; Justin Trudeau : La Presse Canadienne / Montage L'actualité

Le premier ministre Justin Trudeau et sa garde rapprochée viennent de trancher : les Canadiens n’iront pas aux urnes ce printemps. L’idée de déclencher une campagne électorale après le dépôt du budget, le 19 avril, pour un vote qui se serait déroulé en juin, a longtemps circulé. Ce scénario avait même la faveur du premier ministre jusqu’à récemment.

Mais tout a changé en une dizaine de jours.

La réunion virtuelle du caucus des députés libéraux, le 24 mars dernier, a scellé le sort des élections générales fédérales ce printemps : elles n’auront pas lieu. Lors de cette rencontre, le chef du Parti libéral du Canada a clairement fait savoir à ses troupes qu’à moins d’une volonté concertée des partis d’opposition de renverser son gouvernement minoritaire, le scénario d’un déclenchement hâtif n’était plus sur la table. Le premier ministre n’ira pas voir le juge en chef de la Cour suprême, Richard Wagner, qui joue le rôle de gouverneur général en attendant le remplacement de Julie Payette, pour lui demander de dissoudre le Parlement.

Et puisque les trois partis d’opposition principaux ont déjà signifié ne pas souhaiter d’élections à court terme, tout indique que la menace électorale est écartée pour ce printemps.

Qu’est-ce qui a fait changer d’idée le premier ministre ? L’évolution de la pandémie.

L’intention derrière le scénario printanier était de profiter d’une campagne de vaccination qui s’accélère, grâce à un approvisionnement en vaccins plus stable — même l’administration Biden y mettait du sien en envoyant des doses au Canada —, pour convoquer les Canadiens aux urnes et solliciter un nouveau mandat majoritaire pour gérer la reprise économique. Le budget à venir, doté d’une enveloppe de 70 à 100 milliards de dollars sur trois ans pour un plan de relance économique, devait servir de rampe de lancement électorale.

Or, les variants du virus ont commencé à faire leurs effets. La Colombie-Britannique, l’Alberta, l’Ontario et maintenant le Québec sont entrés dans une troisième vague dans les derniers jours. En Ontario, le principal conseiller scientifique du gouvernement provincial a qualifié la situation d’incontrôlable, lundi. Le nombre de cas grimpe et les hospitalisations également. « Il est tout simplement impossible de prédire à quoi va ressembler l’épidémie dans les prochaines semaines. Convoquer les Canadiens aux urnes serait irresponsable », m’a dit une source libérale haut placée.

Comment faire campagne en toute sécurité dans les plus importantes provinces, alors que les autorités sanitaires affrontent une nouvelle vague de contamination dont l’ampleur est difficile à cerner ? Les rassemblements politiques, même en petits groupes, n’auraient pas été permis. Qui souhaite voir des bénévoles inconnus faire du porte-à-porte avec un virus qui circule davantage ? Bien des gens auraient été craintifs d’aller voter sans avoir été vaccinés avec les deux doses… Ainsi de suite.

De plus, des retards dans l’approvisionnement en vaccins sont toujours possibles, ce qui serait fâcheux en pleine campagne électorale, et les écueils rencontrés par le vaccin d’AstraZeneca rappellent que la lutte contre la pandémie peut encore prendre des tournures imprévisibles.

Les sondages n’ont joué aucun rôle dans cette décision, puisqu’ils sont largement favorables aux troupes de Justin Trudeau depuis quelques semaines.

Le coup de sonde Nanos de mardi matin accorde 39 % des intentions de vote au Parti libéral (PLC), 27 % au Parti conservateur (PCC), 17 % au Nouveau Parti démocratique (NPD), 8 % au Parti vert et 2 % au Parti populaire (PPC) de Maxime Bernier.

Les sondages de Léger vont dans le même sens, malgré un écart un peu moins prononcé entre les partis. Le nouveau sondage Léger dévoilé mardi accorde une bonne avance aux libéraux. Les troupes de Justin Trudeau sont créditées de 35 % des intentions de vote à l’échelle du pays, contre 28 % au Parti conservateur, 22 % au NPD et 6 % au Parti vert.

