Pendant ce temps à Ottawa, prise 1

L’affaire Wright-Duffy accapare toute l’attention à Ottawa. Au détriment de quoi? De beaucoup d’enjeux qui passent inaperçus ou ne retiennent l’attention que quelques heures. Dans ma chronique du Devoir de ce mercredi, je mentionnais plusieurs de ces dossiers négligés. L’avantage d’un blogue étant de ne pas avoir de limite d’espace, je profiterai de mes prochains billets pour vous donner plus de détails sur certains d’entre eux et pour vous en faire découvrir d’autres.

Aujourd’hui: deux exemples de dossiers où le gouvernement s’est laissé guider par les préoccupations de sa base.

D’abord le cas du projet de loi sur le mariage civil. En janvier 2012, une controverse avait éclaté après que le gouvernement se soit opposé à ce que deux femmes mariées à Toronto sept ans plus tôt, mais vivant à l’étranger, puissent obtenir un divorce au Canada. Ottawa soutenait que si un mariage entre conjoints de même sexe n’était pas reconnu dans leur pays de résidence, il ne pouvait, même s’il avait été célébré au Canada, être «légalement valide en vertu du droit canadien».

Le tollé que cette position avait provoqué avait forcé le ministre de la Justice, Rob Nicholson, à promettre d’y remédier. En février 2012, il présentait un projet de loi, le C-32, qui corrigeait cette lacune. Mais le projet de loi n’a jamais été plus loin que la première lecture.

Du coup, le gouvernement n’a pas respecté l’échéance prévue dans une entente conclue avec le couple. Ce dernier avait accepté de suspendre les procédures, le temps que le gouvernement agisse. Mais il devait s’exécuter avant samedi dernier, ce qu’il n’a pas fait. Les deux femmes doivent maintenant décider si elles reprennent leurs démarches juridiques après avoir mis leur vie en veilleuse pendant plus d’un an.

Le gouvernement, lui, justifie son inertie en blâmant comme à l’habitude l’opposition. Il lui reproche de refuser que le projet C-32 soit adopté en une seule journée. Mais cette exigence en dit davantage sur les conservateurs que sur l’opposition. Ce que le gouvernement voulait en fait n’était pas d’accélérer les choses, mais de s’éviter un débat aux Communes qui aurait remis sur le tapis la question du mariage gai et fait sortir de leur réserve les députés conservateurs qui y sont farouchement opposés.

Au bout du compte, débat ou pas, la façon d’agir du gouvernement dans ce dossier nous rappelle quand même où il loge en matière des droits des homosexuels.

Le second dossier où le même genre de logique tordue a prévalu est celui du traité sur le commerce international des armes conventionnelles. Cette semaine, le Canada a refusé de le signer lors de la cérémonie spéciale de signature tenue aux Nations Unies. Il ne fait toujours pas partie de la soixantaine de signataires, alors qu’il a voté en faveur du traité le 2 avril dernier.

Ce traité est destiné à freiner le trafic d’armes qui servent dans les conflits les plus sanglants de la planète. Mais lors du dernier droit des négociations, le Canada n’a cessé de se préoccuper des répercussions sur les détenteurs canadiens d’armes à feu, les mêmes pour qui il a aboli le registre des armes d’épaule. Un membre du lobby des armes à feu faisait même partie de la délégation canadienne, au grand dam de nos diplomates.

Cette obsession a refait surface cette semaine quand le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a été invité aux Communes à expliquer le refus de signer d’Ottawa.

M. Baird a commencé par dire qu’il devait consulter les Canadiens, mais a vite affiché ses vraies couleurs en déclarant ce qui suit: « Ce que nous ne souhaitons pas, c’est que les néodémocrates et leurs copains du Parti libéral ramènent en douce un registre d’armes d’épaule qui aurait pour seul effet de nuire à des sportifs, à des chasseurs et à des agriculteurs respectueux des lois. »

Et ce ne sont que deux exemples d’événements n’ayant pas eu l’écho qu’ils auraient normalement eu en d’autres circonstances.

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Un autre qui en plus d’être toxique et malfaisant s’est fait payer un voyage sur notre bras.

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