PCC : Mort lente ou exécution ?

« À défaut d’obtenir un vote de confiance plus tôt que tard, le camp O’Toole s’expose à une guerre d’usure dont l’issue ne pourra être que l’affaiblissement du leadership de son chef », écrit l’analyste politique Chantal Hébert.

Photo : Daphné Caron

Sans doute pour prévenir les coups, le chef du Parti conservateur, Erin O’Toole, n’avait pas perdu une seconde, le soir du scrutin du 20 septembre dernier, pour donner sa vision de la suite des choses.

Sitôt les votes comptés, il affirmait vouloir rester en selle et recentrer sa formation politique à temps pour un match de revanche électoral contre les libéraux dans deux ou trois ans.

Les arguments à l’appui de son projet de repositionnement du parti ne manquent pas. 

Entre la défaite de Stephen Harper en 2015 et la troisième victoire de Justin Trudeau, la proportion d’électeurs qui s’identifient au courant progressiste et qui souscrivent à l’idée que les gouvernements ont un rôle essentiel à jouer en matière de politique économique et sociale a augmenté. La pandémie a indubitablement contribué à ce mouvement.

Résultat, le Parti libéral, le NPD, le Bloc québécois et le Parti vert se partagent une portion de tarte de plus en plus large. De son côté, la part du Parti conservateur — une formation qui a banni le mot « progressiste » de son nom et de son vocabulaire il y a une vingtaine d’années pour mieux s’identifier à la droite — s’amenuise. 

Ce qui est en cause, ce ne sont pas tant les miettes que lui arrache le Parti populaire de Maxime Bernier que sa propre marginalité par rapport aux grands courants d’opinion de l’électorat.

Le plus souvent, y compris en ce qui a trait à la crise climatique, la base militante du Parti conservateur est en rupture avec les électeurs que la formation doit absolument séduire si elle veut revenir en force à Ottawa. 

L’échec retentissant du PCC dans les grandes régions urbaines de l’extérieur des Prairies en septembre dernier en témoigne.

Mais la vraie question n’est pas de savoir si le diagnostic d’Erin O’Toole est le bon ou même s’il est largement partagé par ses députés, ce qui semble être le cas. Il faut plutôt se demander si le chef de la formation a l’autorité morale pour infléchir un tel virage. Tout indique que la réponse est non.

Depuis sa défaite électorale, Erin O’Toole tente, avec le peu de moyens dont dispose un chef d’opposition, de mettre le couvercle sur les contestations de son leadership.

Il a banni de son cabinet fantôme les députés qui flirtaient avec le mouvement antivaccination. Il a menacé d’expulsion du caucus ceux qui voudraient remettre en cause son leadership. Mais dans l’état actuel des choses, il risque davantage de se brûler les doigts que d’empêcher la marmite de déborder.  

En principe, les membres du Parti conservateur n’auront pas l’occasion de se prononcer sur le leadership de leur chef avant leur prochain congrès, en août 2023.

Si la durée de vie limitée des gouvernements fédéraux minoritaires du passé est garante de l’avenir, ce vote de confiance se déroulerait sur fond de campagne fédérale imminente. Aussi bien dire que le PCC n’aurait guère d’autre choix que de confirmer Erin O’Toole dans ses fonctions.

Cette réalité est à la clé du mouvement de contestation qui couve dans les coulisses conservatrices depuis la fin septembre. Pour ceux qui estiment que le chef actuel n’est plus l’homme de la situation, l’échéance de l’été 2023 est inacceptable.

À tout prendre, elle devrait l’être tout autant pour le chef conservateur et ses partisans. Car, à défaut d’obtenir un vote de confiance plus tôt que tard, le camp O’Toole s’expose à une guerre d’usure dont l’issue ne pourra être que l’affaiblissement du leadership de son chef.

Les conservateurs ont une longue histoire de luttes d’autant plus fratricides qu’elles ont souvent, comme c’est le cas ici, des enjeux idéologiques.

Peu importe le scénario, ce n’est pas d’hier — tous partis confondus — que le siège de chef de l’opposition officielle à la Chambre des communes est éjectable. Au cours des dernières années, Stéphane Dion, Stockwell Day, Michael Ignatieff, Thomas Mulcair et Andrew Scheer auraient tous voulu une deuxième chance de mener leur parti au pouvoir. Seul Stephen Harper y a eu droit, surtout parce qu’il venait tout juste de réussir à mettre fin à un schisme de plusieurs années entre les ailes progressiste-conservatrice et réformiste du mouvement conservateur.

Il se peut que le choix d’Erin O’Toole se résume à opter soit pour une mort lente, soit pour une exécution sommaire.