Au Québec, Léger estime que le PLC domine, avec 36 % d’appuis, suivi du Bloc québécois à 29 %, du PCC à 19 % et du NPD à 11 %. En Ontario, le PLC récolte 36 %, suivi du PCC à 29 % et du NPD à 25 %.

La force du PLC en Ontario, au Québec et dans les maritimes amènerait Justin Trudeau aux portes d’une majorité si ces chiffres se concrétisaient dans l’urne, selon les projections du collègue Philippe J. Fournier de 338Canada/Qc125.

Depuis le début de la pandémie, les électeurs des quatre provinces qui ont vécu une campagne électorale ont réélu l’équipe sortante avec une avance plus confortable que la précédente. Trois gouvernements minoritaires (Terre-Neuve, Nouveau-Brunswick et Colombie-Britannique) ont décroché une majorité.

Partie remise en août ?

Est-ce à dire que les Canadiens n’iront pas aux urnes avant l’automne ou même 2022 ? Non, pas nécessairement. La prochaine fenêtre de déclenchement est déjà déterminée : la mi-août. Le vote aurait lieu en septembre, après la fête du Travail, me confient des sources près du premier ministre.

Des députés et ministres estiment que ce moment serait plus propice à une campagne électorale, et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, tous les adultes canadiens qui le souhaitent devraient avoir reçu leur première dose de vaccin et les groupes vulnérables, leur deuxième. Si l’approvisionnement en vaccins se déroule comme prévu, la fin de l’opération de vaccination au pays pourrait même être annoncée en pleine campagne électorale, quelques jours avant le scrutin.

Aussi, le virus se transmet moins bien pendant l’été, avec la chaleur et la multiplication des activités extérieures. La troisième vague sera terminée, ce qui facilitera les petits rassemblements politiques et le porte-à-porte.

Finalement, un facteur important pour un parti politique qui cherche à se faire réélire : l’ambiance générale sera meilleure. Les Canadiens, vaccinés, reposés par les vacances, seront de meilleure humeur en se rendant aux urnes. Ils auront vu davantage leurs amis et leurs familles pendant l’été. Il fera beau. La confiance en l’avenir sera au sommet. L’atmosphère morose actuelle, alors que le printemps s’annonce encore long, sera du passé, souhaitent les stratèges libéraux.

Les conseillers conservateurs d’Erin O’Toole espèrent au contraire que ce changement d’humeur amènera les Canadiens à désirer également du changement politique en vue de la relance économique. Les proches de Justin Trudeau font le pari inverse : les Canadiens voudront revenir à la normale au plus vite, ce qui les poussera à réélire le gouvernement sortant.

Deux visions intéressantes qui seront mises à l’épreuve quelque part vers la fin de l’été, si le scénario qui circule actuellement dans l’entourage de Justin Trudeau se concrétise.

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Bien entendu, mon hypothèse peut être juste ou erronée, mais je suis d’avis que la victoire ou la défaite du PLC à la prochaine élection sera directement proportionnelle à la réussite ou à l’échec de la vaccination d’un océan à l’autre. Qui vivra verra!

La speculation du déclenchement de l’élection fédérale semble plutôt une obsession des commentateurs politiques, journalistes et politicologues dans nos médias écrits, télévisées et radiophoniques, soit français, anglais (publics – RadioCanada/CBC ou privés ; Maclean’s ou L’actualité ; le National Post ou le Devoir, del l’Ouest ou de ,l’Est, etc.)
Les partis d’ opposition (surtout le PCC) en parle mais s’arrange toujours pour maintenir le gouvernement au pouvoir parce que ils n’ont rien de meilleur a offrir. Les NPD et le Bloc Québécois ne peuvent former un gouvernement et Le PCC (qui pourrait le faire) ont encore besoin de nous dire c’est quoi leur alternative – j’ attends toujours leur plan environmental depuis Andrew Scheer; précedent les elections de 2019. Alors eux – ils sont loins de vouloir une élection, a moins qu’ils aient beaucoup de scandales pour attaquer le gouvernement parce que plan/plateforme innovatrice; je l’attends.
Alors le Premier Ministre Trudeau et ses troupes peuvent attendre que toute les cartes soit favorables.
Ce qui permets la discussion incéssante de l’élection imminente.